Déluge – saison 2

Déluge – sai­son 2 n’a jamais paru dans Encu­ler – Poney à cause de la Deutsche Post. Ça a été lu dans une gale­rie ber­li­noise devant une audience consti­tuée de 5 amis, 2 incon­nus, 1 chien, prin­ci­pa­le­ment non-fran­co­phones. La sai­son 2 a été décrite par le Spam des Com­men­taires d’En-Bas comme « best vacuum for pet hair » (meilleur vide pour poils domes­tiques).

Les hommes qui sur­vi­vaient à ce déluge, étaient obli­gés,
comme les pre­miers habi­tants du globe,
de recom­men­cer une nou­velle car­rière,
de repas­ser len­te­ment par tous les degrés de leurs pré­dé­ces­seurs.
Cha­teau­briand, Essai his­to­rique sur les révo­lu­tions

C’est Déluge – sai­son 2, le tiers d’un truc nom­mé Déluge, genre poé­sie, puns varié­gés, com­men­taire com­po­sé d’une vie de mau­pas­sant.

deluj

Dans Déluge – sai­son 2, les res­ca­pés (1) com­mencent à se consti­tuer en gène, on âge, ado­les­cents vel­léi­taires & déman­gés, on opère les chan­ge­ments, on purge dans la dépres­sion (2). La diges­tion (5) res­taure, l’indi­gni­té (11) dis­sout, et le désordre des titres indis­pose les langues : dans l’alphabet des mondes en -at, c’est -at qui vient encore avant que ça bée.

Des draps de bain apprendre
des têtes avo­ler
des rai­sons de vivre (3) arrai­son­ner.

(1) Un res­ca­pé est un homme en boule, en proie au choc, occu­pé à déve­lop­per des pré­dis­po­sions à un état de léthar­gie et de manque d’appétit glo­bal qui peut être la dépres­sion à coup sûr.

(2) La dépres­sion est un état qui incite à une léthar­gie glo­bale où percent par­fois des appels à l’aide, diver­se­ment for­mu­lés, soit sur le mode confes­sion­nel-cri appe­lant l’entraide («je ne veux pas vivre comme ca » (4)), soit sur le mode tes­ta­men­taire-doux dou­tant qu’il y ait de bonnes rai­sons de vivre («je ne vois pas en quoi consiste la vie et mou­rir main­te­nant ne me déran­ge­rait pas»).

(3) Rai­son de vivre est une expres­sion qui désigne toute pen­sée pers­pec­tive pro­dui­sant un état affec­tif suf­fi­sam­ment intense et durable pour com­pen­ser la peur ou la ten­ta­tion de la mort.

(4) « Je ne veux pas vivre comme ca » est un men­tisme et un mor­ceau de Le Matin où un com­men­taire d’un fan anglo­phone a été pos­té réfé­rant au mor­ceau Sa puer la merde, lui-même nom­mé d’après un indé­ci­dable mème ou men­tisme tiré d’un post de forum où la détresse venait du fait de s’être chié des­sus en cours de sport par pure inhi­bi­tion et d’avoir été, au touche-touche embar­ras­sant d’une longue queue quelque part, tenu pour res­pon­sable de l’odeur de merde qui se répan­dit. Cer­taines odeurs de merde sont davan­tage qu’à de l’inhibition liées à des diges­tions dif­fi­ciles.

(5) Une dépres­sion post-pran­diale est un état dépres­sif pas­sa­ger, abat­te­ment phy­sique et moral qui sur­vient après le repas chez les sujets dont le corps consacre beau­coup d’énergie à la diges­tion de cer­tains élé­ments nutri­tifs tra­di­tion­nel­le­ment décon­seillés aux appa­reils diges­tifs sen­sibles dis­po­sant du corps pour orga­ni­ser de grandes diges­tions dif­fi­ciles lais­sant la tête man­quer d’afflux.

Dans les musées, au bas des sta­tues à la tête et au corps dépa­reillés, tes­ta non per­ti­nente (8) signale une indi­gni­té ; on signale un dom­mage artis­tique mais pas une indi­gni­té quand on men­tionne une bite ou une chatte recou­verte après coup, d’ailleurs il n’y a pas à ma connais­sance de for­mule pour biffe de bite ou chatte caviar­dée pos­té­rieurs atten­dez, je vais même vous don­ner l’article en ques­tion :

Au matin du nou­veau pre­mier jour, le désir s’est reti­ré des plages de son objet, les affects his­to­riques sont à marée basse, – l’éternité s’entrave dans des tas de touffes de gènes de gens fins comme du sel.

