Déluge — saison 1

Je vais publier ici l’intégralité de la trilogie qui s’appelle Déluge, dont la saison 3 a paru en anglais chez VeerBooks (VierSomes 003 — The Berlin Edition) en 2015 et en français dans la revue IF 39. Ici la saison 1, initialement écrite en 2006 et parue dans Enculer — Melun (2008), a été lue au festival ActOral.10 (Marseille, URU) et lors d’un ridicule office sarkozyste au Fort Saint-Jean (Marseille, FRA), avec Charles Torris ôplatines et des familles au parterre.

Les hommes, morts,
traverseront leurs propres boyaux.
Léonard de Vinci – Prophéties

C’est Déluge — saison 1, le tiers d’un truc nommé Déluge, genre poésie, puns variégés, commentaire composé d’une vie de maupassant.

deluj

 

Déluge – saison 1 est une comptine (10), un mythe pour môme fatrasique (11) mais fourni avec sa notice (12). On y voit le premier mangeur d’huître – demi-dieu (3) swiftien – actualiser, dans un écœurant bouillon de ventre, le déluge qu’on n’attendait plus, un crachin submerger lentement et les hommes et les chiens, des mérous refuser circonspectement le rôle de sauveurs. Et l’hygiène manquer, tout – os de moules, loups en chips, terrines de petits chiens morts sur leur dalle de garage – finir par se manger, comme prévu par les prophéties (1).

(1) Les prophéties sont des phrases au futur avec des images marquantes, des analogies au point cru cuit de la formule qui donnent aux bestiaux des pouvoirs, des aptitudes divines ou messianiques, semi-divines (3) en fait. Les prophéties font émerger un sous-texte, révèlent, font leur révélation, parfois sanctionnent ou sanctifient des situations à l’avance, mais il est à force prouvé qu’elles se ratent, échouent (2) autant à sauver que les récits de sauvetage.

Froc aux chevilles, les giseurs aux lisants font coucou, comme des pedobears (5) qui flasheraient. Le régime sec de la comptine refout le mérou pas dans son élément initial, ce serait trivial, mais pas non plus dans un élément d’agonie, qui le rendrait littérairement disponible, offert au mythe et à la consommation esthétique.

(2) Se rater pose des questions de maintien de l’ordre. S’échouer pose des questions d’ivresse, on ne peut rien répondre aux prévisions parce que le dire est dur, bordel, on peut se constituer en schwarm (en banc, idole, essaim) et regarder passer les choses (thons émiettés, petits morts sur dalle mais canins, chips-loups, hommes bons, vigiles
désaffectés, virgiles désemparés, en descente en rappel : morpions, pions, ions, leurs queues convulsionnées) et regarder passer des mots, cuits dans leur sel.

(3) Les demi-dieux sont des bestioles aux aptitudes bizarres soit immortelles, soit inviolables et faites « dans une matière absolument vile et inerte, immobile, à qui l’on prête des formes d’hommes, de bêtes sauvages, de poissons ; parfois un double sexe, des corps composites » 1 . On laisse en général à ces figures marquantes le vicariat d’attitudes canoniques représentées par des positions canoniques et la munition d’attributs canoniques, viles, inertes, immobiles, distribuant les puns, toujours bons.

Le débat (la queue convulsionnée de la conversation esthétique) entre – chose difficile – s’entendre dire et s’écouter parler surgit spontané le MÉROU
mis pour MER IL ET FOU (6)
par goût du mème (4), sensibilité aux mentismes (7)
et pure accommodation mélodique
la malveillance tente le copiste, lisiste, pose des questions diverses comme un chien fout sa merde sur la nef des mérous (MÉROU, MER IL ET FOU) font le mort étrange et le corps étalé parle son jargue
console dernières générations
bancal, prophi, captif de l’échiquier
dit trop sur son origine (c’est un symptôme (8)) et quasi rien sur son avenir insaisi sable pris dans les eaux du mythe (mis pour MER IT) aux vatères secs du comptinant, des épisodes écrits par des commentaires suivistes, et souvent par les mèmes (c’est un système (9)).

