Déluge — saison 2

Déluge — saison 2 n’a jamais paru dans Enculer — Poney à cause de la Deutsche Post. Ça a été lu dans une galerie berlinoise devant une audience constituée de 5 amis, 2 inconnus, 1 chien, principalement non-francophones. La saison 2 a été décrite par le Spam des Commentaires d’En-Bas comme « best vacuum for pet hair » (meilleur vide pour poils domestiques).

Les hommes qui survivaient à ce déluge, étaient obligés,
comme les premiers habitants du globe,
de recommencer une nouvelle carrière,
de repasser lentement par tous les degrés de leurs prédécesseurs.
Chateaubriand, Essai historique sur les révolutions

C’est Déluge — saison 2, le tiers d’un truc nommé Déluge, genre poésie, puns variégés, commentaire composé d’une vie de maupassant.

deluj

Dans Déluge — saison 2, les rescapés (1) commencent à se constituer en gène, on âge, adolescents velléitaires & démangés, on opère les changements, on purge dans la dépression (2). La digestion (5) restaure, l’indignité (11) dissout, et le désordre des titres indispose les langues : dans l’alphabet des mondes en -at, c’est -at qui vient encore avant que ça bée.

Des draps de bain apprendre
des têtes avoler
des raisons de vivre (3) arraisonner.

(1) Un rescapé est un homme en boule, en proie au choc, occupé à développer des prédisposions à un état de léthargie et de manque d’appétit global qui peut être la dépression à coup sûr.

(2) La dépression est un état qui incite à une léthargie globale où percent parfois des appels à l’aide, diversement formulés, soit sur le mode confessionnel-cri appelant l’entraide (« je ne veux pas vivre comme ca » (4)), soit sur le mode testamentaire-doux doutant qu’il y ait de bonnes raisons de vivre (« je ne vois pas en quoi consiste la vie et mourir maintenant ne me dérangerait pas »).

(3) Raison de vivre est une expression qui désigne toute pensée perspective produisant un état affectif suffisamment intense et durable pour compenser la peur ou la tentation de la mort.

(4) « Je ne veux pas vivre comme ca » est un mentisme et un morceau de Le Matin où un commentaire d’un fan anglophone a été posté référant au morceau Sa puer la merde, lui-même nommé d’après un indécidable mème ou mentisme tiré d’un post de forum où la détresse venait du fait de s’être chié dessus en cours de sport par pure inhibition et d’avoir été, au touche-touche embarrassant d’une longue queue quelque part, tenu pour responsable de l’odeur de merde qui se répandit. Certaines odeurs de merde sont davantage qu’à de l’inhibition liées à des digestions difficiles.

(5) Une dépression post-prandiale est un état dépressif passager, abattement physique et moral qui survient après le repas chez les sujets dont le corps consacre beaucoup d’énergie à la digestion de certains éléments nutritifs traditionnellement déconseillés aux appareils digestifs sensibles disposant du corps pour organiser de grandes digestions difficiles laissant la tête manquer d’afflux.

Dans les musées, au bas des statues à la tête et au corps dépareillés, testa non pertinente (8) signale une indignité ; on signale un dommage artistique mais pas une indignité quand on mentionne une bite ou une chatte recouverte après coup, d’ailleurs il n’y a pas à ma connaissance de formule pour biffe de bite ou chatte caviardée postérieurs attendez, je vais même vous donner l’article en question :

Au matin du nouveau premier jour, le désir s’est retiré des plages de son objet, les affects historiques sont à marée basse, – l’éternité s’entrave dans des tas de touffes de gènes de gens fins comme du sel.

Comme Job sur le fumier – mais n’imaginant rien (12), les rescapés s’occupent à survivre à leur hébétude mais certains ruent leurs corps moins affligés que d’autres sur les trônes
s’emparent des bijoux dynastiques, des broches empire
sous les hommes-debout centenaires, des pinces,
pas mal de cents restauration, accroches médiévales pour parkas
d’époque, toques (9), draps, gras, toges (10),
poussière datée de la dernière révolution,
registres mouillés,
vieux baux aliénables
avant la chute, listoire dégorge de beauté d’ailleurs
ne bougez pas,
je vais vous donner l’article en question.

