Déluge – saison 1

Je vais publier ici l’intégralité de la tri­lo­gie qui s’appelle Déluge, dont la sai­son 3 a paru en anglais chez Veer­Books (Vier­Somes 003 – The Ber­lin Edi­tion) en 2015 et en fran­çais dans la revue IF 39. Ici la sai­son 1, ini­tia­le­ment écrite en 2006 et parue dans Encu­ler – Melun (2008), a été lue au fes­ti­val ActOral.10 (Mar­seille, URU) et lors d’un ridi­cule office sar­ko­zyste au Fort Saint-Jean (Mar­seille, FRA), avec Charles Tor­ris ôpla­tines et des familles au par­terre.

Les hommes, morts,
tra­ver­se­ront leurs propres boyaux.
Léo­nard de Vin­ci – Pro­phé­ties

C’est Déluge – sai­son 1, le tiers d’un truc nom­mé Déluge, genre poé­sie, puns varié­gés, com­men­taire com­po­sé d’une vie de mau­pas­sant.

deluj

 

Déluge – sai­son 1 est une comp­tine (10), un mythe pour môme fatra­sique (11) mais four­ni avec sa notice (12). On y voit le pre­mier man­geur d’huître – demi-dieu (3) swif­tien – actua­li­ser, dans un écœu­rant bouillon de ventre, le déluge qu’on n’attendait plus, un cra­chin sub­mer­ger len­te­ment et les hommes et les chiens, des mérous refu­ser cir­cons­pec­te­ment le rôle de sau­veurs. Et l’hygiène man­quer, tout – os de moules, loups en chips, ter­rines de petits chiens morts sur leur dalle de garage – finir par se man­ger, comme pré­vu par les pro­phé­ties (1).

(1) Les pro­phé­ties sont des phrases au futur avec des images mar­quantes, des ana­lo­gies au point cru cuit de la for­mule qui donnent aux bes­tiaux des pou­voirs, des apti­tudes divines ou mes­sia­niques, semi-divines (3) en fait. Les pro­phé­ties font émer­ger un sous-texte, révèlent, font leur révé­la­tion, par­fois sanc­tionnent ou sanc­ti­fient des situa­tions à l’avance, mais il est à force prou­vé qu’elles se ratent, échouent (2) autant à sau­ver que les récits de sau­ve­tage.

Froc aux che­villes, les giseurs aux lisants font cou­cou, comme des pedo­bears (5) qui fla­she­raient. Le régime sec de la comp­tine refout le mérou pas dans son élé­ment ini­tial, ce serait tri­vial, mais pas non plus dans un élé­ment d’agonie, qui le ren­drait lit­té­rai­re­ment dis­po­nible, offert au mythe et à la consom­ma­tion esthé­tique.

(2) Se rater pose des ques­tions de main­tien de l’ordre. S’échouer pose des ques­tions d’ivresse, on ne peut rien répondre aux pré­vi­sions parce que le dire est dur, bor­del, on peut se consti­tuer en schwarm (en banc, idole, essaim) et regar­der pas­ser les choses (thons émiet­tés, petits morts sur dalle mais canins, chips-loups, hommes bons, vigiles
désaf­fec­tés, vir­giles désem­pa­rés, en des­cente en rap­pel : mor­pions, pions, ions, leurs queues convul­sion­nées) et regar­der pas­ser des mots, cuits dans leur sel.

(3) Les demi-dieux sont des bes­tioles aux apti­tudes bizarres soit immor­telles, soit invio­lables et faites « dans une matière abso­lu­ment vile et inerte, immo­bile, à qui l’on prête des formes d’hommes, de bêtes sau­vages, de pois­sons ; par­fois un double sexe, des corps com­po­sites » 1 . On laisse en géné­ral à ces figures mar­quantes le vica­riat d’attitudes cano­niques repré­sen­tées par des posi­tions cano­niques et la muni­tion d’attributs cano­niques, viles, inertes, immo­biles, dis­tri­buant les puns, tou­jours bons.