(4) Un mème est « un élément de culture, de civilisation ou un système de comportements, transmis par des moyens non génétiques, en particulier par l’imitation » 2. C’est une figure marquante insinuée et répliquée dans une attitude canonique représentée par une position canonique, un placement canonique et parfois munie d’attributs canoniques ; et c’est quelquefois juste un pun, mais un pun qui occupe.

(5) Pedobear est un mème, une figure canonique apparue dans une attitude canonique et dans un placement canonique qui consacre des situations, sanctionne et sanctifie, fait émerger un sous-texte, révèle, fait sa révélation, moins hiératiquement qu’un mérou, mer aussi fou.

pedobear

(6) MER IL E FOU est aussi un mème – mais un mème sans figure qui tire sa canonicité d’autre chose que d’une attitude – issu d’un post sur un forum en ligne d’adolescents francophones dont le texte cherchait l’entraide – un conseil de consommation alors que le démangeait l’achat d’une console dernière génération mal accueillie par les testeurs –, appelant à l’avance ceux qui lui répondraient à se montrer indulgents devant la folie supposée de cet acte prémédité.

mer il et fou

(7) Un mentisme est un mème privé et privé de figure, une formule marquante qui révèle l’élément conceptuel de toute perception, organise cette perception autour d’obsessions structurantes, puns variégés, crampes aux mollets, oiseaux effarouchés. Le mot a été inventé par le docteur malade Dumont, grand autopathographe, pour désigner une incapacité suppliciante à se rassembler, crampe dans le mollet du cerveau, accompagnée du sentiment d’être le chevauchant cahoté de sa pensée devenue frénétique ou d’avoir effarouché les oiseaux de la volière mentale. Singularisés, dégénéricisés, les mentismes se manifestent sous la forme de fétiches de langue qui prennent vie, crampes aux mollets, oiseaux effarouchés, expressions marquantes, tapies dans la salade, autoritaires dans le langage, et qu’on ne peut qu’alimenter en les prononçant, les combinant, les variégeant, tapis dans l’algue, occupés par l’incertitude d’un jour pouvoir s’en libérer. Cette impasse mentale est aussi une quincaillerie de symptômes canoniques décrivant un état d’effervescence où les piafs sont crampés : dévidement rapide et incoercible de pensées stériles, inconsistance de l’attention, motifs obsédés inarticulants…

(8) Un symptôme est une boule, tapie dans la salade ou l’algue de nos préoccupations, qui prend forcément une place canonique dans un système d’interprétation.

(9) Un système d’interprétation est un ensemble de mentismes, mèmes, symptômes travaillés doublement et qui subissent un double assaut : la pression narrative, romanesque qui noue, avec son commentaire intégré comme pour tous les romans, c’est-à-dire sa notice ; et la pression du flux qui délie, dénoue, laisse filer les mentismes. Cette double pression est celle des comptines et fatras.

Vient le wetter et les humeurs, un type arrive et paie sa bile, en boule, bientôt cuit dans ses selles : rapports plus ou moins mer diévaux, déviaux, wierdo werdend ou geworden, comme Uccello dans Le Déluge ou le retrait (miroir difformant, motifs indéhiscents…). L’indignité du personnel mythologique organise
la figuration des seconds
détresse
la statique du devenir
et la cinématique de l’origine
se sert de la langue et la chatte
coule la nature
et d’ailleurs nique l’espace côtier.

L’homme bon tire les boules, les cartes, les biles
(Daher ist das Befragen der Sterne mehr, mehr… ? 3)
Mérou les fils

(10) Une comptine est un système d’interprétation qui procède par figures analogiques (rimes, répétitions, reprises, variations) et figures progressives suppliciantes (tressage de nœuds, dénouements) qui subissent la pression double à l’œuvre dans tout système d’interprétation : la comptine cherche à éveiller et à la fois à endormir, elle veut distraire du sort et vous apprendre à l’accepter, dans des périodes indécidables où se décident vos natures ou au moins vos tendances, comme si vous serez plus commentaristes ou mentiques, plus gel ou cire, le degré de hiératisme auquel vous vous contraindrez pour paraître, le rapport aux canons, la texture ordinaire de vos selles – plutôt compactes ou plutôt déchiquetées.

