par le Comi­té de Pla­ni­fi­ca­tion du Sagoui­nat


Qu’est-ce qu’un bungalow ?

Un bun­ga­low est une uni­té d’habitation de vacance. On ne réside en bun­ga­low ni comme on prend un appar­te­ment, ni comme on des­cend à l’hôtel. On n’entre pas plus dans un bun­ga­low comme on entre en ménage. Un bun­ga­low est une uni­té d’habitation de vacance (Frei­zeit­woh­nein­heit).

Comment sont conçus vos bungalows ?

Dans les règles de l’art du bâtis­se­ment de bun­ga­lows, avec les siècles de der­rière, l’alliage du savoir et du faire colons et ges­tion­naires à la pointe, l’esprit de pool et le sens du bud­get — sans oublier : votre concours indus­trieux à nous regar­der faire en nous pro­po­sant des cafés.


Où se procurer vos bungalows ?

Nous les construi­sons, par toute tem­pête et tout soleil, en Dor­dogne ou chez vous — par­toùt se trouve du bois, du maté­riel de véran­da, la plus petite Frac­tion d’Insolation Pos­sible. Nos bun­ga­lows sont conçus pour être annuel­lap­pré­ciables (selon le prin­cipe de la Ganz­jahr­nutz­bar­keit). Vous devrez néan­moins nous pré­sen­ter un pro­jet de vie secon­daire et votre dis­po­si­tion à vil­lé­gia­tu­rer. Nous ne construi­sons en dur que pour la vie molle. Il est impor­tant que vous ne fas­siez rien, ou peu, à la mesure du tout dont nous nous occu­pons.

Comment reconnaître un bungalow ?

Cf. infra.



Un bun­ga­low, il y faut quatre choses qui sont des contraintes-sources et des objec­tifs-cer­ti­fi­ca­tions :
1. un nom nor­mé ;
2. une réponse à « où est la porte ?» ;
3. une fenêtre ;
4. un papier qua­drillé fin ou mil­li­mé­tré.


1. Le nom normé : « le / the / der » + « bungalow » + «[#BungalowUniqueId]»

Le nom est nor­mé selon les normes DIN-86D808LL et AFCOR-16D247L. Il est déno­ta­tif-clair (c’est presque un numé­ro). Le nom du bun­ga­low est la marque insigne de ce que le bun­ga­low appar­tient au pro­jet. Un nom bien déno­tant, bien clair, et c’est un bun­ga­low du pro­jet. Si le bun­ga­low n’a pas le nom nor­mé, c’est un bun­ga­low hors pro­jet, c’est-à-dire à ses risques pas un bun­ga­low du tout.



Le nom nor­mé témoigne de la vision (déno­ta­tive, claire). Le nom bien nor­mé, bien choi­si, bien clair, c’est la dési­gna­tion par­faite. Quand il y a inhæ­sion entre le nom du bun­ga­low et le plan du bun­ga­low, il y a com­mu­nion dans la norme et la construc­tion va toute seule. Des vivats sont lan­cés ; on s’arrête un moment de s’alimenter car c’est la fête. La fête nor­male de la com­mu­nion du nom et du plan, c’est l’assurance de regar­der la chose même quand on regarde le doigt.



Le nom nor­mé du bun­ga­low indique l’appartenance du bun­ga­low à plus grand que soi. Le bun­ga­low est dans sa classe quand il est nom­mé nor­ma­le­ment d’après son nom dans sa classe, c’est sa place. Le bun­ga­low répond (ents­pricht) à la norme et à l’appel. Un bun­ga­low bien nom­mé, c’est un bun­ga­low qui se sait essen­tiel au pro­jet et insuf­fi­sant à l’habiter seul : si le pro­jet « Les Bun­ga­lows » tient du holisme, c’est d’un holisme du kit. [Se repor­ter à Cen­ter Parc.] Le nom par­ti­cipe de la puis­sance invi­tante et la puis­sance admi­nis­trante du bun­ga­low. Le nom est beau (bien trou­vé) : il est invi­tant. Le nom est cor­rect (bien nor­mé) : il est admi­nis­trant. Beau nom + nom cor­rect : bon nom, bon bun­ga­low.