Le débat (la queue convul­sion­née de la conver­sa­tion esthé­tique) entre – chose dif­fi­cile – s’entendre dire et s’écouter par­ler sur­git spon­ta­né le MÉROU
mis pour MER IL ET FOU (6)
par goût du mème (4), sen­si­bi­li­té aux men­tismes (7)
et pure accom­mo­da­tion mélo­dique
la mal­veillance tente le copiste, lisiste, pose des ques­tions diverses comme un chien fout sa merde sur la nef des mérous (MÉROU, MER IL ET FOU) font le mort étrange et le corps éta­lé parle son jargue
console der­nières géné­ra­tions
ban­cal, pro­phi, cap­tif de l’échiquier
dit trop sur son ori­gine (c’est un symp­tôme (8)) et qua­si rien sur son ave­nir insai­si sable pris dans les eaux du mythe (mis pour MER IT) aux vatères secs du comp­ti­nant, des épi­sodes écrits par des com­men­taires sui­vistes, et sou­vent par les mèmes (c’est un sys­tème (9)).

(4) Un mème est « un élé­ment de culture, de civi­li­sa­tion ou un sys­tème de com­por­te­ments, trans­mis par des moyens non géné­tiques, en par­ti­cu­lier par l’imitation » 2. C’est une figure mar­quante insi­nuée et répli­quée dans une atti­tude cano­nique repré­sen­tée par une posi­tion cano­nique, un pla­ce­ment cano­nique et par­fois munie d’attributs cano­niques ; et c’est quel­que­fois juste un pun, mais un pun qui occupe.

(5) Pedo­bear est un mème, une figure cano­nique appa­rue dans une atti­tude cano­nique et dans un pla­ce­ment cano­nique qui consacre des situa­tions, sanc­tionne et sanc­ti­fie, fait émer­ger un sous-texte, révèle, fait sa révé­la­tion, moins hié­ra­ti­que­ment qu’un mérou, mer aus­si fou.

pedobear

(6) MER IL E FOU est aus­si un mème – mais un mème sans figure qui tire sa cano­ni­ci­té d’autre chose que d’une atti­tude – issu d’un post sur un forum en ligne d’adolescents fran­co­phones dont le texte cher­chait l’entraide – un conseil de consom­ma­tion alors que le déman­geait l’achat d’une console der­nière géné­ra­tion mal accueillie par les tes­teurs –, appe­lant à l’avance ceux qui lui répon­draient à se mon­trer indul­gents devant la folie sup­po­sée de cet acte pré­mé­di­té.

mer il et fou

(7) Un men­tisme est un mème pri­vé et pri­vé de figure, une for­mule mar­quante qui révèle l’élément concep­tuel de toute per­cep­tion, orga­nise cette per­cep­tion autour d’obsessions struc­tu­rantes, puns varié­gés, crampes aux mol­lets, oiseaux effa­rou­chés. Le mot a été inven­té par le doc­teur malade Dumont, grand auto­pa­tho­graphe, pour dési­gner une inca­pa­ci­té sup­pli­ciante à se ras­sem­bler, crampe dans le mol­let du cer­veau, accom­pa­gnée du sen­ti­ment d’être le che­vau­chant caho­té de sa pen­sée deve­nue fré­né­tique ou d’avoir effa­rou­ché les oiseaux de la volière men­tale. Sin­gu­la­ri­sés, dégé­né­ri­ci­sés, les men­tismes se mani­festent sous la forme de fétiches de langue qui prennent vie, crampes aux mol­lets, oiseaux effa­rou­chés, expres­sions mar­quantes, tapies dans la salade, auto­ri­taires dans le lan­gage, et qu’on ne peut qu’alimenter en les pro­non­çant, les com­bi­nant, les varié­geant, tapis dans l’algue, occu­pés par l’incertitude d’un jour pou­voir s’en libé­rer. Cette impasse men­tale est aus­si une quin­caille­rie de symp­tômes cano­niques décri­vant un état d’effervescence où les piafs sont cram­pés : dévi­de­ment rapide et incoer­cible de pen­sées sté­riles, incon­sis­tance de l’attention, motifs obsé­dés inar­ti­cu­lants…

(8) Un symp­tôme est une boule, tapie dans la salade ou l’algue de nos pré­oc­cu­pa­tions, qui prend for­cé­ment une place cano­nique dans un sys­tème d’interprétation.

(9) Un sys­tème d’interprétation est un ensemble de men­tismes, mèmes, symp­tômes tra­vaillés dou­ble­ment et qui subissent un double assaut : la pres­sion nar­ra­tive, roma­nesque qui noue, avec son com­men­taire inté­gré comme pour tous les romans, c’est-à-dire sa notice ; et la pres­sion du flux qui délie, dénoue, laisse filer les men­tismes. Cette double pres­sion est celle des comp­tines et fatras.

