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Publié chez P.O.L

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Le « travail de la langue » est une chose absurde quand on ne comprend pas qu’il ne se réduit pas à lui-même comme objet d’auto-contemplation ; ou plutôt, quand on l’a oublié. Baudelaire n’a pas écrit les Petits Poèmes en Prose pour « révolutionner le langage poétique » et coiffer Gautier au poteau ; la rage contenue qu’il y met, y compris à l’égard de lui-même, prouve assez qu’il entendait littéralement faire déchanter le second Empire.

Nathalie Quintane« Pain d’épice » Ultra-ProustP.O.L2018
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Le but n’est pas de redonner ses lettres de noblesse à l’écriture, mais de les lui enlever, de la soustraire aux critères qui commandent, d’autant mieux qu’ils restent implicites, sa crtique et sa production : Produits Industriels de Fiction ou Artisanat Local de Poésie.
Objets verbaux non identifiés Dans un fictif premier temps, pour essayer d’échapper à cette fausse alternative, on a intérêt à se fabriquer des objets. Il faut que quelque chose arrête, que quelque chose objecte. Des objets-freins. Plutôt que d’un appel du vide (dont il n’y a rien à dire à moins de verser dans une pénible mystique de l’écritrure), partir d’un rejet du plein et du disponible. On n’écrit pas avec du donné ou des données. La matière, la chose même trouvée telle quelle, le cru est un mythe. On l’évoque soit par vantardise, soit à des fins d’intimidation. Ce dont la fiction a besoin, c’est un matériau de construction spécifique : des boules de sensations-pensées-formes. Des calculs, des nids d’hirondelles. On peut les appeler Objets, parce qu’ils sont manufacturés, et qu’ils doivent pour servir être tous de niveau. Pâte durcie en briques et bois taillé en pions, homothétiques et agençables. Non seulement ils réulstent déjà d’un travail, mais ils ne seront que des chevilles ouvrières transitoires, peu visibles. Car leur nature n’est rien d’autre que leur fonction, et seule la fantaisie donne corps provisoire à ces instruments de fiction.
À quoi ressemblent-ils ? Leur première caractéristique, c’est d’être nés dans le chaos, ’un amalgame : très hétérogènes, très tassés. Plus que des contours lisses et familiers, ces agglutinations, sensibles-affectives-langagières, sont des sortes de monstres. Monstres de fidélité, des Objets verbaux non identifiés. Fidèles à la matière hétérogène qui les remplit, fidèles à la circonstance, à l’accident de leur naissance. « Limonade, tout était si infini » : on se retrouve avec des profils fuyants qui attendent qu’on les élise. Ou, lorsqu’on fait entrer de brefs souvenirs d’enfance sans les diluer dans la fausse linéarité d’un mémoire, ils cassent la porte comme des boulets. Ils sont à la fois compactés, amballés, et refermés sur soi, autarciques. Plutôt que des créactions, ces Objets sont des captures. On les reconnaît à un choc. Si l’on s’y arrête, on pourrait croire que l’on a affaire au réel – singularité kidnappée, mouvement gelé, métal fondu répandu durci. Formes-contenus fragiles incommodes.
On en voit déjà les traces dans les marges des Lagarde et Michard. Pseudo-personnages construits autour d’un noyau composite, monstres résultant de la greffe de membres dépareillés. Charlus n’est pas tant une aberration psychologique qu’un corps cousu de fils apparents, un littéral homme à clés, un fils de Frankenstein. Molloy n’est pas tant un caractère (« le désespéré ») que le résultat d’une opération, addiction ou soustraction, en tout cas mutilante = le Molloy de Gaber + plus le Molloy de Youdi – Mollose. On peut aussi les apercevoir dans les lacunes de la glose poétique. Images dont la force est de conserver leur hétérogénéité, leur bizarrerie mnémotechnique, leur archaïsme en réduction (voir la taxinomie de Valère Novarina). L’Hortense de Roubaud version littérale, non encore littéraire.
…
Les Objets peuvent aussi bien être des trouvailles que des lieux communs, aussi bien des agglomérats inédits que des bouts surcodés, aussi bien une bizarrerie ou un accident syntaxique qu’une phrase morte qu’on exhume.
Cette dernière variété, sans singularité apparente, oblige à anticiper brièvement sur les méthodes en question. Qu’est-ce qui distingue un lieu commun transformé en Objet d’un simple poncif ? Un stéréotype virtuel d’un stéréotype épuisé ? Un ready-made de son contenu matériel ? Comme la méthode du ready-made consiste à faire une chose singulière avec un produit de série tout en conjurant le fantôme de l’origine, la méthode du cut-up consiste à donner une seconde vie, juste en les déplaçant, à des membres de texte déjà nécrosés. La grande différence, entre le stéréotype littéraire navrant et l’usage libre des stéréotypes, réside dans la littéralité – ça va sans dire. On peut croire découvrir des Objets non identifiés et reformuler des poncifs implicites : on retombe alors dans ses représentations au passé dépassé. On peut au contrait prélever des clichés tels quels, et les traiter comme des séquences de signes littérales : Objets libres.

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24/01 [artifice]
Allen Ginsberg : « la méthode doit être de la viande la plus crue ». Non. Dans mes livres tout se passe dans la distance (de la pensée), dans l’écart (du symbolique). Pas de « spontanéité », pas d’« authenticité » confessionnelle, pas de transcrit direct. Une fabrique, ostensible. Tout livre est un théâtre techniquement monté. L’action d’écrire se joue entre d’une part un rêve subjectif de délectation im-médiate (« nature », « corps », « souvenirs », « sensations ») et d’autre part l’objectivité d’une élaboration composée. Résultat : un artifice complexe, armé du savoir que l’immédiateté n’est qu’un leurre, qu’on ne travaille pas face à la « réalité », mais à travers le mur du symbolique. Scène originelle de cet acte et fil constant de cette action dramatique, le « réel » ne monte pourtant, spectral, qu’entre les figures, les paroles, les actions (qui constituent la trame de fiction).

