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À Naples, les dis­po­si­tifs tech­niques sont cas­sés par prin­cipe : ce n’est qu’ex­cep­tion­nel­le­ment et par un hasard décon­cer­tant qu’on y ren­contre par­fois quelque chose d’in­tact. Avec le temps, on finit par avoir l’im­pres­sion que tout y est fabri­qué dans cet état déglin­gué. Nous ne par­lons pas ici des poi­gnées de porte par exemple qui à Naples font encore par­tie des êtres mythiques et ne sont là qu’en tant que sym­boles, pour la repré­sen­ta­tion, ce qui tient au fait que les portes y ont pour seule fonc­tion de res­ter ouvertes et, s’il arrive qu’un cou­rant d’air les ait cla­quées, de se rou­vrir avec des cris effa­rés en trem­blant de tout leur corps. (Naples avec des portes fer­mées, ce serait comme Ber­lin sans toi­tures.) Nous par­lons au contraire de véri­tables ins­tal­la­tions méca­niques et autres appa­reils du même genre.
Non qu’ils ne fonc­tionnent pas parce qu’ils seraient cas­sés, mais c’est que pour le Napo­li­tain, ce n’est qu’au moment pré­cis où quelque chose s’est cas­sé que cela se met à fonc­tion­ner. Même par un vent violent, il prend la mer avec un bateau à moteur où nous ose­rions à peine mettre le pied. Et certes, rien ne va jamais comme il faut, mais d’une façon ou d’une autre, tout se ter­mine tou­jours bien. Imper­tur­bable, comme si de rien n’é­tait, il réus­sit par exemple, à trois mètre des écueils contre les­quels la mer déchaî­née menace de le fra­cas­ser, à vider le réser­voir d’es­sence endom­ma­gé dans lequel de l’eau a péné­tré et à le rem­plir sans cou­per le moteur. Et au besoin, il faut en même temps du café des­sus. Ou alors, il par­vient avec une maî­trise inéga­lable à faire redé­mar­rer sa voi­ture en panne en fixant de façon impro­bable un petit mor­ceau de bois qui se trouve par hasard sur la route, – mais seule­ment jus­qu’à la pro­chaine panne qui ne man­que­ra pas d’ar­ri­ver. Car les répa­ra­tions défi­ni­tives lui font hor­reur, et à ce compte-là, il pré­fé­re­ra se pas­ser de voi­ture.
Et rien de tout cela ne le choque. Il vous regar­de­rait avec éton­ne­ment si vous vous avi­siez de lui dire que ce n’est pas vrai­ment comme ça qu’on se sert d’un moteur ou de quelque ins­tru­ment tech­nique spé­cia­li­sé que ce soit. Il pro­tes­te­rait même éner­gi­que­ment : pour lui au contraire, l’es­sence de la tech­nique réside jus­te­ment dans le fait que ce qui est cas­sé fonc­tionne. Et il est vrai qu’il maî­trise le manie­ment de la machine en passe bien au-delà de toute tech­nique. Par sa pré­sence d’es­prit et son habi­le­té de bri­co­leur, face au dan­ger, c’est sou­vent pré­ci­sé­ment dans la panne qu’il trouve le moyen de se tirer avan­ta­geu­se­ment d’af­faire, avec une ridi­cule faci­li­té ; et en cela il res­semble par bien des aspects à l’A­mé­ri­cain. Mais il a pour lui l’in­ven­ti­vi­té supé­rieure des enfants, et comme aux enfants, tout lui réus­sit et le hasard le sert tou­jours.