Vient le wet­ter et les humeurs, un type arrive et paie sa bile, en boule, bien­tôt cuit dans ses selles : rap­ports plus ou moins mer dié­vaux, déviaux, wier­do wer­dend ou gewor­den, comme Uccel­lo dans Le Déluge ou le retrait (miroir dif­for­mant, motifs indé­his­cents…). L’indignité du per­son­nel mytho­lo­gique orga­nise
la figu­ra­tion des seconds
détresse
la sta­tique du deve­nir
et la ciné­ma­tique de l’origine
se sert de la langue et la chatte
coule la nature
et d’ailleurs nique l’espace côtier.

L’homme bon tire les boules, les cartes, les biles
(Daher ist das Befra­gen der Sterne mehr, mehr… ? 3)
Mérou les fils

(10) Une comp­tine est un sys­tème d’interprétation qui pro­cède par figures ana­lo­giques (rimes, répé­ti­tions, reprises, varia­tions) et figures pro­gres­sives sup­pli­ciantes (tres­sage de nœuds, dénoue­ments) qui subissent la pres­sion double à l’œuvre dans tout sys­tème d’interprétation : la comp­tine cherche à éveiller et à la fois à endor­mir, elle veut dis­traire du sort et vous apprendre à l’accepter, dans des périodes indé­ci­dables où se décident vos natures ou au moins vos ten­dances, comme si vous serez plus com­men­ta­ristes ou men­tiques, plus gel ou cire, le degré de hié­ra­tisme auquel vous vous contrain­drez pour paraître, le rap­port aux canons, la tex­ture ordi­naire de vos selles – plu­tôt com­pactes ou plu­tôt déchi­que­tées.

(11) Un fatras est un bor­del de nœuds et de déliés, une série de com­men­ce­ments qui sont aus­si des fins, et c’est un des rares sys­tèmes qui ne contient pas son com­men­taire c’est-à-dire sa notice.

(12) Une notice est un texte en langue fami­lière mais étran­gère qui repré­sente des plans, indique des direc­tions, des sor­ties, et pro­pose des mon­tages.


AVOIR UN JOUR PLUS DE 13 ANS

WIERDO WERDEND OU GEWORDEN, SCHON
LISISTE OU COPISTE DU GRAND COMPTINANT
D’ : DES TONNES DE TOMES DE MÈMES DE MÔMES

+ DES ÉPISODES ÉCRITS PAR DES SCÉNARISTES PRÉCAIRES
(ET SOUVENT PAS LES MÊMES)
OU PAR DES COMMENTARISTES SUIVEURS :
SA PUER LA MERDE IS AWESOME 4

 

1

« Har­di qui le pre­mier man­gea une huître», écri­vit Jona­than Swift, dont le nom évoque à la fois le bruit d’une huître à mort et le déglu­tis­se­ment peu­reux d’une huma­ni­té de seconds.

Il a suf­fi qu’il se trompe d’un puits, d’un trou, d’une valve, d’une ter­mi­nai­son, et tout ce qui réga­lait gâta.

Des fonds se dépo­sèrent, des sédi­ments pré­cuits dans des landes enté­riques, râpeuse éponge et gourme péjo­rante.

Cuit
Recuit (cuit)
Il fit jour sur le comp­ti­nant.

jour se leve

 

2

J’habitais un étrange gou­let ; dedans, des siècles de jours de rapine à l’état de miettes col­lées à des parois qu’on vou­drait faire dége­ler dis­soudre ou frire ou même res­tau­rer à l’aveugle.

Sous l’eau des mérous vivaient pla­ci­de­ment
habi­tués (impres­sion­nants
mais par contre pas magni­fiques)
à des pré­sences embar­ras­santes
comme des qua­si-gisants
som­brant dans des contor­sions les der­nières
peau­cières seule­ment, appe­lant à l’aide des mérous qui
vivant pla­ci­de­ment, habi­tués, impres­sion­nants mais
pas for­cé­ment magni­fiques, ne répon­daient pas,
pas dans le sens de « non » mais dans celui de « pas
par­ti­cu­liè­re­ment ».

