Déluge — saison 3

Je descends voir
Dieu, Genèse 18:21

C’est Déluge — saison 3, le tiers d’un truc nommé Déluge, genre poésie, puns variégés, commentaire composé d’une vie de maupassant paru dans IF 39.

deluj

On sait bien qu’il est su que les 3e jours, fins de trimestre, ans 3 des relations sont les plus durs parce qu’il faut tout reprendre, ordonner, intégrer la technique à la grâce en évitant les accidents ; puis on voit toujours que trop tard si cela était bon.

C’est Déluge — saison 3. Forme : des petits blocs de vers dispersés (1) parmi le grand bloc de prose indivis (2).

(1) Les petits blocs de vers dispersés de la saison 3 sont issus du cutup contrefait (5) d’un chatlog (4) de types et de typesses qui jouent en réseau à Minecraft (3).

(3) Minecraft est un jeu de construction gros-pixelleux qui n’a pas d’autre but que la construction elle-même, et dans lequel chaque matériau se trouve, se perd ou s’échange uniquement sous la forme de blocs. Ces blocs – pierre, glaise, or, branche, vache, gemme, loup, brique, poudre, houille, plume, ouaille – sont des éléments alchimiques bruts librement combinables et dans la combinaison plus robustes et plus beaux. Minecraft est une économie de ressources où les valeurs, positions et relations sont précaires en raison de : régulière Accidental Death (AD).

minecraft land

Minecraft : pad, stock, bloc de sol, bloc de mer, grand bloc de ciel indivis

Que tu choisisses d’entrer en collaboration, de lutter, troller ou résider pépère, le sol est seule mesure de ton pouvoir, i.e. la fermeté de ton occupation. Mais bien sûr chacun joue son propre jeu, et j’en ai vu faire la bagarre, ruiner, piller, construire des villes de cinq minutes tout horizontales et commodément démantelables au lieu de roiteler mélancoliquement, le circuit des paumes imprimé sur des visages mafflus, briolant leur bétail depuis les barbacanes sans rien demander à personne, piochant parfois pour la forme, vengeant deux trois disparitions dans le cheptel, faisant ripaille d’ouailles et de bœufs dans leur châtal de self-made man. Mais de toute façon en fait à la fin, égal si tu bâtis ou pas beau ou pas beau, le truc tend à ressembler à une légopole démembrée remplie de merde inhomogène, certains de ces mots valides au scrabble.

minecraft cow

Minecraft : bloc de cheuv sur bloc de sol, grand bloc de ciel indivis dans la brume

(4) Un chatlog est une archive de transcriptions issues d’une discussion en ligne. Le langage du chat consiste en des chiffrements paresseux, contractions fortuites, acronymes approximatifs. Le chat fait du vers sans le savoir. Sa dynamique favorise ce que des psychiatres ont appelé mentisme, et dont le trésor stylistico-pathologique consiste en la production de

barrages,‭ ‬coq-à-l’âne,‭ ‬réponses à côté,‭ ‬ellipses,‭ ‬jeux syllabiques,‭ ‬phénomènes psittaciques,‭ ‬scies verbales,‭ ‬mots jaculatoires fortuits,‭ ‬énonciation des gestes,‭ ‬énonciation des intentions et des commentaires sur les actes,‭ ‬émancipation des abstraits,‭ ‬ombres anticipées d’une pensée indiscernable1

Le langage du chat est souvent dit malade, c’est une salade
faite de bons mots corrects et parfois même valides au scrabble, cependant cités hors contexte et dont la prolifération ne soulage pas la misère. C’est le langage d’un monde de stupeur postdiluvienne, dominé par des idiosyncrasies brutes,
où le seul excès vient de
mouvements triviaux tendant au geste
mots triviaux à la communication
communications -ales au langage.