(11) Un fatras est un bordel de nœuds et de déliés, une série de commencements qui sont aussi des fins, et c’est un des rares systèmes qui ne contient pas son commentaire c’est-à-dire sa notice.

(12) Une notice est un texte en langue familière mais étrangère qui représente des plans, indique des directions, des sorties, et propose des montages.


AVOIR UN JOUR PLUS DE 13 ANS

WIERDO WERDEND OU GEWORDEN, SCHON
LISISTE OU COPISTE DU GRAND COMPTINANT
D’OÙ: DES TONNES DE TOMES DE MÈMES DE MÔMES

+ DES ÉPISODES ÉCRITS PAR DES SCÉNARISTES PRÉCAIRES
(ET SOUVENT PAS LES MÊMES)
OU PAR DES COMMENTARISTES SUIVEURS:
SA PUER LA MERDE IS AWESOME 4

 

1

« Hardi qui le premier mangea une huître », écrivit Jonathan Swift, dont le nom évoque à la fois le bruit d’une huître à mort et le déglutissement peureux d’une humanité de seconds.

Il a suffi qu’il se trompe d’un puits, d’un trou, d’une valve, d’une terminaison, et tout ce qui régalait gâta.

Des fonds se déposèrent, des sédiments précuits dans des landes entériques, râpeuse éponge et gourme péjorante.

Cuit
Recuit (cuit)
Il fit jour sur le comptinant.

jour se leve

 

2

J’habitais un étrange goulet ; dedans, des siècles de jours de rapine à l’état de miettes collées à des parois qu’on voudrait faire dégeler dissoudre ou frire ou même restaurer à l’aveugle.

Sous l’eau des mérous vivaient placidement
habitués (impressionnants
mais par contre pas magnifiques)
à des présences embarrassantes
comme des quasi-gisants
sombrant dans des contorsions les dernières
peaucières seulement, appelant à l’aide des mérous qui
vivant placidement, habitués, impressionnants mais
pas forcément magnifiques, ne répondaient pas,
pas dans le sens de « non » mais dans celui de « pas
particulièrement ».

Toutefois ce contact avec les bêtes
(et créatures)
détendit tous ceux qui n’étaient qu’au bain
alors que se sentait venir une période
de grand désolement et de nudités anormales, gênantes
genre tsunami de nuit, femme du voisin croisée dans le pâté
huchant sur le bris de son domicile effondré
(les eaux ayant affouillé rapidement par le garage)
mais surtout pubis incendiés, niveau séquelle
du pressentiment ou de la prescience:
des petites pestilences constantes
ou grandes pestes momentanées, soudaines
démangeaisons intimes à se convulsionner, commandos de morpions en formation sous drap, aussi
à ce moment quand renaissants,
coquets en diable, on en est à faire voler les fibules
les socques, les bas,
l’hygiène soudain manquant tâche les toges.

delugemazoque

 

3

Un homme à ce moment de jour tombant déjà manifesta qu’il avait comme les bêtes quelques heures plus tôt senti la menace et réarrangeant sa grande toge, se mit en boule dans son fatras.

Quand deux types sortis de nulle part lui tirèrent le froc.
On lui vit la trompe.
Tous, en entier.

(si tu l’aimes, fonce, la taille n’a aucune importance)

La honte enflamma une partie.
La honte enflamma une partie grecque de son cerveau.
La honte enflamma une partie grecque de son cerveau qui doit servir.
La honte enflamma une partie grecque de son cerveau qui doit servir à ne pas bander.
La honte enflamma une partie grecque de son cerveau qui doit servir à ne pas bander tout le temps et bander il ne put.

