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Publié chez Gallimard

173 entrées
Mode : Lu

Qu’est-ce que la nature ? – Un index ou le plan encyclopédique et systématique de notre esprit. Pourquoi vouloir se contenter du seul registre de nos trésors ? Allons les visiter nous-mêmes, aménageons-les et usons-en nous-mêmes de diverses manières.

[…]

Tout nous paraît affluer sur nous du dehors parce que nous ne débordons pas nous-mêmes à l’extérieur. C’est parce que nous le voulons que nous sommes négatifs : plus nous devenons positifs, plus le monde autour de nous devient négatif jusqu’à ce qu’à la fin il n’y ait plus de négation, mais que nous soyons tout en tout.

Dieu veut des dieux.

Was ist die Natur ? — ein encyclopaedischer systematischer Index oder Plan unsers Geistes. Warum wollen wir uns mit dem bloßen Verzeichniß unsrer Schätze begnügen — laßt sie uns selbst besehn — und sie mannichfaltig bearbeiten und benutzen.
[…]
Alles scheint auf uns herein zu strömen, weil wir nicht heraus strömen. Wir sind negativ, weil wir wollen — je positiver wir werden desto negativer wird die Welt um uns her — bis am Ende keine Negation mehr seyn wird — sondern wir alles in Allem sind.
Gott will Götter.

Novalis« Fragments préparés pour de nouveaux recueils » Œuvres complètest. 2 : Les fragmentstrad. Armel GuerneGallimard1975p. 100§ 235
Mode : Lu

Le corps est pour ainsi dire la chaîne négative que l’esprit laisse traîner à terre afin d’en être lui-même plus activement efficace.

Es ist gleichsam die negative Kette, die er auf den Boden herabläßt, um desto thätiger und wircksamer zu werden

Novalis« Fragments préparés pour de nouveaux recueils » Œuvres complètest. 2 : Les fragmentstrad. Armel GuerneGallimard1975p. 96§ 225
Mode : Lu

Les gens ne savent pas eux-mêmes, pour la plupart, combien ils sont intéressants en vérité, ni combien ce qu’ils disent l’est aussi. La description, le portrait authentique de ce qu’ils sont, le relevé exact et l’annotation de leurs propres paroles les laisseraient dans la plus grande stupéfaction sur eux-mêmes et les aiderait à découvrir en eux un univers absolument nouveau.

Die Meisten wissen selbst nicht, wie interressant sie wircklich sind, was sie wircklich für interressante Dinge sagen. Eine ächte Darstellung Ihrer Selbst — eine Aufzeichnung und Beurtheilung ihrer Reden würde sie über sich selbst in das höchste Erstaunen setzen und ihnen in sich selbst eine durchaus neue Welt entdecken helfen.

Novalis« Fragments préparés pour de nouveaux recueils » Œuvres complètest. 2 : Les fragmentstrad. Armel GuerneGallimard1975p. 95-96§ 221
Mode : Lu

Il n’y a pas de tempérament pur. Tout tempérament est un mélange – qui est altéré, ou qui a pris de mauvaises habitudes.

Un tempérament pur serait une maladie permanente.

Es giebt kein reines Temperament. Jedes Temperament ist gemischt — und nur verdorben, oder verwöhnt.
Ein reines Temperament wäre eine permanente Kranckhieit.

Novalis« Fragments préparés pour de nouveaux recueils » Œuvres complètest. 2 : Les fragmentstrad. Armel GuerneGallimard1975p. 91§ 206 & 207
Mode : Lu

Mais une idée ne se laisse pas inclure ou enfermer dans un propos, dans une phrase. Une idée est une série infinie de propos : une grandeur irrationnelle, informable, incommensurable.

Aber eine Idee läßt sich nicht, in einen Satz fassen. Eine Idee ist eine unendliche Reihe von Sätzen — eine irrationale Größe — unsetzbar (musik[alisch]) — incommensurabel.

Novalis« Fragments préparés pour de nouveaux recueils » Œuvres complètest. 2 : Les fragmentstrad. Armel GuerneGallimard1975p. 88§ 197
Mode : Lu

Tout homme qui se tient à l’écart, tout individu qui s’isole et qui a l’air habituellement affecté, eh bien, c’est quelqu’un chez qui s’anime un principe. Le comportement qui n’est pas naturel est symtomatique d’une maxime froissée. L’indépendance, l’originalité doit conunencer par être affectée. Toute morale commence (d’une manière) affectée. Elle impose l’ l’« affectation ». Tout commencement est maladroit.

Jeder sich absondernde, gewöhnlich affectirt scheinende Mensch ist denn doch ein Mensch, bey dem sich ein Grundsatz regt. Jedes unnatürliche Betragen ist Symptom einer angeschossnen Maxime. Selbstständigkeit muß affectirt anfangen. Alle Moral fängt affectirt an. Sie gebietet Affectation. Aller Anfang ist ungeschickt.