Un processus de civilisation, où les positions remplacent les relations.

minecraft chatlog

Minecraft: chatlog

(5) Un cutup contrefait est un cutup duquel on a retiré les noms d’origine et resserré le vocabulaire autour des mentismes. Ça consiste en une série de petites déprédations dans l’administration du langage et ça disperse pas mal de cendres. Parce qu’en fait, de toute façon, à la fin, égal si tu bâtis ou pas beau ou pas beau, le truc tend à ressembler à une légopole démembrée remplie de merde inhomogène, où chacun joue son propre jeu.

fire

Minecraft : blocs d’arbre en feu, grand bloc de ciel indivis, blocs de nuage le divisant

Les petits blocs de vers dispersés sont pauvrement instructifs, ce sont des dépendances de la prose où il fait plus froid qu’au châtal, n’était l’incendie, qui fait son tuf, sa teuf, ils sont globalement sans saveur et sans règle, c’est comme les adjectifs, je veux bien, mais ils revendiquent quoi au juste.

(2) La prose est d’un seul gros bloc indivis ; divisée par des vers séditieux, elle est garante du maintien de l’ordre et des statuts.

Mais en fait à la fin malgré cette belle veille sur la compacité tout le truc se délite, s’époudre, se déchiquette, la tentation prosimétrique comme un cancer que tu apprends deux jours trop tard toujours, déjà réduit à l’habituelle vasouille sur ce que mourir veut dire ou peut bien vouloir dire, le langage statistique tout à ses probabils suradjectivise l’inventaire aussi mais salopp, loose, laxe, pépère et sans serrer sur le moral, pas sentencieux, cru cuit, rurbain, loin des brutes idiosyncrasiques la réhabilitation des blocs met au jour un nouveau rapport couilles:dignité, défavorable aux deux, ta singularité, ton subtil et ton style, le nom de ton père, ses bons plans et les bonnes recettes de ta mère n’intéressent plus personne, le désordre prend aux noms de gens, aux noms de genres, des climats divers apparaissent, on cuit des animaux malades ou fous, mate, le futur tout roussi comme le feu qui roussette, tout était écrit depuis le début et la création ajuste juste, rogne à mort, ce sommeil – pour ce qu’on sait, pour ce qui nous concerne en fait – va sûrement durer pour toujours et jamais tu ne te porteras disparu, mais tu n’auras pas non plus la santé ni la paix, regarde-les te regarder, les grecs & latins – les anciens historiens, les ancêtres disparus un jour en plein mall – leur pas douteux, leur affalement, le roussi de leurs yeux qui rouspètent, grognent à mort et maintenant regarde-toi toi, geek aux latrines, roustons trempant, tes prodiges en forme de merde et les leurs en forme de nuage, leur misère, tes misères, tes thèses sur le récit de la misère des grandes sécheresses et une constante niveau sommeil éternel inconscient qui s’applique aussi à tes vieux, tes anciens, tes potes, ta tribe et ton bétail, le thon dont tu fais des plats de riz et les mérous inconnaissables, même mis en miettes, inconnaissables comme d’autres espèces apparues, disparues, ayant en tout cas concouru
au milieu de cet engendrement formel l’histoire
le truc, le tuf, la teuf, le fond si tu veux c’est comme suit :

au beau fauve du feu d’origine domestique mais sauvage qui ravage et nécrose des types et des typesses s’empapillotent et prancent, disposent un grand étal et leur indignité dessus, dégoisent l’histoire de tout ce qui suinte mais sans méthode et presque à jeun, donnent les positionts, commentent les rappors, salopp.

 

1

Le soleil, conscient de son rôle, javelle ardemment vers ici. Là s’étend marron quelque terre, là s’étend bleue la mer qui nous a cuisinés. Engourdie, c’est à son bruit de l’à peine iodée. Les mérous familiers sont là, je reconnais le thon ancien, la moule antique, j’ai faim d’un peu de là, regardez, un truc a pris feu qui roussette, disperse des cendres dans le ciel bleu brun, sec et gros, bas, déchiquetés les nuages qui disent : c’est quand il y a de l’horizon qu’on pense à s’évader. Mais ne vous mettez pas en trombe. Vous n’irez pas loin seuls. La vie c’est ni-si-bon sans un complice pour la documenter.

bon
j’arrive à la piaule
ping je vasi faire
une mission sable quand le jour se lève
et l’incendie ?
* vais faire
61, -8, 92
il en est où ?
il est là on dirait
une teuf la nuit

 