Comme Job sur le fumier – mais n’imaginant rien (12), les res­ca­pés s’occupent à sur­vivre à leur hébé­tude mais cer­tains ruent leurs corps moins affli­gés que d’autres sur les trônes
s’emparent des bijoux dynas­tiques, des broches empire
sous les hommes-debout cen­te­naires, des pinces,
pas mal de cents res­tau­ra­tion, accroches médié­vales pour par­kas
d’époque, toques (9), draps, gras, toges (10),
pous­sière datée de la der­nière révo­lu­tion,
registres mouillés,
vieux baux alié­nables
avant la chute, lis­toire dégorge de beau­té d’ailleurs
ne bou­gez pas,
je vais vous don­ner l’article en ques­tion.

Du thon, comme Jacques Chi­rac
bis­sé par des vivats sus­pects
se laisse fumer
fai­sant le job
et n’imaginant rien
fré­tillant d’abord
pen­sant après
avoir fait une raz­zia dans la panière aux draps de bain
ser­ré des pinces
et qua­si­ment toutes les paluches aux bains-marie
puis de retour au gril
pre­nant la tête
des hâte­lets
sou­met­tant viandes et farces
orga­ni­sant les bom­bances et les pénu­ries.

Meanw­hile, ceux qui ne veulent pas vivre comme ca (4) s’entraident, cherchent à remo­ti­ver (7), portent secours ou ins­tallent des com­munes (-autés, cama­ra­de­ries), occupent le bush cen­tral du comp­ti­nant nou­veau, fatra­sique et four­ni sans notice. Des cel­lules psy­cho­lo­giques se montent, s’emparent des forums (6), les places subissent le double assaut des yogistes et pillards, cha­cun à ses occu­pa­tions, cha­cun ses exer­cices, simu­la­tions, cha­cun dans des posi­tions diverses mais toutes qui tra­hissent l’angoisse et le fait que maman nous manque ; aux gisants le spec­tacle bon mar­ché des places de fin de mar­ché, forums, du nou­vel épi­sode dans la lutte des chefs (Ras­siste contre Hen­cule, Vieux-Beau contre Razi),
cha­cun fait part de ses pro­jets
pré­sente sa tête à l’entreprise
celle qui en vaut la peine, déplore les sui­cides
a des vade­me­cats
des mange-mon-sperme pour la foule,
le peuple, le tas de moules
et les pas­sages les plus hon­nêtes sont ceux
qui seront lus comme les plus creux
par pure accom­mo­da­tion poli­tique
écou­tez les enfants
le reste est lit­té­ra­ture, civi­li­tés, bou­chons striés
opé­ra­tions pra­tiques can­ton­nées sur le champ
alté­ré lit­té­ral
oreille bou­chée selon la police
ten­due selon les orga­nismes
en direc­tion d’une grande place ovoïde
écou­tez les enfants
de tout cor­tège
la tête et la queue disent
dans la vie, rien n’est jamais gra­tuit
cer­tai­ne­ment pas les rai­sons de vivre ;
écou­tez les parents les enfants
les grands madri­gaux vous ras­soient
avec le ser­vice d’ordre autour
à la longue table dynas­tique
enfin voi­là les parents les enfants
les rai­sons de votre domi­na­tion mal­heu­reuse.

(6) Un forum d’entraide psy­cho­lo­gique est un salon de dis­cus­sion en ligne, ano­nyme dans les limites du res­pect de la loi et de la décence, où a lieu un pot­latch de dif­fi­cul­tés psy­cho­lo­giques diverses, durables ou pas­sa­gères, qui appelle des recon­nais­sances ou conseils. Les pro­phé­ties y sont absentes, le futur dans les faits pros­crit, tout est au pré­sent de la mani­fes­ta­tion des symp­tômes et dans une néces­si­té dont se gar­ga­risent les artistes en fai­sant des bulles comme des porcs, ceux qui placent leur sin­gu­la­ri­té dou­lou­reuse sur l’étal mon­dain ; cer­tains n’y inter­viennent qu’une fois, d’autres une der­nière. D’autres encore sont super assi­dus, une com­mu­nau­té s’organise alors autour de l’état dépres­sif, les anciens, bipo­laires ou constants, ceux qui vivront tou­jours sous ce joug et le savent, entre eux l’entraide est davan­tage de l’ordre de la remo­ti­va­tion, il faut don­ner des rai­sons d’achever le jour et de com­men­cer le sui­vant.

(7) La remo­ti­va­tion est une tech­nique uti­li­sée en milieu sco­laire d’entreprise qui prend la forme d’exercices ou de simu­la­tions ayant pour but d’amener tête et corps à congruence, d’installer dans l’une et l’autre le bien.

(8) Tes­ta non per­ti­nente est une ins­crip­tion qui signale une incon­gruence corps / tête. Elle indique, au pied des sta­tues des musées, que le chef n’est pas d’origine, qu’une per­mu­ta­tion a eu lieu.

(9) Une toge est un attri­but digni­taire de corps qui res­semble à un drap de bain bro­ché.

