Ma (PAM3452)


Ma est le 34e EP de la Petite Année de la Mar­chan­dise. C’est une impro­vi­sa­tion corol­laire d’un texte (Le che­vau­chant cra­va­chant le galo­pant) et d’un exer­cice de pro­non­cia­tion en anglais et alle­mand (Cha­teau Cheu­vale – colonne de droite sur la page de l’EP) qu’LL de Mars a intus­sus­cep­tion­nés puis pré­ci­pi­tés dans un dia­gramme qui a ser­vi de par­ti­tion. Les figures y sont gro­tesques et pro­gram­ma­tiques, elles sont comme des nœuds de qui­pou qui à la fois arrêtent, scandent et démêlent les ana­mnèses.

Le conduc­teur

1/ « Ma » est, dans de nom­breuses langues, le pre­mier son humain émis recon­nu comme arti­cu­la­tion, donc comme parole. En ce sens, « ma » est l’indice d’un double sérieux : le sérieux qui régi­mente, hisse sur les grands che­vaux, et le sérieux qui noue le déci­sif sur la corde de chaque moment.

2/ « Ma » est la pre­mière syl­labe du nom de Mar­cel Jousse, la bête schi­zoïde cha­mane-pos­sé­dée dont il est ques­tion dans Le che­vau­chant cra­va­chant le galo­pant. On y lit que le réglage d’un rap­port au monde se fait par des moments de ver­sa­ti­li­té ludique (ce que l’anglais appelle playing) et par l’affirmation d’une uni­té scé­na­ris­tique de ces moments dans une heurs­tique du rejeu (ce que Jousse appelle un drame). La pos­si­bi­li­té pré­ser­vée d’une reprise, d’un recom­men­ce­ment, main­tient ce vide effi­cace, fonc­tion­nel, du « jeu pour le jeu » (le « ma » japo­nais : 間). Ce qui finit par consti­tuer l’axe her­mé­neu­tique du jeu enfan­tin, pour Jousse, c’est la poro­si­té des rôles éta­blis par le scé­na­rio adulte conso­li­dé : sujet/objet, agent/agi, maître/possédé…

3/ « Ma » est un mono­syl­labe chi­nois qui imprime l’échangeur [agent/agi] dans le cir­cuit de toute langue et fait son man­da­rin dans la langue :

Est-ce que maman a châ­tié le che­val ? Est-ce que le che­val a châ­tié maman ? (exer­cice de pro­non­cia­tion man­da­rin)

« Le mama­ma­ma chi­nois, exer­cice de réglage accen­tuel à l’usage des étran­gers, construit, par la répé­ti­tion, une dif­fé­rence ryth­mique au sein d’un per­çu-comme-même ; c’est le mode de la reprise des jeux enfan­tins (le noch ein­mal évo­qué par Ben­ja­min dans Spiel­zeug und Spie­len). Ce mode n’autorise qu’un seul rôle, celui de fouet­teur fouet­té par son lan­gage ges­tuel et vocal. Ain­si agent/agi, cheval/mère, sont moins des cha­pi­cha­pos – dont le bal­let syn­chro­nise la pan­to­mime d’un ran­ge­ment – que des bêtes schi­zoïdes chamane/possédé – occu­pées à main­te­nir l’indétermination de leur idiome com­mun. Leurs « reprises » ne visent pas l’accord avec un lan­gage soit déjà connu, soit déjà écrit, mais le main­tien d’une roue libre spé­cu­la­tive où le signi­fiant ne risque pas de se fixer – ou plus exac­te­ment, de s’admirer dans ce qu’il prend pour son image enfin recom­po­sée. »

4/ « Ma » est le radi­cal du pré­nom d’une fille et par là presque fata­le­ment le nom-dou­dou qui rem­place, valide, com­plète en l’écourtant, le nom conven­tion­nel de la marion­nette paren­tale. Un nom de for­mule macho-magique, pos­ses­sif à clef unique mais accen­tuable, toni­fiable, inten­si­fiable à l’infini.

5/ « Ma » est l’indice en hausse d’une éco­no­mie de l’épris, ie de l’allu­mé : consumant/consumé, d’un trait sans échan­geur.