Du thon, comme Jacques Chirac
bissé par des vivats suspects
se laisse fumer
faisant le job
et n’imaginant rien
frétillant d’abord
pensant après
avoir fait une razzia dans la panière aux draps de bain
serré des pinces
et quasiment toutes les paluches aux bains-marie
puis de retour au gril
prenant la tête
des hâtelets
soumettant viandes et farces
organisant les bombances et les pénuries.

Meanwhile, ceux qui ne veulent pas vivre comme ca (4) s’entraident, cherchent à remotiver (7), portent secours ou installent des communes (-autés, camaraderies), occupent le bush central du comptinant nouveau, fatrasique et fourni sans notice. Des cellules psychologiques se montent, s’emparent des forums (6), les places subissent le double assaut des yogistes et pillards, chacun à ses occupations, chacun ses exercices, simulations, chacun dans des positions diverses mais toutes qui trahissent l’angoisse et le fait que maman nous manque ; aux gisants le spectacle bon marché des places de fin de marché, forums, du nouvel épisode dans la lutte des chefs (Rassiste contre Hencule, Vieux-Beau contre Razi),
chacun fait part de ses projets
présente sa tête à l’entreprise
celle qui en vaut la peine, déplore les suicides
a des vademecats
des mange-mon-sperme pour la foule,
le peuple, le tas de moules
et les passages les plus honnêtes sont ceux
qui seront lus comme les plus creux
par pure accommodation politique
écoutez les enfants
le reste est littérature, civilités, bouchons striés
opérations pratiques cantonnées sur le champ
altéré littéral
oreille bouchée selon la police
tendue selon les organismes
en direction d’une grande place ovoïde
écoutez les enfants
de tout cortège
la tête et la queue disent
dans la vie, rien n’est jamais gratuit
certainement pas les raisons de vivre ;
écoutez les parents les enfants
les grands madrigaux vous rassoient
avec le service d’ordre autour
à la longue table dynastique
enfin voilà les parents les enfants
les raisons de votre domination malheureuse.

(6) Un forum d’entraide psychologique est un salon de discussion en ligne, anonyme dans les limites du respect de la loi et de la décence, où a lieu un potlatch de difficultés psychologiques diverses, durables ou passagères, qui appelle des reconnaissances ou conseils. Les prophéties y sont absentes, le futur dans les faits proscrit, tout est au présent de la manifestation des symptômes et dans une nécessité dont se gargarisent les artistes en faisant des bulles comme des porcs, ceux qui placent leur singularité douloureuse sur l’étal mondain ; certains n’y interviennent qu’une fois, d’autres une dernière. D’autres encore sont super assidus, une communauté s’organise alors autour de l’état dépressif, les anciens, bipolaires ou constants, ceux qui vivront toujours sous ce joug et le savent, entre eux l’entraide est davantage de l’ordre de la remotivation, il faut donner des raisons d’achever le jour et de commencer le suivant.

(7) La remotivation est une technique utilisée en milieu scolaire d’entreprise qui prend la forme d’exercices ou de simulations ayant pour but d’amener tête et corps à congruence, d’installer dans l’une et l’autre le bien.

(8) Testa non pertinente est une inscription qui signale une incongruence corps / tête. Elle indique, au pied des statues des musées, que le chef n’est pas d’origine, qu’une permutation a eu lieu.

(9) Une toge est un attribut dignitaire de corps qui ressemble à un drap de bain broché.

(10) Une toque est un attribut dignitaire de tête d’une blancheur rigide dérisoire en opposition au ciel trop pour ne pas marquer exigûment quiconque prince amer de l’écueil s’en coiffe comme de l’héroïque irrésistible mais contenu par sa petite raison virile en foudre1.

(11) La dignité est l’apanage des gens couverts qui ont des têtes et des corps parfaitement continents, conventionnés, -ionnels, congruents et attentifs à ne pas laisser les -ats béer.