(10) Une toque est un attri­but digni­taire de tête d’une blan­cheur rigide déri­soire en oppo­si­tion au ciel trop pour ne pas mar­quer exi­gû­ment qui­conque prince amer de l’écueil s’en coiffe comme de l’héroïque irré­sis­tible mais conte­nu par sa petite rai­son virile en foudre1.

(11) La digni­té est l’apanage des gens cou­verts qui ont des têtes et des corps par­fai­te­ment conti­nents, conven­tion­nés, -ion­nels, congruents et atten­tifs à ne pas lais­ser les -ats béer.

(12) Comme Job sur le fumier – mais n’imaginant rien est un men­tisme que je ne m’explique pas. C’est une cita­tion de Georges Bataille, issue de L’Expérience Inté­rieure, qui reprend la figure biblique de Job huchant à son dieu avant d’être puni de cette impré­ca­tion que dieu prend pour une offense car sachez que dieu n’abandonne pas, jamais, qui­conque, comme les men­tismes, même quand le sens est dur et qu’on ne par­vient pas à s’expliquer ce qui se passe d’ailleurs, ne bou­gez pas, et n’allez rien vous ima­gi­ner car je vais vous don­ner sim­ple­ment l’article en ques­tion :

SON CORPS PIEU, SES BEAUX DRAPS : SES COUILLES DE TOURISTE
UN HOMME TRISTE QUI FAIT MOUILLAIS, NÉÉRLANDÉ
TOUT BLANC ROUGE COMME UN ÉCRIVISSE
QUELQUES ENTRÉES, DES CROSSES DANS LE PÂTAIS
LE PLAT LE PLUS COLLECTIF DE L’HISTOIRE
FAIT AVOIR LES FRUITS DE MER DES YEUX MIROIRS

UNE SORTIE, UN RETRAIT : UN VENTRE BOUCHONNÉ
UN HOMME AU STADE ANAL, UNE REVUE ENCULAIS
DES ENCYCLIOPÉDIES, DES BOUGES, DES AEDIFICES
DES PISTES GROSSES COMME UN FILON : UNE LISTE
DES LISTES DE LISTES DE LISTES, UN SOIR
QUI FAIT LA RIME ENTRE MER ET MIROIR

DES PÈRES, DES EX, DES PÉSCIALISTES
DE L’AIR EST CE QUIL FAUT POUR TON ANNIVERSAIRE
SEUL À PRÉSENT MORT-NÉ MAIS N’IMAGINANT RIEN
COMME BOB, CE FUMISTE, LE TYPE QUI A LES CLEFS
JE NE CONNAIS PAS D’ARTISTES, JE NE LES TROUVE PAS DRÔLES
MAINTENANT IL NOUS FAUT UN HOMME DE PAROLE

 

 

1

Au matin du nou­veau pre­mier jour, dans l’orbe our­dis­seur d’une lunette de chiottes, le cen­tième d’ébaubis res­ca­pés que les eaux n’ont pas pris dans leur retrait constate

une mal­chance alen­tour glo­bale, qui donne rai­son aux pubs pour déter­gents : 99,9% de gisants ont fui où flottent plus ou moins démem­brés.

Sen­si­ble­ment décru, débar­ras­sé des vigueurs salis­santes, le monde offre à ses restes une occa­sion de réin­ven­ter la gran­deur et de recons­truire un pou­voir à l’échelle.

Les cata­clysmes ont sou­vent lais­sé, dans le camp des vain­cus, des têtes à prendre et des draps de bain à voler.

justchilling1

 

2

La nature aus­si met ses crimes en scènes.

Des épis d’humains sous la mer. Des cou­rants insen­sibles au milieu du grand flux. Une sauce amnio­tique et macabre, joli­ment sau­pou­drée d’un par­me­san de peaux mortes.

C’est prêt –

loin bien au-des­sus de fins de vies de foules amal­ga­mées d’un sel étrange.

tourisdebris2

 

3

Dans l’exercice sui­vant vous jouez le rôle de votre vie
un second vio­lon de 50 ans à la diges­tion méphi­tique qui
huche à la mort
dans les cer­ti­tudes infi­nies de l’être.

Ici, ton cadavre par­ti­cipe à l’effort de recons­truc­tion, tes restes nour­ris­sants por­tés par les cou­rants s’offrent tout aux petits pois­sons qui sont là, corps près de s’émietter, escouade prête à se déployer, ensemble atten­tif à ne se prê­ter aucun cré­dit. Ain­si tu meurs aux illu­sions, tes ébou­lis semant de fer­tiles dés­illu­sion­ne­ments.