Tou­te­fois ce contact avec les bêtes
(et créa­tures)
déten­dit tous ceux qui n’étaient qu’au bain
alors que se sen­tait venir une période
de grand déso­le­ment et de nudi­tés anor­males, gênantes
genre tsu­na­mi de nuit, femme du voi­sin croi­sée dans le pâté
huchant sur le bris de son domi­cile effon­dré
(les eaux ayant affouillé rapi­de­ment par le garage)
mais sur­tout pubis incen­diés, niveau séquelle
du pres­sen­ti­ment ou de la pres­cience :
des petites pes­ti­lences constantes
ou grandes pestes momen­ta­nées, sou­daines
déman­geai­sons intimes à se convul­sion­ner, com­man­dos de mor­pions en for­ma­tion sous drap, aus­si
à ce moment quand renais­sants,
coquets en diable, on en est à faire voler les fibules
les socques, les bas,
l’hygiène sou­dain man­quant tâche les toges.

delugemazoque

 

3

Un homme à ce moment de jour tom­bant déjà mani­fes­ta qu’il avait comme les bêtes quelques heures plus tôt sen­ti la menace et réar­ran­geant sa grande toge, se mit en boule dans son fatras.

Quand deux types sor­tis de nulle part lui tirèrent le froc.
On lui vit la trompe.
Tous, en entier.

(si tu l’aimes, fonce, la taille n’a aucune impor­tance)

La honte enflam­ma une par­tie.
La honte enflam­ma une par­tie grecque de son cer­veau.
La honte enflam­ma une par­tie grecque de son cer­veau qui doit ser­vir.
La honte enflam­ma une par­tie grecque de son cer­veau qui doit ser­vir à ne pas ban­der.
La honte enflam­ma une par­tie grecque de son cer­veau qui doit ser­vir à ne pas ban­der tout le temps et ban­der il ne put.

C’est l’épaisseur qui compte, la moi­teur de ton manche en bouche, la vigueur de ton sperme, la fer­ti­li­té de ton ima­gi­na­tion. Et l’humour, les demi-femmes aiment qu’on les fasse rire.

misamort2

 

4

La nature aus­si met ses crimes en scènes, le chien
par exemple mort-pour­ris­sant
lais­sait comme un contour de crasse sur sa dalle de garage. En trombes du thon fos­si­li­sait. Le mérou, à l’instar des grands ani­més, uti­li­sait des signes pour com­mu­ni­quer, indi­quait des posi­tions de gisant, des machins per­dus sous les roches, de l’encore vivant ou ce qui sem­blait tel mais, essen­tiel­le­ment il y avait du fos­si­li­sant comme des chips ou des menus décombres de moules et huîtres, tiens encore un peu de thon, du thon encore ici, des sou­ris d’éléphant et le reste du pied d’un che­val.

J’assistais, yeux et moue de mérou et tout juge­ment stag­nant, à des doci­li­tés devant la mort aux­quelles seul échap­pait un petit homme avec sa toge en boule
ses couilles de vadrouillant codant un sos
convul­sion­né, tan­disse
que ses mains phra­saient au futur.

delugeorigine

 

5

Renais­sante et coquette à la fois, une femme appa­rue nue fit fuir les assaillants. Sa chatte objec­ti­va la ména­ge­rie du monde et s’offrit accueillante aux humains de seconde main, aux maillots de seconds bains, et cette ter­rine de fre­tins chan­ceux suin­ta,
fit mouiller jusqu’au point
qu’il fal­lut tam­pon­ner l’entour avec le max de toges trou­vables,
ce qui poli­ti­sa des nus revan­chards et du coup super inau­gustes
mena­çant sous cou­vert d’augures :

Lorsque ce monde sera mou­lu et sa poudre jetée en mer, la richesse et le déses­poir se répar­ti­ront de nou­veau, et tous les hommes encore seront égaux devant les choses, la force et la force des choses.

Un ten­so fit voir un fatras de fan­tai­sies ayant réchap­pé aux toges absor­bantes grâce à des poils rous­sis qu’un feu domes­tique avait recour­bés ; l’à-bas bruit des mor­pions tapis dans la touf­feur sug­gé­rait une hygiène man­quante : ils péda­laient, silents mais très labors, dans une semoule com­pacte de sperme réduit.

Gnhi, gnhi

L’effort n’avait qu’un nom, le vrai, l’onomatopéique.

corse_plongee_28698590_0_gros plan

 

6

L’hygiène man­quait, le papier tue-moule était plein de pou­chière. Un homme disait qu’il avait tout pré­vu, même de sur­vivre au dépouille­ment, aux déman­geai­sons péjo­rantes, majo­rées en période nup­tiale. Rien, jusqu’à l’absence d’un uni­forme, ne venait pour­tant appuyer ses pré­ten­tions de sau­ve­teurs.