(12) Comme Job sur le fumier — mais n’imaginant rien est un mentisme que je ne m’explique pas. C’est une citation de Georges Bataille, issue de L’Expérience Intérieure, qui reprend la figure biblique de Job huchant à son dieu avant d’être puni de cette imprécation que dieu prend pour une offense car sachez que dieu n’abandonne pas, jamais, quiconque, comme les mentismes, même quand le sens est dur et qu’on ne parvient pas à s’expliquer ce qui se passe d’ailleurs, ne bougez pas, et n’allez rien vous imaginer car je vais vous donner simplement l’article en question :

SON CORPS PIEU, SES BEAUX DRAPS: SES COUILLES DE TOURISTE
UN HOMME TRISTE QUI FAIT MOUILLAIS, NÉÉRLANDÉ
TOUT BLANC ROUGE COMME UN ÉCRIVISSE
QUELQUES ENTRÉES, DES CROSSES DANS LE PÂTAIS
LE PLAT LE PLUS COLLECTIF DE L’HISTOIRE
FAIT AVOIR LES FRUITS DE MER DES YEUX MIROIRS

UNE SORTIE, UN RETRAIT: UN VENTRE BOUCHONNÉ
UN HOMME AU STADE ANAL, UNE REVUE ENCULAIS
DES ENCYCLIOPÉDIES, DES BOUGES, DES AEDIFICES
DES PISTES GROSSES COMME UN FILON: UNE LISTE
DES LISTES DE LISTES DE LISTES, UN SOIR
QUI FAIT LA RIME ENTRE MER ET MIROIR

DES PÈRES, DES EX, DES PÉSCIALISTES
DE L’AIR EST CE QU’IL FAUT POUR TON ANNIVERSAIRE
SEUL À PRÉSENT MORT-NÉ MAIS N’IMAGINANT RIEN
COMME BOB, CE FUMISTE, LE TYPE QUI A LES CLEFS
JE NE CONNAIS PAS D’ARTISTES, JE NE LES TROUVE PAS DRÔLES
MAINTENANT IL NOUS FAUT UN HOMME DE PAROLE

 

 

1

Au matin du nouveau premier jour, dans l’orbe ourdisseur d’une lunette de chiottes, le centième d’ébaubis rescapés que les eaux n’ont pas pris dans leur retrait constate

une malchance alentour globale, qui donne raison aux pubs pour détergents : 99,9% de gisants ont fui où flottent plus ou moins démembrés.

Sensiblement décru, débarrassé des vigueurs salissantes, le monde offre à ses restes une occasion de réinventer la grandeur et de reconstruire un pouvoir à l’échelle.

Les cataclysmes ont souvent laissé, dans le camp des vaincus, des têtes à prendre et des draps de bain à voler.

justchilling1

 

2

La nature aussi met ses crimes en scènes.

Des épis d’humains sous la mer. Des courants insensibles au milieu du grand flux. Une sauce amniotique et macabre, joliment saupoudrée d’un parmesan de peaux mortes.

C’est prêt –

loin bien au-dessus de fins de vies de foules amalgamées d’un sel étrange.

tourisdebris2

 

3

Dans l’exercice suivant vous jouez le rôle de votre vie
un second violon de 50 ans à la digestion méphitique qui
huche à la mort
dans les certitudes infinies de l’être.

Ici, ton cadavre participe à l’effort de reconstruction, tes restes nourrissants portés par les courants s’offrent tout aux petits poissons qui sont là, corps près de s’émietter, escouade prête à se déployer, ensemble attentif à ne se prêter aucun crédit. Ainsi tu meurs aux illusions, tes éboulis semant de fertiles désillusionnements.

Un monde en -at
c’est comme une grande dissolution qui échouerait
à renouveler une majorité
de vivants au-delà des espèces –
rapport simple moule-moule
huîtres fidèles aux leurs
homme pour homme
gisants reconduits par
allèlement par et par
mi les mourants.

caterconnard1

 

4

Matin moins surgissant qu’avant, il finit par faire jour sur un monde inhumain de satiété de poisson frais. Le soleil haut hissé, partout la mer halée, avec son drapé d’eau, son toit tranquille d’onde, friselis des grandes attractions. Rien que du poétique.

