Nous appel­le­rons fan­tômes, après le saint doc­teur, toutes les images que l’imagination nous pré­sente, soit qu’elle les ait reçues de l’extérieur, soit qu’elle les ait fabri­quées à l’aide des maté­riaux qui lui sont venus du dehors. Nous divi­se­rons ces fan­tômes en deux classes. La pre­mière com­pren­dra les images inté­rieures que nous nous for­mons en notre fan­tai­sie des mots et des signes qui, mani­fes­tés à l’extérieur, for­me­raient une parole exté­rieure : et ces images inté­rieures, nous les appel­le­rons fan­tômes-signes. Nous met­trons dans une seconde classe tous les autres fan­tômes, c’est-à-dire les images inté­rieures qui repré­sentent en notre fan­tai­sie la chose elle-même, non un signe ou un mot qui exprime la chose : et ces autres images inté­rieures, nous les nom­me­rons fan­tômes-tableaux. Ain­si les repré­sen­ta­tions que je me fais en mon ima­gi­na­tion d’un che­val noir, du mur­mure d’un ruis­seau, de la cha­leur de l’eau bouillante, du par­fum des roses, de la saveur du pain, sont autant de fan­tômes-tableaux, parce que ce sont des images qui repro­duisent leur objet comme il se pré­sen­te­rait à nos divers sens s’il était per­çu dans le monde exté­rieur. Au contraire, quand, au moment où j’écris, je me repré­sente en mon ima­gi­na­tion ces mots : che­val, mur­mure d’un ruis­seau, cha­leur de l’eau bouillante, par­fum des roses, goût du pain, ce sont des fan­tômes-signes que je me forme, soit que je me repré­sente ces mots pro­non­cés par moi-même, soit que je les ima­gine reten­tis­sant à mes oreilles, écrits, lus à haute voix ou en silence. Nous mon­tre­rons tout à l’heure que les fan­tômes-signes sont ordi­nai­re­ment accom­pa­gnés de fan­tômes-tableaux cor­res­pon­dants, et que les fan­tômes-tableaux sont ordi­nai­re­ment accom­pa­gnés de fan­tômes-signes ; mais ces deux sortes de phé­no­mènes n’en sont pas moins fort dis­tincts, puisque le fan­tôme-tableau repro­duit l’objet expri­mé par les mots ou les signes, tan­dis que le fan­tôme-signe repré­sente les mots ou les signes qui expriment l’objet. Les fan­tômes-tableaux sont la même chose que la parole de l’imagination, prise dans l’acception que S. Tho­mas avait prin­ci­pa­le­ment en vue, et les fan­tômes-signes ne sont autre chose que ce que les modernes ont appe­lé la parole inté­rieure.

J.M.A. Vacant, Études com­pa­rées sur la phi­lo­so­phie de Saint Tho­mas d’Aquin et sur celle de Duns Scot, Del­homme & Bri­guet, Paris Lyon, 1891, pp. 168–169

Napo­léon repro­chait à ses géné­raux une ima­gi­na­tion épique, de celle qui se fait des tableaux.

« Vous avez un défaut ter­rible qui empêche toute action, toute déci­sion et tout cou­rage, c’est le genre d’imagination qui, sur­tout, se fait des tableaux. »

Bar­bey d’Aurevilly
recen­sion de L’Éducation Sen­ti­men­tale

Figu­rons-nous main­te­nant […] un de ces géné­raux en chef qui se font des tableaux, comme dit Napo­léon, c’est-à-dire qui dans une mouche voient un élé­phant.