2. La réponse à « où est la porte ?»

On ne laisse pas filer un bun­ga­low dans le monde sor­dide du bâti sans l’avoir sou­mis à une série de tests de via­bi­li­té. Le test emblé­ma­tique de cette série, au point qu’il absorbe tous les autres termes de la série, c’est la ques­tion « où est la porte ?» ; qui sait y répondre s’assure péren­ni­té devant le bâti et tran­quilli­té équa­nime devant les vil­lé­gia­tu­rants. La réponse à la ques­tion de la porte est l’information mini­male don­née par le bâtis­seur à l’utilisateur ; elle mani­feste la dis­po­si­tion du bâtis­seur à aider, ser­vir, mettre en ser­vice au ser­vice (Hilf­sbe­reit­schaft).



Les bâtis­seurs de bun­ga­lows savent bien qu’une bonne porte est tou­jours « de ser­vice » — voire même toutes en comp­tant les mau­vaises incluses. La porte de ser­vice n’est pas une issue de secours, n’est pas une ouver­ture sage en attente de la catas­trophe. En bun­ga­low, la porte de ser­vice est la porte com­mune : entrée, sor­tie, récep­tion du cour­rier, livrai­son des piz­zas, expé­di­tion du linge aux bonnes, pre­mières et der­nières bises, acti­vi­tés de pas (mou­choirs, météo) ou de per­ron (rema­nie­ment minis­té­riel, poème, for­male Anzei­gen). La porte du bun­ga­low n’est dite « de ser­vice » que dans la mesure où dans ses gonds se tapit le bâtis­seur hilf­sbe­reit, dis­po­sé à répondre aux ques­tions et à sug­gé­rer des usages. C’est le Génie des Gonds : il en sort quand on l’agace, prêt à ser­vir.
La porte prin­ci­pale-de-ser­vice occupe un des spots du bun­ga­low. Ce spot est consti­tué d’un où plu­sieurs slots. L’unité des slots est le petit car­reau (cf. infra).


3. La fenêtre

Une fenêtre est une ouver­ture faite dans un mur pour lais­ser péné­trer l’air et la lumière, d’où on voit faci­le­ment qu’un bun­ga­low en néces­site. Vacances sans air et sans lumière : déplai­sance, manque d’appétit, frais de san­té sup­plé­men­taire. Une fenêtre est aus­si une vitre ajou­tée où il y avait du vide. C’est ce der­nier type que nous pri­vi­lé­gions — d’ailleurs un bun­ga­low peut être consi­dé­ré comme un grande vitre fou­tue là (dahin­ge­macht). Le bun­ga­low pour­voit en lim­pi­di­té bleue des Tro­piques et fraî­cheur du large : chez nous, chez vous, tou­jours de l’air et de la lumière. On fait des fenêtres de 12 mètres de haut dans les colon­nades d’autant — la chan­cel­le­rie a aimé.
Par ailleurs, la fenêtre per­met que le monde dehors du bun­ga­low soit vu dans la pers­pec­tive même de la norme dont le bun­ga­low fait célé­bra­tion (rec­tan­gu­laire), donc accroît le plai­sir et la conte­nance (Gelas­sen­heit) — c’est démon­tré que voir le monde à tra­vers une pers­pec­tive « comme ça » est ras­sé­ré­nante.