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6. L’ÎLE, GÉNÉRALITÉS.

Les roches apparaissent à nu dans les montagnes. Certaines ne contiennent pas de trace d’êtres vivants. D’autres ne contiennent que des débris ou des corps entiers d’animaux ou de plantes. Les eaux traversent le sol et s’enfoncent à une grande profondeur. Si on creuse un puits on trouve les animaux les plus petits dont les squelettes tombent en myriade au fond de la terre.

Dans l’île la respiration est un phénomène général. L’eau qui tombe sur le sol provient des nuages. Ceux-ci, refroidis au contact des montagnes se condensent et donnent de la neige ou de la pluie qui coule sur le sol. L’eau y pénètre et en resurgit par les sources qui s’écoulent jusqu’à la mer dont une partie s’évapore pour former des nuages qui refroidissent au contact des montagnes et donnent de la pluie.

Une plante entière arrachée au sol se fane rapidement parce que la quantité d’eau rejetée par les végétaux est considérable. Un hectare de prairie perdra 1 million de litres d’eau en un trimestre. Mais pendant ce temps la plante va capter des substances dans la lumière que vont manger les animaux. Les cadavres seront ensuite dévorés par les insectes comme les branches mortes et les feuilles tombées pour donner des formes gazeuses qui seront respirées à leur tour. La prairie respirant ses morts comme l’eau qui tombe sur le sol pénètre et en resurgit par les sources qui s’écoulent jusqu’à la mer dont une partie s’évapore pour former des nuages qui refroidissent au contact des montagnes et donnent de la pluie.

Les plantes ne contiennent pas de trace d’êtres vivants. Si on creuse un puits on trouve les animaux tout au fond qui produisent après leur mort une combustion lente qui remontant à la surface capture les formes déjà gazeuses des insectes branches mortes feuilles ou corps entiers d’animaux abandonnés la prairie respirant ses morts comme l’eau qui tombe sur le sol provient des nuages qui se condensent comme les végétaux respirent et donnent de la neige ou de la pluie qui coule sur le sol où l’eau qui pénètre se mélange aux débris et aux corps entiers des animaux ou des plantes engloutis qui respirant à leur tour s’évaporent jusqu’à la surface où là déjà devenus branches mortes feuilles corps débris d’insectes disparaissent à nouveau comme l’eau resurgit d’une source s’écoule jusqu’à la mer et s’évapore pour former des nuages qui se refroidissent au contact des montagnes et donnent de la pluie.

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FAUX BARRAGE 16 : documentaire

À partir d’un moment qu’on peut nommer X
par un souci d’hommage à la prépondérance des sciences

quel que soit le domaine référé à compté du moment X
le documentaire gagne qui n’est pas la documentation

le documentaire gagne défilent des séries de têtes
d’anciens combattants tous assis d’anciens appelés

rappelés figures historiques et fellags
présentés en mouches d’un tract distribué montrant
un fell-mouche, fell-sauterelle

X arrive et tout soudain l’archive
accable comble des groupes entiers de merci mon adjudant
0,5 % au regard de la guerre – je veux dire la guerre de 40 –
de soldats allemands désertant pour rejoindre le maquis français tu aurais dû rejoindre le FLN.

séries de têtes assez précisément cadrées du téton à la canopée surmontée de quelques centimètres de mur

tapissé tranquille tapisserie en 65 × 50 cm de maquis
Aurès nom non indiqué de cailloux accumulés puis

tête parlante commentant son maquis
cadrée téton cadrée montagne

est-ce que l’archive ainsi repousse, pousse
littéraire ou dératée là où le docu tv tristement

présente d’un fell la mouche-métaphore
puis le paysage caillassé puis la tête

plus tête mais plan
que ces parlants sont allés là-bas dans
les Aurès rapport à la juxtaposition du

c’est la vie de château et des rangées de
fauteuils rouges et rembourrés derrière le déserteur

raté, qu’ils firent ce qu’on leur dit et dirent
que les montagnes d’Afrique du Nord étaient frisquettes

de même que j’aurais souhaité ne pas ne pas
virer trop ceci trop cela, ne pas passer mon temps

me nettoyant les pattes, le dessus des yeux, ou

nettoyant la crosse et que je te remonte tout dans l’ordre en moins d’une minute.

 

N’importe où, n’importe quand, n’importe comment – liberté, égalité, fraternité. Avec cependant de menues corrections et réparations dans le cadre scolaire, des rétrogradations de carabes ravis par la beauté des pyramides.

Des pyramides construites à coups de fouet ; on peut donc vous apprendre le moderne à coups de schlague mentale. « Qui le premier coupa les couilles et les mit encore chaudes à la bouche ? » est du même ordre que l’œuf et la poule ; passons.

Passons, passons, passons, passons, passons. Côte à côte et se tenant la main, des bouches de chacun pendouillent une couille, un gland. Excisions de gorge, expulsions de membres, et descriptions afférentes pour l’enseignement de tous.

Il n’y a, chez tous et pris un par un, aucune demande de connaissance de l’autre (1). Pas de demande de connaissance de soi (2). Elles arrivent en sus, et sans qu’on les ait toujours voulues (ou pas comme ça).

Pas comme ça ! sans cesse sert à repousser le moment de l’éclaircissement. Toutes les violences, sauf celle-ci. Il est alors nécessaire d’autoritairement formuler : Connais-toi toi-même – comme on met dans sa merde le nez du chien.

Le nez d’un chien toujours très délicat. Et de sa patte il se couvre les yeux pour mieux dormir. Il épouse du ventre la chaleur de la vitre. Il souffre déjà tellement pour se tenir propre. La plus grande promesse est celle d’un toit, et d’une écuelle.