Mikhaïl Dra­go­mi­rov, géné­ral de l’armée tsa­riste
Guerre et paix de Tol­stoï au point de vue mili­taire

Se faire des tableaux, quand on n’est pas des géné­raux, c’est aus­si, par assué­tude ou par las­si­tude, oublier de tailler un conçu avant d’étaler son per­çu. Léo­nard de Vin­ci, qui pen­sait que des peintres étaient de leur pra­tique trop les géné­raux et pas assez les ingé­nieurs, a écrit en sub­stance :

C’est vrai que si tu te poses devant un mur plein de taches et que tu t’y absorbes un moment en ima­gi­nant, des fonds et des formes plus ou moins nets y appa­raissent, qui par leur vague rap­pellent tout ce qu’il y a autour (voire des mondes plus loin­tains dans l’espace et le temps), et par leur net des pay­sages connus, moins par­faits que typiques, des reliefs nus, chauves d’antennes, des ter­rains de jeu enfuis du cadastre. En y allant un peu plus fort tu vois aus­si, sur ces pans bario­lés, d’anciennes scènes de com­bat avec leurs répres­seurs et les chiens qui s’affairent au fond sem­blant les imi­ter (comme Dio­gène, dés­œu­vré, sin­geait les armées colo­niales) ; bref un bor­del de faune humaine-non­­hu­­maine naît de ces taches, un bor­del enga­geant par la force des choses. Il en est de ces murs comme du son des cloches, dont chaque tin­te­ment détache, dans le bas­so du mi-silence urbain, des noms fami­liers et ché­ris ; ils indiquent un plan de découpe, c’est sûr, mais ils ne four­nissent pas les frondes.

Sur le mur de Vin­ci, Bre­ton dit que cha­cun fait com­pa­raître et para­der les « fan­tômes les plus pro­bables de son deve­nir ». Les fan­tômes n’existent pas.

1. Il y a une question

Par assué­tude ou par las­si­tude, réflexe épique, l’hypothèse para­noïaque inclu­sive arrive tôt ou tard qu’au-dessus de tout ce bor­del flotte une ques­tion qui flotte. Qu’à tout moment plane une ques­tion qui plane au-des­sus

de toute vue, digne de l’être ou pas,
de toute prise de parole, asser­men­tée ou pas,

au-des­sus

de tout geste et de toute atti­tude
de tout plan végé­tal, pan humain ou plant ani­mal
de tout pan de conscience, typique et sin­gu­lier,

au-des­sus

de tout état patho­lo­gique banal, spé­cial,
de tout fait de guerre, tout plan de cam­pagne à tous les points de vue,
de toute pro­prié­té,
tout chan­tier d’intention,
toute for­ma­tion, mobile ou sèche, toute couche,
tout enduit, toute dis­pute concer­tée et toute alga­rade,
toute confi­gu­ra­tion des paumes
dans les empoi­gnades
et des poings
dans les empal­mades,
toutes décla­ra­tions
sub­stan­tielles,
imma­té­rielles ou pas,
tout ce qui parais­sant com­pa­raît, parade.

Soit cette ques­tion qui nous accom­pagne à tout moment T, accom­pagne en l’espèce de nous toute forme FFFFFF et tout fond ffffff depuis que les formes et les fonds ont été jetés plus ou moins négli­gem­ment dans le monde sur les Pentes de la Créa­tion, depuis que les contextes et les évé­ne­ments ont été jetés ici-bas avec plus ou moins de pro­jet, depuis que les phé­no­mènes, moins par­faits que typiques, accom­plissent leur exis­tence déva­lante avec plus ou moins de prin­cipes d’existence et de déva­le­ment, dépla­çant pour eux-mêmes ici vers le bas un peu plus chaque jour, minute, seconde, quan­tum tem­po­rel imper­cep­tible hors la ques­tion.

1. entendre “paye ta chatte” 10. une feuille morte
2. le bruit qu’aurait cette tôle 11. la témé­ri­té
3. pen­ser au pain 12. relire l’histoire une der­nière fois
4. un mau­vais exemple 13. le style
5. man­ger une fri­ture 14. “avant de par­tir n’oublie pas”
6. la pen­sée que ça va aller 15. chan­ger
7. repoi­vrer 16. “l’amour est fort comme la mort,”
8. tenir en place 17.” dur comme l’enfer !”
9. dire “chien” 18. …

Soit la ques­tion qui nous concerne tou-te-s, un nous grand-inclu­sif constant et ver­sa­tile, un bâti des­ti­nal en kit par­ti­cu­liè­re­ment violent à sa nature (à sa nature de nous plus qu’à la nôtre à nous), un cor­pus inclu­sif aux occur­rences ténues (

inten­tion, men­tisme, réso­lu­tion, ten­dance.