2

Tout dans la vie est teinté de pessimisme : l’amour promet en vain des vies nouvelles, la fortune matérielle met des miettes partout, l’amitié se termine en thon trop souvent, les maternités font autant de nouvelles religions. On croise, proportionnellement aux récits de sauvetages, peu de gens secourables. Et la cause des hommes bons est impénétrable.

y a un générateur de bouffe
avec des vieilles truques genre salades
molles, rapinées sur des fins de places de marchés
si ça n’est toujours pas assez
sec aurait dit maman
t’as qu’à rajouter du sable à la rude
– il est pas là
ah
il a fait une AD dans la galerie
plein d’animaux qui flottent autour
ping
çaurait pu être toi

 

3

Ce ressenti est la preuve que le bonheur est inaccessible mais les gens, trop naïfs ou trop aveuglés par leurs rêves sont incapables de lire dans les événements le réel tel qu’il est vraiment, et la conversation est une chose difficile.

1 mine
fouille touille
assiettes superbes
motifs d’amour empruntés au bien-être
circulez
c’est intime
si je le tape
il meurt non il s’ou
ffre c’est tout
mais en 2 si tu veux
ping
du sable dans les yeuz
jte jure que c possibile

 

4

Vous connaissez l’art d’environner ce qui vous peuple : vous vous absentez de l’intrigue mais faites OUI de la tête, puis NON, gesticulez un max et arrêtez de rire à la fin. Mais vous n’êtes pas seuls. La même chose s’applique aux mérous et à d’autres espèces disparues ; la création les a chacun fait en deux exemplaires, défavorables l’un à l’autre.

ça rame trop
la salade est encore en feu
ça fait des cendres volatiles
le ciel
aromatiques
esthétiquement potables
est une grande bande indivise
c’est même plutôt sympa
comme danger
il manque plein de vivres ce soir :
bombance
je prise du bois

 

5

Quoi qu’il en soit, c’est sans objet pour le guérir d’une indigestion de vestiges ou d’un abus de passé : restitué à l’aveugle de quelques symboles plongés dans le fantasme, c’est un atavisme en fin de compte, ce truc de douze pieds, le même qui distribue des personnalités uniques, des essences saturées de subsidiarité, données ventilées par l’âge et le genre, à moins que ce ne soit l’inverse, je ne sais pas, mais je sais que tu devrais check mon blog, je vais bientôt y raconter comme j’ai vécu puis quitté ce monde
à cheval sur de gros nuages bas déchiquetés
des PANNUS
qui se ressoudent au ciel en s’élevant.

j’ai un problème
j’arrive pas à faire de la pierre
genre roche
dure ça fonctionne pas bien ce que je disais
égal comment je mime le bloc revient
ça rame à cause de l’incendie
il faut tout relancer
* je mine le bloc revient
joie, pus
égal ce que c’est même
du sperme à la limite
seul c’est toujours critique

 

6

Les différentes étapes de la vie de chacun viennent confirmer ces premières impressions de moribonderie et provoquent bientôt un désenchantement pas loin du dégoût. Le quotidien, ses pluies continues de lassitude et d’ennui, s’impose à vous exponentiellement – plus vous allez de l’avant plus vous perdez le rythme, mais tout le monde peut rougir, c’est bon, à la fin de toute façon on ne rate qu’en fonction de sa consommation du jour.

il a pas fini
sa route c’est comme une œuvre inachevée
c’est vrai
que le truc chiant avec les rails
c’est que ça se fait avec du fer
donc faut que je retourne
en miner plein du courage
organise, éduque
lutte ou réside
j’imagine que le sol sous l’eau en plus c’est du gruyère
maintenant oui
faut que je me refasse une mine
vierge c’est les plus bonnes les gars
et toute ennuagée
je vais me suicider du haut du genéra

 

7

On vous a vu fixant les eaux avec des notices d’antinauséeux qui servent à monter des meubles, fuir en cas d’immersion, dégager l’escalier de service ou peut-être refaire le monde. Les eaux bercent, le feu reset, les cendres volatiles ventilent, pour ce qu’on sait, pour ce qui nous concerne en fait, et dans tous les cas la cause des hommes bons est difficilement pénétrable.