4. Le papier de petite carrière

Un papier qua­drillé fin s’appelle kleinka[r]riert («le papier petit-qua­drillé / de petite car­rière»). Klein­ka­riert est qui pense par slots, s’enquiert du nor­mage, place sa porte de ser­vice, sa vitre-là. Le papier de petite car­rière est le papier des Gens du « Créa­tif » (Krea­tiv­leute) dans les entre­prises de ration.
Le phé­no­mène du « Créa­tif » est mal connu ; conten­tons-nous ici de rap­pe­ler que si la Créa­tion est en pierres, peaux, tresses, arômes, le « Créa­tif » est de même forme mais en allu­mettes.
Le « Créa­tif » est en cours. Le petit car­ré radi­ca­lise et idéa­lise le rec­tangle, qui mar­quait, dans le monde ancien, l’emplacement d’un ciel des­cen­du, et, dans le monde nou­veau, celui d’un temple enle­vé. Dans le monde contem­po­rain, le bâton de l’augure est rem­pla­cé par l’allumette : le « Créa­tif » est en marche.


Une dernière question : Est-ce que c’est permis de résider en bungalow si on veut bien ?

L’adaptation de nos bun­ga­lows aux besoins pré­cis est assu­ré par nos tests de via­bi­li­té qui, à leur tour, s’appuient sur la puis­sance admi­nis­tra­tive bun­ga­lesque nana­na. Donc c’est un para­doxe com­pré­hen­sible que leur viva­bi­li­té invi­tante aurait pour résul­tat des dési­rs d’y prendre habi­ta­tion dont les normes DIN, etc., sti­pulent une pro­hi­bi­tion stricte. Il y a des excep­tions pos­sibles et il peut arri­ver d’habiter en bun­ga­low comme dans une mai­son de rési­dence nor­male (non-fes­tine). N.B. : C’est que ces excep­tions tombent dans le cadre de si-on-veut-bien, même si ça arrive anec­do­ti­que­ment. Chaque per­sonne vou­lant rési­der en bun­ga­low de per­ma­nence est conseillée de se por­ter can­di­date pour une carte de résident sans oublier l’adage selon lequel si tu résides, c’est fou­tu.



NOUS AVONS LE PROJET (SA MARQUE INSIGNE) — POUR, LE BÂTI, VOUSVOUS N’AYEZ PAS CRAINTENOTRE DISPOSITION VA VOUS AIDERPRINCIPE : L’ADMINISTRATION DU SERVICENOUS, POUR VOUS, CONÇOISLAISSE FAIREPOUSSE-TOIPRENDS SOIN DE TOINOUS DÉCOUVRIR, NOUS CONTACTER :
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Impro­cé­dure du 9.1.2018 : « La dif­fé­rence » (Seille)

le didac­tisme à vide est sans cau­tèle
quand il tourne des bras
ce n’est pas pour mimer faire pas­ser du savoir
il ne fait pas les bruits de langue et de sli­de­show du savoir en train de pas­ser
il fait d’authentiques bruits de pos­ca
des cris­se­ments de style sur le rêche de la vie
(la vie pour aujourd’hui : l’espoir que s’expliquer s’explique
sans qu’il faille néces­sai­re­ment suivre)

QUESTIONS
Posée là
Abor­dée
Entre­te­nue
Répon­due
Quelle est la dif­fé­rence ?
Quelle est la dif­fé­rence entre une dif­fé­rence et pas de dif­fé­rence du tout ?
 
 
Qu’est-ce qui manque quand aucune dif­fé­rence n’est per­çue ?
 
 
 
Sous quelle lunette, à quelle échelle, sous quelle focale, y a-t-il ou pas de dif­fé­rence ?
 
 
 
Que peut-on pré­di­quer du sen­si­ble­ment pareil, de l’on va pas chi­po­ter, du patem­ment iniden­tique ?
 
 
 
S’associer est-il une acti­vi­té ?
 
 
 
Qui veut ache­ter des confi­gu­ra­tions ani­mées de la matière rares et raf­fi­nées ?
 
 
Knock knock who’s at the lab door ?
 
 
 
Pour­quoi le cri­tère géné­tique « cri­nière » est-il consi­dé­ré instable ?
 
 
Où en est-on du che­val ?
 
 
Pour­quoi morphe-t-on si peu et à tant de frais ?
 