), un corps social au ges­tuaire jamais éman­ci­pé de la chaîne de com­mande d’une norme mys­té­rieuse (

atteindre, mou­voir, tour­ner, faire
tour­ner, appli­quer une pres­sion, sai­sir, pla­cer,
relâ­cher, dépla­cer les yeux et les foca­li­ser,
mar­cher sur la lune, se déhan­cher, pen­cher et se rele­ver,
poser avec suc­cès l’un ou l’autre genou à terre
voire les deux, faire des ton­neaux pour finir

) et leurs per­ver­sions tuées au stade du vel­léi­taire (

foca­li­ser les ton­neaux
appli­quer les yeux
se rele­ver le genou
désen­ga­ger mar­cher
désen­ga­ger la lune
voire les deux

).

Soit cette ques­tion qui se pose, est posée à nous à chaque ins­tant T, à cha­cun et cha­cautre en nous à chaque ins­tant T, cette ques­tion qui bour­donne envi­ron­ne­men­tale au-des­sus et autour de nous et qui n’attend pas de réponse for­melle mais qui prend pour réponse les coor­don­nées de nous tou-te-s à un ins­tant T qui est tout ins­tant T des exis­tences de cha­cun et cha­cautre, l’instant constant où la petite et la grande aiguilles se croisent per­pen­di­cu­lai­re­ment, signa­lant un temps mort infi­ni dans le petit jeu tré­pi­dant des kai­roi. Soit cette ques­tion posée à cha­cun et cha­cautre en nous à tout ins­tant T du jeu tré­pi­dant, à cha­cun et cha­cautre en nous en tant que jetons de nous, jetons jamais là que pour faire-le-nombre ou le-compte, exem­plaires exem­plaires de la com­mu­nau­té-une-et-indi­vi­sible-quand-on-regarde-de-loin.

On sait main­te­nant, à force d’en faire l’hypothèse, qu’il y a cette ques­tion et on sent bien main­te­nant que la seule réponse à la ques­tion bom­bi­neuse est l’ensemble des coor­don­nées de cha­cun et cha­cautre à tout moment sur l’axe des Pentes de la Créa­tion selon des cri­tères de sin­gu­la­ri­té et de géné­ri­ci­té, de typi­ci­té et de bana­li­té, cri­tères qui dis­cré­tisent à fond et à Forme, gra­nulent le nous, menacent la com­pa­ci­té du ges­tuaire et de l’attitudier.

Il est clair main­te­nant qu’il y a une ques­tion qui par­court, comme sur une molette axiale, l’ensemble des Pentes de la Créa­tion, et de là repère, enre­gistre et trans­met les coor­don­nées exclu­sives et pré­cises de cha­cun et cha­cautre. Il est clair main­te­nant que ce qui nous plane au-des­sus, et jusque tout autour, est une ques­tion, unique, et que cette ques­tion pro­cède d’une tête de lec­ture, et qu’en cette tête nous lit cette ques­tion et que cette ques­tion nous indexe, nous tient en joue dans la dési­gna­tion et nous demande de dire ; et ain­si nous sommes lus, au sens de pous­sés à dire au doigt et à l’œil.

Nous acqué­rons main­te­nant la cer­ti­tude qu’il y a une ques­tion posée en per­ma­nence par une sorte de drone en sur­vol au-des­sus des Pentes et qui scanne, vrom­bit sa ques­tion comme un drone, à la drone mais angé­li­que­ment. Il y a un drone angé­lique à l’affût tout autour au-des­sus de toute confi­gu­ra­tion de la matière ani­mée comme inani­mée et au-des­sus de

tous gestes, leurs esquisses,
tous mots, leurs anti­dotes,
toutes pro­prié­tés, leurs changes,
toutes formes, leurs contre­formes.

