Déluge – saison 3

Je des­cends voir
Dieu, Genèse 18:21

C’est Déluge – sai­son 3, le tiers d’un truc nom­mé Déluge, genre poé­sie, puns varié­gés, com­men­taire com­po­sé d’une vie de mau­pas­sant paru dans IF 39.

deluj

On sait bien qu’il est su que les 3e jours, fins de tri­mestre, ans 3 des rela­tions sont les plus durs parce qu’il faut tout reprendre, ordon­ner, inté­grer la tech­nique à la grâce en évi­tant les acci­dents ; puis on voit tou­jours que trop tard si cela était bon.

C’est Déluge – sai­son 3. Forme : des petits blocs de vers dis­per­sés (1) par­mi le grand bloc de prose indi­vis (2).

(1) Les petits blocs de vers dis­per­sés de la sai­son 3 sont issus du cutup contre­fait (5) d’un chat­log (4) de types et de typesses qui jouent en réseau à Mine­craft (3).

(3) Mine­craft est un jeu de construc­tion gros-pixel­leux qui n’a pas d’autre but que la construc­tion elle-même, et dans lequel chaque maté­riau se trouve, se perd ou s’échange uni­que­ment sous la forme de blocs. Ces blocs – pierre, glaise, or, branche, vache, gemme, loup, brique, poudre, houille, plume, ouaille – sont des élé­ments alchi­miques bruts libre­ment com­bi­nables et dans la com­bi­nai­son plus robustes et plus beaux. Mine­craft est une éco­no­mie de res­sources où les valeurs, posi­tions et rela­tions sont pré­caires en rai­son de : régu­lière Acci­den­tal Death (AD).

minecraft land

Mine­craft : pad, stock, bloc de sol, bloc de mer, grand bloc de ciel indi­vis

Que tu choi­sisses d’entrer en col­la­bo­ra­tion, de lut­ter, trol­ler ou rési­der pépère, le sol est seule mesure de ton pou­voir, i.e. la fer­me­té de ton occu­pa­tion. Mais bien sûr cha­cun joue son propre jeu, et j’en ai vu faire la bagarre, rui­ner, piller, construire des villes de cinq minutes tout hori­zon­tales et com­mo­dé­ment déman­te­lables au lieu de roi­te­ler mélan­co­li­que­ment, le cir­cuit des paumes impri­mé sur des visages maf­flus, brio­lant leur bétail depuis les bar­ba­canes sans rien deman­der à per­sonne, pio­chant par­fois pour la forme, ven­geant deux trois dis­pa­ri­tions dans le chep­tel, fai­sant ripaille d’ouailles et de bœufs dans leur châ­tal de self-made man. Mais de toute façon en fait à la fin, égal si tu bâtis ou pas beau ou pas beau, le truc tend à res­sem­bler à une légo­pole démem­brée rem­plie de merde inho­mo­gène, cer­tains de ces mots valides au scrabble.

minecraft cow

Mine­craft : bloc de cheuv sur bloc de sol, grand bloc de ciel indi­vis dans la brume

(4) Un chat­log est une archive de trans­crip­tions issues d’une dis­cus­sion en ligne. Le lan­gage du chat consiste en des chif­fre­ments pares­seux, contrac­tions for­tuites, acro­nymes approxi­ma­tifs. Le chat fait du vers sans le savoir. Sa dyna­mique favo­rise ce que des psy­chiatres ont appe­lé men­tisme, et dont le tré­sor sty­lis­ti­co-patho­lo­gique consiste en la pro­duc­tion de

bar­rages,‭ ‬coq-à-l’âne,‭ ‬réponses à côté,‭ ‬ellipses,‭ ‬jeux syl­la­biques,‭ ‬phé­no­mènes psit­ta­ciques,‭ ‬scies ver­bales,‭ ‬mots jacu­la­toires for­tuits,‭ ‬énon­cia­tion des gestes,‭ ‬énon­cia­tion des inten­tions et des com­men­taires sur les actes,‭ ‬éman­ci­pa­tion des abs­traits,‭ ‬ombres anti­ci­pées d’une pen­sée indis­cer­nable1

Le lan­gage du chat est sou­vent dit malade, c’est une salade
faite de bons mots cor­rects et par­fois même valides au scrabble, cepen­dant cités hors contexte et dont la pro­li­fé­ra­tion ne sou­lage pas la misère. C’est le lan­gage d’un monde de stu­peur post­di­lu­vienne, domi­né par des idio­syn­cra­sies brutes,
où le seul excès vient de
mou­ve­ments tri­viaux ten­dant au geste
mots tri­viaux à la com­mu­ni­ca­tion
com­mu­ni­ca­tions -ales au lan­gage.