 
 
Vrai ou faux ?
 
 
 
 


Mas­si­cot-maçon­ne­rie à par­tir des pho­tos de Tho­mas.

Je ne m’énerve pas ; j’explique aux gens.

τύχη, túkhê : Chance, for­tune, pro­vi­dence.
De τυγχάνω, tug­khá­nô (« se pro­duire », « atteindre un but, une cible »)

Ça se passe au Τύχη (3), où il y a :

  • 1. moins de tentes que de gens ;
  • 2. d’immenses cou­chants qui laissent diver­se­ment sen­sible ;
  • 3. à faire ;
  • ☌. du coup, peut-être, des sen­si­bi­li­tés à faire.

Fig. 1 : Immense cou­chant. – Fig. 2 : À faire

Des ques­tions de quo­li­bets sont adres­sées à un couple de per­sonnes consti­tué pour l’occasion. Ces ques­tions sont des colles cog­ni­tives, des énigmes anthro­po­lo­giques ou des exer­cices d’intuition. Elles sug­gèrent sou­vent un ordre de réponses exclu­sif ou cli­vant : leur bina­risme consti­tue à la fois les balises et les plots de la conver­sa­tion, ses obs­tacles pra­tiques ; la pola­ri­té de leurs termes défi­nit le champ d’exercice du juge­ment.

Pla­cer d’emblée les entre­tiens sous la tutelle d’énoncés apo­phan­tiques plus ou moins expli­cites per­met de jouer les intrigues à par­tir des assen­ti­ments, donc aus­si d’interdire un registre modé­ré de réponse – pyr­rho­nisme, levée dia­lec­tique un peu leste, abs­ti­nence et autres sage­ries.

Quelle est la dif­fé­rence entre un couple et une paire ? Lequel des deux est le plus fonc­tion­nel ? Le plus poli­tique ? Le mieux coor­don­né ? Une paire est-elle for­cé­ment assor­tie ? Est-il plus long d’accorder une paire ou d’accorder un couple ? En domaine conju­gal, la notion d’orde­red pair indique-t-elle une hié­rar­chie ou une pré­cé­dence ? Une prio­ri­té opé­ra­toire dans une lutte ran­gée (agon) ou une exclu­sive mani­pu­la­toire dans un com­bat dra­ma­ti­sé (mimi­cry) ?
C’est qui le plus fort ? L’agneau, le chien, le loup, le lion, le renard, le cor­beau, la per­sonne ? Ques­tion sub­si­diaire : Qui gagne­rait, le soleil ou dix mil­liards de lions ?
Il existe, en Éthio­pie, un peuple, les Dor­zé, qui consi­dère que le léo­pard est un ani­mal chré­tien, et qu’à ce titre il res­pecte les jeûnes heb­do­ma­daires de l’Église copte (le mer­cre­di et le ven­dre­di). Pour­tant, les Dor­zé pro­tègent leurs trou­peaux des attaques de léo­pards tous les jours de la semaine. Pour­quoi ?1
Com­plé­tez sui­vant le modèle : Le drame de l’amour

La comé­die
La tra­gé­die
L’épopée

Quand, com­ment, par quelle pro­cé­dure, sait-on avec cer­ti­tude qu’on n’a plus pied ?
Paul est accu­sé d’avoir ren­du malade une jeune fille en lui tou­chant les mains. Un pro­cès est orga­ni­sé. Très vite, le reproche réel des juges appa­raît : avoir caché à la com­mu­nau­té des pou­voirs cha­ma­niques qui expliquent l’efficace de son geste (ino­cu­la­tion ou conta­gion). Paul nie d’abord, puis finit par avouer des dons, four­nit des détails, fait la genèse de leur acqui­si­tion. À l’issue de ces aveux, le tri­bu­nal réin­tègre Paul et lui fait pro­mettre de ne plus faire de ses dons un usage néfaste au sein de la com­mu­nau­té. Paul est-il habile ou sin­cère, dupe ou non dupe ?2

Le couple de cir­cons­tance est requis de répondre en paire, de s’apparier effi­ca­ce­ment pour un arrai­son­ne­ment com­mun ou au moins une réponse unique. Le néces­saire appa­rie­ment ne vaut pas pari de conjua­li­té : la paire est tem­po­raire – même s’il n’est pas exclu que s’y gagne une inti­mi­té.