Il y a un drone-gar­dien, un ange-maton, une ins­tance de vou­loir-du-bien en sur­vol et sur­veille, un super­vi­seur des échanges qui nous offre une pause hors la chaîne, une pause-café pour nous par­ler, nous entre­te­nir-de-nos-pro­jets dans son bureau qui n’est pas un bureau phy­sique mais le lieu sans local et sans coor­don­nées d’où la ques­tion bien­veille, se pose posé­ment à nous pour-son-bien (à nous). Il y a une menace pré­ve­nante en sta­tion, en fac­tion, un agent de sécu­ri­té pro­vi­den­tiel, un employé du wel­fare state qui a des manières de war­rior ou un agent du war­fare state qui a des manières de wel­lior — on ne sait pas, on ne peut pas savoir, l’agence est en tout lieu à tout moment, c’est une pana­gence ubi­quiste et sans tain qui fait de l’intérim pour l’Être ou l’État, la Pré­sence ou le Minis­tère de Dieu, ou la Corée, ou le Texas, ou la Poé­sie de la Pen­sée de l’Être de l’Agence du Monde.

La ques­tion qui plane est : QUELLE EST LA DIFFÉRENCE ?

2. La question contrariante

Il y a une femme sin­gu­lière en bana­li­té, typique en sin­gu­la­ri­té, banale en son genre et d’un genre sin­gu­lier, qui porte un nom en alle­mand.

Ger­trude celle qui est forte avec la lance
Stein pierre
Ger­trude Stein celle qui est forte avec la lance pierre

Celle qui est forte avec la lance pierre a posé une ques­tion, une série de ques­tions plu­tôt mais résu­mable en une ques­tion qui vise le drone pas pour notre ou son bien mais pour explo­rer la car­lingue de la ques­tion adul­ten­fan­tine en sur­vol. Celle qui est forte avec la lance pierre a posé en la pro­pul­sant une ques­tion déci­sive d’ingénierie d’enfant, en un sens plus radi­ca­le­ment enfan­tine que celle de la dif­fé­rence ou de l’intrus (qui est une ques­tion

d’adulte aux enfants
de vigile aux men­diants

un jeu d’autoroute flan­qué de sa solu­tion).

La ques­tion de celle qui est forte avec la lance pierre est :

QUELLE EST LA DIFFÉRENCE ENTRE UNE DIFFÉRENCE
ET PAS DE DIFFÉRENCE
(DU TOUT) ?

On peut ajus­ter la ques­tion en quatre c’est-à-dire :

Qu’est-ce qui fait acti­ve­ment la dif­fé­rence
dans la dif­fé­rence ?
Qu’est-ce qui agit au sein de la dif­fé­rence ?
Qu’est-ce qui manque quand une absence de dif­fé­rence
est consta­tée ?
Qu’est-ce qui fait défaut dans la res­sem­blance ?
Sous quelle focale, dans quelle lunette,
y a-t-il ou pas de dif­fé­rence ?
Que gagne-t-on une fois la dif­fé­rence per­çue ?
À par­tir de quel degré de dis­so­lu­tion de la dif­fé­rence
s’autorise-t-on à se relâ­cher ?
Quand cesse-t-on de modu­ler notre atti­tude
en fonc­tion de la ques­tion du drone ?

3. Les associations : ce qu’on peut en dire

Des gens se réunissent en asso­cia­tions. L’association est un grand prin­cipe de l’activité humaine. L’association réunit des gens, se réunit régu­liè­re­ment. L’association est un mode remar­quable de l’activité humaine col­lec­tive. L’association décide d’un nous et l’organise. L’association asso­cie (l’assemblée assemble, le comi­té com­met, le congrès congresse, l’agence agence). On peut se réunir en assem­blée, en comi­té ou en congrès, mais per­sonne ne se réunit en agence. Les gens qui se réunissent en asso­cia­tion sont

par­fois des agents ; par­fois des patients.