C’est l’épaisseur qui compte, la moiteur de ton manche en bouche, la vigueur de ton sperme, la fertilité de ton imagination. Et l’humour, les demi-femmes aiment qu’on les fasse rire.

misamort2

 

4

La nature aussi met ses crimes en scènes, le chien
par exemple mort-pourrissant
laissait comme un contour de crasse sur sa dalle de garage. En trombes du thon fossilisait. Le mérou, à l’instar des grands animés, utilisait des signes pour communiquer, indiquait des positions de gisant, des machins perdus sous les roches, de l’encore vivant ou ce qui semblait tel mais, essentiellement il y avait du fossilisant comme des chips ou des menus décombres de moules et huîtres, tiens encore un peu de thon, du thon encore ici, des souris d’éléphant et le reste du pied d’un cheval.

J’assistais, yeux et moue de mérou et tout jugement stagnant, à des docilités devant la mort auxquelles seul échappait un petit homme avec sa toge en boule
ses couilles de vadrouillant codant un sos
convulsionné, tandisse
que ses mains phrasaient au futur.

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5

Renaissante et coquette à la fois, une femme apparue nue fit fuir les assaillants. Sa chatte objectiva la ménagerie du monde et s’offrit accueillante aux humains de seconde main, aux maillots de seconds bains, et cette terrine de fretins chanceux suinta,
fit mouiller jusqu’au point
qu’il fallut tamponner l’entour avec le max de toges trouvables,
ce qui politisa des nus revanchards et du coup super inaugustes
menaçant sous couvert d’augures:

Lorsque ce monde sera moulu et sa poudre jetée en mer, la richesse et le désespoir se répartiront de nouveau, et tous les hommes encore seront égaux devant les choses, la force et la force des choses.

Un tenso fit voir un fatras de fantaisies ayant réchappé aux toges absorbantes grâce à des poils roussis qu’un feu domestique avait recourbés ; l’à-bas bruit des morpions tapis dans la touffeur suggérait une hygiène manquante: ils pédalaient, silents mais très labors, dans une semoule compacte de sperme réduit.

Gnhi, gnhi

L’effort n’avait qu’un nom, le vrai, l’onomatopéique.

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6

L’hygiène manquait, le papier tue-moule était plein de pouchière. Un homme disait qu’il avait tout prévu, même de survivre au dépouillement, aux démangeaisons péjorantes, majorées en période nuptiale. Rien, jusqu’à l’absence d’un uniforme, ne venait pourtant appuyer ses prétentions de sauveteurs.

Un mérou, en costume:

Le mérou
Et sa famille fraîche ou congelée
Disponible en darnes
Toute l’année occupe les siens
Au dégagement d’une forte odeur d’eau de mer.

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7

Avec le triomphant aplomb d’une banquise fondant, la moule, en son étrangeté, rappela l’huître: fossile, pépère, popote, juteuse en bouche, mais certainement pas comestible.

L’impuissance entamait son moral : la partie de son cerveau qui commande de se retenir.
L’impuissance entamait son moral : la partie de son cerveau qui commande de se retenir commit une faute.
L’impuissance entamait son moral : la partie de son cerveau qui commande de se retenir commit une faute de goût.
L’impuissance entamait son moral : la partie de son cerveau qui commande de se retenir commit une faute de goût, marron.

Et tous les épisodes, écrits par des scénaristes précaires et souvent pas les mêmes, puaient la merde acide, huîtrée, huileuse, acidulée.

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8

Une moule ressemble à s’y méprendre
Aux empreintes digitales de bien des criminels.

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L’hygiène manquait
Il faisait rance
Nu du bas, je dévisageais les gisants
On leur voyait la trompe, tous
En entier.

Un homme, sa toge en place mais empouillée, décrivait à grand renfort de gestes obscènes sa vision de l’avenir – de violentes et intimes démangeaisons finissant par toucher le comptinant dans son entier – tandis que tous le considéraient avec la circonspection des premiers mangeurs d’huîtres, fossiles témoins du déluge authentique.

Des démangeaisons violentes et intimes toucheront le dessous et l’entour des lombes de tout le monde comme une grande chatouille imprévue et convulsionneront l’ensemble du comptinant jusqu’à mort.

C’était huîtré c’était huileux – ça ne laissait rien cuire, c’était bien assidu au lait.