En revanche, tout ce qui est intact, ce qui marche pour ain­si dire tout seul, l’in­quiète au fond, car c’est jus­te­ment parce que ça marche tout seulque l’on ne peut fina­le­ment jamais savoir com­ment et où ça va aller. Certes, lors­qu’à l’es­sai, la chose marche vrai­ment, et de sur­croît à peu près comme pré­vu, il tombe dans une extase don­nant géné­ra­le­ment dans le patrio­tique – « Evvi­va l’I­ta­lia !! » – tout enclin à se voir, lui et son pays, à la pointe de tous les peuples de la civi­li­sa­tion. Mais il n’est jamais sûr de ce genre de chi­mères, et même dans le train de Cas­tel­lam­mare à Naples, dont on pour­rait se dire qu’au bout d’un demi-siècle d’exis­tence, il finit par faire par­tie du monde pro­fane, il arrive qu’on ne sache pas, jus­qu’à la der­nière seconde, où il va vrai­ment aller. C’é­tait du moins la phi­lo­so­phie du chef de gare, telle qu’il me l’ex­po­sa lorsque je l’in­ter­ro­geai à ce sujet. En der­nier res­sort, il n’y a rien à faire, ce qui est intact fonc­tionne, c’est comme ça, ce n’est pas un exploit par­ti­cu­lier, c’est un cas de force majeure*, et les voies de Dieu sont impé­né­trables. En tout cas, le remède à l’en­chan­te­ment, c’est que l’ob­jet casse. C’est pour­quoi, dans la mesure du pos­sible, cela arrive vite et peut-être plus fré­quem­ment que néces­saire, même aux yeux d’un homme pru­dent. Il est pos­sible que cela ait un rap­port avec le cli­mat, mais quoi qu’il en soit, ça ne fait pas de mal, car c’est bien la seule manière de se dire que ça remar­che­ra un jour.
Ce qui en revanche pour­rait s’a­vé­rer dan­ge­reux, ce sont des élé­ments comme l’élec­tri­ci­té par exemple, qu’on ne peut cas­ser à pro­pre­ment par­ler et dont on ne peut savoir à cent pour cent s’ils sont vrai­ment de ce monde. Mais c’est là que Naples nous offre le lieu qu’il faut. Ce genre d’être spi­ri­tuels, dont l’é­nigme reste entière, se fond sans pro­blème avec la gloire des puis­sances reli­gieuses, et la fes­tive ampoule Osram fra­ter­nise dans les tableaux sacrés napo­li­tains avec la cou­ronne et l’au­réole res­plen­dis­santes de la Madone, à la grande fas­ci­na­tion de l’âme qui la vénère. Inver­se­ment, on aura du mal à trou­ver à Naples quelque chose de plus lamen­table que l’utilisation appro­priée et pro­fane de l’électricité. C’est une com­pas­sion véri­ta­ble­ment cos­mique qui vous étreint le cœur à la vue de la misé­rable ampoule qui pen­douille mélan­co­li­que­ment du pla­fond, pétrie d’en­nui mor­tel dans une obs­ti­na­tion vaine, raillée ou oubliée par tout le monde. Et la loi impi­toyable qui veut que le tram­way soit pri­vé de cou­ran­tun jour sur deux demeure inson­dable. « La cor­rente non c’è ? », telle est la sobre for­mule pour dési­gner ce décret céleste. Pos­sible que le télé­phone mar­che­rait assez bien, si seule­ment les numé­ros n’en fai­saient pas qu’à leur tête et si l’an­nuaire offi­ciel, ou du moins les ren­sei­gne­ments, étaient ini­tiés au secrets de ces chiffres. Mais quoi qu’il en soit dans le détail, à Naples tout ceci ne fait plus par­tie du seul domaine de la tech­nique.
La tech­nique, en effet, ne com­mence véri­ta­ble­ment que là où l’homme oppose son veto à l’au­to­ma­tisme hos­tile et ver­rouillé des créa­tures-machines et inter­vient lui-même dans leur monde. Mais ce fai­sant, il s’a­vère supé­rieur, et de loin, à la loi de la tech­nique. Car s’il s’ap­pro­prie la maî­trise des machines, c’est moins en appre­nant leur manie­ment régle­men­taire qu’en y décou­vrant son propre corps. Il com­mences certes par détruire la fausse magie hos­tile à l’homme du fonc­tion­ne­ment intact de la machine, mais dans un deuxième temps, il s’ins­talle, sou­ve­rain, dans l’âme simple du monstre démas­qué, et se réjouit de s’être réel­le­ment incor­po­ré sa pos­ses­sion pour la domi­ner inté­gra­le­ment, dans une uto­pie de toute-puis­sance exis­ten­tielle. Il ne veut plus rien savoir des pré­ten­tions tech­niques de son ins­tru­ment asser­vi, d’un regard incor­rup­tible il a per­cé à jour le faux-sem­blant de sa pure appa­rence ; un petit mor­ceau de bois ou un tor­chon font aus­si bien l’af­faire. Bien enten­du, la vio­lence de l’in­cor­po­ré doit faire ses preuves d’heure en heure, dans le choc vic­to­rieux. Avec une fougue effa­rante, le Napo­li­tain s’é­lance au volant de sa voi­ture, et si rien n’est fra­cas­sé, le mur qui longe la rue, un cha­riot tiré par un âne, voire sa propre machine, alors tout ça n’a­vait aucun sens. Ce qu’on pos­sède, il faut aus­si le mal­me­ner, sinon on n’en pro­fite pas, il faut l’u­ser jus­qu’à la corde et s’en délec­ter, pour ain­si dire l’en­glou­tir et le dévo­rer. Cepen­dant la Napo­li­tain traite sa machine avec bien­veillance, avec un rien de bru­ta­li­té, tout comme son âne.