Les asso­ciés en asso­cia­tion ne s’associent pas pour faire socié­té à pro­pre­ment par­ler mais pour

faire des hypo­thèses para­noïaques-inclu­sives,
don­ner à leurs ques­tions une dimen­sion épique,
un niveau de rumi­na­tion col­lec­tif,
l’épaisseur d’une couche,
un plan,

ou par

las­si­tude,
assué­tude.

Se réunir en asso­cia­tion donne

plus d’agence et
plus de patience

devant les ques­tions.

Se réunir en asso­cia­tion rend plus fort avec la lance pierre devant la ques­tion. Un-e réuni-e en asso­cia­tion va s’ingénier, échan­ger ses vues et chan­ger ses pro­prié­tés, va conce­voir. À l’origine du fait anthro­po­lo­gique remar­quable de la réunion en asso­cia­tions se trouvent les sen­ti­ments

de par­ta­ger une res­sem­blance déci­sive ;
de contras­ter ensemble sur le même mode.

(La typo­lo­gie des asso­cia­tions est post-ite. Elle n’est pas spé­cia­le­ment labile, elle est spé­cia­le­ment stable, on peut com­bi­ner les pré­di­cats qui four­nissent le patron des types.)

L E S A V A I S – T U ?
1. On peut libre­ment s’associer, s’assembler, congres­ser, com­mettre, c’est la loi.
1.1. Il est inter­dit de se réunir dans cer­tains immeubles.
1.2. Il est inter­dit de s’associer quand on est en pri­son.

Une asso­cia­tion de type nous-autres par­mi les plus auto­ri­sées de son point de vue et les moins fon­dées du point de vue d’associations concur­rentes est celle de gens qui font inclu­si­ve­ment l’hypothèse qu’existe une espèce de lapin nom­mée « lapin tête de lion ». Cette hypo­thèse est étayée par :
– l’existence de lapins en géné­ral ;
– l’existence de lapins en par­ti­cu­lier, ayant pour spé­ci­fi­ci­té d’être plus den­sé­ment poi­lus au niveau du cou — spé­ci­fi­ci­té rap­pe­lant une cri­nière, et visuel­le­ment plu­tôt une cri­nière de lion que de che­val.

Ayant acquis, en la posant col­lec­ti­ve­ment, la cer­ti­tude que leur hypo­thèse est fon­dée, ils élèvent des lapins qu’ils appellent « tête de lion ».

Cette nomi­na­tion ne passe tou­te­fois pas les bornes de l’association ; la com­mu­nau­té adhé­rant à cette conven­tion demeure numé­ri­que­ment faible. « Lapin tête de lion » n’est pas un nom recon­nu offi­ciel­le­ment par les asso­cia­tions d’éleveurs, qui sont des asso­cia­tions de type nous-mêmes qui ont des prin­cipes d’universalisme et des ambi­tions hégé­mo­niques, une léga­li­té d’axiomes et des condi­tions géné­rales d’admission ain­si que des clauses.

4. Le critère crinière : ce qu’on doit en dire

« Lapin tête de lion » n’est pas le nom d’un type de lapin, est le nom d’un lapin banal et sin­gu­lier mais pas dans son genre, le nom d’un lapin géné­rique mais par sous­trac­tion des dif­fé­rences intras­pé­ci­fiques, ou peut-être le nom d’un lapin d’un type mais d’un autre, de celui qu’aucune ou toute cri­nière ne vient mar­quer déci­si­ve­ment.

Le cri­tère géné­tique « cri­nière » a été consi­dé­ré instable par les asso­cia­tions d’éleveurs de lapins, et suc­ces­si­ve­ment mal fixé et mal adhé­rent par les asso­cia­tions d’éleveurs de la géné­tique. « Cri­nière », comme cri­tère, a été pris en compte dans la consi­dé­ra­tion ; il a ren­du son ver­dict : c’est un cri­tère dur à la fixa­tion (beau­coup plus pour sûr que ceux de lapi­ni­té et de léo­ni­té).