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9

Mérou futé prévoit

Peu de monde entre les gouttes
Ce n’est pas un déluge pour enfants
Il devrait même pleuvoir jusque dans sous-la-mer.

L’expérience manque souvent pour parler de sa propre vie, et c’est à s’en dissuader. Mais ne vous mettez pas en trombe. Soyez serein, exercez-vous devant l’urgence à psalmodier le moindre texte qui vient sous les yeux. Profitez-en pendant que l’hygiène manque. Faites une liste des animaux que vous sauveriez du déluge. Celle aussi des enfants que vous replongeriez. Et des jours où fut évident le pourrissement du monde. Rassurez-vous, faites un exercice d’immobilité. Voyez comme en dépit de vos errements rien n’est vraiment à la dérive.

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10

Derrière il y avait des souris
deux poules en miettes
des noyaux de chevals ; une huître.
Victimes de leur placidité.

(Lors d’une scène écartée du montage de cet épisode, l’huître descendue dans le bas-ventre butait tout le beau monde entérin d’un homme, petit doge à poil roulé sur lui-même, sorte de figure noticière, fatrasique, sadique impec.)

Derrière encore des chiens
des * de *
des * de * en *
des * de * en * avec des *
encore d’autres * sous les *.

Loups petits, grêles d’épis, têtes, énormes et grappes de lapins.
Réjouissances. Dépôt, entérin mais pas top lacustre.
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Vicus qui grattent et péjorants, fibules de toges.
Buffet trop nombreu pour mon goulet de gorge.

Il n’y aura pas de petites pertes ; ce qui coulera coulera de source, abondamment des oraisons te parviendront, de loin en loin, elles feront le même bruit qu’une marée rassurante sur ta vie sablonneuse. Nul endroit sur ta peau ne connaîtra le répit du chien mort laissé au garage.

merouchatte

 

11

AVERTISSEMENT
En lisant ce texte vous vous engagez à avoir un jour plus de 13 ans
et à vivre votre vie durant dans une baignoire remplie de moules

Un beau matin, un imposant mérou à chair blanche, ferme et maigre, se fait dépouiller comme un gosse devant son professeur de sport, puis cuire sur un grill farci d’agréments. Blanche et ferme consolation, il fraternise avec les occupants des plats voisins, essentiellement du thon et une jolie farce enrobée de sole. Et quand on me dépêche sur la scène, yeux et moue de mérou, comme un masque de circonspection, je n’achète le témoin que si je le sens.

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12

Une lycéenne japonaise nue.
Ah non, non, c’était juste un poisson pané.

Des souris d’éléphant
Du thon
Le reste du pied d’un cheval
Un homme en toge dans son fatras.
(On lui voyait la bite par la serrure de sa fibule, sa femme,
Un trou pendant aux lèvres polies de la moule, fuyait de l’eau de mer.)

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13

Le mérou est peureux, il est patibulaire. Il a autant de méfiance en lui qu’il en inspire et, quoique avenant pour son espèce, c’est un personnage ombrageux qui fait ici exception car il change de sexe avec l’âge.

Il est d’abord femelle – comme l’enfance est domaine de femmes – puis devient mâle, adulte, responsable, se sédentarise et assume la territorialité des rapports amoureux seule susceptible du maintien de l’ordre des marées selon la religion sociale qui gonfle le cœur de chacun du sentiment d’utilité.

Ark !
La fin lui faisait l’effet d’une vieille huître régurgitée.

Sa sédentarité se manifeste d’une façon curieuse et obstinée : il nage fort à contre-courant pour ne pas bouger. J’ai personnellement testé l’immobilité par la réaction, et c’est une expérience intense de rejuvénation. Je le conseille à toutes. Je le conseille à toutes les petites bourses. Je le conseille à toutes les petites bourses coquettes. Je le conseille à toutes les petites bourses coquettes qui passent. Je le conseille à toutes les petites bourses coquettes qui passent leur vie à aller de l’avant.

merou

 

14

Si vous pensez au bonheur, à l’abondance, à la santé et à la réussite avec conviction et force dans votre submarin, vous verrez des bulles d’amis et de relations se former à la surface de votre corps, et alors toutes vos espérances, enfermées dans les limites de ce à quoi votre catégorie socioprofessionnelle vous permet de prétendre, seront maximisées et la lumière du monde aspergera votre visage ruisselant de joie.