N’é­tant plus liée d’au­cune façon aux objec­tifs de ses usages, la tech­nique subit ici les diver­sions les plus curieuses et s’ins­crit avec des effets aus­si sur­pre­nants qu’é­vi­dents dans un ter­rain vital qui lui est com­plè­te­ment étran­ger. S’il n’est cer­tai­ne­ment pas dans l’in­ten­tion de l’am­poule Osram de prê­ter leur auréole aux madones, si un moteur de deux-roues n’a pas vu le jour pour être libé­ré des contraintes d’une moto fra­cas­sée afin de fouet­ter la crème dans un pot grâce à son mou­ve­ment rota­tif, autour d’un axe légè­re­ment décen­tré, la tech­nique moderne apporte néan­moins, sur ces modes insoup­çon­nés, la parade la plus par­faite aux exer­cices de ce XVIIe siècle qui sur­vit d’é­trange façon avec le tram­way élec­trique et le télé­phone ; et c’est ain­si que toute cette vie dis­pose libre­ment de la tech­nique moderne, alors que celle-ci en est la toile de fond de la manière la plus invo­lon­taire. Ici, les méca­nismes ne peuvent pas for­mer le conti­nuum civi­li­sa­teur auquel ils sont des­ti­nés ; Naples leur dévisse la tête.
Au bout du compte, il en va ici de la tech­nique moderne comme de ces deux rails aban­don­nés du monde entier, des­cen­dant tout rouillés les rues du Monte San­to. Les cris guer­riers qui accom­pagnent les pro­jets auda­cieux pour les­quels, on ne sait pas quant, les rails se sont retrou­vés là, sont éteints et oubliés depuis long­temps. En revanche, l’eau qui cir­cule dans les cana­li­sa­tions gicle d’un tuyau éga­ré dans la bouche des enfants des rue jubi­lants, avec une puis­sance de fonc­tion­ne­ment incom­pa­rable, et tout le voi­si­nage se réjouit de cette source pro­vi­den­tielle. C’est ain­si que se rejoignent dans cette ville les ins­tru­ments spé­cia­li­sés les plus com­pli­qués de la tech­nique pour les usages les plus simples et que per­sonne encore n’a­vait ima­gi­nés. Pour qu’ils rendent invo­lon­tai­re­ment de tels ser­vices, ils ont été com­plè­te­ment remo­de­lés ; quant à rem­plir leur fonc­tion véri­table, ils y échouent sys­té­ma­ti­que­ment.