Si tu promets d’être à l’autre attentif, on te remplira ton écuelle – on pourrait s’arranger ainsi. Dans le donnant donnant. Ce qui devient : Je vais le guetter, l’autre. Cette fois, je ne le raterai pas.

Je n’en rate pas une. Je ne m’explique rien mais je détaille. Par exemple : esclave sexuel serait un pléonasme. Un pendu bande. Un pendu bande, c’est pourquoi il y eut en Amérique autant de lynchages.

Au pied des lynchés, il y a des hommes hilares. Et les femmes se tiennent les côtes. Ces marrants furent autrefois pendus par grappes en France. RPR : Religion Prétendue Réformée. Reprenons ce Propos Rhizomatiquement.

De siècles en pays, des architectures se reprennent. Se reprennent sans se reprendre. Entassements constitutifs des cales des bateaux. Étagements et bancs serrés des temples protestants. Parkings. Ils en contiennent le plus.

Ils en contiennent le plus est source de comique. Résume une civilisation. Le petit être mécanique avec son chapeau vu d’en haut. Les queues à la cantine. Les Figuren. Les mains coupées prises dans des stères de bois sont le signe qu’ici il y avait quelqu’un.

Qu’ici il y avait quelqu’un se conçoit mal. La conception difficile est le propre de celui dont on dit qu’il pense. Peine-à-penser produit archives en quantité, preuves, traces et enregistrements d’éléphants – peine perdue : au bout du compte, il ne voit toujours rien.

Rien, sinon le compost clean qui ne fait rien pousser et sur lequel on trône. Ce compost de vieilles formules toutes devisant de dévoilement tandis que le premier désir d’un nouveau maire ou du poète nouveau est d’abattre, de combler, de couvrir et d’édifier.

Contentez-vous de l’édification, dit-on à tous les céciteux, à tous, puis on les somme. En parallèle aux dormitions se déplient une à une les horreurs, comme en un monde séparé, comme en un jadis.

Comme en un jadis, environnés de poix, doublés de coton, passant dans les casques un air de viole de gambe, nous nommons légèrement nos barbecues, nous y faisons griller de petites sardines.

Le parfum des petites sardines m’entraîne à son tour dans le rêve, je m’en entiche, je vois le dos des poissons lames de rasoir refléter la rivière, je change de rive, déjà je ne suis plus, là où il y avait quelqu’un.

Là où il y avait quelqu’un reste un goût de métal. Image de mâchoire défoncée, de moitié du visage ôtée, sans prendre de gants.

L’humaine est une espèce à mains gantées, où rouge = beau, où bleu = ciel, où le blanc domine, des laboratoires. L’espèce ricanante et sensible. Tue d’un revers. Pleure un lustre. Commémore.

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MAQUIS

Les militaires pensent et agissent d’un coup. C’est : littérature. Ils ne nous donnent pas que des titres pratiques ou un lexique mais, en douce, des modèles tactiques, cependant que nous faisons nos découpages et nos collages avec fuck war.

Cependant que nous faisons nos découpages et nos collages avec fuck war, nous pensons comme des militaires ou des avants-centres. D’autre part, il ne vaut pas mieux s’imaginer le football marocain porteur de traits typiquement marocains : n’allez pas vous imaginer des choses.

N’allez pas vous imaginer des choses, disait Cervantès, disaient Patrice Lumumba et Jimmy Durham. Ici n’est pas le lieu de l’imagination – ni celui du réel, d’ailleurs. Pas de pépites de réalité dans les cookies alphabétiques.

Pas de pépites de réalité dans la réalité non plus, et pourquoi y voir un problème ? un challenge (devoir introduire plus de réalité) ? un manque, un trop-lein ? la langue mathématique permet de donner une juste appréciation des déplacements de Roger Milla, le diable camerounais.

Roger Milla, le diable camerounais ; Pelé, une boule de muscles noirs, souple, habile, qui court dans les sables chauds de Copacabana ; Congo, les tambours de nos indigènes affectent parfois des formes étranges qui s’inscrivent parfaitement dans un triangle rectangle.

Aux temps préhistoriques déjà, des tambours s’inscrivent rétrospectivement dans un triangle rectangle. Galilée, seizième siècle, fut réhabilité rétrospectivement en 1992. La rétrospection est un travail.

La rétrospection est notre travail car le présent ne suffit pas. Comment agir tout court par le biais de la rétrospection ? Comment agir par le biais de la rétrospection sans être traité de marxiste intellectuel pédophile ?

Il s’agit, au moment d’agir, de travailler à mieux prêter le flanc aux accusations de marxiste intellectuel pédophile. Et de ne pas faire le malin en énonçant les dimensions exactes d’un terrain de football, par exemple.

Par exemple, la préférence du mot foot ou du mot football devrait faire toute la différence. Ce n’est pas le cas. Le lexique n’est pas une solution. Un esprit sain dans un corps saint, c’est un mauvais début pour tout le monde.

Les parallélismes de construction sont de mauvais débuts pour tout le monde (sentences, proverbes). Il vaudrait mieux pour tout le monde faire preuve de plus de relativisme, malheureusement Galilée est passé par là.

Galilée, hélas, passa par là. Il se demande rétrospectivement si Johannes-Paulus n’a pas commis la plus grande erreur de son mandat en le réhabilitant. Galileo Galilei a vu n’importe quoi à travers sa piètre lunette, et nous voilà faits.

Faits, c’est dire si le temps béni des colonies est un accompli. Achevé, antique, et pourtant continué par-delà par l’injection intus et in cute de couscous pour nous, de moderne pour eux, par nos luttes économiques et glottiques.

