Improcédure du 9.1.2018 : « La différence » (Seille)

le didactisme à vide est sans cautèle
quand il tourne des bras
ce n’est pas pour mimer faire passer du savoir
il ne fait pas les bruits de langue et de slideshow du savoir en train de passer
il fait d’authentiques bruits de posca
des crissements de style sur le rêche de la vie
(la vie pour aujourd’hui : l’espoir que s’expliquer s’explique
sans qu’il faille nécessairement suivre)

QUESTIONS
Posée là
Abordée
Entretenue
Répondue

Quelle est la différence ?

Quelle est la différence entre une différence et pas de différence du tout ?
 
 

Qu’est-ce qui manque quand aucune différence n’est perçue ?
 
 
 

Sous quelle lunette, à quelle échelle, sous quelle focale, y a-t-il ou pas de différence ?
 
 
 

Que peut-on prédiquer du sensiblement pareil, de l’on va pas chipoter, du patemment inidentique ?
 
 
 

S’associer est-il une activité ?
 
 
 

Qui veut acheter des configurations animées de la matière rares et raffinées ?
 
 

Knock knock who’s at the lab door ?
 
 
 

Pourquoi le critère génétique « crinière » est-il considéré instable ?
 
 

Où en est-on du cheval ?
 
 

Pourquoi morphe-t-on si peu et à tant de frais ?
 
 
 

Vrai ou faux ?
 
 
 
 

Massicot-maçonnerie à partir des photos de Thomas.


Je ne m’énerve pas ; j’explique aux gens.

τύχη, túkhê : Chance, fortune, providence.
De τυγχάνω, tugkhánô (« se produire », « atteindre un but, une cible »)

Ça se passe au Τύχη (3), où il y a :

  • 1. moins de tentes que de gens ;
  • 2. d’immenses couchants qui laissent diversement sensible ;
  • 3. à faire ;
  • ☌. du coup, peut-être, des sensibilités à faire.


Fig. 1 : Immense couchant. — Fig. 2 : À faire

Des questions de quolibets sont adressées à un couple de personnes constitué pour l’occasion. Ces questions sont des colles cognitives, des énigmes anthropologiques ou des exercices d’intuition. Elles suggèrent souvent un ordre de réponses exclusif ou clivant : leur binarisme constitue à la fois les balises et les plots de la conversation, ses obstacles pratiques ; la polarité de leurs termes définit le champ d’exercice du jugement.

Placer d’emblée les entretiens sous la tutelle d’énoncés apophantiques plus ou moins explicites permet de jouer les intrigues à partir des assentiments, donc aussi d’interdire un registre modéré de réponse — pyrrhonisme, levée dialectique un peu leste, abstinence et autres sageries.

Quelle est la différence entre un couple et une paire ? Lequel des deux est le plus fonctionnel ? Le plus politique ? Le mieux coordonné ? Une paire est-elle forcément assortie ? Est-il plus long d’accorder une paire ou d’accorder un couple ? En domaine conjugal, la notion d’ordered pair indique-t-elle une hiérarchie ou une précédence ? Une priorité opératoire dans une lutte rangée (agon) ou une exclusive manipulatoire dans un combat dramatisé (mimicry) ?
C’est qui le plus fort ? L’agneau, le chien, le loup, le lion, le renard, le corbeau, la personne ? Question subsidiaire : Qui gagnerait, le soleil ou dix milliards de lions ?
Il existe, en Éthiopie, un peuple, les Dorzé, qui considère que le léopard est un animal chrétien, et qu’à ce titre il respecte les jeûnes hebdomadaires de l’Église copte (le mercredi et le vendredi). Pourtant, les Dorzé protègent leurs troupeaux des attaques de léopards tous les jours de la semaine. Pourquoi ?1
Complétez suivant le modèle : Le drame de l’amour
La comédie
La tragédie
L’épopée
Quand, comment, par quelle procédure, sait-on avec certitude qu’on n’a plus pied ?
Paul est accusé d’avoir rendu malade une jeune fille en lui touchant les mains. Un procès est organisé. Très vite, le reproche réel des juges apparaît : avoir caché à la communauté des pouvoirs chamaniques qui expliquent l’efficace de son geste (inoculation ou contagion). Paul nie d’abord, puis finit par avouer des dons, fournit des détails, fait la genèse de leur acquisition. À l’issue de ces aveux, le tribunal réintègre Paul et lui fait promettre de ne plus faire de ses dons un usage néfaste au sein de la communauté. Paul est-il habile ou sincère, dupe ou non dupe ?2