Un monde en -at
c’est comme une grande dis­so­lu­tion qui échoue­rait
à renou­ve­ler une majo­ri­té
de vivants au-delà des espèces –
rap­port simple moule-moule
huîtres fidèles aux leurs
homme pour homme
gisants recon­duits par
allè­le­ment par et par
mi les mou­rants.

caterconnard1

 

4

Matin moins sur­gis­sant qu’avant, il finit par faire jour sur un monde inhu­main de satié­té de pois­son frais. Le soleil haut his­sé, par­tout la mer halée, avec son dra­pé d’eau, son toit tran­quille d’onde, fri­se­lis des grandes attrac­tions. Rien que du poé­tique.

Visi­ble­ment
l’hygiène avait man­qué un homme
ban­dait gra­dé d’un drap
ou deux
bar­bu comme un maillot
qu’on avait enten­du vou­loir sau­ver mais quoi c’est à regrets
défaut d’audience et noyade inter­dite
que la cause d’un homme bon demeure impé­né­trable.

Aus­si, lire la bio­gra­phie des hommes valeu­reux à la recherche de conver­gences avec la nôtre – misé­rable jusque dans la lec­ture de vies d’hommes valeu­reux – revient à par­cou­rir les forums sui­cide à la recherche de rai­sons de vivre, ce qui donne évi­dem­ment l’aperçu le plus convain­cant des rai­sons d’en finir.

Elles sont toutes excel­lentes, d’ailleurs, je ne sau­rais t’en conseiller une en par­ti­cu­lier.

babyflood1

 

5

Le sinistre des vies conti­nue
s :

Le petit feu des bises
le cla­pot des familles
des bandes orga­ni­sées
encore un peu d’émeute au creux des petites cuillères
et plus sou­vent :
le grand jeu de la mâchoire infé­rieure.

Les gisants font sous l’eau des figures désyn­chro­ni­sées. Tous pos­sèdent un proche aver­ti, qu’il était conve­nu d’informer si le niveau de la mer mon­tait plus vite que la police. Mais per­sonne n’a don­né l’alerte, soit que le dan­ger fût gra­cieux ou que cou­ler ouvrît des pers­pec­tives.

Votre his­toire res­semble drô­le­ment à la mienne ; en effet qu’est-ce qui nous arrive ? As-tu eu des chan­ge­ments à ta situa­tion depuis ta relé­ga­tion par exemple noyade, han­di­cap, mort ? J’ai tout subi, dans l’ordre le plus fou, mou­rir m’a pris plus de temps que vivre.

Les gens qui sont entre eux
ceux qui sont par­mi nous
ce que le bon­jour sait
ce qu’il tait
ce qu’il sous.

En somme, expres­sion de vieilles bouches pin­cées par le style, à laquelle je pré­fère « tout dans tout » (comme en alle­mand-latin « alles in allem»), je suis une coupe à tra­vers tout, et j’ai sou­vent beau­coup plus mou­ru dans ma vie que vécu.

- Rien n’est pas salu­tai­re­ment ni mouillé
mâché
non plus déchu de toute équi­va­lence
même sous l’eau
tu ne fini­ras pas plus enfin moins
man­gé dans la main que
vivant de toi plus,
enfin moins.

caterconnard2

 

6

Un homme, que le fris­son déplie, mime une apti­tude crois­sante à la vie com­mune, au par­tage, au choix de la tapis­se­rie des chiottes, orga­nise en cou­rant les cou­loirs, se montre utile à sa dis­lo­ca­tion, com­mu­nique en déri­vant sur sa mobi­li­té nou­velle. Il est comme noyé-cuit :
dis­sout
– où ?
dans l’immensité fami­lière d’un pré­da­to­rat conscien­cieux
TOUT SIMPLEMENT.

En appre­nant l’estime de soi et la confiance en soi tu découvres le sen­ti­ment de ta propre valeur et la joie d’affirmer sim­ple­ment ce que tu es : un sen­ti­ment, une valeur.

C’est tout mon soul qui pleure
comme un petit chien sage
qui serait de quatre ans – dévo­reur
d’amour, et tout péri dans le garage.

En affir­mant sa per­son­na­li­té, on par­ti­cipe au sens com­mun, on montre ses valeurs com­munes, pour le bon mar­cher de l’humanité c’est la clé du suc­cès.

- Tou­jours qu’en miettes on te confon­dra moins ; la relé­ga­tion a plu­sieurs visages.

justchilling3

 

7

Dans la simu­la­tion sui­vante, pour incar­nez avec brio
le sujet absent des conver­sa­tions fami­liales
une vieille gloire canine
dont on attend la mort
pen­dant que le petit der­nier fume des joints.

Il existe aus­si des gisants com­plets, par­ti­cu­liers en leur sou­plesse ; la mort, bien­fai­sante, les fait vitreux et les exhibe en un dérou­lé de roll­mops, on dirait des filets de roche, un peu souf­ferts, des darnes au trou radieux qui ne peuvent que gémir que c’était mieux ailleurs.