Un pro­ces­sus de civi­li­sa­tion, où les posi­tions rem­placent les rela­tions.

minecraft chatlog

Mine­craft : chat­log

(5) Un cutup contre­fait est un cutup duquel on a reti­ré les noms d’origine et res­ser­ré le voca­bu­laire autour des men­tismes. Ça consiste en une série de petites dépré­da­tions dans l’administration du lan­gage et ça dis­perse pas mal de cendres. Parce qu’en fait, de toute façon, à la fin, égal si tu bâtis ou pas beau ou pas beau, le truc tend à res­sem­bler à une légo­pole démem­brée rem­plie de merde inho­mo­gène, où cha­cun joue son propre jeu.

fire

Mine­craft : blocs d’arbre en feu, grand bloc de ciel indi­vis, blocs de nuage le divi­sant

Les petits blocs de vers dis­per­sés sont pau­vre­ment ins­truc­tifs, ce sont des dépen­dances de la prose où il fait plus froid qu’au châ­tal, n’était l’incendie, qui fait son tuf, sa teuf, ils sont glo­ba­le­ment sans saveur et sans règle, c’est comme les adjec­tifs, je veux bien, mais ils reven­diquent quoi au juste.

(2) La prose est d’un seul gros bloc indi­vis ; divi­sée par des vers sédi­tieux, elle est garante du main­tien de l’ordre et des sta­tuts.

Mais en fait à la fin mal­gré cette belle veille sur la com­pa­ci­té tout le truc se délite, s’époudre, se déchi­quette, la ten­ta­tion pro­si­mé­trique comme un can­cer que tu apprends deux jours trop tard tou­jours, déjà réduit à l’habituelle vasouille sur ce que mou­rir veut dire ou peut bien vou­loir dire, le lan­gage sta­tis­tique tout à ses pro­ba­bils sur­ad­jec­ti­vise l’inventaire aus­si mais salopp, loose, laxe, pépère et sans ser­rer sur le moral, pas sen­ten­cieux, cru cuit, rur­bain, loin des brutes idio­syn­cra­siques la réha­bi­li­ta­tion des blocs met au jour un nou­veau rap­port couilles:dignité, défa­vo­rable aux deux, ta sin­gu­la­ri­té, ton sub­til et ton style, le nom de ton père, ses bons plans et les bonnes recettes de ta mère n’intéressent plus per­sonne, le désordre prend aux noms de gens, aux noms de genres, des cli­mats divers appa­raissent, on cuit des ani­maux malades ou fous, mate, le futur tout rous­si comme le feu qui rous­sette, tout était écrit depuis le début et la créa­tion ajuste juste, rogne à mort, ce som­meil – pour ce qu’on sait, pour ce qui nous concerne en fait – va sûre­ment durer pour tou­jours et jamais tu ne te por­te­ras dis­pa­ru, mais tu n’auras pas non plus la san­té ni la paix, regarde-les te regar­der, les grecs & latins – les anciens his­to­riens, les ancêtres dis­pa­rus un jour en plein mall – leur pas dou­teux, leur affa­le­ment, le rous­si de leurs yeux qui rous­pètent, grognent à mort et main­te­nant regarde-toi toi, geek aux latrines, rous­tons trem­pant, tes pro­diges en forme de merde et les leurs en forme de nuage, leur misère, tes misères, tes thèses sur le récit de la misère des grandes séche­resses et une constante niveau som­meil éter­nel incons­cient qui s’applique aus­si à tes vieux, tes anciens, tes potes, ta tribe et ton bétail, le thon dont tu fais des plats de riz et les mérous incon­nais­sables, même mis en miettes, incon­nais­sables comme d’autres espèces appa­rues, dis­pa­rues, ayant en tout cas concou­ru
au milieu de cet engen­dre­ment for­mel l’histoire
le truc, le tuf, la teuf, le fond si tu veux c’est comme suit :

au beau fauve du feu d’origine domes­tique mais sau­vage qui ravage et nécrose des types et des typesses s’empapillotent et prancent, dis­posent un grand étal et leur indi­gni­té des­sus, dégoisent l’histoire de tout ce qui suinte mais sans méthode et presque à jeun, donnent les posi­tionts, com­mentent les rap­pors, salopp.