Les enre­gis­tre­ments des conver­sa­tions sont ensuite cou­pés pour ne pas dépas­ser une ou deux minutes, puis mon­tés sur un slot de la Roue Quo­dli­bé­tale, et dif­fu­sés au hasard des tour­ni­que­ments de celle-ci.

Idéa­le­ment (juin 2017)

Les entre­tiens ont lieu :
– en latin tar­dif ;
– hors des tentes.

Les ques­tions de quo­li­bets ont pour objet de for­cer à élu­ci­der les rai­sons per­son­nelles, et pour méthode de prendre au sérieux le quel­conque, et du quel­conque le bon-vou­loir, et du bon-vou­loir le qui-vient (à l’esprit), et du qui-vient le plai­sant, et du pas déplai­sant le qui-charme (la rai­son et les sens).


Pra­ti­que­ment (juillet 2017)

Cette micro­lo­gie des rai­sons n’est pas néces­sai­re­ment une traque acri­mo­nieuse ; les entre­tiens quo­dli­bé­taux sont une pra­tique sin­cère, sen­sible, pas jus­ti­cière : le tout-venant d’une réponse intui­tive, le non-cha­loir de sa per­sonne, est mobi­li­sé pour un tout-cha­loir géné­ral, un pan-cha­loir qui, plus ou moins vaillant, déper­son­na­lise.

Que tout importe éga­le­ment sauve ou pèse, ni plus ni moins que le mal pesé, le mal sau­vant, le mal pon­dé­ré des rap­ports per­son­nels. Mais que la conver­sa­tion vaille, achale, assaille jusqu’au conçu com­mun dont on pour­ra faire un à faire, ou que, pesant d’un poids constant, elle nivelle et finisse par faire se valoir tout le relief per­son­nel du diver­se­ment sen­sible, elle pro­cède d’un vou­loir savoir très-tran­si­tif dont la cha­leur opé­ra­toire a, aura tou­jours, dans le dar­de­ment de son objet, assé­ché le pro­jet mani­pu­la­toire.

Sur­vo­ler les zones de la roue pour écou­ter les con(paires)versations.


Dire que les opé­ra­tions tran­si­tives com­munes pour­raient, sinon sécher d’un coup, chauf­fer jusqu’au taris­se­ment les pro­jets mani­pu­la­toires, c’est moins dénon­cer qu’il y a du mani­pu­la­toire (ça, c’est un épan­che­ment jus­ti­cier), que faire (sa)voir à sa per­sonne que le mani­pu­la­toire est stag­nant, stag­nant dans la per­sonne.

C’est parce que je crois que c’est clair que je l’explique mal : j’essaie de me (faire) sen­si­bi­li­ser à ce qui, dans le détail des rai­sons per­son­nelles, dupe ; et pour moi c’est moins les rai­sons que le per­son­nel.

Les rai­sons, là, ne s’interrogent pas depuis l’envie jus­ti­cière de les découdre, de les iso­ler, de les obser­ver dans l’élément, ren­du à sa pure­té, de leur vali­di­té éthique. L’opératoire est enchaî­nant, intri­quant, com­pe­lo­teur. Cher­chant les rai­sons, la dis­pute opé­ra­toire ne traque ni les causes ni les inten­tions ; elle admet, comme une règle de son jeu et une condi­tion de sa pro­gres­sion – en un mot, comme une de ses rai­sons – la vali­di­té pra­tique de tels énon­cés, et l’invalidité de tels autres. Mais les inva­li­dés per­dus, bou­lés le long des pentes de l’anomie, conti­nuent d’opérer dans la conver­sa­tion comme d’anciens conju­rés écar­tés du pro­jet. Le ter­rain est connu et avec lui le risque de trop vite inva­li­der.