vous avez des haches?  bon ok
j’ai vu le tracé
il faut pas mal de fer
de l’os
des ouailles
des ouailles non
un truc plus dur
des plinthes, en bois, du résineux
du bois d’arbre
à choper dans Grand-Bois-Salade
si tu vas t’y tapir t’y vois
des gens qui cherchent à se cacher
une grande ba
dèche acousmaticienne
animaux disparus, panneau de signalisation latin
mérous dans leurs rayures qui zonent, parfois tachetés

 

8

Le trouble rend maintenant chacun au prosaïsme de sa classe. Les évacués plient le port. Les gisants prient confusément et les assortis pompent leur sauce. On ne fait pas bombance à la table du sein. Quelquefois, pour faire bombance, il faut frapper le voisin. Devenir gros, très bienheureux, faire sécession dans un sommeil de quelques milliers d’ans, ton poids en meuves sur les bijoux, ignorant et bercé par une compile de weatherpop.

j’ai plus vraiment de boulot
plus d’intérêt pour miner non plus
quel genre vous voulez
que je fasse
t’as des proches toi ?
5, 0, -133
des pioches, oui
mais il me faut du bois attends non
ark merde couilles bite
je me suis fait mort à -22
chienne de vie ces choses-là
ping ping
n’arrivent qu’en moi

 

9

Le soleil haut hissé. Rouge d’un trouble inspiré par l’impudique touffeur d’un compil de dernières paroles. Le cœur est franc mais indécis : poissons morts, poissons vivants, un certain nombre de corps échoués et un certain nombre d’êtres vivant
une mutation superbe
genre avançant suspectement
jouant leur propre jeu
ou peut-être rien de tout ça peut-être seulement des
hommes bons à peu près à flots.

il fait jour
je suis encore un peu juste en pierres
je peux vous ramener au châtal si vous voulez
là-bas les pilleurs se mêlent aux rebâtisseurs
ok

 

10

Merci. Grâce aux passages en vers on sait maintenant qu’il faut :
> sortir pour être là
> face au ciel à distance des prophètes
et s’étendre de tout leur long voir de quel temps jouissent les morts.

tiens j’ai des pi
erres que
que j’en ai mis dans le coffre avec un code
qui me rappelle l’âge de mon père façon
my son ask for thyself another kingdom

 

11

Personnage plein de bon sens, garde-barrière dans l’intrigue, conscient des réalités de la vie,

VOUS

êtes moins amer que quiconque. Cette attitude vient tempérer le vague avachi du grand nombre, figure passive et chagrineuse embourbée dans les gentilés, soumise aux aléas de ses prostrations régulières : extase, machins noirs, bile de tout, drame d’un rien, perceptions condamnées dans le ou la méprise.

pour le toit
j’ai chopé quelques thons
des briques mais ça suffit pas : il faut
du FER
vite
pd y’en a plein le foutre du fer

 

12

Quand tous alors envient ces terres où la nature vivante conserve les vestiges des morts, où les saints dans mon genre ont des reliques dans le vôtre pour les dégrossir, vous n’êtes intéressés comme moi qu’aux résultats, qu’aux modifications du genre qui font des deuxièmes animaux, chien de l’autre, chat d’un soir, contraires en faune, huître en parc, moule en appartement.

y’a plus rien dans le coffre ?
des pierres précieuses ? jamais
personne t’a dit que c’était du précieux
t’as rêvé maintenant regarde
toutes ces pierres pas chères normales
voire anormales
y’en a plein notre piaule
et c’est une sorte d’or dont tu n’hériterais pas
du taux

 

13

Volatil et fusible, cristallisant quand il fait froid, combustible inodore, globalement inaromatique,

VOUS

êtes un danger sans plaisir partout où vous ressentez. Si l’on frissonne, deuxième décan surtout, c’est qu’il y a quelque part quelqu’un pour prendre la décharge. Sortant du bain, le 10, vous noyez des tas de gens bien. Votre propreté fait des vagues.