Le couple de circonstance est requis de répondre en paire, de s’apparier efficacement pour un arraisonnement commun ou au moins une réponse unique. Le nécessaire appariement ne vaut pas pari de conjualité : la paire est temporaire — même s’il n’est pas exclu que s’y gagne une intimité.

Les enregistrements des conversations sont ensuite coupés pour ne pas dépasser une ou deux minutes, puis montés sur un slot de la Roue Quodlibétale, et diffusés au hasard des tourniquements de celle-ci.


Idéalement (juin 2017)

Les entretiens ont lieu :
– en latin tardif ;
– hors des tentes.

Les questions de quolibets ont pour objet de forcer à élucider les raisons personnelles, et pour méthode de prendre au sérieux

le quelconque,

et du quelconque le bon-vouloir,

et du bon-vouloir le qui-vient (à l’esprit),

et du qui-vient le plaisant,

et du pas déplaisant le qui-charme (la raison et les sens).


Pratiquement (juillet 2017)

Cette micrologie des raisons n’est pas nécessairement une traque acrimonieuse ; les entretiens quodlibétaux sont une pratique sincère, sensible, pas justicière : le tout-venant d’une réponse intuitive, le non-chaloir de sa personne, est mobilisé pour un tout-chaloir général, un pan-chaloir qui, plus ou moins vaillant, dépersonnalise.

Que tout importe également sauve ou pèse, ni plus ni moins que le mal pesé, le mal sauvant, le mal pondéré des rapports personnels. Mais que la conversation vaille, achale, assaille jusqu’au conçu commun dont on pourra faire un à faire, ou que, pesant d’un poids constant, elle nivelle et finisse par faire se valoir tout le relief personnel du diversement sensible, elle procède d’un vouloir savoir très-transitif dont la chaleur opératoire a, aura toujours, dans le dardement de son objet, asséché le projet manipulatoire.

Survoler les zones de la roue pour écouter les con(paires)versations.


Dire que les opérations transitives communes pourraient, sinon sécher d’un coup, chauffer jusqu’au tarissement les projets manipulatoires, c’est moins dénoncer qu’il y a du manipulatoire (ça, c’est un épanchement justicier), que faire (sa)voir à sa personne que le manipulatoire est stagnant, stagnant dans la personne.

C’est parce que je crois que c’est clair que je l’explique mal : j’essaie de me (faire) sensibiliser à ce qui, dans le détail des raisons personnelles, dupe ; et pour moi c’est moins les raisons que le personnel.

Les raisons, là, ne s’interrogent pas depuis l’envie justicière de les découdre, de les isoler, de les observer dans l’élément, rendu à sa pureté, de leur validité éthique. L’opératoire est enchaînant, intriquant, compeloteur. Cherchant les raisons, la dispute opératoire ne traque ni les causes ni les intentions ; elle admet, comme une règle de son jeu et une condition de sa progression — en un mot, comme une de ses raisons — la validité pratique de tels énoncés, et l’invalidité de tels autres. Mais les invalidés perdus, boulés le long des pentes de l’anomie, continuent d’opérer dans la conversation comme d’anciens conjurés écartés du projet. Le terrain est connu et avec lui le risque de trop vite invalider.