Tech­nische Vor­rich­tun­gen sind in Nea­pel grund­sätz­lich kaputt : nur aus­nahm­sweise und dank einem befremd­li­chen Zufall kommt auch Intaktes vor. Mit der Zeit gewinnt man den Ein­druck, daß alles schon in kaput­tem Zus­tande her­ges­tellt werde. Wir spre­chen hier nicht von den Türk­lin­ken etwa, welche in Nea­pel noch zu den mythi­schen Wesen zäh­len und nur zu sym­bo­li­scher Reprä­sen­ta­tion an den Türen ange­bracht sin.d ; das hängt damit zusam­men, daß dort die Türen übe­rhaupt bloß dazu da sind, offen zu ste­hen und, wenn sie von einem Luft­zug mal zuge­wor­fen wer­den, mit ent­setz­tem Krei­schen und am gan­zen Leibe zit­ternd wie­der auf­zu­ge­hen. (Nea­pel mit ges­chlos­se­nen Türen, das wäre wie Ber­lin ohne Hausdä­cher.) Son­dern von rich­ti­gen maschi­nel­len Ein­rich­tun­gen und der­glei­chen Appa­ra­ten ist die Rede. Aber nicht daß diese nun darum, weil sie kaputt sind, etwa nicht funk­tio­nie­ren, son­dern beim Nea­po­li­ta­ner fängt das Funk­tio­nie­ren gerade erst da an, wo etwas kaputt ist. Er geht mit einem Motor­boot aufs offene Meer, sogar bei hef­ti­gem Wind, in das wir kaum den Fuß zu set­zen wag­ten. Und es geht zwar nie­mals, wie es gehen sollte, aber so oder so doch immer gut. Mit unersch\itterlicher Selbst­verständ­li­ch­keit bringt er es, drei Meter von den Klip­pen, an denen ihn die wilde Bran­dung zu zer­sch­met­tern droht, zum Bei­spiel fer­tig, den bes­chä­dig­ten Ben­zin­behäl­ter, in den das Was­ser ein­ge­drun­gen ist, abzu­las­sen und neu zu fül­len, ohne den Motor aus­zu­set­zen. Wenn nötig, kocht er glei­ch­zei­tig auf der Maschine noch Kaf­fee. Oder es gelingt ihm in unü­ber­tref­fli­cher Meis­ter­schaft, sein defektes Auto durch das ungeahnte Anbrin­gen eines klei­nen Holzstücks, das sich von ungefähr auf der Straße fin­det, wie­der in Gang zu brin­gen, – aller­dings nur, bis es bald und mit Siche­rheit wie­der kaputt geht. Denn endgül­tige Repa­ra­tu­ren sind ihm ein Greuel, da ver­zich­tet er schon lie­ber auf das ganze Auto.
Dabei fällt ihm auch wei­ter nichts auf. Er würde einen ers­taunt angu­cken, wenn man ihm sagen wollte, daß dieses nicht eigent­lich die Art sei, sich eines Motors oder übe­rhaupt der tech­ni­schen Zwe­ckins­tru­mente zu bedie­nen. Er würde sogar ener­gisch widers­pre­chen : für ihn liegt viel­mehr das Wesen der Tech­nik im Funk­tio­nie­ren des Kaput­ten. Und in der Behand­lung defek­ter Maschi­nen ist er aller­dings sou­verän und über alle Tech­nik weit hinaus. In sei­ner bas­teln­den, stets geis­tes­ge­genwär­ti­gen Ges­chi­ck­li­ch­keit, mit der er vor einer Gefahr oft grade aus dem Defekt lächer­lich ein­fach den ret­ten­den Vor­teil schlägt, hat er in der Tat manches mit dem Ame­ri­ka­ner gemein. Aber es ist bei ihm der höhere Erfin­dung­sreich­tum der Kin­der, und wie die Kin­der hat er in allem Glück, und wie den Kin­dem kommt ihm der Zufall immer zus­tat­ten.
Das Intakte dage­gen, das sozu­sa­gen von sel­ber geht, ist ihm im Grunde unheim­lich, denn grade weil es von sel­ber geht, kann man letzt­lich nie wis­sen, wie und wohin es gehen wird. Er gerät ja zwar, wenn die Sache bei der Erpro­bung tatsä­chlich und sogar ungefähr, wie man es dachte, funk­tio­niert, in eine, meist patrio­tisch gerich­tete, Verzü­ckung – »Evvi­va t!talia!!« – und ist leicht geneigt, sich und sein Land schon an der Spitze der Zivi­li­sa­tion aller Völ­ker zu sehen. Aber ganz ” sicher ist er sol­cher Unwe­sen nie, und selbst bei der Eisen­bahn von Cas­tel­lam­mare nach Nea­pel, welche doch im Laufe ihres hal­ben Jah­rhun­derts allmäh­lich pro­fan gewor­den sein dürfte, kann man hin und wie­der bis zur letz­ten Minute nicht wis­sen, wo sie wirk­lich hin­fah­ren wird. So wenig­stens lau­tete die Phi­lo­so­phie des Bahn­hof­svors­te­hers, die er auf mein Befra­gen äußerte. Man kann da letzt­lich nichts machen, das Intakte funk­tio­niert eben, das ist von ihm auch nicht ein­mal eine beson­dere Leis­tung, – force majeure, und Gottes Wege sind uner­for­schlich. Der Ver­zau­be­rung ist auf alle Fälle damit abge­hol­fen, daß die Sache kaputt geht. Wo sich das irgend bewerks­tel­li­gen läßt, ges­chieht es deshalb schnell und sogar häu­fi­ger, als selbst der vor­sich­tige Mann es für nötig hält. Das mag wohl mit dem Kli­ma zusam­menhän­gen, jeden­falls scha­det es nichts, denn nur so ist daran zu den­ken, daß die Sache mal wie­der funk­tio­nie­ren wird.