Une série de pour moi issue des sen­si­bi­li­tés com­munes :
La conver­sa­tion eue, c’est
La roue tour­nant, c’est
La roue mon­tée une fois pour toutes, la tente orien­tée en fonc­tion des levants, zéniths, azi­muts, c’est
La roue droite, c’est
Le kit, c’est
La tente pen­chée, c’est
La roue tour­nant, c’est
La per­sonne, c’est
Le hasard, c’est
La roue pen­chant, c’est
La débrouille, c’est
La tente mon­tée, c’est
Se sen­si­bi­li­ser, c’est
Les cou­chants, c’est
Τύχη, c’est un rien per­son­nel, un ter­rain ten­du aux épan­cha­loirs.

  1. Exemple issu de Dan Sper­ber, Le sym­bo­lisme en géné­ral, Paris, Her­mann, 1974. Voi­ci l’explication de Sper­ber, qui s’inscrit dans un rai­son­ne­ment plus vaste sur le sta­tut des savoirs tra­di­tion­nel et expé­rien­tiel : « Toute pro­po­si­tion syn­thé­tique en implique et en contre­dit d’autres. Notre connais­sance du monde se construit en arti­cu­lant des pro­po­si­tions selon ces rela­tions, en n’acceptant une pro­po­si­tion qu’avec ses impli­ca­tions, du moins les plus évi­dentes, et en évi­tant de même les contra­dic­tions. L’expérience montre que le savoir ency­clo­pé­dique n’est pas exempt d’incohérences et de contra­dic­tions, mais toute la vie pra­tique dépend d’un effort constant pour les évi­ter ou les cor­ri­ger. Les pro­po­si­tions sym­bo­liques ne sont pas arti­cu­lées de la même manière, et ne font pas l’objet d’un pareil effort. Non qu’elles soient inco­hé­rentes entre elles, mais leur cohé­rence est d’une autre nature, et elles co-existent sans dif­fi­cu­lé avec des pro­po­si­tions ency­clo­pé­diques qui les contre­disent, direc­te­ment ou par impli­ca­tion. Un Dor­zé n’est pas moins sou­cieux de pro­té­ger son bétail le mer­cre­di et le ven­dre­di, jours de jeûne, que les autres jours de la semaine. Non parce qu’il soup­çonne cer­tains léo­pards d’être de mau­vais chré­tiens, mais parce qu’il tient pour vrai, et que les léo­pards jeûnent, et qu’ils sont dan­ge­reux tous les jours. Ces deux pro­po­si­tions ne sont jamais confron­tées. Si un eth­no­logue tra­casse un infor­ma­teur avec cette his­toire, celui-ci réflé­chit et pro­pose : les léo­pards ne mangent pas les ani­maux tués les jours de jeûne ou peut-être ne les mangent-ils que le len­de­main. Le pro­blème des grands jeûnes qui durent plu­sieurs semaines, reste à résoudre. Mais pré­ci­sé­ment, l’informateur envi­sage la ques­tion comme une énigme, comme un pro­blème auquel existe for­cé­ment une solu­tion, et qui ne sau­rait être mal posé dans ses pré­misses. Les léo­pards sont dan­ge­reux tous les jours, il le sait d’expérience ; ils sont chré­tiens, la tra­di­tion le lui garan­tit. Il ne cherche pas la solu­tion de ce para­doxe, il sait qu’il en existe une. De même un chré­tien à qui l’ont fait per­ce­voir une contra­dic­tion dans l’Évangile de Saint-Mat­thieu entre la généa­lo­gie de Jésus, qui des­cend d’Abraham et David par Joseph, et l’affirmation qui suit immé­dia­te­ment, selon laquelle jésus n’est pas le fils de Joseph, ne songe pas un seul ins­tant à remettre en ques­tion l’un des termes du para­doxe et ne doute pas qu’on puisse le résoudre, même si la solu­tion lui échappe. En revanche, si son voi­sin Léon affir­mait des­cendre du roi