J’aime bien quand tu écris : Et mon cœur de quatre ans dévo­ré d’amour comme le cœur d’un petit chien. On dirait qu’à ce moment-là tes angoisses ont été dévo­ré­da­mour – incon­trô­lables, et ça me rap­pelle des sou­ve­nirs dont j’ai eu éga­le­ment, quand je com­men­çais dévo­ré­da­mour à me sou­mettre au pré­cep­to­rat dévo­ré­da­mour – conscien­cieux d’un tas d’hommes bons dévo­ré­da­mour qui vou­laient me dévo­ré­da­mour – sau­ver.

- Tu pos­sèdes une poche de pus
située dans la tête
qu’il convient de sub­sti­tuer aux yeux des hos­tiles quand ils vou­dront ton bien
ta réus­site
et te déco­rer tous les ans.

recontr2

 

8

Bon­jours. Je viens juste de naître en toute sin­cé­ri­té je souffre trop j’ai besoin un peu d’extérioriser car je n’ai per­sonne à qui prier donc je me dis que peut-être ici quelqu’un vou­dra bien un peu me mon­trer voir que je ne suis pas seule à vivre la tête sous l’eau comme ça.

– Tu pour­rais défi­nir un ordre des prio­ri­taires
une classe d’évacuation
et asseoir une auto­ri­té de vain­cus dans la
miroi­te­rie lumi­neuse de plein de mondes en paral­lèles
je vois ça d’ici ton corps
assié­gé par un ciel en beau­té
des baux ban­dants
tra­ver­sés de ber­naches non­nettes
nature avec coquille («NAURE»)
brasses libres qui dégagent
des éven­tua­li­tés
éven­tuel­le­ment cou­lées
une emphy­téose infi­nie sur les zones d’éblouissement
de fer­tiles dés­illu­sion­ne­ments.

recontr1

 

9

Bon­jours. Je trouve que dans cette spé­cu­la­tion sur l’incommunicabilité et l’aliénation il n’y a aucune ten­dresse mais plu­tôt une com­plai­sance énorme. C’est bien de vou­loir gar­der ta per­son­na­li­té mais je me demande si à ce niveau ça n’est pas une réten­tion vaine. Vois le peu que les gens gagnent à tout le temps parier sur leur pré­ser­va­tion.

Il n’est rien de plus calme qu’un monde inhu­main, rien qui n’agrémente aus­si bien la mer qu’une com­pa­gnie de cendres. L’éternité ? C’est des couilles sai­sies par du petit petit, des  troubles vain­cus et gagnés par des gènes, des gens fins comme du sel.

tsunasea2

 

10

Dans l’exercice sui­vant vous déci­dez de faire corps avec
ce qu’on dit de vous dans le who’s who des halls d’immeubles
un mec mar­rant À TABLE
dont la pilo­si­té sourd mal à cause d’un urti­caire de stress.

À consta­ter régu­liè­re­ment com­bien par­tout, en dépit de nos efforts, l’hygiène conti­nue de man­quer, on mesure enfin comme est grand ce qu’on voit plus petit que soi.

Ça fait des heures que je suis dans une soli­tude atroce dans une sorte d’isolement qui m’étouffe minute après minute que faire en me disant que l’homme n’est pas fait pour vivre ain­si comme je n’ai abso­lu­ment aucun ami pour décom­pres­ser pas de jar­din pour me res­sour­cer et pas d’emploi non plus pour sor­tir.

- N’oublie pas de che­cker mon blog car il racon­te­ra bien­tôt quand et com­ment je suis par­ti, por­té par des nuages bas déchi­que­tés, des pan­nus, qui se resoudent au ciel en s’élevant.

babyflood2

 

11

Du thon pousse la confi­dence :

J’ai vu
dans l’œil vitreux des humains dés­unis
un rien-à-dire qui les honore
et à quoi pou­vait res­sem­bler
de l’indignité sur étal.

Tous pos­sèdent une poche d’encre, située dans la tête, dans laquelle il convient de noyer l’image de petites ana­lo­gies per­son­nelles (situées dans la tête) : à la porte d’un cou­rant neuf (situé dans la tête), un frai de sable de silice allant (dans la tête), cou­lant (dans la tête), dans les stries des moules endor­mies.

- Elles sont toutes excel­lentes
au demeu­rant
de tête
somme tout
je n’en sau­rais conseiller une en par
ticu­lier.

caterconnard3

 

12

Un marc de sable sédi­men­té
dans un fond de mer
accueille
la conver­gence défi­ni­tive des gisants
vers l’épisode 13
et le manque d’hygiène géné­ra­li­sé

Dans l’exercice qui vient vous êtes
le cham­pion de vos grand-tantes, petit jésus d’or 1970
un genre de punk, un gendre excen­trique
qui ignore son can­cer pour encore deux semaines.