 

1

Le soleil, conscient de son rôle, javelle ardem­ment vers ici. Là s’étend mar­ron quelque terre, là s’étend bleue la mer qui nous a cui­si­nés. Engour­die, c’est à son bruit de l’à peine iodée. Les mérous fami­liers sont là, je recon­nais le thon ancien, la moule antique, j’ai faim d’un peu de là, regar­dez, un truc a pris feu qui rous­sette, dis­perse des cendres dans le ciel bleu brun, sec et gros, bas, déchi­que­tés les nuages qui disent : c’est quand il y a de l’horizon qu’on pense à s’évader. Mais ne vous met­tez pas en trombe. Vous n’irez pas loin seuls. La vie c’est ni-si-bon sans un com­plice pour la docu­men­ter.

bon
j’arrive à la piaule
ping je vasi faire
une mis­sion sable quand le jour se lève
et l’incendie ?
* vais faire
61, -8, 92
il en est où ?
il est là on dirait
une teuf la nuit

 

2

Tout dans la vie est tein­té de pes­si­misme : l’amour pro­met en vain des vies nou­velles, la for­tune maté­rielle met des miettes par­tout, l’amitié se ter­mine en thon trop sou­vent, les mater­ni­tés font autant de nou­velles reli­gions. On croise, pro­por­tion­nel­le­ment aux récits de sau­ve­tages, peu de gens secou­rables. Et la cause des hommes bons est impé­né­trable.

y a un géné­ra­teur de bouffe
avec des vieilles truques genre salades
molles, rapi­nées sur des fins de places de mar­chés
si ça n’est tou­jours pas assez
sec aurait dit maman
t’as qu’à rajou­ter du sable à la rude
– il est pas là
ah
il a fait une AD dans la gale­rie
plein d’animaux qui flottent autour
ping
çau­rait pu être toi

 

3

Ce res­sen­ti est la preuve que le bon­heur est inac­ces­sible mais les gens, trop naïfs ou trop aveu­glés par leurs rêves sont inca­pables de lire dans les évé­ne­ments le réel tel qu’il est vrai­ment, et la conver­sa­tion est une chose dif­fi­cile.

1 mine
fouille touille
assiettes superbes
motifs d’amour emprun­tés au bien-être
cir­cu­lez
c’est intime
si je le tape
il meurt non il s’ou
ffre c’est tout
mais en 2 si tu veux
ping
du sable dans les yeuz
jte jure que c pos­si­bile

 

4

Vous connais­sez l’art d’environner ce qui vous peuple : vous vous absen­tez de l’intrigue mais faites OUI de la tête, puis NON, ges­ti­cu­lez un max et arrê­tez de rire à la fin. Mais vous n’êtes pas seuls. La même chose s’applique aux mérous et à d’autres espèces dis­pa­rues ; la créa­tion les a cha­cun fait en deux exem­plaires, défa­vo­rables l’un à l’autre.

ça rame trop
la salade est encore en feu
ça fait des cendres vola­tiles
le ciel
aro­ma­tiques
esthé­ti­que­ment potables
est une grande bande indi­vise
c’est même plu­tôt sym­pa
comme dan­ger
il manque plein de vivres ce soir :
bom­bance
je prise du bois

 

5

Quoi qu’il en soit, c’est sans objet pour le gué­rir d’une indi­ges­tion de ves­tiges ou d’un abus de pas­sé : res­ti­tué à l’aveugle de quelques sym­boles plon­gés dans le fan­tasme, c’est un ata­visme en fin de compte, ce truc de douze pieds, le même qui dis­tri­bue des per­son­na­li­tés uniques, des essences satu­rées de sub­si­dia­ri­té, don­nées ven­ti­lées par l’âge et le genre, à moins que ce ne soit l’inverse, je ne sais pas, mais je sais que tu devrais check mon blog, je vais bien­tôt y racon­ter comme j’ai vécu puis quit­té ce monde
à che­val sur de gros nuages bas déchi­que­tés
des PANNUS
qui se res­soudent au ciel en s’élevant.