Gefähr­lich könn­ten dage­gen hier Ele­mente wer­den, welche, wie die Elek­tri­zität, nicht eigent­lich kaputt zu machen sind und bei denen auch nicht ein­wand­frei fest­zus­tel­len ist, ob sie wirk­lich von die­ser Welt stam­men. Dafür aber hält Nea­pel sei­nen Ort bereit Solche unen­trät­selt spi­ri­tuale Wesen fließen unbe­denk­lich mit der Glo­rie der reli­giö­sen Mächte zusam­men, und die fest­liche Osram­birne ver­sch­wis­tert sich im nea­po­li­ta­ni­schen Hei­li­gen­bild mit der Strahlenkron5 ! der Madon­na zur Fas­zi­na­tion der ehrfürch­ti­gen Seele. Hin­ge­gen wird man schwer­lich Klä­gli­cheres fin­den als die eigent­li­chen, pro­fa­nen Nut­zan­wen­dun­gen der Elek­tri­zität in Nea­pel. Schlech­ter­dings kos­misches Mit­leid greift einem ans Herz ange­sichts der jäm­mer­li­chen Glüh­birne, welche in todes­mat­ter Trüb­sal melan­cho­lisch an der Decke bau­melt, in ihrem hoff­nung­slo­sen Aushar­ren von aller Welt vers­pot­tet oder ver­ges­sen. Auch ist das uner­bit­tliche Gesetz noch immer uner­grün­det, nach wel­chem der Straßen­bahn alle paar Tage der Strom aus­geht ; »la cor­rente non c’e« lau­tet die schlichte For­mel für diese Fügung des Him­mels. Möglich, daß viel­leicht das Tele­phon recht gut funk­tio­nie­ren würde, wenn da die Num­mern nicht ihre eige­nen Wege gin­gen und das amt­liche Regis­ter oder doch die Aus­kunftss­tel­len des Geheim­nisses die­ser Zah­len teil­haf­tig wären. Doch wie dem im ein­zel­nen auch sei, das alles gehört in Nea­pel nicht mehr ins Gebiet bloßer Tech­nik.
Die Tech­nik beginnt viel­mehr eigent­lich erst da, wo der Mensch sein Veto gegen den feind­li­chen und ver­schlos­se­nen Auto­ma­tis­mus der Maschi­nen­we­sen e inlegt und sel­ber in ihre Welt eins­pringt. Dabei erweist er sich aller­dings dem Gesetze der Tech­nik um Span­nen über­le­gen. Denn er eignet sich die Füh­rung der Maschi­nen nicht so sehr dadurch an, daß er ihre vor­schriftsmäßige Hand­ha­bung erlernt, als indem er den eige­nen Leib darin ent­deckt. Zerstört er dazu zwar zunächst die men­schen­feind­liche falsche Magie intak­ten maschi­nel­len Funk­tio­nie­rens, so ins­tal­liert er sich jedoch als­dann sou­verän in des ent­larv­ten Unge­heuers einfäl­ti­ger Seele und freut sich des wah­rhaft ein­ver­leib­ten Besitzes zum unum­schränk­ten Her­ren­turn uto­pi­scher Daseins-All­macht. Auf die tech­ni­schen Anmaßun­gen seines lei­bei­ge­nen Ins­tru­ments läßt er “sich nicht mehr ein, die­sen Schein und Trug sei­ner bloßen Erschei­nung hat er mit unbes­te­chli­chem Blicke . durch­schaut ; ein Stü­ck­chen Holz oder ein Lap­pen tut’s auch. Aber frei­lich muß sich die Gewalt des Ein­ver­leib­ten im sie­ghaf­ten Anprall stünd­lich bewäh­ren. In beäng­sti­gen­der Verve jagt er mit sei­nem Auto drau­flos, und wenn dabei nicht irgend etwas in Trüm­mer geht, die Straßen­mauer oder ein Esel­kar­ren oder die eigene Maschine, so hat die ganze Auto­fah­re­rei kei­nen Sinn gehabt. Ein rich­tiges Eigen­tum muß eben auch ges­chun­den wer­den, sonst hat man nichts davon, es muß bis auf den letz­ten Stumpf gebraucht und aus­ge­kos­tet, gleich­sam ver­tilgt und auf­ge­fres­sen wer­den. Doch ist im gan­zen das Verhält­nis des Nea­po­li­ta­ners zu sei­ner Maschine gutmü­tig, nur etwas bru­tal ; gerade wie zu sei­nem Esel.