Un mérou, en cos­tume :

Le mérou
Et sa famille fraîche ou conge­lée
Dis­po­nible en darnes
Toute l’année occupe les siens
Au déga­ge­ment d’une forte odeur d’eau de mer.

Epinephelus_marginatus_1_by_Line1

 

7

Avec le triom­phant aplomb d’une ban­quise fon­dant, la moule, en son étran­ge­té, rap­pe­la l’huître : fos­sile, pépère, popote, juteuse en bouche, mais cer­tai­ne­ment pas comes­tible.

L’impuissance enta­mait son moral : la par­tie de son cer­veau qui com­mande de se rete­nir.
L’impuissance enta­mait son moral : la par­tie de son cer­veau qui com­mande de se rete­nir com­mit une faute.
L’impuissance enta­mait son moral : la par­tie de son cer­veau qui com­mande de se rete­nir com­mit une faute de goût.
L’impuissance enta­mait son moral : la par­tie de son cer­veau qui com­mande de se rete­nir com­mit une faute de goût, mar­ron.

Et tous les épi­sodes, écrits par des scé­na­ristes pré­caires et sou­vent pas les mêmes, puaient la merde acide, huî­trée, hui­leuse, aci­du­lée.

delugehommebon

 

8

Une moule res­semble à s’y méprendre
Aux empreintes digi­tales de bien des cri­mi­nels.

moule tracedigitale

L’hygiène man­quait
Il fai­sait rance
Nu du bas, je dévi­sa­geais les gisants
On leur voyait la trompe, tous
En entier.

Un homme, sa toge en place mais empouillée, décri­vait à grand ren­fort de gestes obs­cènes sa vision de l’avenir – de vio­lentes et intimes déman­geai­sons finis­sant par tou­cher le comp­ti­nant dans son entier – tan­dis que tous le consi­dé­raient avec la cir­cons­pec­tion des pre­miers man­geurs d’huîtres, fos­siles témoins du déluge authen­tique.

Des déman­geai­sons vio­lentes et intimes tou­che­ront le des­sous et l’entour des lombes de tout le monde comme une grande cha­touille impré­vue et convul­sion­ne­ront l’ensemble du comp­ti­nant jusqu’à mort.

C’était huî­tré c’était hui­leux – ça ne lais­sait rien cuire, c’était bien assi­du au lait.

merouchattegros

 

9

Mérou futé pré­voit

Peu de monde entre les gouttes
Ce n’est pas un déluge pour enfants
Il devrait même pleu­voir jusque dans sous-la-mer.

L’expérience manque sou­vent pour par­ler de sa propre vie, et c’est à s’en dis­sua­der. Mais ne vous met­tez pas en trombe. Soyez serein, exer­cez-vous devant l’urgence à psal­mo­dier le moindre texte qui vient sous les yeux. Pro­fi­tez-en pen­dant que l’hygiène manque. Faites une liste des ani­maux que vous sau­ve­riez du déluge. Celle aus­si des enfants que vous replon­ge­riez. Et des jours où fut évident le pour­ris­se­ment du monde. Ras­su­rez-vous, faites un exer­cice d’immobilité. Voyez comme en dépit de vos erre­ments rien n’est vrai­ment à la dérive.

KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERA

 

10

Der­rière il y avait des sou­ris
deux poules en miettes
des noyaux de che­vals ; une huître.
Vic­times de leur pla­ci­di­té.

(Lors d’une scène écar­tée du mon­tage de cet épi­sode, l’huître des­cen­due dans le bas-ventre butait tout le beau monde enté­rin d’un homme, petit doge à poil rou­lé sur lui-même, sorte de figure noti­cière, fatra­sique, sadique impec.)

Der­rière encore des chiens
des * de *
des * de * en *
des * de * en * avec des *
encore d’autres * sous les *.

Loups petits, grêles d’épis, têtes, énormes et grappes de lapins.
Réjouis­sances. Dépôt, enté­rin mais pas top lacustre.
Naïades_et_mérous.jpg
Vicus qui grattent et péjo­rants, fibules de toges.
Buf­fet trop nom­breu pour mon gou­let de gorge.