j’ai un pro­blème
j’arrive pas à faire de la pierre
genre roche
dure ça fonc­tionne pas bien ce que je disais
égal com­ment je mime le bloc revient
ça rame à cause de l’incendie
il faut tout relan­cer
* je mine le bloc revient
joie, pus
égal ce que c’est même
du sperme à la limite
seul c’est tou­jours cri­tique

 

6

Les dif­fé­rentes étapes de la vie de cha­cun viennent confir­mer ces pre­mières impres­sions de mori­bon­de­rie et pro­voquent bien­tôt un désen­chan­te­ment pas loin du dégoût. Le quo­ti­dien, ses pluies conti­nues de las­si­tude et d’ennui, s’impose à vous expo­nen­tiel­le­ment – plus vous allez de l’avant plus vous per­dez le rythme, mais tout le monde peut rou­gir, c’est bon, à la fin de toute façon on ne rate qu’en fonc­tion de sa consom­ma­tion du jour.

il a pas fini
sa route c’est comme une œuvre inache­vée
c’est vrai
que le truc chiant avec les rails
c’est que ça se fait avec du fer
donc faut que je retourne
en miner plein du cou­rage
orga­nise, éduque
lutte ou réside
j’imagine que le sol sous l’eau en plus c’est du gruyère
main­te­nant oui
faut que je me refasse une mine
vierge c’est les plus bonnes les gars
et toute ennua­gée
je vais me sui­ci­der du haut du gené­ra

 

7

On vous a vu fixant les eaux avec des notices d’antinauséeux qui servent à mon­ter des meubles, fuir en cas d’immersion, déga­ger l’escalier de ser­vice ou peut-être refaire le monde. Les eaux bercent, le feu reset, les cendres vola­tiles ven­tilent, pour ce qu’on sait, pour ce qui nous concerne en fait, et dans tous les cas la cause des hommes bons est dif­fi­ci­le­ment péné­trable.

vous avez des haches ?  bon ok
j’ai vu le tra­cé
il faut pas mal de fer
de l’os
des ouailles
des ouailles non
un truc plus dur
des plinthes, en bois, du rési­neux
du bois d’arbre
à cho­per dans Grand-Bois-Salade
si tu vas t’y tapir t’y vois
des gens qui cherchent à se cacher
une grande ba
dèche acous­ma­ti­cienne
ani­maux dis­pa­rus, pan­neau de signa­li­sa­tion latin
mérous dans leurs rayures qui zonent, par­fois tache­tés

 

8

Le trouble rend main­te­nant cha­cun au pro­saïsme de sa classe. Les éva­cués plient le port. Les gisants prient confu­sé­ment et les assor­tis pompent leur sauce. On ne fait pas bom­bance à la table du sein. Quel­que­fois, pour faire bom­bance, il faut frap­per le voi­sin. Deve­nir gros, très bien­heu­reux, faire séces­sion dans un som­meil de quelques mil­liers d’ans, ton poids en meuves sur les bijoux, igno­rant et ber­cé par une com­pile de wea­ther­pop.

j’ai plus vrai­ment de bou­lot
plus d’intérêt pour miner non plus
quel genre vous vou­lez
que je fasse
t’as des proches toi ?
5, 0, -133
des pioches, oui
mais il me faut du bois attends non
ark merde couilles bite
je me suis fait mort à -22
chienne de vie ces choses-là
ping ping
n’arrivent qu’en moi

 

9

Le soleil haut his­sé. Rouge d’un trouble ins­pi­ré par l’impudique touf­feur d’un com­pil de der­nières paroles. Le cœur est franc mais indé­cis : pois­sons morts, pois­sons vivants, un cer­tain nombre de corps échoués et un cer­tain nombre d’êtres vivant
une muta­tion superbe
genre avan­çant sus­pec­te­ment
jouant leur propre jeu
ou peut-être rien de tout ça peut-être seule­ment des
hommes bons à peu près à flots.