Y a-t-il une force majeure de la fixa­tion ? Existe-t-il des cas où le cri­tère « cri­nière » va ou où on le fait aller, parce que qu’il aille se jus­ti­fie­rait qu’il y va d’un cas spé­ci­fiant de cri­nière ? Oui ; non ; si on veut. Le cri­tère « cri­nière » est inva­ria­ble­ment inadhé­rent n’est pas une hypo­thèse, c’est une thèse ; il n’y a besoin ni de le savoir ni d’y croire. Le cri­tère « cri­nière » est constant dans sa vola­ti­li­té, c’est-à-dire qu’il est vola­tile même quand on ne le consi­dère pas.

L’élément d’instabilité concer­nant le cri­tère « cri­nière » vient de ce que c’est un cri­tère for­mel : c’est d’une équi­for­mi­té per­çue, d’une image épique de la res­sem­blance, qu’on s’autorise pour éta­blir l’existence d’un jeton du monde nom­mé « cri­nière ». Or l’association des éle­veurs de la géné­tique a mon­tré sou­vent, à de sys­té­ma­tiques occa­sions, que la « res­sem­blance » — terme idiot — n’était pas un cri­tère admis­sible pour juger d’une proxi­mi­té fai­sant paren­tèle ou genre ou espèce ou classe. Il y faut plus qu’une cor­res­pon­dance tabel­laire qui peut tou­jours bien dire ce qu’elle veut ; il y faut une iso­mor­phie fon­cière, une ligne claire de déhis­cence, un hori­zon de déploi large et net. « Regarde le lapin on dirait un lion » est une sidé­ra­tion qui fait un lion symp­tôme, un fauve mirage, un fan­tôme d’un degré de pro­ba­bi­li­té que l’imaginaire appri­voise et prise, prise parce qu’il l’apprivoise.

5. Maintenant on sait ce qu’on peut et doit dire

On peut conclure en affir­mant des choses en guise de conclu­sion :

  1. Une res­sem­blance est un chan­tier de consi­dé­ra­tion.
  2. Le plan de découpe est au géné­ral sub­jec­tif.
  3. Une dif­fé­rence est une coupe sug­gé­rée.
    1. Elle est moins par­faite que typique.
  4. Le cri­tère « cri­nière » est sans digni­té hors la vue.
    1. La cri­nière elle-même laisse à sidé­rer.
    2. Il n’y a pas de spé­cia­tion par la cri­nière.
    3. La dif­fé­rence que fait la cri­nière est intras­pé­cique.
    4. L’indifférence de la cri­nière est trans-spé­cique.
  5. « On bague­naude dans sa tête, on se cha­touille pour se faire rire, on se fait des tableaux, dont on est le spec­ta­teur, des tableaux avec des » ani­maux à cri­nière, sans avoir en vue ni de les réunir ni de les dis­tin­guer. Les tableaux sont par­fois géné­raux, par­fois géniaux — par­fois la vision, la ligne d’horizon, la cri­té­rio­lo­gie et le poil sont vrai­ment admi­rables.

Contemplation inverse

Le Mur de Vin­ci est
une pre­mière chose à voir,
un must see et un yet to be seen
une Sehenswür­dig­keit
(un digne-d’être-vu)
et une Schaus­telle
(un chan­tier de contem­pla­tion)
ses fis­sures sont des échap­pées fla­grantes
les contours de ses taches des plans d’évasion pour jog­gueurs.

Devant le pan — sauf peut-être au mitard ou en qua­ran­taine — on peut faire ses gammes ima­gi­na­toires sans les tableaux qui vont avec ; c’est un exer­cice de mys­tique
contem­pla­tive
inverse :
à force de se voir en chef de chan­tier devant les murs, on réa­lise
que c’est nous le fan­tôme
astreint,
par addi­tion des ce-qu’on-peut-et-doit-dire,
à se consi­dé­rer de plus en plus pro­bable.