Une série de pour moi issue des sensibilités communes:
La conversation eue, c’est
La roue tournant, c’est
La roue montée une fois pour toutes, la tente orientée en fonction des levants, zéniths, azimuts, c’est
La roue droite, c’est
Le kit, c’est
La tente penchée, c’est
La roue tournant, c’est
La personne, c’est
Le hasard, c’est
La roue penchant, c’est
La débrouille, c’est
La tente montée, c’est
Se sensibiliser, c’est
Les couchants, c’est
Τύχη, c’est un rien personnel, un terrain tendu aux épanchaloirs.

  1. Exemple issu de Dan Sperber, Le symbolisme en général, Paris, Hermann, 1974. Voici l’explication de Sperber, qui s’inscrit dans un raisonnement plus vaste sur le statut des savoirs traditionnel et expérientiel : « Toute proposition synthétique en implique et en contredit d’autres. Notre connaissance du monde se construit en articulant des propositions selon ces relations, en n’acceptant une proposition qu’avec ses implications, du moins les plus évidentes, et en évitant de même les contradictions. L’expérience montre que le savoir encyclopédique n’est pas exempt d’incohérences et de contradictions, mais toute la vie pratique dépend d’un effort constant pour les éviter ou les corriger. Les propositions symboliques ne sont pas articulées de la même manière, et ne font pas l’objet d’un pareil effort. Non qu’elles soient incohérentes entre elles, mais leur cohérence est d’une autre nature, et elles co-existent sans difficulé avec des propositions encyclopédiques qui les contredisent, directement ou par implication. Un Dorzé n’est pas moins soucieux de protéger son bétail le mercredi et le vendredi, jours de jeûne, que les autres jours de la semaine. Non parce qu’il soupçonne certains léopards d’être de mauvais chrétiens, mais parce qu’il tient pour vrai, et que les léopards jeûnent, et qu’ils sont dangereux tous les jours. Ces deux propositions ne sont jamais confrontées. Si un ethnologue tracasse un informateur avec cette histoire, celui-ci réfléchit et propose : les léopards ne mangent pas les animaux tués les jours de jeûne ou peut-être ne les mangent-ils que le lendemain. Le problème des grands jeûnes qui durent plusieurs semaines, reste à résoudre. Mais précisément, l’informateur envisage la question comme une énigme, comme un problème auquel existe forcément une solution, et qui ne saurait être mal posé dans ses prémisses. Les léopards sont dangereux tous les jours, il le sait d’expérience ; ils sont chrétiens, la tradition le lui garantit. Il ne cherche pas la solution de ce paradoxe, il sait qu’il en existe une. De même un chrétien à qui l’ont fait percevoir une contradiction dans l’Évangile de Saint-Matthieu entre la généalogie de Jésus, qui descend d’Abraham et David par Joseph, et l’affirmation qui suit immédiatement, selon laquelle jésus n’est pas le fils de Joseph, ne songe pas un seul instant à remettre en question l’un des termes du paradoxe et ne doute pas qu’on puisse le résoudre, même si la solution lui échappe. En revanche, si son voisin Léon affirmait descendre du roi de France par son père et avouait en même temps être le fils d’un autre, il en ferait des gorges chaudes. Il ne ferait pas grand cas de l’argument, cher aux anthropologues, qui repose sur la distinction entre père et géniteur. Edmund Leach y fait appel dans le cas de Jésus (Leach, 1966 b : p. 97) mais les éditeurs de l’Évangile que j’ai sous les yeux préfèrent préciser en note que l’époux de Marie était aussi son parent. Seul un mécréant reprocherait à Matthieu de ne pas l’avoir dit tout de suite. Un chrétien sait qu’il y a une bonne raison à cela, même s’il ne la connaît pas. »
  2. Exemple tiré de Claude Lévi-Strauss, « Le sorcier et sa magie » (in Anthropologie structurale, “Magie et Religion”, Chapitre IX), publié sous ce titre dans les Temps Modernes, 4e année, n°41, 1949, pp. 3-24 : « Grâce (au jeune homme, ndr), la sorcellerie, les idées qui s’y rattachent, échappent à leur mode pénible d’existence dans la conscience, comme ensemble diffus de sentiments et de représentations mal formulés, pour s’incarner en être d’expérience. L’accusé, préservé comme témoin, apporte au groupe une satisfaction de vérité, infiniment plus dense et plus riche que la satisfaction de justice qu’eût procurée son exécution. Et finalement, par sa défense ingénieuse, rendant son auditoire progressivement conscient du caractère vital offert par la vérification de son système (puisqu’aussi bien, le choix n’est pas entre ce système et un autre, mais entre le système magique et pas de système du tout, c’est-à-dire le désarroi) l’adolescent est parvenu