il fait jour
je suis encore un peu juste en pierres
je peux vous rame­ner au châ­tal si vous vou­lez
là-bas les pilleurs se mêlent aux rebâ­tis­seurs
ok

 

10

Mer­ci. Grâce aux pas­sages en vers on sait main­te­nant qu’il faut :
> sor­tir pour être là
> face au ciel à dis­tance des pro­phètes
et s’étendre de tout leur long voir de quel temps jouissent les morts.

tiens j’ai des pi
erres que
que j’en ai mis dans le coffre avec un code
qui me rap­pelle l’âge de mon père façon
my son ask for thy­self ano­ther king­dom

 

11

Per­son­nage plein de bon sens, garde-bar­rière dans l’intrigue, conscient des réa­li­tés de la vie,

VOUS

êtes moins amer que qui­conque. Cette atti­tude vient tem­pé­rer le vague ava­chi du grand nombre, figure pas­sive et cha­gri­neuse embour­bée dans les gen­ti­lés, sou­mise aux aléas de ses pros­tra­tions régu­lières : extase, machins noirs, bile de tout, drame d’un rien, per­cep­tions condam­nées dans le ou la méprise.

pour le toit
j’ai cho­pé quelques thons
des briques mais ça suf­fit pas : il faut
du FER
vite
pd y’en a plein le foutre du fer

 

12

Quand tous alors envient ces terres où la nature vivante conserve les ves­tiges des morts, où les saints dans mon genre ont des reliques dans le vôtre pour les dégros­sir, vous n’êtes inté­res­sés comme moi qu’aux résul­tats, qu’aux modi­fi­ca­tions du genre qui font des deuxièmes ani­maux, chien de l’autre, chat d’un soir, contraires en faune, huître en parc, moule en appar­te­ment.

y’a plus rien dans le coffre ?
des pierres pré­cieuses ? jamais
per­sonne t’a dit que c’était du pré­cieux
t’as rêvé main­te­nant regarde
toutes ces pierres pas chères nor­males
voire anor­males
y’en a plein notre piaule
et c’est une sorte d’or dont tu n’hériterais pas
du taux

 

13

Vola­til et fusible, cris­tal­li­sant quand il fait froid, com­bus­tible inodore, glo­ba­le­ment inaro­ma­tique,

VOUS

êtes un dan­ger sans plai­sir par­tout où vous res­sen­tez. Si l’on fris­sonne, deuxième décan sur­tout, c’est qu’il y a quelque part quelqu’un pour prendre la décharge. Sor­tant du bain, le 10, vous noyez des tas de gens bien. Votre pro­pre­té fait des vagues.

je me démerde
j’ai ma petite mine tran­quille
j’ai fait des rem­parts autour de la piaule
ça peut ser­vir pour les truands
et j’ai mis un don­jon là comme ça
je les vois venir au cas où
y’a aus­si un don­jon au gené­ra tu sais
ah
les infi­dèles
dans la fré­né­sie de leur lutte
ils ont tout copié sur ma piaule

 

14

Main­te­nant il faut sor­tir. Décli­ner les pro­noms comme des gen­ti­lés exo­tiques, on fini­ra par décla­rer un truc fouilli sur vingt-six pistes, sans aucun style, négli­geant le pli pour l’adresse, content d’avoir trou­vé la sienne tu sues
dans mon bain main­te­nant, ça suf­fit, c’est très désa­gréable.

c’est des routes de cam­pagne
pour­raves
(de la pierre crue
pas de lumière
même pas d’arbres)
bras secon­daires orphe­lins de leur source /
où vous ne devez vos vies qu’à vos bourses

 

15

Priez, contez. Allez trou­ver plus grand chez plus petit que vous. Soyez féconds, et mul­ti­pliez-vous. Ren­con­trez des japo­naises nues, main­te­nant, plon­gez dans l’histoire de tout votre pape inté­rieur, hono­rez chaque mot comme s’il s’agissait de la pre­mière salu­ta­tion depuis tou­jours, une salu­ta­tion d’aube du monde car la per­cep­tion n’attend pas, ne rate pas n’importe quelle marche, n’échoue pas au pied de n’importe quelle échelle : tout le monde peut rou­gir, c’est bon, on ne rate je crois qu’en fonc­tion, de toute façon, de sa consom­ma­tion du jour.