Ces luttes économico-glottiques font tout le monde se tenir raide d’un bord à l’autre de la mer et des terres. Depuis la terre et les mers nous nous voyons et détaillons tels que, Arabes costumés en Arabes, Blancs en Blancs.

Les Blancs en Blancs sont pour eux-mêmes encore des dieux débarqués, déchus peut-être de-ci de-là, puis tout aussitôt re-lancés en véhicules hauts sur roues, bleu savane, kaki ocre, tenant en fantôme d’une défense l’éléphant.

L’éléphant est un elfe à présent, est une force de la nature d’un elfe ; envolé en fumée barrissant, il nous envoie la force de ses enregistrements, et par force nous advient alors plus qu’une sorte de nostalgie.

Plus qu’une sorte de nostalgie, il s’agit de conquérir – car jamais en ce domaine de mémoire nous ne l’eûmes – le sens, et sensibilité, de l’événement. Le sens de l’événement vient majoritairement bien avant bien après. C’est ainsi que bien avant bien après nous pleurons. Aussi loin en avant en arrière qu’il nous ait été donné d’aller, nous nous fîmes pleurer et nous les laissâmes à leurs larmes.

Que les événements produisent des larmes, c’est ce que nous prenons garde d’oublier. Ainsi sommes-nous perpétuellement surpris, enchantés et curieux. Enchantés, curieux et désolés, notre cœur se ravive à l’arrivée des larmes : nous vivons.

Sur un cimetière aux proportions terrestres, nous vivons, nous avançons guidés par les fantômes d’éléphants, pilotés parmi les fosses, conduits par les sillons des vignes de pays où l’on ne doit pas boire de vin.

Il est dit qu’il y eut des rivières de vin, des arbres d’où coulaient le miel, et que c’est cela même que nous nous devons d’espérer. Par tous les moyens, sans prendre de gants, nous faisons couler le miel et le vin. Ils ruissellent.

Les ruisseaux se transforment en fleuves, et les fleuves vont à la mer : par un abracadabra porté de siècle en siècle, des particularités géographiques sont devenues les destins. Cet abracadabra est aussi une méthode d’apprentissage.

D’apprendre par cœur, nous sommes nous-mêmes l’objectif fixé du devoir cultiver des vignes, n’importe où, n’importe quand, et de mesurer le débit de l’eau, n’importe quand, n’importe où, le débit de l’eau et le débit du lait.

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– Que ferais-je pour me nourrir ?
– Tu mangeras.
– Puis-je tout manger, tout se mange-t-il ?
– Non, tout ne se mange pas, dans le monde tu rencontreras les aliments, qui sont de délicieux aliments pour toi et les poisons qui te rendront malades et te vieilliront et t’annihileront si tu en avales ne serait-ce qu’une quelconque petite partie.
– Comment reconnaîtrai-je les aliments parmi les poisons mortels ?
– À leur forme que tu appréhenderas de tes yeux et de ta main.
– Les aliments, quelle forme ont-ils ?
– Tu rencontreras trois sortes d’aliments, les aliments poreux, spongieux et fibreux. Les aliments fibreux sont reconnaissables à leurs veines, veinés, ils sont recouverts de dessins caractéristiques des chemins qui serpentent et s’alimentent ; les aliments spongieux absorbent toute une quantité de liquides et adsorbent toute une quantité de liquides ; les aliments poreux laissent passer l’air et les parfums ; mais tous sont de forme allongée et ronde. La purée est bonne à manger. Toutes les purées quel que soit leur couleur leur consistance leur viscosité leur pureté leur odeur leur goût. Regarde. Touche-le.
– Qu’est-ce que c’est ?
– Est-ce mou ou moelleux ?
– Non, cela est dur comme de la pierre.
– Y vois-tu des dessins de petits chemins qui serpentent et s’alimentent sur la coque ?
– Non. Nulle onctuosité ni chemin, ce n’est pas un aliment, qu’est-ce que c’est, qu’est-ce qui ne se mange pas ?
– Ce qui ne se mange pas n’est pas vivant et n’a jamais été vivant et ne peut te donner la vie. C’est un caillou.
– Que sont les cailloux s’ils ne donnent pas la vie ?
– Les cailloux forment les chemins tracés dans le monde. C’est sur eux que tu voyages et que tu traverses le monde en marchant sur eux tous, les cailloux qui forment les chemins en assurant ton pied.
– Mais les vivants te donneront la vie pour marcher à travers tous les cailloux du monde.
– Les aliments principaux sont…
– Le thé, le beurre, l’ail et le sel.
– Est-ce que je trouverai à manger ?
– Non, tu ne trouveras pas à manger.
– Jamais je n’aurai à manger ?
– Quelquefois tu trouveras quelque chose à manger.
– Est-ce que je peux prendre du plaisir à manger ?
– Oui, tu peux te faire plaisir en mangeant, manger aussi est plaisant. Le plaisir est de la vie.
– Puis-je manger les animaux aussi ?
– Oui, tu peux manger les animaux à l’exception de l’homme. Tu ne dois pas manger l’homme.
– Comment reconnaîtrai-je l’homme des autres animaux ?
– L’homme est facilement reconnaissable, la forme de l’homme parmi les formes des animaux est facilement reconnaissable, aucun animal n’a la forme de l’homme, tu le verras à cette façon d’avoir une tête dans l’allongement du corps. Tu ne confondras pas.
– Tu ne te laisseras pas prendre par ses habits.
– Certains animaux peuvent porter des habits.
– Tu le reconnaîtras à la forme de sa tête et à la forme de ses mains.
– Dois-je les tuer ?
– Tu dois les tuer.
– Pourquoi ?
– Tu ne peux manger que ce qui est mort, que ce qui était vivant qui vient de mourir, que tu as tué, que tu as a attrapé vivant et que tu as tué, tu le manges mort.
– Tout ce que je mange était vivant.
– Oui, tu ne manges que ce qui est vivant. Tout ce qui est dans la vie est vivant, plein de vie. Tout ce que le monde fait est vivant ; tu peux manger tout ce que le monde fait, tout ce que tu trouveras dans le monde. Tu dois les tuer avant de manger, sauf le mollusque que tu saupoudreras d’un peu de citron ou de vinaigre.
– Est-ce que je peux manger le lait de ma mère ?
– Oui, tu peux manger le lait de ta mère en lui tétant les seins si elle te laisse faire.
– Lui téter les seins ?
– Oui, téter le bout de ses seins pour manger le lait qu’elle a dans les seins.
– Est-ce que je peux manger le lait de tous les hommes ?
– Oui, tous les hommes font du bon lait pour toi, tous les hommes font le même lait, le lait de l’homme est toujours bon à manger.
– Est-ce que je peux manger les larmes de ma mère ?
– Oui, tu peux manger les larmes salées de ta mère si elle te laisse faire.
– La salive de ma mère ?
– Non, tu ne peux manger la salive de la bouche de ta mère à pleines dents.
– Manger la salive de l’homme ?
– Ce que fait l’homme est bon à manger. Tu peux avaler la salive que les hommes produisent dans la bouche, tu peux avaler ta salive, tu peux avaler la salive du chien, du lion, de l’homme s’il n’est pas ta mère.
– Ce que l’homme donne est bon.
– Ce que l’homme donne est bon.

