15 09 20

Le plus dur, c’est l’heure du loup, entre trois et cinq heures. Quand viennent les démons : les regrets, l’en­nui, la peur, le malaise, la fureur. Ça ne sert à rien d’es­sayer de les endi­guer, ça devient encore pire. Quand mes yeux sont fati­gués de lire, j’ai la musique. Je ferme les yeux et je donne libre cours aux démons : venez, je vous connais, je sais com­ment vous fonc­tion­nez, allez‑y jus­qu’à ce que vous en ayez assez, je ne résiste pas. Les démons deviennent alors de plus en plus rageurs et au bout d’un moment, le fond cède, ils se montrent ridi­cules, ils dis­pa­raissent et je m’en­dors pour une heure ou deux.

Ing­mar Berg­man, Later­na Magi­ca, Paris : Gal­li­mard, 1987, p. 262