Il n’y aura pas de petites pertes ; ce qui cou­le­ra cou­le­ra de source, abon­dam­ment des orai­sons te par­vien­dront, de loin en loin, elles feront le même bruit qu’une marée ras­su­rante sur ta vie sablon­neuse. Nul endroit sur ta peau ne connaî­tra le répit du chien mort lais­sé au garage.

merouchatte

 

11

AVERTISSEMENT
En lisant ce texte vous vous enga­gez à avoir un jour plus de 13 ans
et à vivre votre vie durant dans une bai­gnoire rem­plie de moules

Un beau matin, un impo­sant mérou à chair blanche, ferme et maigre, se fait dépouiller comme un gosse devant son pro­fes­seur de sport, puis cuire sur un grill far­ci d’agréments. Blanche et ferme conso­la­tion, il fra­ter­nise avec les occu­pants des plats voi­sins, essen­tiel­le­ment du thon et une jolie farce enro­bée de sole. Et quand on me dépêche sur la scène, yeux et moue de mérou, comme un masque de cir­cons­pec­tion, je n’achète le témoin que si je le sens.

un-merou-grille

 

12

Une lycéenne japo­naise nue.
Ah non, non, c’était juste un pois­son pané.

Des sou­ris d’éléphant
Du thon
Le reste du pied d’un che­val
Un homme en toge dans son fatras.
(On lui voyait la bite par la ser­rure de sa fibule, sa femme,
Un trou pen­dant aux lèvres polies de la moule, fuyait de l’eau de mer.)

delugehommebon

 

13

Le mérou est peu­reux, il est pati­bu­laire. Il a autant de méfiance en lui qu’il en ins­pire et, quoique ave­nant pour son espèce, c’est un per­son­nage ombra­geux qui fait ici excep­tion car il change de sexe avec l’âge.

Il est d’abord femelle – comme l’enfance est domaine de femmes – puis devient mâle, adulte, res­pon­sable, se séden­ta­rise et assume la ter­ri­to­ria­li­té des rap­ports amou­reux seule sus­cep­tible du main­tien de l’ordre des marées selon la reli­gion sociale qui gonfle le cœur de cha­cun du sen­ti­ment d’utilité.

Ark !
La fin lui fai­sait l’effet d’une vieille huître régur­gi­tée.

Sa séden­ta­ri­té se mani­feste d’une façon curieuse et obs­ti­née : il nage fort à contre-cou­rant pour ne pas bou­ger. J’ai per­son­nel­le­ment tes­té l’immobilité par la réac­tion, et c’est une expé­rience intense de reju­vé­na­tion. Je le conseille à toutes. Je le conseille à toutes les petites bourses. Je le conseille à toutes les petites bourses coquettes. Je le conseille à toutes les petites bourses coquettes qui passent. Je le conseille à toutes les petites bourses coquettes qui passent leur vie à aller de l’avant.

merou

 

14

Si vous pen­sez au bon­heur, à l’abondance, à la san­té et à la réus­site avec convic­tion et force dans votre sub­ma­rin, vous ver­rez des bulles d’amis et de rela­tions se for­mer à la sur­face de votre corps, et alors toutes vos espé­rances, enfer­mées dans les limites de ce à quoi votre caté­go­rie socio­pro­fes­sion­nelle vous per­met de pré­tendre, seront maxi­mi­sées et la lumière du monde asper­ge­ra votre visage ruis­se­lant de joie.

Il a sa femme qui bée devant un banc de mérous pas moins médu­sés que d’habitude : de l’eau de mer. Ils ont tous un air péné­tré, mais à vrai dire et triste dire, ils ne sont plus main­te­nant qu’en filets.

merouleg

 

15

La bar­ba­rie avait ses sources.
La honte n’en man­quait pas.
La stase enfi­lait ceux qui contre-cou­raient.