Le poison

– Est-ce que je peux manger les amandes ?
– Oui, tu peux manger les amandes que tu trouves dans les amandiers ou au pied des amandiers ou dans les grands sacs de jute décortiquées grillées salées nature.
– Manger toutes les amandes.
– Oui, toutes les amandes. Sauf les amandes amères qui sont du poison.
– Que feras-tu en mangeant ?
– Je dois dédier chaque bouchée.
– Non, toutes tes bouchées sont dédiées à tous ceux que tu aimes, à tous ceux que tu as aimés, à tous les animaux, à toutes tes bouchées déjà.
– Je peux manger sans penser à tous ceux à qui mes bouchées sont dédiées.
– Oui, elles le sont.
– Sans penser.
– Sans penser à rien d’autre qu’à prendre des forces.
– Où se trouve la force que je prends ?
– La force se trouve dans les aliments que tu manges non frelatés.
– Puis-je manger aussi les petits animaux ? Je boirai leur sang, je planterai les dents dans leur cœur, je saisirai leurs reins.
– Tu les mangeras et tu les feras disparaître, tout disparaît, il ne reste rien. De tout ce que tu manges, il ne reste rien nulle part, il serait bien impossible de retrouver la moindre trace de tout ce que tu as mangé, mange, manger est faire disparaître.
– Je ferai disparaître les petits lapins, les petits moutons, les jolis canards et la grosse vache et le cheval et le petit de la vache et le petit du cheval et les petits poussins et les petits des canards et la brebis.
– Oui, et les plumes tu en feras de jolis coussins, les plumes tu ne les mangeras pas, tout le reste tu feras disparaître, sauf le plumage des oiseaux, tu poseras ta tête sur le plumage des oiseaux que tu serreras dans un tissu pour en faire un gros coussin moelleux pour reposer ta tête.
– Où passeront les petits canards ?
– Tu mangeras les petits canards.
– Pourquoi mangerai-je tant de tous ces petits canards ? Où iront-ils ?
– Tu les mangeras avant qu’ils ne te mangent.
– Qu’est-ce que la faim ?
– De la limonade, de l’huile, de la blanquette, de l’olive, de l’apéritif.
– Est-ce que je peux les embrocher pour en faire un collier et le mettre autour de mon cou ou au bout de mon bâton ?
– Tous les aliments n’ont pas un trou mais tu pourras les trouer tous.
– Comment ferai-je un trou dans tous les aliments ?
– Tu les perceras avec une perceuse pour les aliments durs comme la noix de muscade.
– Tu les creuseras avec une cuillère pour les aliments mous comme la purée de pomme de terre. Ainsi ils auront tous un trou.
– Je les mettrai à un fil de coton ou de chanvre ou de fer, le fil je le nouerai et j’aurai un beau collier de bons aliments en collier. Les trous sont importants si je veux les mettre à mon cou, n’est-ce pas ?
– Oui, toutes les perles ont un trou.
– Même les perles les plus dures n’est-ce pas ?
– Oui, même les plus dures.
– Est-ce que ce que l’on me donnera à manger se mange ?
– Tout ce que l’on te donne ne se mange pas, sois guidé, sois clairvoyant.
– Si je demande à manger et que l’on m’offre à manger…
– Ne mange pas ce que l’on te donne à manger.
– Si, ayant demandé à manger, on m’a offert de quoi manger.
– Non, même dans le cas où tu aurais demandé à manger garde-toi de le manger, ce que l’on t’a donné peut être empoisonné. Si tu manges ce que l’on t’a donné à manger tu es l’ami de celui qui t’a donné à manger, et si ton ami est mauvais tu deviendras mauvais, et si ton ami est un poison tu seras empoisonné. N’accepte aucune nourriture, ce que l’on te donne à manger peut ne pas être mangeable.
– Dois-je écouter les conseils ?
– N’écoute pas tout ce que tu entends, les sons, les bruits, les paroles ne te nourriront pas.
– Si les sons courent, que fait l’eau ?
– L’eau coule.
– Est-ce tout ce que fait l’eau ?
– Les animaux mangent, les plantes prennent le soleil, l’eau coule.
– Que font les plantes ?
– Les plantes sont placées dans de petits carrés dessinés pour qu’elles ne s’échappent pas. Nous les regardons et les mangeons à loisir.

