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Publié chez Amsterdam

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Mode : Lu

De prime abord, la notion d’embarcation insiste sur l’impureté de toute pensée et de toute action, et, dès lors, elle rappelle que l’écriture littéraire, malgré sa tendance historique à refouler ses soubassements pratiques et matériels, n’a rien d’une pratique sacrée. Mais, plus qu’une piqûre de rappel, la notion renvoie plus généralement à ce qui serait la condition partagée des militant⋅es, intellectuel⋅les et artistes : dans un monde devenu rétif à toute appréhension totalisante et dans lequel l’autonomie de la sphère intellectuelle ne va plus de soi, « être embarqué » dit à la fois la perte d’un magistère, la fragilisation d’une assise fixe et la puissance opératoire (tactiques, ruses, coups) ainsi libérée.

Mode : Lu

Doit-on admettre si facilement que la seule manière pour les textes littéraires d’être en prise avec le réel serait d’adopter la référentialité des témoignages, études de cas, analyses du quotidien et autres autobiographies ? N’y a-t-il pas lieu de penser que les signes disposent d’une panoplie plus étendue de manières de référer ? […] Cette focalisation est le fait ou d’un attachement à un modèle correspondantiste (il y aurait le langage d’un côté, le réel de l’autre, et entre les deux des ponts jetés par la référence) ou, plus généralement, d’une difficulté à reconnaître que la littérature est autre chose qu’un simple dire ou montrer.

Mode : Lu

[…] Eu égard au discours académique de l’histoire – l’« histoire » en tant que discours produit dans le site institutionnel qu’est l’université --, l’« Europe » demeure le sujet théorique souverain de toutes les histoires, y compris de celles que nous appelons « indienne », « chinoise », « kényane », et ainsi de suite. De façon très étrange, toutes ces histoires ont tendance à devenir des variantes d’un récit maître que l’on pourrait appeler « l’histoire de l’Europe ». En ce sens, l’histoire « indienne » se trouve elle-même dans une position de subalternité ; c’est au nom de cette histoire seulement que l’on peut articuler des positions subjectives subalternes.

[…] « Europe » et « Inde » sont ici traités comme des termes hyperréels, en ce sens qu’ils se rapportent à des figures imaginaires dont les référents géographiques conservent une part d’indétermination. En tant que figures de l’imaginaire, ces termes sont contestables, mais je les traiterai pour l’instant comme des catégories données et réifiées, comme des opposés réunis au sein d’une même structure de domination et de subordination. En adoptant une telle approche, j’ai bien conscience de m’exposer à l’accusation d’indigénisme, de nationalisme – pire encore, de me rendre coupable du pire des péchés : la nostalgie. D’emblée, les chercheurs libéraux s’insurgeront, en disant que l’idée d’une « Europe » homogène et incontestée ne résiste pas à l’analyse. C’est parfaitement exact, mais de même que le phénomène de l’orientalisme n’a pas disparu parce que certains en ont désormais une appréhension critique, de même une certaine version de l’« Europe », réifiée et célébrée dans le monde phénoménal des rapports de pouvoir quotidiens en tant que scène de la naissance de la modernité, continue de dominer le discours de l’histoire. L’analyse est impuissante à l’éradiquer.