Visiblement
l’hygiène avait manqué un homme
bandait gradé d’un drap
ou deux
barbu comme un maillot
qu’on avait entendu vouloir sauver mais quoi c’est à regrets
défaut d’audience et noyade interdite
que la cause d’un homme bon demeure impénétrable.

Aussi, lire la biographie des hommes valeureux à la recherche de convergences avec la nôtre – misérable jusque dans la lecture de vies d’hommes valeureux – revient à parcourir les forums suicide à la recherche de raisons de vivre, ce qui donne évidemment l’aperçu le plus convaincant des raisons d’en finir.

Elles sont toutes excellentes, d’ailleurs, je ne saurais t’en conseiller une en particulier.

babyflood1

 

5

Le sinistre des vies continue
s:

Le petit feu des bises
le clapot des familles
des bandes organisées
encore un peu d’émeute au creux des petites cuillères
et plus souvent :
le grand jeu de la mâchoire inférieure.

Les gisants font sous l’eau des figures désynchronisées. Tous possèdent un proche averti, qu’il était convenu d’informer si le niveau de la mer montait plus vite que la police. Mais personne n’a donné l’alerte, soit que le danger fût gracieux ou que couler ouvrît des perspectives.

Votre histoire ressemble drôlement à la mienne ; en effet qu’est-ce qui nous arrive ? As-tu eu des changements à ta situation depuis ta relégation par exemple noyade, handicap, mort ? J’ai tout subi, dans l’ordre le plus fou, mourir m’a pris plus de temps que vivre.

Les gens qui sont entre eux
ceux qui sont parmi nous
ce que le bonjour sait
ce qu’il tait
ce qu’il sous.

En somme, expression de vieilles bouches pincées par le style, à laquelle je préfère « tout dans tout » (comme en allemand-latin « alles in allem »), je suis une coupe à travers tout, et j’ai souvent beaucoup plus mouru dans ma vie que vécu.

– Rien n’est pas salutairement ni mouillé
mâché
non plus déchu de toute équivalence
même sous l’eau
tu ne finiras pas plus enfin moins
mangé dans la main que
vivant de toi plus,
enfin moins.

caterconnard2

 

6

Un homme, que le frisson déplie, mime une aptitude croissante à la vie commune, au partage, au choix de la tapisserie des chiottes, organise en courant les couloirs, se montre utile à sa dislocation, communique en dérivant sur sa mobilité nouvelle. Il est comme noyé-cuit :
dissout
– où ?
dans l’immensité familière d’un prédatorat consciencieux
TOUT SIMPLEMENT.

En apprenant l’estime de soi et la confiance en soi tu découvres le sentiment de ta propre valeur et la joie d’affirmer simplement ce que tu es : un sentiment, une valeur.

C’est tout mon soul qui pleure
comme un petit chien sage
qui serait de quatre ans – dévoreur
d’amour, et tout péri dans le garage.

En affirmant sa personnalité, on participe au sens commun, on montre ses valeurs communes, pour le bon marcher de l’humanité c’est la clé du succès.

– Toujours qu’en miettes on te confondra moins ; la relégation a plusieurs visages.

justchilling3

 

7

Dans la simulation suivante, pour incarnez avec brio
le sujet absent des conversations familiales
une vieille gloire canine
dont on attend la mort
pendant que le petit dernier fume des joints.

Il existe aussi des gisants complets, particuliers en leur souplesse ; la mort, bienfaisante, les fait vitreux et les exhibe en un déroulé de rollmops, on dirait des filets de roche, un peu soufferts, des darnes au trou radieux qui ne peuvent que gémir que c’était mieux ailleurs.