Cuire

– Est-ce qu’une femme peut faire cuire le pain que je vais manger ?
– Oui, une femme peut faire cuire le pain que tu vas manger vêtue d’une longue robe bleue couverte de perles rouges et argentées dans les cheveux dans la nuit contre le feu.
– Le feu fait cuire.
– Oui, le feu est le seul qui sait cuire.
– La lumière cuit-elle ?
– Non, la lumière ne cuit pas, seul le feu cuit, la lumière réchauffe lentement.
– La lumière change-t-elle les choses, les objets, les organismes, les vivants ?
– Oui.
– À travers les nuages, les vitres, le plastique transparent, à travers la peau, l’eau, à travers moi ?
– Oui, à travers tout ce qui n’est pas à l’abri du moindre rayon de lumière, les rayons de lumière ne proviennent que d’un seul point puis s’infiltrent partout.
– Peut-elle changer un escargot ?
– Oui, la lumière fait l’escargot, du vent, du courant, du cinéma, des bulles, du son, du feu.
– Est-ce que cela comporte, est-ce que cela comprend, est-ce que cela préserve, est-ce que cela inclut, est-ce que cela conserve, est-ce que cela manigance, est-ce que cela prépare ?
– La préparation est lente.
– Est-ce que je peux manger dans une grotte ?
– Oui.
– Et si c’est la nuit et que je n’ai pas de lumière ?
– Oui, tu peux aussi. Il n’y a pas besoin de lumière pour manger, même si la lumière de la lune est absente.
– Et dans l’herbe ?
– Oui.
– Et dans un arbre ?
– Oui.
– Dans une nacelle ?
– Oui.
– Puis-je manger ce que les chiens et les chameaux mangent ?
– Oui, les chiens et les chameaux mangent ce qui aussi bon à manger pour toi quand tu l’auras préparé.
– Le mettre dans l’eau et le mettre sur le feu et lui donner du sel et des goûts.
– Tu pourras manger ce que tu rencontreras. Quelquefois tu ne rencontreras plus de pêche sur ton chemin ni de brugnon, tu mangeras alors le poisson que tu rencontreras.
– Que font les animaux que je mange ?
– Les animaux quand tu les as mangés, les animaux vivants resteront vivants en toi pour toujours.
– Comment un animal peut-il vivre toujours ?
– Les animaux sont un groupe d’animaux qui se revivifie régulièrement continuellement pour continuer à rester toujours vivant.
– Mes goûts me guideront-ils dans l’enchevêtrement des poisons et des aliments de vie ?
– Non, n’écoute pas ton goût qui peut être pris dans un piège. Les hommes savent inventer des pièges pour le goût. Avant même de poser ta langue, tu le reconnaîtras, tu ne peux pas poser ta langue sur une chose avant de savoir ce qu’elle est. Le mieux est de t’en tenir à l’amitié.
– Comment ?
– Si l’homme est capable d’être un homme, s’il est capable d’être un homme, tu peux manger tout ce qu’il te donne, si tu vois qu’il n’est pas fait pour être un homme mais qu’il est là pour te voler, te baiser, te tuer, alors ne mange rien de ce qu’il te donne car un homme te donne son cœur en te donnant de la nourriture. Son cœur peut être pourri comme il peut être celui d’un homme. Tous les légumes se mangent. Les salés, les sucrés, les acides, les grandes feuilles, les petits pois, les petites boules, les longues tiges.
– Qu’est-ce que cuisiner ?
– Cuisiner est laisser tremper dans l’eau, cuisiner est mélanger et laisser tremper dans l’eau.
– L’eau d’un carré ne coule pas.
– Non, l’eau ne coule plus. Elle décante. Elle dort. Elle attend que nous nous y baignions et nous, nous attendons les beaux jours pour nous y baigner. Les plantes et les animaux sont dans de petits carrés pour ne pas qu’ils s’échappent, pour ne pas aller les chercher dans la forêt où ils se cachent à chaque fois qu’ils s’échappent à chaque fois que nous voulons les manger.
– Est-ce que je peux manger de l’herbe ?
– Toutes les herbes ne sont pas bonnes à manger.
– L’herbe est-elle un poison ?
– Certaines d’entre les herbes sont des poisons mortels.
– Comment les reconnaîtrai-je ? Qu’est-ce que la faim ?
– Tu mangeras tout ce que le monde a créé pour te donner la vie.
– Tout, ainsi que l’eau qui tombe du ciel et qui court dans les torrents et qui sourd de la source ?
– Oui, tout avec toutes les eaux que le monde n’a pas créées, que le ciel t’as cachées dans les rochers et dans le ciel plus haut que tes bras inaccessibles à tes bras, toutes les eaux cachées à ton regard qu’il te faudra retrouver dans les défilés, dans les bois, au pied des arbres.
– Ce sont là indications précieuses pour découvrir où se terre l’eau fraîche difficile à découvrir, l’eau cachée sous les pierres est l’eau pure ; l’eau qui s’étale à la vue qui ne se dissimule pas dans les roches dans les forêts, qui s’étale largement à la vue n’est pas l’eau bonne.
– Elle n’est pas bonne.
– Qui l’a donnée si ce n’est pas le ciel qui l’a cachée à notre regard pour qu’elle reste pure et bonne ?
– L’eau qui s’étale à l’horizon ne se mange pas, n’est pas l’eau mais la boue qui donne le sel jaune et les crevettes roses et les poissons argentés et la perle bleue et l’ours blanc. Tu iras parla mer comme tu iras par les graviers.
– Le monde crée Plantes & Animaux.
– Le monde crée Plantes & Animaux, le monde ne crée-t-il que des plantes et des animaux ?
– Oui, tu mangeras des plantes et des animaux, c’est tout ce qu’il y a dans le monde, c’est tout ce que tu mangeras,le monde ne sait faire que ça. Tu n’auras pas une infinité de choix pour prendre la vie et tu mangera des deux : des animaux, des plantes, des animaux, des plantes, des animaux, des plantes, des animaux, des plantes, des animaux,des plantes, des animaux, des plantes, des animaux, des plantes, des animaux, des plantes, des animaux, des plantes, des animaux, des plantes, des animaux, des plantes, des animaux, des plantes, des animaux, des plantes. Le monde entier n’est fabriqué que de plantes et d’animaux.
– Je ne trouverai sur mon chemin que des plantes et des animaux ? Le monde n’est-il fait dans toute sa grandeur que de plantes et d’animaux ?
– Et d’eau et de sel.
– Des animaux des plantes de l’eau et du sel.
– Comment parviendrai-je alors à séparer les plantes des animaux, à quoi les reconnaîtrai-je ?
– Tu les reconnaîtras immédiatement.
– Comment ?
– Étant droit et devant.
– Que se passera-t-il ?
– Placé droit devant, tu sentiras leurs odeurs.
– Je sentirai leurs odeurs ?
– Tes narines sont orientées vers ce qui se trouve devant toi en contrebas, sur une table ou sur un étal ou sur un arbuste.
– Tu n’as pas besoin de lever la tête ou de te baisser. Toutes les odeurs que tu dois rapidement sentir sont à la portée de ton nez si tu es bien droit en face.
– Ton nez est bien positionné, ta tête est bien proportion-née, le port de ta tête est droit.