Il a sa femme qui bée devant un banc de mérous pas moins médusés que d’habitude : de l’eau de mer. Ils ont tous un air pénétré, mais à vrai dire et triste dire, ils ne sont plus maintenant qu’en filets.

merouleg

 

15

La barbarie avait ses sources.
La honte n’en manquait pas.
La stase enfilait ceux qui contre-couraient.

Tout n’était qu’un présage, un fossile sans tête
et tous les épisodes écrits par des scénaristes précaires et souvent pas les mêmes, puaient la merde acide, huîtrée, huileuse, désagrégée.

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16

Si je n’en devais suivre qu’un, ce serait l’éléphant, pour me cacher dans la poussière de ses gros pas, comme un morpion dans la touffeur ou le petit chien puni-mort-oublié-pourrissant au garage, en phase avec sa mort en phase avec sa dalle, mais je te conseille plutôt l’éléphant sinon je pense que

tu pourriras tellement longtemps dessus ou sous ta dalle, selon que tu es homme ou chien, que le moindre et plus rare crachin te submergera tout entier. Goutte après goutte. Et son rythme sera le tien.

misamort

 

17

Une femme nue, au fond de la pièce, béait pour faire de la place aux enfants taciturnes, aux suicidaires, à tous les écorchés malheureux d’être nés. Deux feuilles d’endive ou des tiges de citronnelle comme fichées dans son maxillaire.

J’étais : Droguais, deux points
J’habitais, fantôme, une vhille hagarde, je butais, je nmemememememememeuvais pas à mon aise

À un moment il me fallut changer tous les soirs mon modèle de journée pour retrouver le rythme des brasses qui dégagent.

J,étai’s-ais : Drôguais, deux points ovale, massif
Coupé en deux parthies de phrase dont on fait des fragments, des indépendaisons
Toutes, me regardant des yeux – la bhite –
Et me dévalisant

À un moment il me fallut changer toutes les heures mon modèle de minute pour retrouver le rythme des brasses qui dégagent, jamais égales entre elles, mais issues d’impulsions semblables.

Jaitay droguè des points coupe-lait, indéhiscent, de l’eau de paire vale, las
cif ; parti des phrases : des fragements, des gentilslaids, de cyeux de bhite – me regardant vaseux, labile,
Ô
me dévalant
sauf au moment du frai

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18

Ah non, non, c’était un lapin.

Les textes ont trompé notre vigilance. Il est dit qu’

un lapin

– un lapin, pas une femme avec une endive ou de l’antimoustique –,

un éléphant, une huître une moule et des fossiles seront conduits par un poisson marginé à chair tendre sur une île montagneuse où un peuple d’hommes écologiquement évolués ne les chasse qu’en fonction de sa consommation du jour.

misamort1

 

19

Du foutre tombe au ralenti dans l’océan tempétueux.

Se dressant à la verticale, notre chasseur, la tête en bas
à la verticale de la cache,
comme ainsi ségrégé, honoré tout entier
offre un refuge au néritique: huîtres, et huîtres,
Et huîtres épouillies, purgées, rançonnées
Mères des naïadous. Beaucoup comme ça l’hygiène manquait.

Il faisait bite
Je touffu-rance, déçu, lors dévisagés les passants
Manquaient voyaient l’aven, couleur-nu
Ton-rance pigment-trompe ; et huître japonaise.

merouleg

 

20

Tu commenceras à délirer. Ta mémoire manquera de point de vue. Tu ne remonteras que pénultièmement le cours de tes pensées. Tu installeras dans ta vie la récurrence de quelques éléments qui feront comme des marées rassurantes sur ton existence impalpable. Dans l’ordre des révélations, l’accablant sentiment que ce qui gît s’exerce à pourrir aura précédé celui-ci : ta bite, ta chatte, n’est plus qu’un démangeant symptôme du manque dans une mer moulue d’abondance.