t’es mort au géné­ra ? nan
y’avait des objets de mec mort
des trucs épar­pillés dans un petit rayon
mais je crois qu’en fait ça conserve qu’un sub­til
le der­nier c’est pos­sible
le der­nier oui je pense
pas qu’il y ait de sub­til
moi

 

16

Vous gar­dez sous le pied beau­coup de choses qui ont fait leur temps, pas tant par nos­tal­gie que par pré­cau­tion, pas tant par pré­cau­tion que pour les regar­der s’être sou­mises dans l’urne du pas­sé vécu peu­reu­se­ment. La menace jamais immi­nente, comme en souche affai­rée, tapie dans la salade ou l’algue de vos pré­oc­cu­pa­tions : racon­tez-moi l’histoire de com­ment vous vécûtes
et com­ment vous quit­tâtes ce monde et com­ment
à une époque les PANNUS furent ces nuages gros
bas, déchi­que­tés
divi­sant le ciel d’avec lui
fai­sant de sédui­sants dan­gers.

le sub­til dis­pa­raît au bout de com­bien de temps ?
5 minutes une sai­son ça dépend
des coor­don­nées – ta posi­tion ?
– -
+ y’a pas de posi­tions
y’a des rap­ports
tu peux tout enfouir mais ça se pro­page
quand même, tu crois que c’est nor­mal ?

 

17

Bon. Il faut sor­tir, main­te­nant, amé­na­ger des espaces de conquête sécu­ri­sés, à l’abri du péril énig­ma­tique de ce qui vient tou­jours flat­ter inté­rieur le mot par le sens, anges para­jec­ti­vaux, salu­ta­tion variée, ciels, cieux, chep­tels bavards, hommes bons (ceux dont on peut dire que les causes sont retorses quand il s’agit de les péné­trer).

je me suis fait buter au châ­tal et hm
je
enfin
c’était par un thon, Sire

 

18

Évi­dem­ment, vous pré­fé­rez vous reti­rer à cause de conne­ries inflexibles qui ne doivent qu’appuyer un désac­cord viril. Vous pen­sez bouilles, kits, vous pen­sez droit dans le tra­vers. Vous vou­lez autrui bon­ne­ment droit et tendre, mais il a du thon dans la tête : lar­ge­ment dis­po­nible, il est très dif­fi­cile de le gar­der cap­tif et la conser­va­tion est une chose dif­fi­cile.

les objets étaient dans un inven­taire de mec mort mais ça fait pas la dif­fé­rence entre
> objets qui étaient sur un mort et
> trucs que tu balances
et dont tu te défausses parce que t’as plus la foi ou juste parce qu’il pleut et puis >
ce que tu ramasses pas
ce que tu captes pas ça reste

 

19

Alors vous accu­mu­lez des récits de cas cli­niques, des cas cli­niques eux-mêmes et que vous pro­po­sez de veiller, vous faites le deuil comme on fait le siège, avec la patience et l’ardeur des pro­phètes ; vous êtes au che­vet, vous êtes au secret. Vous êtes à l’objet com­pa­ré l’objet qui com­pa­raît, un homme bon
châ­tal plus froid que
sous l’incendie qui fait rous­sir
la créa­tion ajuste juste
les ani­maux dans son joug joue
des maux d’estomac de cha­cun
cer­tains fécondent, défoncent, d’autres suintent sim­ple­ment.

oui je ne sais pas trop mais peut-être
qu’on peut quand même faire une dif­fé­rence
et puis c’est arri­vé un mil­lion de fois que je meure
et que mes objets dis­pa­raissent
je pense plu­tôt que si ça reste
c’est pas nor­mal

 

20

Mais ne repous­sez pas mes ardeurs, à moi, avec vos envies de départ qui n’ont pas l’exotisme d’une eau agi­tée ; l’histoire nous apprend que vos terres ne doivent leur raf­fi­ne­ment extrême qu’au tra­vail de grandes et longues civi­li­sa­tions plus anciennes et plus loin sous la mer – n’y a-t-il pas d’îles au-delà de votre tem­pé­rance ?