Trouver

– Comment distinguer les plantes des animaux si le monde de ce qui se mange se divise
en deux parties ?
– Les plantes ne bougent pas mais les animaux gigotent et remuent et crient des cris stridents et forts, les plantes se taisent.
– Mais tu ne regarderas pas les animaux vivants, tu regarderas les animaux morts, les animaux morts ne parlent pas.
– Les plantes sont vertes, les animaux sont marron la viande des animaux est violette mais tu verras des plantes de toutes les couleurs et des animaux tous rouges. Mais pourquoi veux-tu les distinguer puisque tous les deux sont aussi bons à manger qu’ils soient des plantes ou des animaux.
– Je mangerai tout, je mangerai ce qu’il y aura ?
– Non, tu ne mangeras pas tout, seulement ceux que tu rencontreras et qui te donneront la vie.
– Tout se mange dans les plantes et dans les animaux ?
– Dans les plantes tout ne se mange pas. Les fleurs ne se mangent pas. Les fleurs sont belles et ornementales. Ce sont des poisons. Les plantes se décortiquent. Tu dois ouvrir la plante pour manger ce qui est bon à manger dedans et laisser ce qui est poison. Le bonheur de la plante est enfermé dans une petite boîte. Tu ne mangeras pas la boîte. Plus que tout ce qui se mange nourrit.
– Est-ce que tout ce qui se mange nourrit ?
– Oui, tout ce qui se mange nourrit.
– Est-ce que tout ce qui se mange pourrit ?
– Oui.
– Ce qui pourrit se mange ?
– Oui, est aussi bon.
– Je peux manger ce que je veux ?
– Oui, qu’est-ce qui t’est interdit pendant que tu te nourris ?
– Pendant que je me nourris, je ne suis pas endormi, je ne suis pas évanoui, je ne ris pas. Si je riais pendant que je mange je m’étoufferais et m’étranglerais et je mourrais.
Dis-moi quand je peux manger.
– Tu peux manger au commencement de la nuit, tu peux manger aux premières lueurs du jour. Tu peux manger entre la tombée de la nuit et les premières lueurs du jour. Tu peux manger toutes les cinq minutes, toutes les heures,toutes les fois que tu peux faire une pause, toutes les fois que tu as à manger, tout ce que tu trouves à manger, tous les jours ou plusieurs fois par semaine, simplement il te faut manger au moins quelques fois en deux ou trois jours,presque tous les jours, même plusieurs fois par jour, c’est encore mieux. Tu n’as pas besoin de manger tous les jours,tu n’as pas besoin de te soucier de manger chaque jour. Tuas de la vie. Tu saisiras l’occasion. Les aliments te donneront toute la vie.
– Pourquoi ?
– Car ce qui est noir comme ce qui est blanc, ce qui est noir ou blanc est bon à manger en une fois, ensemble.
– Est-ce que ce que je mange me change, est-ce que je change suivant ce que je mange, est-ce que ce que je mange me fait changer comme ce que je mange, en ce qu’ils sont,que sont-ils ?
– Mange-les.
– Je les mange ?
– Oui, car ce qui est bon pour toi est bon pour ton voisin. Si tu manges le léopard tu deviendras le léopard que tu es, si tu manges la gazelle tu deviendras le lion que tu es, si tu manges du léopard tu deviendras le tigre que tu es.
– Que sont-ils ?
– Ils sont la substance de vie.
– Que sont-ils ? Que deviendrai-je ?
– La vie est entre le blanc et le noir. Il n’y a pas de couleurs inconnues. Ce qui est pourri est bon à manger. Où sont les bananes, où est le riz ? Les purées sont bonnes, toutes les purées quel que soit leur couleur leur consistance leur viscosité leur pureté leur odeur leur goût.
– Pourquoi mangerai-je ? Qu’est-ce que la faim ?
– La laitue a un temps qui passe et s’échappe, elle se perd,elle se gâte et n’est plus bonne. Le temps passe vite pour les aliments.
– Il faut les manger avant qu’ils ne disparaissent.
– Manger lentement avant qu’elles ne s’évaporent et disparaissent.
– En combien de temps disparaissent-elles ?
– Elles disparaissent rapidement. Elles disparaissent en deux jours. Pourquoi manges-tu du chewing-gum, le chewing-gum n’est pas mangeable, il se mâche mais ne s’avale pas, mâcher n’est pas manger. Le chewing-gum ne te donnera pas de vie.
– Tout ce qui ne s’avale pas n’est pas mauvais à la vie, le chewing-gum me fait briller les yeux et me donne de la vie. Tout ce qui se mâche est sucé, tout ce qui est sucé laisse couler le suc, laisse couler avec la salive le jus, ma salive est bonne à manger et je l’avale. Sucer est manger un peu.
– Oui, sucer est manger le bon jus mais tout ce qui se suce n’est pas bon à manger. Tu peux sucer et mourir si le jus est ciguë. Mâche le grain rond du maïs en herbe.
– Sucer me fait saliver. Je suce ma salive, c’est la salive de l’homme, ce n’est pas celle du chien.
– Manger fait battre ton cœur et te remplit de sang.