de France par son père et avouait en même temps être le fils d’un autre, il en ferait des gorges chaudes. Il ne ferait pas grand cas de l’argument, cher aux anthro­po­logues, qui repose sur la dis­tinc­tion entre père et géni­teur. Edmund Leach y fait appel dans le cas de Jésus (Leach, 1966 b : p. 97) mais les édi­teurs de l’Évangile que j’ai sous les yeux pré­fèrent pré­ci­ser en note que l’époux de Marie était aus­si son parent. Seul un mécréant repro­che­rait à Mat­thieu de ne pas l’avoir dit tout de suite. Un chré­tien sait qu’il y a une bonne rai­son à cela, même s’il ne la connaît pas. »
  2. Exemple tiré de Claude Lévi-Strauss, « Le sor­cier et sa magie » (in Anthro­po­lo­gie struc­tu­rale, “Magie et Reli­gion”, Cha­pitre IX), publié sous ce titre dans les Temps Modernes, 4e année, n°41, 1949, pp. 3–24 : « Grâce (au jeune homme, ndr), la sor­cel­le­rie, les idées qui s’y rat­tachent, échappent à leur mode pénible d’existence dans la conscience, comme ensemble dif­fus de sen­ti­ments et de repré­sen­ta­tions mal for­mu­lés, pour s’incarner en être d’expérience. L’accusé, pré­ser­vé comme témoin, apporte au groupe une satis­fac­tion de véri­té, infi­ni­ment plus dense et plus riche que la satis­fac­tion de jus­tice qu’eût pro­cu­rée son exé­cu­tion. Et fina­le­ment, par sa défense ingé­nieuse, ren­dant son audi­toire pro­gres­si­ve­ment conscient du carac­tère vital offert par la véri­fi­ca­tion de son sys­tème (puisqu’aussi bien, le choix n’est pas entre ce sys­tème et un autre, mais entre le sys­tème magique et pas de sys­tème du tout, c’est-à-dire le désar­roi) l’adolescent est par­ve­nu à se trans­for­mer, de menace pour la sécu­ri­té phy­sique de son groupe, en garant de sa cohé­rence men­tale. Mais la défense n’est-elle vrai­ment qu’ingénieuse ? Tout porte à croire qu’après avoir tâton­né pour trou­ver une échap­pa­toire, l’accusé par­ti­cipe avec sin­cé­ri­té et — le mot n’est pas trop fort — fer­veur, au jeu dra­ma­tique qui s’organise entre ses juges et lui. On le pro­clame sor­cier ; puisqu’il y en a, il pour­rait l’être. Et com­ment connaî­trait-il d’avance les signes qui lui révé­le­raient sa voca­tion ? Peut-être sont-ils là, pré­sents dans cette épreuve et dans les convul­sions de la fillette trans­por­tée au tri­bu­nal. Pour lui aus­si, la cohé­rence du sys­tème, et le rôle qui lui est assi­gné pour l’établir, n’ont pas une valeur moins essen­tielle que la sécu­ri­té per­son­nelle qu’il risque dans l’aventure. On le voit donc construire pro­gres­si­ve­ment le per­son­nage qu’on lui impose, avec un mélange de rou­blar­dise et de bonne foi : pui­sant lar­ge­ment dans ses connais­sances et dans ses sou­ve­nirs, impro­vi­sant aus­si, mais sur­tout, vivant son rôle et cher­chant, dans les mani­pu­la­tions qu’il ébauche et dans le rituel qu’il bâtit de pièces et de mor­ceaux, l’expérience d’une mis­sion dont l’éventualité, au moins, est offerte à tous. Au terme de l’aventure, que reste-t-il des ruses du début, jusqu’à quel point notre héros n’est-il pas deve­nu dupe de son per­son­nage, mieux encore : dans quelle mesure n’est-il pas effec­ti­ve­ment deve­nu un sor­cier ? “Plus le gar­çon par­lait”, nous dit-on de sa confes­sion finale “et plus