à se transformer, de menace pour la sécurité physique de son groupe, en garant de sa cohérence mentale. Mais la défense n’est-elle vraiment qu’ingénieuse ? Tout porte à croire qu’après avoir tâtonné pour trouver une échappatoire, l’accusé participe avec sincérité et — le mot n’est pas trop fort — ferveur, au jeu dramatique qui s’organise entre ses juges et lui. On le proclame sorcier ; puisqu’il y en a, il pourrait l’être. Et comment connaîtrait-il d’avance les signes qui lui révéleraient sa vocation ? Peut-être sont-ils là, présents dans cette épreuve et dans les convulsions de la fillette transportée au tribunal. Pour lui aussi, la cohérence du système, et le rôle qui lui est assigné pour l’établir, n’ont pas une valeur moins essentielle que la sécurité personnelle qu’il risque dans l’aventure. On le voit donc construire progressivement le personnage qu’on lui impose, avec un mélange de roublardise et de bonne foi : puisant largement dans ses connaissances et dans ses souvenirs, improvisant aussi, mais surtout, vivant son rôle et cherchant, dans les manipulations qu’il ébauche et dans le rituel qu’il bâtit de pièces et de morceaux, l’expérience d’une mission dont l’éventualité, au moins, est offerte à tous. Au terme de l’aventure, que reste-t-il des ruses du début, jusqu’à quel point notre héros n’est-il pas devenu dupe de son personnage, mieux encore : dans quelle mesure n’est-il pas effectivement devenu un sorcier ? “Plus le garçon parlait”, nous dit-on de sa confession finale “et plus profondément il s’absorbait dans son sujet. Par moments, son visage s’illuminait de la satisfaction résultant de l’emprise conquis sur son auditoire.” Que la fillette guérisse après l’administration du remède, et que les expériences vécues au cours d’une épreuve si exceptionnelle s’élaborent et s’organisent, il n’en faudrait sans doute pas davantage pour que les pouvoirs surnaturels, déjà reconnus par le groupe, soient confessés définitivement par leur innocent détenteur. » Les deux récits — ceux de la duplicité supposée des Dorzé et de celle des chamanes — sont repris par Paul Veyne, Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ? La référence au « sorcier de Lévi-Strauss » puise dans le texte cité plus haut, mais dans une autre histoire, celle de Quesalid, un chamane aux trucs exposés et qui essaie d’y survivre : « Tels les Dorzé qui estiment à la fois que le léopard jeûne et qu’il faut se garder de lui tous les jours, les Grecs croient et ne croient pas à leurs mythes ; ils y croient, mais ils s’en servent et ils cessent d’y croire là où ils n’y ont plus intérêt. (…) La coexistence en une même tête de vérités contradictoires (est) un fait universel. Le sorcier de Lévi-Strauss croit à sa magie et la manipule cyniquement, le magicien selon Bergson ne recourt à la magie que là où il n’existe pas de recettes techniques assurées, les Grecs interrogent la Pythie et savent qu’il arrive à cette prophétesse de faire de la propagande pour la Perse ou la Macédoine, les Romains truquent leur religion d’État à des fins politiques, jettent à l’eau les poulets sacrés s’ils ne prédisent pas ce qu’il faudrait, et tous les peuples donnent un coup de pouce à leurs oracles ou à leurs indices statistiques pour se faire confirmer ce qu’ils désirent croire. Aide-toi, le ciel t’aidera ; le Paradis, mais le plus tard possible. Comment ne serait-on pas tenté de parler ici d’idéologie ? (…) L’idéologie est un tertium quid à côté de la vérité et des pannes inévitables et aléatoires de la vérité que sont les erreurs ; c’est une erreur constante et orientée. (…) La notion d’idéologie est une tentative louable et manquée pour parer à la légende d’une connaissance désintéressée, aux termes de laquelle il existerait une lumière naturelle qui serait une faculté autonome, différente des intérêts de la vie pratique. Cette tentative aboutit malheureusement à une cote mal taillée : l’idéologie mêle deux conceptions inconciliables de la connaissance, celle du reflet et celle de l’opération. Peu frappante à première vue, cette contradiction est rédhibitoire, si l’on y réfléchit un instant : la connaissance ne peut pas être tantôt correcte et tantôt biaisée ; si des forces telles que l’intérêt de classe ou le pouvoir la dévient quand elle est fausse, alors les mêmes forces opèrent aussi quand elle dit vrai : elle est le produit de ces forces, elle n’est pas le reflet de son objet. Mieux vaudrait reconnaître que toute connaissance est intéressée et que vérités et intérêts sont deux mots différents pour une même chose, car la pratique pense ce qu’elle fait. »