Novalis« Fragments préparés pour de nouveaux recueils » Œuvres complètest. 2 : Les fragmentstrad. Armel GuerneGallimard1975p. 78§ 127
Mode : Lu

Je me sais tel que je me veux, et je me veux tel que je me sais moi-même : parce que je veux ma volonté, parce que je veux absolument. En moi sont donc parfaitement unis connaissance et volonté. Comme je veux encore percevoir en particulier ma volonté, mon acte, – je remarque aussi que j’ai une volonté, que je puis faire quelque chose sans le savoir, et mieux encore, que je puis même connaître et savoir sans l’avoir voulu.

Ich selbst weis mich, wie ich mich will und will mich, wie ich mich weis — weil ich meinen Willen will — weil ich abs[olut] will. In mir ist also Wissen und Willen vollkommen vereinigt. Indem ich meinen Willen, meine That — besonders noch vernehmen will — mercke ich, daß ich auch einen Willen haben — etwas thun kann — ohne daß ich darum weis — ferner, daß ich etw[as] wissen kann und weis, ohne daß ich es gewollt habe.

Novalis« Fragments préparés pour de nouveaux recueils » Œuvres complètest. 2 : Les fragmentstrad. Armel GuerneGallimard1975p. 73§ 108
Mode : Lu

Les êtres vivants ne se distinguent des corps organiques que par la propriété qu’ils ont d’être excités. Les agents de cette excitation du corps vivant sont : ou bien a) l’air, les aliments, les objets extérieurs, le sang et les fluides sécrétés dans le corps ; ou bien b) certaines fonctions du corps comme les contractions musculaires, l’action cérébrale due aux sensations, à la pensée, aux passions, etc. Ces divers agents constituent les puissances incitantes, et la fonction qu’ils mettent en jeu se nomme l’incitabilité. Quant à l’incitation, c’est le produit de l’action des puissances incitantes sur l’incitabilité. La vie dépend donc de deux facteurs : l’un actif et extérieur, et l’autre passif et interne ; la mort a deux causes : soit la cessation des actions excitantes, soit l’extinction de l’incitabilité. La santé tient à une corrélation telle des incitants et de l’incitabilité, que la vie se maintienne au degré moyen d’énergie dont elle est susceptible. Toutes les maladies consistent dans l’excès ou le défaut d’incitation ; les maladies par excès sont sthiniques, et par défaut d’incitation, asthéniques. Tous les problèmes de la thérapeutique se réduisent à savoir à propos augmenter ou diminuer l’incitation. (Ce qui n’est pas sans une certaine analogie avec la démarche de l’acupuncture chinoise, remarquons-le.) Brown estimait que les maladies asthéniques étaient plus nombreuses que les maladies sthéniques. Rasori, son disciple italien, estima par la suite que c’était le contraire.

NovalisŒuvres complètesvol. 2 : Les fragmentsGallimard1975p. 67 (n. 1)résumé de la doctrine de John Brown (1735-1788) par Armel Guerne
Mode : Lu

Ce que sont à la logologie les philosophies qu’on a faites jusqu’à présent, les poésies qu’on a faites jusqu’à présent le sont à la poésie qui doit et qui va venir. Les poésies ont eu jusqu’à maintenant presque toutes un effet dynamique ; la future poésie transcendante se pourra dire organique. Sitôt qu’on l’aura découverte, on s’apercevra que tous les authentiques poètes de jadis avaient, à leur insu, poétisé organiquement. Mais le fait qu’ils n’aient pas eu conscience de le faire a eu sur tout l’ensemble de leurs œuvres une influence essentielle, tant et si bien qu’elles ne furent vraiment poétiques que par endroits la plupart du temps, alors qu’elles étaient généralement non poétiques dans leur ensemble. [Des parties poétiques dans un tout qui ne l’était point.] La logologie amènera avec elle la révolution nécessaire.

Wie sich die bisherigen Philosophieen zur Logologie verhalten, so die bisherigen Poësieen zur Poesie, die da kommen soll. Die bisherigen Poësieen wirckten meistentheils dynamisch, die Künftige, transscendentale Poësie könnte man die organische heißen. Wenn sie erfunden ist, so wird man sehn, daß alle ächte Dichter bisher, ohne ihr Wissen, organisch poëtisirten – daß aber dieser Mangel an Bewußtseyn dessen, was sie thaten – einen wesentlichen Einfluß auf das Ganze ihrer Wercke hatte – so daß sie größestentheils nur im Einzelnen ächt poetisch – im Ganzen aber gewöhnlich unpoëtisch waren. Die Logologie wird diese Revolution nothwendig herbeyführen.

Novalis« Fragments préparés pour de nouveaux recueils » Œuvres complètesvol. 2 : Les fragmentstrad. Armel GuerneGallimard1975p. 58§ 41
Mode : Lu

L’énergie est la matière des matières. L’âme l’énergie des énergies. L’esprit est l’âme des âmes. Dieu est l’esprit des esprits.

Kraft ist die Materie der Stoffe. Seele die Kraft d[er] Kräfte. Geist ist die Seele der Seelen. Gott ist der Geist der Geister.

Novalis« Fragments logologiques » Œuvres complètesvol. 2 : Les fragmentstrad. Armel GuerneGallimard1975p. 54§ 24