je me démerde
j’ai ma petite mine tranquille
j’ai fait des remparts autour de la piaule
ça peut servir pour les truands
et j’ai mis un donjon là comme ça
je les vois venir au cas où
y’a aussi un donjon au genéra tu sais
ah
les infidèles
dans la frénésie de leur lutte
ils ont tout copié sur ma piaule

 

14

Maintenant il faut sortir. Décliner les pronoms comme des gentilés exotiques, on finira par déclarer un truc fouilli sur vingt-six pistes, sans aucun style, négligeant le pli pour l’adresse, content d’avoir trouvé la sienne tu sues
dans mon bain maintenant, ça suffit, c’est très désagréable.

c’est des routes de campagne
pourraves
(de la pierre crue
pas de lumière
même pas d’arbres)
bras secondaires orphelins de leur source /
où vous ne devez vos vies qu’à vos bourses

 

15

Priez, contez. Allez trouver plus grand chez plus petit que vous. Soyez féconds, et multipliez-vous. Rencontrez des japonaises nues, maintenant, plongez dans l’histoire de tout votre pape intérieur, honorez chaque mot comme s’il s’agissait de la première salutation depuis toujours, une salutation d’aube du monde car la perception n’attend pas, ne rate pas n’importe quelle marche, n’échoue pas au pied de n’importe quelle échelle : tout le monde peut rougir, c’est bon, on ne rate je crois qu’en fonction, de toute façon, de sa consommation du jour.

t’es mort au généra ? nan
y’avait des objets de mec mort
des trucs éparpillés dans un petit rayon
mais je crois qu’en fait ça conserve qu’un subtil
le dernier c’est possible
le dernier oui je pense
pas qu’il y ait de subtil
moi

 

16

Vous gardez sous le pied beaucoup de choses qui ont fait leur temps, pas tant par nostalgie que par précaution, pas tant par précaution que pour les regarder s’être soumises dans l’urne du passé vécu peureusement. La menace jamais imminente, comme en souche affairée, tapie dans la salade ou l’algue de vos préoccupations : racontez-moi l’histoire de comment vous vécûtes
et comment vous quittâtes ce monde et comment
à une époque les PANNUS furent ces nuages gros
bas, déchiquetés
divisant le ciel d’avec lui
faisant de séduisants dangers.

le subtil disparaît au bout de combien de temps ?
5 minutes une saison ça dépend
des coordonnées – ta position ?
– –
+ y’a pas de positions
y’a des rapports
tu peux tout enfouir mais ça se propage
quand même, tu crois que c’est normal ?

 

17

Bon. Il faut sortir, maintenant, aménager des espaces de conquête sécurisés, à l’abri du péril énigmatique de ce qui vient toujours flatter intérieur le mot par le sens, anges parajectivaux, salutation variée, ciels, cieux, cheptels bavards, hommes bons (ceux dont on peut dire que les causes sont retorses quand il s’agit de les pénétrer).

je me suis fait buter au châtal et hm
je
enfin
c’était par un thon, Sire

 

18

Évidemment, vous préférez vous retirer à cause de conneries inflexibles qui ne doivent qu’appuyer un désaccord viril. Vous pensez bouilles, kits, vous pensez droit dans le travers. Vous voulez autrui bonnement droit et tendre, mais il a du thon dans la tête : largement disponible, il est très difficile de le garder captif et la conservation est une chose difficile.

les objets étaient dans un inventaire de mec mort mais ça fait pas la différence entre
> objets qui étaient sur un mort et
> trucs que tu balances
et dont tu te défausses parce que t’as plus la foi ou juste parce qu’il pleut et puis >
ce que tu ramasses pas
ce que tu captes pas ça reste

 

19

Alors vous accumulez des récits de cas cliniques, des cas cliniques eux-mêmes et que vous proposez de veiller, vous faites le deuil comme on fait le siège, avec la patience et l’ardeur des prophètes ; vous êtes au chevet, vous êtes au secret. Vous êtes à l’objet comparé l’objet qui comparaît, un homme bon
châtal plus froid que
sous l’incendie qui fait roussir
la création ajuste juste
les animaux dans son joug joue
des maux d’estomac de chacun
certains fécondent, défoncent, d’autres suintent simplement.

