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Brecht. Splendeur et misère… Émotion nationale.

Haben Sie sich überlegt, ob der Herr Zweite Staatsanwalt nicht nur einfach Ihre Stellung haben will und Sie zu diesem Zweck hereinlegt ? Das hört man jetzt viel. — Nehmen wir doch mal an, Herr Amtsrichter, Sie bescheinigen dem Juden seine Unschuld. Er hat nicht die Bohne provoziert. War gar nicht zur Stelle. Bekam sein Loch im Hinterkopf rein zufällig, bei einer Rauferei zwischen anderen Personen. Kehrt also nach einiger Zeit ins Geschäft zurück. Der Stau kann ihn da gar nicht hindern. Und das Geschäft ist um elftausend Mark geschädigt. Das ist jetzt aber eine Schädigung des Stau mit, denn der kann ja jetzt die elftausend Emm nicht von dem Arndt verlangen. Also wird der Stau, wie ich die Type kenne, sich an den Sturm halten wegen seiner Preziosen. Er geht natürlich nicht selber hin, da er als Kompagnon eines Juden ein Judenknecht ist. Aber er wird schon Leute an der Hand haben. Dann heißt es, daß die SA in nationaler Erregung Schmuckstücke klaut. Was dann die vom Sturm von Ihrem Urteil halten werden, können Sie sich ausmalen. Der einfache Mann kann es sowieso nicht verstehen. Denn wieso kann im Dritten Reich ein Jude gegen die SA recht behalten ?

Vous êtes-vous demandé si Monsieur le Procureur ne voulait pas tout simplement votre place, et si dans ce but il ne cherchait pas Il vous perdre ? Cela se fait beaucoup en ce moment… Supposons, Monsieur le Président, que vous déclariez le Juif innocent. Il n’a pas provoqué. N’était même pas là. A eu la nuque trouée par pur hasard, au cours d’une bagarre entre d’autres personnes. Revient donc, dans quelque temps, au magasin. Stau ne peut l’en empêcher. Mais le magasin a perdu onze mille marks. Et c’est une perte que doit partager Stau, maintenant qu’il ne peut plus réclamer cet argent à Weihl. Alors, tel que je le connais, Stau va s’en prendre à la section au sujet des fameux bijoux. Naturellement, il n’agira pas lui-même. En tant qu’associé d’un Juif, il passerait pour un domestique. Mais il aura des gens sous la main. On dira donc que des S.A. sous le coup d’une émotion nationale ont barboté des bijoux. Ce que la section pensera alors de votre verdict, vous pouvez l’imaginer… De toute manière, ce verdict, l’homme de la rue ne le comprendra pas. Car enfin, dans le IIIe Reich, comment un Juif peut-il avoir raison contre les S.A. ?

Bertolt Brecht Furcht und Elend des Dritten Reiches Suhrkamp 1967 p. 1114 [FR. : Grand-peur et misère du IIIe Reich, L’Arche, 1955, p.48, trad. M. Regnaut, A. Steiger]