J’aime bien quand tu écris : Et mon cœur de quatre ans dévoré d’amour comme le cœur d’un petit chien. On dirait qu’à ce moment-là tes angoisses ont été dévorédamour – incontrôlables, et ça me rappelle des souvenirs dont j’ai eu également, quand je commençais dévorédamour à me soumettre au préceptorat dévorédamour – consciencieux d’un tas d’hommes bons dévorédamour qui voulaient me dévorédamour – sauver.

– Tu possèdes une poche de pus
située dans la tête
qu’il convient de substituer aux yeux des hostiles quand ils voudront ton bien
ta réussite
et te décorer tous les ans.

recontr2

 

8

Bonjours. Je viens juste de naître en toute sincérité je souffre trop j’ai besoin un peu d’extérioriser car je n’ai personne à qui prier donc je me dis que peut-être ici quelqu’un voudra bien un peu me montrer voir que je ne suis pas seule à vivre la tête sous l’eau comme ça.

– Tu pourrais définir un ordre des prioritaires
une classe d’évacuation
et asseoir une autorité de vaincus dans la
miroiterie lumineuse de plein de mondes en parallèles
je vois ça d’ici ton corps
assiégé par un ciel en beauté
des baux bandants
traversés de bernaches nonnettes
nature avec coquille (« NAURE »)
brasses libres qui dégagent
des éventualités
éventuellement coulées
une emphytéose infinie sur les zones d’éblouissement
de fertiles désillusionnements.

recontr1

 

9

Bonjours. Je trouve que dans cette spéculation sur l’incommunicabilité et l’aliénation il n’y a aucune tendresse mais plutôt une complaisance énorme. C’est bien de vouloir garder ta personnalité mais je me demande si à ce niveau ça n’est pas une rétention vaine. Vois le peu que les gens gagnent à tout le temps parier sur leur préservation.

Il n’est rien de plus calme qu’un monde inhumain, rien qui n’agrémente aussi bien la mer qu’une compagnie de cendres. L’éternité ? C’est des couilles saisies par du petit petit, des  troubles vaincus et gagnés par des gènes, des gens fins comme du sel.

tsunasea2

 

10

Dans l’exercice suivant vous décidez de faire corps avec
ce qu’on dit de vous dans le who’s who des halls d’immeubles
un mec marrant À TABLE
dont la pilosité sourd mal à cause d’un urticaire de stress.

À constater régulièrement combien partout, en dépit de nos efforts, l’hygiène continue de manquer, on mesure enfin comme est grand ce qu’on voit plus petit que soi.

Ça fait des heures que je suis dans une solitude atroce dans une sorte d’isolement qui m’étouffe minute après minute que faire en me disant que l’homme n’est pas fait pour vivre ainsi comme je n’ai absolument aucun ami pour décompresser pas de jardin pour me ressourcer et pas d’emploi non plus pour sortir.

– N’oublie pas de checker mon blog car il racontera bientôt quand et comment je suis parti, porté par des nuages bas déchiquetés, des pannus, qui se resoudent au ciel en s’élevant.

babyflood2

 

11

Du thon pousse la confidence :

J’ai vu
dans l’œil vitreux des humains désunis
un rien-à-dire qui les honore
et à quoi pouvait ressembler
de l’indignité sur étal.

Tous possèdent une poche d’encre, située dans la tête, dans laquelle il convient de noyer l’image de petites analogies personnelles (situées dans la tête) : à la porte d’un courant neuf (situé dans la tête), un frai de sable de silice allant (dans la tête), coulant (dans la tête), dans les stries des moules endormies.

– Elles sont toutes excellentes
au demeurant
de tête
somme tout
je n’en saurais conseiller une en par
ticulier.

caterconnard3

 

12

Un marc de sable sédimenté
dans un fond de mer
accueille
la convergence définitive des gisants
vers l’épisode 13
et le manque d’hygiène généralisé

Dans l’exercice qui vient vous êtes
le champion de vos grand-tantes, petit jésus d’or 1970
un genre de punk, un gendre excentrique
qui ignore son cancer pour encore deux semaines.

Bonjours. J’aime beaucoup le bruit que fait ta dissolution. Je lui trouve un petit air de marin judicieusement assorti au climat.