oui je ne sais pas trop mais peut-être
qu’on peut quand même faire une différence
et puis c’est arrivé un million de fois que je meure
et que mes objets disparaissent
je pense plutôt que si ça reste
c’est pas normal

 

20

Mais ne repoussez pas mes ardeurs, à moi, avec vos envies de départ qui n’ont pas l’exotisme d’une eau agitée ; l’histoire nous apprend que vos terres ne doivent leur raffinement extrême qu’au travail de grandes et longues civilisations plus anciennes et plus loin sous la mer – n’y a-t-il pas d’îles au-delà de votre tempérance ?

t’as pas vu l’incendie ? il est là
entre le châtal et le généra
pile
1, 6, -73
il bouge en permanence, regarde
de loin ça joue les fins mais c’est un feu de
prosélyte
agi par l’angoisse
un artiste du dégradé qu’aucun
manche à pelle n’osera braver
d’ailleurs ce matin tu sentais
le brûlé vif

 

21

Si la plupart des gens que je rencontre vous méprisent et ne croient pas en vous, sachez que ce n’est pas mon cas, même si mystérieusement la plupart des gens que je méprise s’arrangent pour vous rencontrer. C’est un parallèle fort intéressant d’ailleurs, et ça fait encore de la prose à la fin.

tiens
mon subtil était encore là
dans la galerie
avec des animaux flottants
ping tout
murs défoncés
et plusieurs jours après tout

 

22

On sait maintenant que c’est un chapitre assertif et vaseux où le personnage principal marche sur tous les autres, les promène en lui-même. En application directe il hydrate, en terre il assainit, à distance de prophète il reproduit l’odeur du père. De toute façon il n’est, selon de nombreuses sources, pas vraiment nécessaire de se farcir les entrefilets.

j’ai retrouvé un subtil dans le port
c’est pour ça je te demandais
pioches en fer et en pierre échelle verre
si j’avais su j’aurais tout fait raffiner au châtàl
de l’or de l’or
full of morning glories have I seen
c’est jamais rien
qu’un intime désagrément
ping
tant qu’on n’a pas de mine

 

23

Maintenant il faut sortir. Secouer sa part animale dans l’espoir de la réveiller mais vainement, on finirait par déclarer un truc bouilli sur vingt-six pistes, sans aucun style, négligeant le pli pour l’adresse, content d’avoir trouvé la sienne ta vie
m’attire beaucoup, c’est une région fort instructive.

mais tu n’es pas mort
non
je refais ma vie
c’est pour ça je suis parti travailler
salope – ça veut dire à l’aise en allemand
bravo vieux
ça veut dire brave en italien

 

24

Je ne suis pas, comme de nombreux mérous, le genre de courageux hermaphrodites protogynes à circonspecter sous les flots. Qu’ils changent de sexe donne le vertige ; nous sommes fascinés par l’extrême versatilité du vivant, mais à nos propres formes souvent nous préférons les eaux mortes du genre, toujours celui des autres, sous lesquelles les noyer.

c’est beau là-bas et
seul c’est toujours critique
-1, -2, -22
le ciel est une bande indivise
tu vois mon subtil
tu vois mon style
ça sera toujours là après tout
dis ping
viens voir mon cheptel variégé
il ressemble à un
pays en voie de développ
ping
ement le matin

 

25

Moralités : la mort a ses bandits, les déluges ont leurs pauvres qui savent rester dignes, leurs mots, leurs noms, leurs gentilés ; la nature est souvent d’une fantaisie équivalente aux caractères locaux, mais les grandes faunes pourvoyeuses de dieux ne sont rien pour l’homme neuf qui ne sait plus ses rites ; mérous et thons semblent tenir leur dignité d’une même inconséquence.

Maintenant il faut sortir. Déposer, où n’importe quel mot se serait jeté, le différend inexplicable de la forme et d’
au fond
la vie c’est jamais ni-si-bon

 

26

La réalité est brutale et violente. Rien d’exaltant ne parvient à distraire quiconque de la monotonie des jours qui passent. Il pleut, puis plus. N’importe quel emploi du temps est navrant à partir du chapitre VII.

 

 

  1. Emmanuel Mounier, Traité du Caractère, 1946.