16 01 16

Nous avons mis beau­coup de temps à com­prendre que ces lan­gages avaient un inté­rêt fon­da­men­tal car ils étaient des « lan­gages de lan­gages » et non des lan­gages ori­gi­nels, et que ces langues pré­sa­geaient ce qui se passe à l’heure actuelle où les langues du monde se créo­lisent mutuel­le­ment.

Édouard Glis­sant
16 01 16

Toute lit­té­ra­ture qui consi­dère sa langue comme la langue est une lit­té­ra­ture infirme ain­si que l’ont mon­tré les plus grands écri­vains, de Kaf­ka à Joyce ou à Faulk­ner.

Édouard Glis­sant
16 01 16

En ce qui me concerne, il m’est deve­nu pos­sible aujourd’­hui de struc­tu­rer le cri ou de crier la struc­ture. Les deux opé­ra­tions com­mencent à être réa­li­sables, ce qui explique qu’il y ait de plus en plus d’é­cri­vains pou­vant conjoindre les deux. On peut pous­ser le cri jus­qu’au moment où il rejoint la struc­ture, on peut aus­si éche­ve­ler la struc­ture jus­qu’à ce qu’elle touche au cri. Autre­ment dit, aujourd’­hui il n’y a plus de poète ni de roman­cier, il y a des poé­tiques.

Édouard Glis­sant
16 01 16

Une confi­gu­ra­tion gra­phique où la sono­ri­té n’est pas déve­lop­pée au point de pou­voir véhi­cu­ler une signi­fi­ca­tion. Ce qui est déci­sif ici, ce n’est pas la vision des choses, mais la com­bi­na­toire.
Paul Celan à Inge­borg Bach­mann, 23 octobre 1959

16 01 16

La lit­té­ra­ture a aus­si ins­pi­ré la musique dans sa forme. Par exemple, les titres des Mär­chen­bil­der (« Images de contes ») pour alto et pia­no opus 113 (1851) et des Mär­che­nerzäh­lun­gen (Récits de contes) pour cla­ri­nette, alto et pia­no opus 132 de Schu­mann (1853) sont des réfé­rences expli­cites au Mär­chen, au conte. La notion de la Mär­che­nerzäh­lung montre que le texte musi­cal raconte à nou­veau ce que le conte dit à sa manière. La musique ne met donc pas en rythme et mélo­die un récit ; elle raconte dans son médium. Elle est récit au car­ré, ou sens au car­ré, et de façon très sin­gu­lière, car elle a besoin de se mul­ti­plier par la lit­té­ra­ture (ici la prose des Grimm). Schu­mann consi­dère d’ailleurs que la meilleure façon de lire les contes est la lec­ture à haute voix, qu’il pra­tique beau­coup auprès de ses enfants. Schu­mann a trans­po­sé en musique la « courbe into­na­tive du récit ». La poé­sie (qui hante les proses) devient le modèle de la musique.

Phi­lippe Beck, Contre un Boi­leau