– De ce texte qui cherche hagard un mérou qu’il paraît député pour assouplir les lois du sauvage interrègne et faire approuver par un hasard de représentants constitués en banc les nouveaux commandements du care universel, du vivre ensemble inframarin.

Le reste est littérature
civilités
bouchons striés
opérations pratiques cantonnées sur le champ.

justchilling2

 

13

La simulation suivante
met en scène un homme bon
un traître à sa chose
qui vient de trouver pour nouvel emploi
d’environner ce qui le peuple

Les pluies continues sont banales. Partout la morosité chasse, en banc. Ça me fait penser à des trentenaires : c’est des gens qui ont plus de trente ans, bientôt plus de quarante, et qui écrivent des livres à Paris.

DU THON ! DU THON ! DU THON :

J’ai vu
dans l’humain vitré qui rassemble
un rien-à-dire qui s’en indigne
et de quoi pouvaient s’honorer
les yeux tournés vers les étals.

Du thon has left the building.

tsunasee1

 

14

S’il faut s’émietter pour éviter d’être réduit, je te conseille de ne pas compter tes doses et d’en cacher dans le secret. Parce qu’il m’est arrivé de voir
dans le rien-à-dire des humains qui s’honorent
un œil vitreux qui les unit
et de quoi pouvait s’indigner
de la ressemblance sur étal.

Maintenant vous êtes le cache
jamais vidé de votre conscience de bourgeois, un type
qui vote à gauche mais
que son propre consentement fait débander tout sec
et qui se ronge le sexe devant la scène de seins d’un téléfilm français.

– Ton génie est de parvenir à une exaction persistant lorsque le pouvoir perdu. Tu établis, en te désagrégeant comme un vieux prélat dans sa robe, les règles d’un monde immergé mais qui sait j’ai vu
dans les milieux de l’obstruction et de l’hygiène manquant
des toupillons de couilles survivre à leurs baigneurs.

toursisdebris1

 

15

Avec une immense attention, mais sans aucun des saluts en usage qui portent considération, un mérou et du thon se croisent. Il y a dans cet échange vitreux à la fois de la crainte et beaucoup de maîtrise, le genre de guets conventionnés qu’on trouve dans les pays où les gens sont armés. Un acte respectueux d’incommunicabilité, et qui ne saurait émerger en tout cas d’une relation fondée sur le ou la mépris, je ne sais plus.

Dans l’exercice suivant, vous jouez le rôle de votre femme
une céramique Hummel de style moche et vieux qui figure
une veuve abattue
dans un diorama cryptique en zeechium et polystyrène extrudé
matières aux lettres rares qu’on utilise au scrabble ou en laboratoire bien qu’elles nous soient autour
têtues discrètes
environnementales.

reconstr3

 

16

Bonjours. Je me permets d’ouvrir ici le sujet de l’extrême solitude, qui touche paraît-il beaucoup de gens que je n’ai pas eu la chance de croiser. Nous avons tous des histoires différentes, les raisons de notre isolement sont multiples, certains se sont retirés d’un monde qui ne leur disait rien, d’autres ont fait l’expérience douloureuse de morts massives et soudaines dans un entourage déjà mince, chacun de nous s’est rétracté dans des positions diverses mais du genre qui trahissent l’angoisse et le fait que maman nous manque.

– Elles sont toutes excellentes, d’ailleurs, je ne saurais vous en conseiller une en particulier.

Dans l’exercice suivant, vous jouez le rôle de votre maître
une céramique Hummel de style moche et vieux qui figure
un Ti chien mort
dans un diorama garage en matières complexes
imprononçables
qui ne poussent ni ne tombent au pied des natifs mâcheurs de tchiclé.

Là !
Le traitement inhumé qu’on voue aux choses à oublier.
Là !
Des plages paillassonnées de corps dégouttellant.
Là !
De gastronomes fusibles dans leur condiment.