Tout n’était qu’un pré­sage, un fos­sile sans tête
et tous les épi­sodes écrits par des scé­na­ristes pré­caires et sou­vent pas les mêmes, puaient la merde acide, huî­trée, hui­leuse, désa­gré­gée.

gros-merou-thof-peche-au-gros-senegal_grosplan

 

16

Si je n’en devais suivre qu’un, ce serait l’éléphant, pour me cacher dans la pous­sière de ses gros pas, comme un mor­pion dans la touf­feur ou le petit chien puni-mort-oublié-pour­ris­sant au garage, en phase avec sa mort en phase avec sa dalle, mais je te conseille plu­tôt l’éléphant sinon je pense que

tu pour­ri­ras tel­le­ment long­temps des­sus ou sous ta dalle, selon que tu es homme ou chien, que le moindre et plus rare cra­chin te sub­mer­ge­ra tout entier. Goutte après goutte. Et son rythme sera le tien.

misamort

 

17

Une femme nue, au fond de la pièce, béait pour faire de la place aux enfants taci­turnes, aux sui­ci­daires, à tous les écor­chés mal­heu­reux d’être nés. Deux feuilles d’endive ou des tiges de citron­nelle comme fichées dans son maxil­laire.

J’étais : Dro­guais, deux points
J’habitais, fan­tôme, une vhille hagarde, je butais, je nme­me­me­me­me­me­me­meu­vais pas à mon aise

À un moment il me fal­lut chan­ger tous les soirs mon modèle de jour­née pour retrou­ver le rythme des brasses qui dégagent.

J,étai’s-ais : Drô­guais, deux points ovale, mas­sif
Cou­pé en deux par­thies de phrase dont on fait des frag­ments, des indé­pen­dai­sons
Toutes, me regar­dant des yeux – la bhite –
Et me déva­li­sant

À un moment il me fal­lut chan­ger toutes les heures mon modèle de minute pour retrou­ver le rythme des brasses qui dégagent, jamais égales entre elles, mais issues d’impulsions sem­blables.

Jai­tay dro­guè des points coupe-lait, indé­his­cent, de l’eau de paire vale, las
cif ; par­ti des phrases : des fra­ge­ments, des gen­tils­laids, de cyeux de bhite – me regar­dant vaseux, labile,
Ô
me déva­lant
sauf au moment du frai

corse_plongee_28698590_0

 

18

Ah non, non, c’était un lapin.

Les textes ont trom­pé notre vigi­lance. Il est dit qu”

un lapin

– un lapin, pas une femme avec une endive ou de l’antimoustique –,

un élé­phant, une huître une moule et des fos­siles seront conduits par un pois­son mar­gi­né à chair tendre sur une île mon­ta­gneuse où un peuple d’hommes éco­lo­gi­que­ment évo­lués ne les chasse qu’en fonc­tion de sa consom­ma­tion du jour.

misamort1

 

19

Du foutre tombe au ralen­ti dans l’océan tem­pé­tueux.

Se dres­sant à la ver­ti­cale, notre chas­seur, la tête en bas
à la ver­ti­cale de la cache,
comme ain­si ségré­gé, hono­ré tout entier
offre un refuge au néri­tique : huîtres, et huîtres,
Et huîtres épouillies, pur­gées, ran­çon­nées
Mères des naïa­dous. Beau­coup comme ça l’hygiène man­quait.

Il fai­sait bite
Je touf­fu-rance, déçu, lors dévi­sa­gés les pas­sants
Man­quaient voyaient l’aven, cou­leur-nu
Ton-rance pig­ment-trompe ; et huître japo­naise.

merouleg

 

20

Tu com­men­ce­ras à déli­rer. Ta mémoire man­que­ra de point de vue. Tu ne remon­te­ras que pénul­tiè­me­ment le cours de tes pen­sées. Tu ins­tal­le­ras dans ta vie la récur­rence de quelques élé­ments qui feront comme des marées ras­su­rantes sur ton exis­tence impal­pable. Dans l’ordre des révé­la­tions, l’accablant sen­ti­ment que ce qui gît s’exerce à pour­rir aura pré­cé­dé celui-ci : ta bite, ta chatte, n’est plus qu’un déman­geant symp­tôme du manque dans une mer mou­lue d’abondance.

Et ce que les gens ne sau­raient pas
C’est qu’ils seraient fil­més du bas.

gros-merou-thof-peche-au-gros-senegal

 

21

Mes yeux s’esquintent long­temps sur le faciès usé-néri­tique d’une moule, son grain huî­tré, nue, rap­tée par les pas­sants : la moule est sans char­nière (un homme
reclus dans un fond de pièce comme un reste de pied de che­val, récite en moule un haï­ku plus fau­tif qu’irrévérencieux :

en cour de sport j’avais 7 ans
fesais la queu trop­peur de deman­der
résl­tat sa puer la merde

)

KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERA

 

22

À un moment le désastre tou­che­ra au sublime :

Une moule com­pacte gros­si­ra la cohue scan­da­leuse de plats de la mer, avec des cham­pi­gnons der­rière hachés menus, des chips d’humains second choix, des drogues de sou­ris mais en forte dose, très, des énormes grappes de petits chiens morts sur leur dalle de garage, des mor­ceaux d’eau de mer dans leur entiè­re­té et une pro­por­tion dilu­vienne de moules et d’huîtres noyant tout dans le bruit d’un nom d’écrivain irlan­dais.