Et ce que les gens ne sauraient pas
C’est qu’ils seraient filmés du bas.

gros-merou-thof-peche-au-gros-senegal

 

21

Mes yeux s’esquintent longtemps sur le faciès usé-néritique d’une moule, son grain huîtré, nue, raptée par les passants : la moule est sans charnière (un homme
reclus dans un fond de pièce comme un reste de pied de cheval, récite en moule un haïku plus fautif qu’irrévérencieux :

en cour de sport j’avais 7 ans
fesais la queu troppeur de demander
résltat sa puer la merde

)

KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERA

 

22

À un moment le désastre touchera au sublime :

Une moule compacte grossira la cohue scandaleuse de plats de la mer, avec des champignons derrière hachés menus, des chips d’humains second choix, des drogues de souris mais en forte dose, très, des énormes grappes de petits chiens morts sur leur dalle de garage, des morceaux d’eau de mer dans leur entièreté et une proportion diluvienne de moules et d’huîtres noyant tout dans le bruit d’un nom d’écrivain irlandais.

7 ans, 13 ans : la torpeur devant le sport
de demander redoutant la réponse
résulterait en merde pure

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23

Dans un grand nombre de mythes, le mérou n’installe pas seulement sur sa face un dédain pour ses frères humains, il se comporte en poisson diluvien qui fait pleuvoir jusque dans sous-la-mer, critiques et sorts invoqués par un être suprême qu’il place au-dessus de lui dans l’espace, mais infiniment en-dessous dans l’échelle des acquis civilisationnels. Sa placidité fait des vagues, les quiètes, à saucer des petons.

Il se sait le sauveur de ses dieux, mais ce rôle de rejuvénant ne lui donne aucune joie et commande même sa stase, parce qu’il n’intervient que tous les 24 épisodes, quelle que soit la longueur de l’intrigue.

Ainsi constant et premier dans les mythes, mais éphémère dernier dans l’ordre des apparitions, il vit comme une humiliation cette place honorifique auprès d’une humanité de seconds qu’il faudra bientôt moudre ou cuire ou dégeler, ou bien restituer à l’aveugle.

misamortengle

 

24

Parvenu
Au-dessus d’un aven sans bords
Sécessionniste plus guère divisible d’une espèce au cul de son propre sac
Un maldenik, un sprössling, un nomade pris au piège de la fossilité
De la dönersoße faite gosse
Est
(Grâce à
la pittoresque imprécision de l’haïku du dessus
la mollesse accrocheuse de la moule
la circonspection des mérous par milliers
la comestibilité de certaine vieille caillasse dont on se repaît volontiers des derniers paradoxes
et la subtilité du concept de fin victime des surpêches dans l’espèce)

Un filet brisé d’histoires sans issue, sous
Un déluge. Une éléphantesque trombe hors sa toge.

 

 

  1. Sénèque, cité par Saint-Augustin, d’après la traduction de Jean-Louis Schefer in Le Déluge, Uccello.
  2. « An element of a culture or system of behaviour passed from one individual to another by imitation or other non-genetic means.  » (Oxford) C’est-à-dire à peu près le contraire d’un élément de tradition, au sens où Pline distinguait traditio (qui se transmet et se reproduit selon la loi naturelle) et permutatio (ce qui opère un décontexte radical, dont l’exemple typique est le remplacement des têtes sur les statues).
  3. « Daher ist das Befragen der Sterne – selbst allegorisch verstanden – tiefer gegründet, als das Grübeln ums Folgende. » est une phrase de Walter Benjamin qui suggère que le fait d’interroger les étoiles est une pratique plus solidement fondée que la gamberge sur le qui-vient.
  4. Commentaire laissé par un fan anglophone en réaction à un morceau de Le Matin, faisant référence à un autre morceau du même, intitulé Sa puer la merde, d’après un indécidable mème ou mentisme dont voici le texte original : « de mètrre chier dessu en cour de sport j’avais 7 ans on fesais la queu pour ché plus qoui et javaos troppeur de demander a ma prof d’aller au toilette résltat sa puer la merde. »

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