Nulle part !
La justice
TOUT SIMPLEMENT.

tsunasea5

 

17

A e-é-a-yon a-u-eu i-age, ou-en é-é-é-ique ayeu. Ou é-é-é-é-ique han-è ou-i-a-1-a-ire. Ai 1 a-ire o-on, é-eu-eu-han avpa-é o-a-é a-han-a-é-ou-é.

La rlégtio a lsiursviags,sovettélgnqus d’allur. Tutet éléénqueen fai pour qu n’ ren àdre.Jen’i ren  die aumonde,et eude gnssaven comela téléparlr auxatéesavan d’llersecocher.

La reégatin a lusiers isags, suvet téégéique d’allers. out st élégniqu en ait ourqui na rin à ire. e n’a rie à die aumonde, t pe de ens svent ommela tlé prler ux ahées vantd’allr secouchr.

La relgatio a pluieurs isages souvet téléénique d’aileurs. out es télégnique n faitpour qi n’a ien à ire. J n’ai ren à dre au onde, t peu e genssaventcomme a téléparleraux atées avnt d’aler s couchr.

La relégation a plusieurs visages, souvent télégéniques d’ailleurs. Tout est télégénique en fait pour qui n’a rien à dire. Je n’ai rien à dire au monde, et peu de gens savent comme la télé parler aux athées avant d’aller se coucher.

– Tu possèdes une poche à vermine
située dans la gorge
qu’il convient de faire germer rapidement en jouissant par la bouche
si tu penses être sur le point de te décourager.

tourisdebris3

 

18

– Je t’observe souvent consacrer, gage ou rétivité, les restes de ta vie à chercher à toute chose un équivalent en viande de poisson, ce qui s’appelle manger ses couilles en sauce ou sucer l’arête du vivant.

Des fois je me regarde exister comme si j’étais le personnage d’une série. Et j’en serais volontiers le seul spectateur, je ne prétends rien partager, pourvu qu’à chaque fois qu’une prise me déplaît je puisse crier un truc préétabli qui mettrait le plateau en branle et fin à mes sévices par la même occasion.

Tous possèdent quelques raisons de vivre
une faune de salle de bain qu’on voit souvent nager
dans de petits bassins d’agonie personnelle.

justchilling4

 

19

– Un rêve récurrent me donne à voir le spectacle de raisons de vivre tombant du ciel en vrilles acrobatiques, comme une poudre de gibier sidéral, avant de sombrer, en une nuée de petits poissons argentins, dans l’eau noire d’une immense Trevi.

Le problème ici n’est pas tant d’être inaperçu dans ma misère, sans gentilé satisfaisant, inutile à tout objectif, je ne me plains pas non plus de n’exister que pour mes facturiers, mon épicier, mes parents, ce sont des hommes après tout ; le problème, tu le sens bien, c’est que je n’ai personne avec qui m’accorder sur ce mot de la fin. Et personne qui saurait l’entendre si celui-là était adieu.

– Je te vois en héros d’un risque sauvage
un homme que le frisson déplie
qui construit tout autour
de son insatisfaction extatique
un mode vide, ta statue
t’a beaucoup précédé
beaucoup de souvent et beaucoup de longtemps
beaucoup de trop en fait :
tu ne travailleras nulle part mieux qu’au-dessus du catafalque.

Tu feras des listes éloquentes, du lourd, des blagues drôles qui font rire, des poèmes avec le mot bite. Tu auras la bouche pleine de conneries de vieilles putes jeunistes, tu diras, la bière à la main remplaçant le monocle, voyez-vous les enfants, dans la vie rien n’est vraiment fait pour les gens qui ont les mains glissantes.

tsunasea4

 

20

Je ne suis pas vraiment suicidaire mais disons que je ne vois pas en quoi consiste la vie et mourir maintenant à 13 ans ne me dérangerait pas. J’ai l’impression de dîner tous les soirs avec un service d’ordre.

 

Je ne suis pas vraiment suicidaire mais disons que je ne vois pas en quoi consiste la vie et mourir maintenant à 14 ans ne me dérangerait pas. J’ai l’impression de dîner tous les soirs avec un service d’ordre.