Des kangourous vivent en autonomie dans la forêt de Rambouillet depuis une quarantaine d’années, après que leurs ancêtres se sont échappés d’une réserve. Des amies sont allées à leur recherche. Les kangourous sont demeurés introuvables mais toute disposition accidentelle dans la forêt a pu être interprétée comme leur trace. Ce texte a été écrit pour accompagner les tirages cyanotypes de ces photos de kangourous absents.

La puissance végétale présente, comme chacune des autres puissances, treize harmonies. La première est céleste, ou soli-lunaire ; six sont physiques, et six sont morales. Dans les six physiques, trois sont élémentaires, l’aérienne, l’aquatique, la terrestre ; trois sont organisées, la végétale, l’animale et l’humaine. Dans les morales, il y en a pareillement trois élémentaires, la fraternelle, la conjugale, la maternelle ; et trois organisées ou sociales, la spécifiante, la générique et la sphérique.
Bernardin de Saint-Pierre, Tableau des harmonies de la nature

Il n’y a personne à organiser. Nous sommes ce matériau qui grandit de l’intérieur, s’organise et se développe.
Comité Invisible, À nos amis (« Disparaissons »)

Tout s’engendre aux intersections. Tout se génère à l’abri de son genre. Tout est à la fois saturé de généricité et profondément isolé. Tout finit par s’échapper de la baudruche mais pour cela y est entré. Tout arrive rond. Rien ne fait exception.

De tous temps et dans toutes les classes, l’Homme qui rôde autour de nous jusqu’à nous fixer en pronoms, de tous temps l’Homme fixeur qui nous tient en respect dans des personnels (de personne) ou des toniques (d’appui) et qu’il convient d’appeler notre Homme, notre Homme entretient le désir de s’échapper sans disparaître, désir ardent de nature à nourrir notre Homme mais à la fois le consumer.

Cette histoire s’appelle aventure. C’est une Histoire de la Nature. Rien n’y fait défection.

Mais évidemment il y a des moments dans l’Histoire de notre Homme où il trouve humiliant d’avoir choisi la couleur de sa cape ou le revêtement de ses bottes, des moments de la Nature de notre Homme où il n’y a jusqu’à la composition du dépôt formé dans ses pores par les nuits de veille et d’extase dont il se sente la dupe. C’est en ces moments que notre Homme consonne.