An die vor­ges­chrie­be­nen Zwe­ck­ver­wen­dun­gen in kei­ner Weise mehr gebun­den, erfährt die Tech­nik hier die son­der­bars­ten Ablen­kun­gen und geht mit eben­so über­ra­schen­den wie evi­den­ten Wirk­sam­kei­ten in einen ihr völ­lig frem­den Lebens­grund ein. Wie­wohl es gewiß nicht die Absicht der Osram­birne ist, Madon­nen ihre Glo­rie zu lei­hen, noch auch ein Rad­mo­tor das Licht der Welt dazu erblickte, aus den Zwän­gen des zer­sch­met­ter­ten Motor­rads gelöst mit sei­nen um eine leicht exzen­trische Achse wir­beln­den Dre­hun­gen in einem Topf die Sahne zu schla­gen, leis­tet die moderne Tech­nik auf solche ungeahnte Wei­sen den übun­gen dieses mit elek­tri­scher Straßen­bahn und Tele­phon selt­sam über­le­ben­den 17. Jah­rhun­derts die aus­ge­zeich­netste Hil­fes­tel­lung und dient so übe­rall der Frei­heit dieses Leben über sie aufs unfrei­willig­ste noch zur Folie. Die Mecha­nis­men kön­nen hier das zivi­li­sa­to­rische Kon­ti­nuum nicht bil­den, zu dem sie auser­se­hen ; Nea­pel dreht ihnen das Gesieht auf den Rücken.
Der moder­nen Tech­nik geht’s hier im gan­zen letzt­lich wie jenem welt­ver­lo­re­nen Schie­nen­paar, welches ein­sam und ver­ros­tet den Monte San­to die Straßen hinun­terläuft. Das Feld­ges­chrei der küh­nen Pläne, zu denen es, man weiß nicht wann, hie­rher ver­schla­gen wurde, ist läng­st verk­lun­gen und ver­ges­sen. Mit bei­spiel­lo­ser Kraft des Funk­tio­nie­rens aber spritzt es den jubeln­den Straßen­kin­dern das Was­ser, welches aus irgen­dei­ner verirr­ten Lei­tung durch seine Rohre fließt, zu seli­gem Ergöt­zen in den Mund, und die ganze Nach­bar­schaft erfreut sich die­ser hoch­will­kom­me­nen Quelle. So etwa verei­ni­gen sich in die­ser Stadt die kom­pli­zier­tes­ten Zwe­ckins­tru­mente der Tech­nik zu ein­fachs­ter, doch nie erträum­ter Ver­rich­tung. Zu der unfrei­willi­gen Stif­tung sol­chen Nut­zens sind sie vol­len­det umge­mo­delt, zu ihren eigent­li­chen Zwe­cken ver­sa­gen sie kon­sequent.

Alfred Sohn-Rethel, L’i­déal du cas­sé. À pro­pos de la tech­nique napo­li­taine (Das Ideal der Kaput­ten. Über nea­po­li­ta­nische Tech­nik), trad. Aca­dé­mie Helm­holtz, dans W. Ben­ja­min, A. Lācis, A. Sohn-Rethel, Sur Naples, Bor­deaux : La Tem­pête, 2019

Cf. L’exo­ti­sa­tion / éro­ti­sa­tion de Benjamin/Lacis sur Naples. Le Napo­li­tain comme enfant des rues, pri­mi­tif de la moder­ni­té (poro­si­té privé/public, individu/communauté, syn­cré­tisme sacré naïf/profane), symp­tôme (excès ou « reste ») de la mar­chan­dise (cf. fla­neur, chif­fon­nier).