t’as pas vu l’incendie ? il est là
entre le châ­tal et le géné­ra
pile
1, 6, -73
il bouge en per­ma­nence, regarde
de loin ça joue les fins mais c’est un feu de
pro­sé­lyte
agi par l’angoisse
un artiste du dégra­dé qu’aucun
manche à pelle n’osera bra­ver
d’ailleurs ce matin tu sen­tais
le brû­lé vif

 

21

Si la plu­part des gens que je ren­contre vous méprisent et ne croient pas en vous, sachez que ce n’est pas mon cas, même si mys­té­rieu­se­ment la plu­part des gens que je méprise s’arrangent pour vous ren­con­trer. C’est un paral­lèle fort inté­res­sant d’ailleurs, et ça fait encore de la prose à la fin.

tiens
mon sub­til était encore là
dans la gale­rie
avec des ani­maux flot­tants
ping tout
murs défon­cés
et plu­sieurs jours après tout

 

22

On sait main­te­nant que c’est un cha­pitre asser­tif et vaseux où le per­son­nage prin­ci­pal marche sur tous les autres, les pro­mène en lui-même. En appli­ca­tion directe il hydrate, en terre il assai­nit, à dis­tance de pro­phète il repro­duit l’odeur du père. De toute façon il n’est, selon de nom­breuses sources, pas vrai­ment néces­saire de se far­cir les entre­fi­lets.

j’ai retrou­vé un sub­til dans le port
c’est pour ça je te deman­dais
pioches en fer et en pierre échelle verre
si j’avais su j’aurais tout fait raf­fi­ner au châ­tàl
de l’or de l’or
full of mor­ning glo­ries have I seen
c’est jamais rien
qu’un intime désa­gré­ment
ping
tant qu’on n’a pas de mine

 

23

Main­te­nant il faut sor­tir. Secouer sa part ani­male dans l’espoir de la réveiller mais vai­ne­ment, on fini­rait par décla­rer un truc bouilli sur vingt-six pistes, sans aucun style, négli­geant le pli pour l’adresse, content d’avoir trou­vé la sienne ta vie
m’attire beau­coup, c’est une région fort ins­truc­tive.

mais tu n’es pas mort
non
je refais ma vie
c’est pour ça je suis par­ti tra­vailler
salope – ça veut dire à l’aise en alle­mand
bra­vo vieux
ça veut dire brave en ita­lien

 

24

Je ne suis pas, comme de nom­breux mérous, le genre de cou­ra­geux her­ma­phro­dites pro­to­gynes à cir­cons­pec­ter sous les flots. Qu’ils changent de sexe donne le ver­tige ; nous sommes fas­ci­nés par l’extrême ver­sa­ti­li­té du vivant, mais à nos propres formes sou­vent nous pré­fé­rons les eaux mortes du genre, tou­jours celui des autres, sous les­quelles les noyer.

c’est beau là-bas et
seul c’est tou­jours cri­tique
-1, -2, -22
le ciel est une bande indi­vise
tu vois mon sub­til
tu vois mon style
ça sera tou­jours là après tout
dis ping
viens voir mon chep­tel varié­gé
il res­semble à un
pays en voie de déve­lopp
ping
ement le matin

 

25

Mora­li­tés : la mort a ses ban­dits, les déluges ont leurs pauvres qui savent res­ter dignes, leurs mots, leurs noms, leurs gen­ti­lés ; la nature est sou­vent d’une fan­tai­sie équi­va­lente aux carac­tères locaux, mais les grandes faunes pour­voyeuses de dieux ne sont rien pour l’homme neuf qui ne sait plus ses rites ; mérous et thons semblent tenir leur digni­té d’une même incon­sé­quence.

Main­te­nant il faut sor­tir. Dépo­ser, où n’importe quel mot se serait jeté, le dif­fé­rend inex­pli­cable de la forme et d”
au fond
la vie c’est jamais ni-si-bon

 

26

La réa­li­té est bru­tale et vio­lente. Rien d’exaltant ne par­vient à dis­traire qui­conque de la mono­to­nie des jours qui passent. Il pleut, puis plus. N’importe quel emploi du temps est navrant à par­tir du cha­pitre VII.

 

 

  1. Emma­nuel Mou­nier, Trai­té du Carac­tère, 1946.