 

Je ne suis pas vraiment suicidaire mais disons que je ne vois pas en quoi consiste la vie et mourir maintenant à 15 ans ne me dérangerait pas. J’ai l’impression de dîner tous les soirs avec un service d’ordre.

 

Je ne suis pas vraiment suicidaire mais disons que je ne vois pas en quoi consiste la vie et mourir maintenant à 22 ans ne me dérangerait pas. J’ai l’impression de dîner tous les soirs avec un service d’ordre.

 

Je ne suis pas vraiment suicidaire mais disons que je ne vois pas en quoi consiste la vie et mourir maintenant à 43 ans ne me dérangerait pas. J’ai l’impression de dîner tous les soirs avec un service d’ordre.

Ces très changeantes raisons de vivre, qui font une coupe radicale entre nuits et jours, jours sombres et nuits claires, matins, aubes, crépuscules, qui texturent et colorent les cœurs plus vite que les saisons, disposent des corps comme les drogues ou l’expressionnisme, avec une sensibilité d’instrumentiste débutant qui chercherait à épuiser la corde grave et à faire crier la chanterelle. Comme ça, sans égards, et tout le temps jusqu’à expiration.

– Le reste est littérature
civilités
bouchons striés.

caterconnard4

 

21

SALUT ET PRÉSERVATION
À qui s’adresser ?

Altéré littéral. Oreille bouchée selon la police. Tendue selon les organismes. En direction d’une grande place ovoïde. Souvenez-vous les enfants. La tête et la queue parlent.

Je comprends que trop de choses te font souffrir actuellement. Est-ce que, quand tu n’en peux plus, tu en arrives à penser au suicide ?

Si oui
As-tu pensé comment le faire ?
Si oui
As-tu pensé quand le faire ?
Si non
Qu’est-ce qui t’en empêches ?
Si non
Où est le blocage ?
Où est le blocage ?
OÙ EST LE BLOCAGE ?

– Ta débonnaireté ne tient qu’à l’occasion de rappels, battus quotidiennement contre les règles du genre, et qui sont autant de rendez-vous pris avec la loi sur le parcours des contestations folkloriques pour se régaler de conformité. De tout cortège
la tête et la queue disent
Rappelez-vous les enfants
dans la vie
rien n’est jamais gratuit
certainement pas les raisons de vivre.

recontr5

 

22

Le but est d’attendre le plus longtemps possible avant de jouer mais d’être toujours quand même le premier à jouer.

Cette mise en situation
doit permettre à chacun, lors d’une simulation personnalisée
de texturer selon son goût un maximum de raisons de vivre
Elles sont toutes excellentes, d’ailleurs, je ne saurais vous en conseiller une en particulier.

– Ta vie n’est qu’un interminable essai componctueux pour faire un hommage à ta mort, que tu rêves silencieuse comme un marbre et qui sera sûrement geignarde.

Quels sont les avantages que tu tires de ta conduite exemplaire, et de quelle règle au juste est-elles la manifestation ?

tsunasea5

 

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Alors, il n’y a pas plus de monde fini que de monde à finir, il n’y a qu’un monde stagnant interminablement sous différentes formes et sur différentes pages, et quelques miettes qui s’agrègent quand un cap technologique est franchi ou quand une bonne chanson passe à la radio. On appelle ça un âge, la relégation a de nombreux âges.

Le reste est littérature, civilités, bouchons striéééééés.

À présent, tout peut venir à toute heure et dans le désordre
(souvenez-vous les enfants)
un peu de mort
un peu de vie
les grands madrigaux vous rassoient
les petits ruisseaux font des romans fleuve
la po pipote
l’épique vivifie-tue
on vous laissera parler
d’à peu près tout pourvu
que vous vous montriez soucieux
de votre avenir
et curieux de ce qui vous précède.

babyflood4

 

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Bonjour. Si je n’ai rien à dire au monde, à qui dois-je m’adresser ?

– Prie, ou conte. Va trouver chez plus grand ou plus petit que toi.

 

 

  1. Stéphane Mallarmé, Le coup de dés en prose