Tout consonne avec son semblable en harmonies élémentaires (hominale, canine, animale) et contraste avec son dissemblable en harmonies sociales au nombre de trois également (spécifiante, générique, sphérique).

Tout aboule ou va s’aboulant ; même les récalcitrants en viennent à être amenés finir abouler, et ceux qui sont à abouler volontaires mais diminués arrivent aussi cahin-caha à abouler de manière tout aussi spécifique, tout aussi générique, sphériques.

Que la Nature en dupe, c’est l’évidence que notre Homme fait de ce qui aboule animal et vit dans la forêt ou les jardins publics où la bestialité a cours d’après notre Homme, notre idée qu’il se fait des animalement aboulés est celle de dupes de leurs features, à l’étroit dans leur couture, dupes de ce qui les coud, de ce qui les secoue, les tient en respect, les anime, dans l’impasse des configurations animées de la matière, et dans cette camisole. Formes inconnaissables, puissances insondables, dures en affaire même au fort de la crise.

Il n’y a pas de nous non rotond. La rotondité domine et sous-traite. Tout est soit toujours aboulant soit ayant aboulé. La collimation est automatique, instantanée. Rien ne se fait nulle part sans que ça se laisse ou fasse sentir quelque part voire hors de tout respect (un kangourou ne fait pas exception).

Les animaux, les gens, tout ce qui s’apparente suffisamment à notre Homme pour nous animer et suffisamment pas pour que ce que nous pouvons en dire drifte inéluctablement versl’indexation,la désignation,l’inventaire,les animaux, les gens sentent bien les coups, ce qui est à dire qu’ils sentent bien et qu’en tout cas dans le sac d’animés ils sont ceux qui sentent le mieux.

Mais c’est une impression de Nature qu’invalide le témoignage de nos Chiens, qui rôdent autour de nous au point de nous tenir en respect parfois dans une impasse avec des pronoms toujours plus personnels et bientôt toniques au point de l’affermissement ; nos Chiens qui jamais ne défaillent avaient bien dit que les animaux savent alors que notre Homme maintenait que les animaux sentent comme s’il n’avait pas entendu, étant absent ou s’exceptant. Ce témoignage avait pourtant beaucoup à dire de tout, sans que le kangourou fasse exception.

Témoignaient nos Chiens et maintenait notre Homme, au même instant en aboulaient — une époque tout à fait particulière ; la Nature était un jeu de dupes où les dupes étaient nommées dupes pour qu’on les reconnaisse. Nature était pour ainsi dire un jeu de dupes à dupes fixes, fidèles, jamais totalement défaites en l’espèce mais ne faisant jamais défection dans leur genre. Nature était stable en ses lois. Nature manifestait en la stabilité de ses critères une légalité naturelle, interne, sphérique.

Nature était instituée ; Nature n’était pas pipée ; il n’y avait pas encore dans Nature de coquille. Pour Nature on entrait “nature” et pas “naure” et ça faisait une différence.

Les harmonies vont en progression de puissance. La seconde des trois réunit en elle et accroît les facultés de la première, la troisième celles de la seconde et de la première (l’animal est un chien en son homme ; la sphère une espèce en son genre). Sans que de ce qui précède et qui suit jamais le kangourou ne s’excepte.

On entend souvent parler de la naure en terme de classe, section ou petite section, et rarement notre Homme s’assigne pour tâche de se fourbir des taxons ronds.

S’engendrer signifie s’abouler qui signifie faire un dessin de soi dans sa classe. L’espèce pense ; le genre sentait. Les valences en s’abouler sontactives et passives,positives et négatives, et il en est de même pour notre Homme.

D’où que s’abouler organise deux à deux les contrastes avec d’une part se spécifier et d’autre part arriver rond. Notre Homme contraste en sa puissance ; il consonne en son genre, naurellement.