pro­fon­dé­ment il s’absorbait dans son sujet. Par moments, son visage s’illuminait de la satis­fac­tion résul­tant de l’emprise conquis sur son audi­toire.” Que la fillette gué­risse après l’administration du remède, et que les expé­riences vécues au cours d’une épreuve si excep­tion­nelle s’élaborent et s’organisent, il n’en fau­drait sans doute pas davan­tage pour que les pou­voirs sur­na­tu­rels, déjà recon­nus par le groupe, soient confes­sés défi­ni­ti­ve­ment par leur inno­cent déten­teur. » Les deux récits – ceux de la dupli­ci­té sup­po­sée des Dor­zé et de celle des cha­manes – sont repris par Paul Veyne, Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ? La réfé­rence au « sor­cier de Lévi-Strauss » puise dans le texte cité plus haut, mais dans une autre his­toire, celle de Que­sa­lid, un cha­mane aux trucs expo­sés et qui essaie d’y sur­vivre : « Tels les Dor­zé qui estiment à la fois que le léo­pard jeûne et qu’il faut se gar­der de lui tous les jours, les Grecs croient et ne croient pas à leurs mythes ; ils y croient, mais ils s’en servent et ils cessent d’y croire là où ils n’y ont plus inté­rêt. (…) La coexis­tence en une même tête de véri­tés contra­dic­toires (est) un fait uni­ver­sel. Le sor­cier de Lévi-Strauss croit à sa magie et la mani­pule cyni­que­ment, le magi­cien selon Berg­son ne recourt à la magie que là où il n’existe pas de recettes tech­niques assu­rées, les Grecs inter­rogent la Pythie et savent qu’il arrive à cette pro­phé­tesse de faire de la pro­pa­gande pour la Perse ou la Macé­doine, les Romains truquent leur reli­gion d’État à des fins poli­tiques, jettent à l’eau les pou­lets sacrés s’ils ne pré­disent pas ce qu’il fau­drait, et tous les peuples donnent un coup de pouce à leurs oracles ou à leurs indices sta­tis­tiques pour se faire confir­mer ce qu’ils dési­rent croire. Aide-toi, le ciel t’aidera ; le Para­dis, mais le plus tard pos­sible. Com­ment ne serait-on pas ten­té de par­ler ici d’idéologie ? (…) L’idéologie est un ter­tium quid à côté de la véri­té et des pannes inévi­tables et aléa­toires de la véri­té que sont les erreurs ; c’est une erreur constante et orien­tée. (…) La notion d’idéologie est une ten­ta­tive louable et man­quée pour parer à la légende d’une connais­sance dés­in­té­res­sée, aux termes de laquelle il exis­te­rait une lumière natu­relle qui serait une facul­té auto­nome, dif­fé­rente des inté­rêts de la vie pra­tique. Cette ten­ta­tive abou­tit mal­heu­reu­se­ment à une cote mal taillée : l’idéologie mêle deux concep­tions incon­ci­liables de la connais­sance, celle du reflet et celle de l’opération. Peu frap­pante à pre­mière vue, cette contra­dic­tion est rédhi­bi­toire, si l’on y réflé­chit un ins­tant : la connais­sance ne peut pas être tan­tôt cor­recte et tan­tôt biai­sée ; si des forces telles que l’intérêt de classe ou le pou­voir la dévient quand elle est fausse, alors les mêmes forces opèrent aus­si quand elle dit vrai : elle est le pro­duit de ces forces, elle n’est pas le reflet de son objet. Mieux vau­drait recon­naître que toute connais­sance est inté­res­sée et que véri­tés et inté­rêts sont deux mots dif­fé­rents pour une même chose, car la pra­tique pense ce qu’elle fait. »