Bon­jours. J’aime beau­coup le bruit que fait ta dis­so­lu­tion. Je lui trouve un petit air de marin judi­cieu­se­ment assor­ti au cli­mat.

– De ce texte qui cherche hagard un mérou qu’il paraît dépu­té pour assou­plir les lois du sau­vage inter­règne et faire approu­ver par un hasard de repré­sen­tants consti­tués en banc les nou­veaux com­man­de­ments du care uni­ver­sel, du vivre ensemble infra­ma­rin.

Le reste est lit­té­ra­ture
civi­li­tés
bou­chons striés
opé­ra­tions pra­tiques can­ton­nées sur le champ.

justchilling2

 

13

La simu­la­tion sui­vante
met en scène un homme bon
un traître à sa chose
qui vient de trou­ver pour nou­vel emploi
d’environner ce qui le peuple

Les pluies conti­nues sont banales. Par­tout la moro­si­té chasse, en banc. Ça me fait pen­ser à des tren­te­naires : c’est des gens qui ont plus de trente ans, bien­tôt plus de qua­rante, et qui écrivent des livres à Paris.

DU THON ! DU THON ! DU THON :

J’ai vu
dans l’humain vitré qui ras­semble
un rien-à-dire qui s’en indigne
et de quoi pou­vaient s’honorer
les yeux tour­nés vers les étals.

Du thon has left the buil­ding.

tsunasee1

 

14

S’il faut s’émietter pour évi­ter d’être réduit, je te conseille de ne pas comp­ter tes doses et d’en cacher dans le secret. Parce qu’il m’est arri­vé de voir
dans le rien-à-dire des humains qui s’honorent
un œil vitreux qui les unit
et de quoi pou­vait s’indigner
de la res­sem­blance sur étal.

Main­te­nant vous êtes le cache
jamais vidé de votre conscience de bour­geois, un type
qui vote à gauche mais
que son propre consen­te­ment fait déban­der tout sec
et qui se ronge le sexe devant la scène de seins d’un télé­film fran­çais.

- Ton génie est de par­ve­nir à une exac­tion per­sis­tant lorsque le pou­voir per­du. Tu éta­blis, en te désa­gré­geant comme un vieux pré­lat dans sa robe, les règles d’un monde immer­gé mais qui sait j’ai vu
dans les milieux de l’obstruction et de l’hygiène man­quant
des tou­pillons de couilles sur­vivre à leurs bai­gneurs.

toursisdebris1

 

15

Avec une immense atten­tion, mais sans aucun des saluts en usage qui portent consi­dé­ra­tion, un mérou et du thon se croisent. Il y a dans cet échange vitreux à la fois de la crainte et beau­coup de maî­trise, le genre de guets conven­tion­nés qu’on trouve dans les pays où les gens sont armés. Un acte res­pec­tueux d’incommunicabilité, et qui ne sau­rait émer­ger en tout cas d’une rela­tion fon­dée sur le ou la mépris, je ne sais plus.

Dans l’exercice sui­vant, vous jouez le rôle de votre femme
une céra­mique Hum­mel de style moche et vieux qui figure
une veuve abat­tue
dans un dio­ra­ma cryp­tique en zee­chium et poly­sty­rène extru­dé
matières aux lettres rares qu’on uti­lise au scrabble ou en labo­ra­toire bien qu’elles nous soient autour
têtues dis­crètes
envi­ron­ne­men­tales.

reconstr3

 

16

Bon­jours. Je me per­mets d’ouvrir ici le sujet de l’extrême soli­tude, qui touche paraît-il beau­coup de gens que je n’ai pas eu la chance de croi­ser. Nous avons tous des his­toires dif­fé­rentes, les rai­sons de notre iso­le­ment sont mul­tiples, cer­tains se sont reti­rés d’un monde qui ne leur disait rien, d’autres ont fait l’expérience dou­lou­reuse de morts mas­sives et sou­daines dans un entou­rage déjà mince, cha­cun de nous s’est rétrac­té dans des posi­tions diverses mais du genre qui tra­hissent l’angoisse et le fait que maman nous manque.

- Elles sont toutes excel­lentes, d’ailleurs, je ne sau­rais vous en conseiller une en par­ti­cu­lier.

Dans l’exercice sui­vant, vous jouez le rôle de votre maître
une céra­mique Hum­mel de style moche et vieux qui figure
un Ti chien mort
dans un dio­ra­ma garage en matières com­plexes
impro­non­çables
qui ne poussent ni ne tombent au pied des natifs mâcheurs de tchi­clé.

Là !
Le trai­te­ment inhu­mé qu’on voue aux choses à oublier.
Là !
Des plages paillas­son­nées de corps dégout­tel­lant.
Là !
De gas­tro­nomes fusibles dans leur condi­ment.