7 ans, 13 ans : la tor­peur devant le sport
de deman­der redou­tant la réponse
résul­te­rait en merde pure

merou222

 

23

Dans un grand nombre de mythes, le mérou n’installe pas seule­ment sur sa face un dédain pour ses frères humains, il se com­porte en pois­son dilu­vien qui fait pleu­voir jusque dans sous-la-mer, cri­tiques et sorts invo­qués par un être suprême qu’il place au-des­sus de lui dans l’espace, mais infi­ni­ment en-des­sous dans l’échelle des acquis civi­li­sa­tion­nels. Sa pla­ci­di­té fait des vagues, les quiètes, à sau­cer des petons.

Il se sait le sau­veur de ses dieux, mais ce rôle de reju­vé­nant ne lui donne aucune joie et com­mande même sa stase, parce qu’il n’intervient que tous les 24 épi­sodes, quelle que soit la lon­gueur de l’intrigue.

Ain­si constant et pre­mier dans les mythes, mais éphé­mère der­nier dans l’ordre des appa­ri­tions, il vit comme une humi­lia­tion cette place hono­ri­fique auprès d’une huma­ni­té de seconds qu’il fau­dra bien­tôt moudre ou cuire ou dége­ler, ou bien res­ti­tuer à l’aveugle.

misamortengle

 

24

Par­ve­nu
Au-des­sus d’un aven sans bords
Séces­sion­niste plus guère divi­sible d’une espèce au cul de son propre sac
Un mal­de­nik, un spröss­ling, un nomade pris au piège de la fos­si­li­té
De la döner­soße faite gosse
Est
(Grâce à
la pit­to­resque impré­ci­sion de l’haïku du des­sus
la mol­lesse accro­cheuse de la moule
la cir­cons­pec­tion des mérous par mil­liers
la comes­ti­bi­li­té de cer­taine vieille caillasse dont on se repaît volon­tiers des der­niers para­doxes
et la sub­ti­li­té du concept de fin vic­time des sur­pêches dans l’espèce)

Un filet bri­sé d’histoires sans issue, sous
Un déluge. Une élé­phan­tesque trombe hors sa toge.

 

 

  1. Sénèque, cité par Saint-Augus­tin, d’après la tra­duc­tion de Jean-Louis Sche­fer in Le Déluge, Uccel­lo.
  2. « An ele­ment of a culture or sys­tem of beha­viour pas­sed from one indi­vi­dual to ano­ther by imi­ta­tion or other non-gene­tic means. » (Oxford) C’est-à-dire à peu près le contraire d’un élé­ment de tra­di­tion, au sens où Pline dis­tin­guait tra­di­tio (qui se trans­met et se repro­duit selon la loi natu­relle) et per­mu­ta­tio (ce qui opère un décon­texte radi­cal, dont l’exemple typique est le rem­pla­ce­ment des têtes sur les sta­tues).
  3. « Daher ist das Befra­gen der Sterne – selbst alle­go­risch vers­tan­den – tie­fer gegrün­det, als das Grü­beln ums Fol­gende. » est une phrase de Wal­ter Ben­ja­min qui sug­gère que le fait d’interroger les étoiles est une pra­tique plus soli­de­ment fon­dée que la gam­berge sur le qui-vient.
  4. Com­men­taire lais­sé par un fan anglo­phone en réac­tion à un mor­ceau de Le Matin, fai­sant réfé­rence à un autre mor­ceau du même, inti­tu­lé Sa puer la merde, d’après un indé­ci­dable mème ou men­tisme dont voi­ci le texte ori­gi­nal : « de mètrre chier des­su en cour de sport j’avais 7 ans on fesais la queu pour ché plus qoui et javaos trop­peur de deman­der a ma prof d’aller au toi­lette résl­tat sa puer la merde. »

    sapuerlamerdeisawesome sapuerlamerde