Kangourou n’est pas là. Kangourou est à une intersection où jamais la collimation. Kangourou est un cul de son sac. À la fois isolé et commun : l’isolement laisse une empreinte dans le commun ; le commun est marqué d’isolement. Naurellement.

Nous rencontrons parfois des Gens réunis en associations, soit qu’ils consonnent, soit qu’ils contrastent et considèrent leurs contrastes déterminants, lieu d’aboulement. Par exemple l’association des défenseurs de l’espèce lapin tête de lion — pas que celle-ci soit en danger, mais elle n’est pas scientifiquement reconnue parce que le critère génétique crinière n’est pas considéré stable.

Certains contrastes ou critères sont, de l’avis de ceux qui enrôlent, enrobent, enrôdent, durs à fixer. Le critère crinière est de ceux-ci, relativement pour sûr à ceux de lapin ou de lion.

Que le contraste soit célébré comme le lieu de l’aboulement le rend immédiatement suspect d’être en fait un lieu d’aventure, un parc d’attraction, une poche où ce qui s’excepte s’organise en vue de stabilisation.

Or sans que rien dans la composition des atmosphères ne le signale, une expertise grandeur Nature a lieu constamment en vue de stabiliser les contrastes. Sans que rien dans la composition des traînées, des eaux minérales ou des vaccins BCG ne le signale, une opération d’envergure Nature établit deux à deux les contrastes en fonction des spéciations consenties et de la rotondité nécessaire des nouvelles arrivées.

Que des contrastants se ressemblent et s’assemblent a nourri beaucoup d’aventures et mis fin à maints aboulements. La génétique a montré souvent, à de systématiques occasions, que la ressemblance — terme idiot — n’était pas un critère admissible pour juger d’une proximité.

Ainsi que Pétrarque l’a dit à propos de tout autre chose, la ressemblance ne fait pas tant l’un comme les différences font l’autre, ou autrement traduit dans une langue moins fruste, les similitudes ne constituent pas autant l’identité que les contrastes établissent la différence.

Mais consonnant en ce qu’ils contrastent, nos Gens s’organisent par défaut, s’organisent pour répondre aux questions de naure à se maintenir en respect, questions qui les concernent au titre de notre Homme, nos Chiens et des animés mystériaux :

Quelle différence entre un kangourou et pas de kangourou à l’intersection ? Qu’intersecte une collimation ? Quelle stabilité pour le critère dent, crinière, poche placentaire ? Le lapin tête de lion est-il bistable ou divers : est-il lapin et lion à la fois, ou est-il alternativement ou successivement l’un et l’autre ? Quelle image multistable de nous-mêmes est-on légitimes à produire de nous-mêmes ? Avons-nous pour notre généricité l’égard et la rigueur que nous avons pour le générique lapin, lion, dent ou poche placentaire ?

Ces questions, nos Gens réunis en contraste d’associations les posent en lions (férocement, souverainement) pour mieux y répondre en lapins (par bonds, par approximations, en rongeant patiemment les grosses cordes des évidences). Car nos Gens sont ronds aboulés dans la collimation.

Nous comme nos Gens n’existons pas dans la naure “comme poisson dans l’eau” ; nous sommes la naure même dans laquelle aboulent notre Homme et nos Gens, nos Chiens et les animés mystérieux, pour beaucoup disparus mais ayant concouru. Nous ne nous cachons pas en embuscade dans la naure, car c’est aussi bien en nous que la naure se cache. Il n’y a personne à organiser, rien à animer, aucune poche d’exception. Qui a disparu aura concouru. Qui s’est échappé ne sera pas excepté. Nous sommes cette baudruche qui gonfle de l’intérieur, s’organise et se développe. Et une fois échappés nous disparaissons, comme un kangourou qui ne ferait pas exception.


Mais qu’est-ce que ça peut faire comme bruit un kangourou ?
Aude Laporte, Kimberly Clark, Antoine Hummel, Magdalena Lamri
2017, 24 pages