Nulle part !
La jus­tice
TOUT SIMPLEMENT.

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A e-é-a-yon a-u-eu i-age, ou-en é-é-é-ique ayeu. Ou é-é-é-é-ique han-è ou-i-a-1-a-ire. Ai 1 a-ire o-on, é-eu-eu-han avpa-é o-a-é a-han-a-é-ou-é.

La rlég­tio a lsiursviags,sovettélgnqus d’allur. Tutet éléén­queen fai pour qu n” ren àdre.Jen’i ren  die aumonde,et eude gns­sa­ven come­la télé­parlr auxa­tée­sa­van d’llersecocher.

La reé­ga­tin a lusiers isags, suvet téé­géique d’allers. out st élé­gni­qu en ait our­qui na rin à ire. e n’a rie à die aumonde, t pe de ens svent omme­la tlé prler ux ahées vantd’allr secou­chr.

La rel­ga­tio a pluieurs isages sou­vet téléé­nique d’aileurs. out es télé­gnique n fait­pour qi n’a ien à ire. J n’ai ren à dre au onde, t peu e gens­sa­vent­comme a télé­par­le­raux atées avnt d’aler s cou­chr.

La relé­ga­tion a plu­sieurs visages, sou­vent télé­gé­niques d’ailleurs. Tout est télé­gé­nique en fait pour qui n’a rien à dire. Je n’ai rien à dire au monde, et peu de gens savent comme la télé par­ler aux athées avant d’aller se cou­cher.

- Tu pos­sèdes une poche à ver­mine
située dans la gorge
qu’il convient de faire ger­mer rapi­de­ment en jouis­sant par la bouche
si tu penses être sur le point de te décou­ra­ger.

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- Je t’observe sou­vent consa­crer, gage ou réti­vi­té, les restes de ta vie à cher­cher à toute chose un équi­valent en viande de pois­son, ce qui s’appelle man­ger ses couilles en sauce ou sucer l’arête du vivant.

Des fois je me regarde exis­ter comme si j’étais le per­son­nage d’une série. Et j’en serais volon­tiers le seul spec­ta­teur, je ne pré­tends rien par­ta­ger, pour­vu qu’à chaque fois qu’une prise me déplaît je puisse crier un truc pré­éta­bli qui met­trait le pla­teau en branle et fin à mes sévices par la même occa­sion.

Tous pos­sèdent quelques rai­sons de vivre
une faune de salle de bain qu’on voit sou­vent nager
dans de petits bas­sins d’agonie per­son­nelle.

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- Un rêve récur­rent me donne à voir le spec­tacle de rai­sons de vivre tom­bant du ciel en vrilles acro­ba­tiques, comme une poudre de gibier sidé­ral, avant de som­brer, en une nuée de petits pois­sons argen­tins, dans l’eau noire d’une immense Tre­vi.

Le pro­blème ici n’est pas tant d’être inaper­çu dans ma misère, sans gen­ti­lé satis­fai­sant, inutile à tout objec­tif, je ne me plains pas non plus de n’exister que pour mes fac­tu­riers, mon épi­cier, mes parents, ce sont des hommes après tout ; le pro­blème, tu le sens bien, c’est que je n’ai per­sonne avec qui m’accorder sur ce mot de la fin. Et per­sonne qui sau­rait l’entendre si celui-là était adieu.

- Je te vois en héros d’un risque sau­vage
un homme que le fris­son déplie
qui construit tout autour
de son insa­tis­fac­tion exta­tique
un mode vide, ta sta­tue
t’a beau­coup pré­cé­dé
beau­coup de sou­vent et beau­coup de long­temps
beau­coup de trop en fait :
tu ne tra­vaille­ras nulle part mieux qu’au-dessus du cata­falque.

Tu feras des listes élo­quentes, du lourd, des blagues drôles qui font rire, des poèmes avec le mot bite. Tu auras la bouche pleine de conne­ries de vieilles putes jeu­nistes, tu diras, la bière à la main rem­pla­çant le monocle, voyez-vous les enfants, dans la vie rien n’est vrai­ment fait pour les gens qui ont les mains glis­santes.

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Je ne suis pas vrai­ment sui­ci­daire mais disons que je ne vois pas en quoi consiste la vie et mou­rir main­te­nant à 13 ans ne me déran­ge­rait pas. J’ai l’impression de dîner tous les soirs avec un ser­vice d’ordre.

 

Je ne suis pas vrai­ment sui­ci­daire mais disons que je ne vois pas en quoi consiste la vie et mou­rir main­te­nant à 14 ans ne me déran­ge­rait pas. J’ai l’impression de dîner tous les soirs avec un ser­vice d’ordre.

 

Je ne suis pas vrai­ment sui­ci­daire mais disons que je ne vois pas en quoi consiste la vie et mou­rir main­te­nant à 15 ans ne me déran­ge­rait pas. J’ai l’impression de dîner tous les soirs avec un ser­vice d’ordre.

 

Je ne suis pas vrai­ment sui­ci­daire mais disons que je ne vois pas en quoi consiste la vie et mou­rir main­te­nant à 22 ans ne me déran­ge­rait pas. J’ai l’impression de dîner tous les soirs avec un ser­vice d’ordre.

 

Je ne suis pas vrai­ment sui­ci­daire mais disons que je ne vois pas en quoi consiste la vie et mou­rir main­te­nant à 43 ans ne me déran­ge­rait pas. J’ai l’impression de dîner tous les soirs avec un ser­vice d’ordre.

Ces très chan­geantes rai­sons de vivre, qui font une coupe radi­cale entre nuits et jours, jours sombres et nuits claires, matins, aubes, cré­pus­cules, qui tex­turent et colorent les cœurs plus vite que les sai­sons, dis­posent des corps comme les drogues ou l’expressionnisme, avec une sen­si­bi­li­té d’instrumentiste débu­tant qui cher­che­rait à épui­ser la corde grave et à faire crier la chan­te­relle. Comme ça, sans égards, et tout le temps jusqu’à expi­ra­tion.

- Le reste est lit­té­ra­ture
civi­li­tés
bou­chons striés.

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SALUT ET PRÉSERVATION
À qui s’adresser ?

Alté­ré lit­té­ral. Oreille bou­chée selon la police. Ten­due selon les orga­nismes. En direc­tion d’une grande place ovoïde. Sou­ve­nez-vous les enfants. La tête et la queue parlent.

Je com­prends que trop de choses te font souf­frir actuel­le­ment. Est-ce que, quand tu n’en peux plus, tu en arrives à pen­ser au sui­cide ?

Si oui
As-tu pen­sé com­ment le faire ?
Si oui
As-tu pen­sé quand le faire ?
Si non
Qu’est-ce qui t’en empêches ?
Si non
Où est le blo­cage ?
Où est le blo­cage ?
EST LE BLOCAGE ?

- Ta débon­nai­re­té ne tient qu’à l’occasion de rap­pels, bat­tus quo­ti­dien­ne­ment contre les règles du genre, et qui sont autant de ren­dez-vous pris avec la loi sur le par­cours des contes­ta­tions folk­lo­riques pour se réga­ler de confor­mi­té. De tout cor­tège
la tête et la queue disent
Rap­pe­lez-vous les enfants
dans la vie
rien n’est jamais gra­tuit
cer­tai­ne­ment pas les rai­sons de vivre.

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Le but est d’attendre le plus long­temps pos­sible avant de jouer mais d’être tou­jours quand même le pre­mier à jouer.

Cette mise en situa­tion
doit per­mettre à cha­cun, lors d’une simu­la­tion per­son­na­li­sée
de tex­tu­rer selon son goût un maxi­mum de rai­sons de vivre
Elles sont toutes excel­lentes, d’ailleurs, je ne sau­rais vous en conseiller une en par­ti­cu­lier.

- Ta vie n’est qu’un inter­mi­nable essai com­ponc­tueux pour faire un hom­mage à ta mort, que tu rêves silen­cieuse comme un marbre et qui sera sûre­ment gei­gnarde.

Quels sont les avan­tages que tu tires de ta conduite exem­plaire, et de quelle règle au juste est-elles la mani­fes­ta­tion ?

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Alors, il n’y a pas plus de monde fini que de monde à finir, il n’y a qu’un monde stag­nant inter­mi­na­ble­ment sous dif­fé­rentes formes et sur dif­fé­rentes pages, et quelques miettes qui s’agrègent quand un cap tech­no­lo­gique est fran­chi ou quand une bonne chan­son passe à la radio. On appelle ça un âge, la relé­ga­tion a de nom­breux âges.

Le reste est lit­té­ra­ture, civi­li­tés, bou­chons striéééééés.

À pré­sent, tout peut venir à toute heure et dans le désordre
(sou­ve­nez-vous les enfants)
un peu de mort
un peu de vie
les grands madri­gaux vous ras­soient
les petits ruis­seaux font des romans fleuve
la po pipote
l’épique vivi­fie-tue
on vous lais­se­ra par­ler
d’à peu près tout pour­vu
que vous vous mon­triez sou­cieux
de votre ave­nir
et curieux de ce qui vous pré­cède.

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Bon­jour. Si je n’ai rien à dire au monde, à qui dois-je m’adresser ?

- Prie, ou conte. Va trou­ver chez plus grand ou plus petit que toi.

 

 

  1. Sté­phane Mal­lar­mé, Le coup de dés en prose