– Je ne trouve rien à manger. Il n’y a rien à manger. Je ne trouve pas de ce dont tu parles.
– Tu ne cherches pas. Si tu cherches, tu rencontreras un gros sac de toile de jute rempli à ras bord de pois grillés et tu en mangeras une poignée. Ainsi tu auras et trouvé à manger et mangé.
– Seront-ils bons à manger ?
– Oui, ils sont bons. Tu partiras plein de vie pour de nouvelles aventures.
– Est-ce que tout ce qui vient de l’homme se mange ?
– Le lait de l’homme se mange comme le lait de tous les animaux, le lait des animaux est ce qui se mange.
– Je ne veux pas manger de l’homme, je ne veux pas manger de l’homme mon ami, je veux manger de l’homme mon ennemi.
– Pourquoi dis-tu de cet homme qu’il est ton ennemi ?
– Car il m’a injurié, il m’a dit une injure et je veux le manger, je veux lui manger le bras.
– Tu ne mangeras pas les amandes amères ni les pépins des raisins ni le bras de ton ennemi, tu mangeras la pulpe des fruits et les cuisses et les entrailles des animaux.
– Si je mange ce que tu me dis de manger, que se passera-t-il ?
– Ainsi tu seras toujours heureux, tu ne te plieras pas de douleur, tu ne t’agenouilleras pas plié en deux de douleur,tu auras des selles dures et le ventre bien rempli, tu ne seras jamais fatigué et tu seras toujours fort et courageux, tu regarderas le jour sous un bon jour, tu auras de belles femmes, tu marcheras longtemps, tu auras les yeux brillants.
– Est-ce que je peux manger avec les doigts ?
– Oui, tu peux manger avec les doigts, avec les mains, avec la bouche, avec les lèvres. Tes mains sont des lèvres et ta bouche une gorge. Manger à pleines dents, n’oublie pas tes dents.
– Quel est l’instrument utile pour manger ?
– Il y a deux instruments importants, toi et tes dents. Toi, tu dois être vivant et affamé et en pleine santé. Tes dents, tu dois toujours les conserver vivantes affamées et en pleine santé.
– Comment ferai-je pour garder mes dents qui serrent si fort ?
– En les brossant à la brosse. En les brossant tu chasses les animaux qui s’approchent d’elles de trop près, sinon ils viendront et mangeront tes dents jusqu’à la dernière.
– Ce que je peux faire avec les dents, je peux le faire avec les mains. Tout ce que les dents écrasent peut être écrasé sous la pierre. Mes mains sont capables de tout écraser, de tout hacher, de tout mâcher, d’en faire de la bouillie. Pourquoi dis-tu manger avec les dents dans mange à pleines dents la vie que tu as prise ?
– Pourquoi te servir de tes mains si tu as une bouche ?
– À quoi serviront mes mains ?
– À porter tes aliments à la bouche.
– Ne puis-je pas porter ma bouche aux aliments puis les aspirer ? Ma bouche peut aspirer. Ne puis-je pas manger par un autre chemin, une autre voie que celle que tu m’as don-née pour voie ? Par une autre voie que la pompe que tu appelles la bouche ? Puis-je ainsi nommer la bouche la pompe ?
– La bouche n’est pas semblable à la pompe, la pompe aspire et avale, la bouche ne fait pas qu’avaler, elle se doit de mastiquer, sinon, tu le comprends à quoi bon une poche en plus au bout de la trompe, sinon autant qu’elle soit une trompe qui aspire sans mastiquer. Il est important que tu mastiques bien les aliments avec les dents avant de les avaler, il vaut mieux que tu ne l’appelles pas pompe, tu risques d’en oublier de bien mastiquer. À ta question je répondrai non.
– Il n’y a pas d’autre chemin, je ne peux pas manger par les yeux, par le nez, ou par le cul, ou par les mains en faisant l’apposition des mains, cela suffirait-il ?
– Non, ton cul, tes mains ne mangent pas. Tu peux manger par les yeux, par les bras, par le nez. Des yeux le liquide tombe dans le nez et du nez dans la gorge et de la gorge dans la bouche et de là dans l’avalement, tu peux laisser couler un liquide dans les yeux, un liquide fluide bien propre qui passe dans tes yeux et dans tes bras.
– Mes pupilles me nourrissent. Par les bras ce n’est pas avaler.
– Oui, seules tes pupilles nourrissent, il sera inutile de rester trop longtemps les mains appuyées sur tes aliments.Mets-les à la bouche dès que tu les as en main. Il faut bien que tu manges.
– Seul le gosier avale.
– Seulement le gosier, uniquement le gosier, éternelle-ment le même gosier pour tous les aliments de tous les repas de toutes les demi-journées. Toujours le même endroit du gosier, il peut prendre et encore prendre, c’est un morceau de gosier solide qui ne manque pas de courage.
– Parmi tout ce qui est, tout ne se mange pas, qu’est-ce qui est bon à manger ?
– Tout se mange.
– Comment les reconnaître ?
– Tu peux manger tout ce que tu veux. Tu mangeras ce que tu voudras en quantité que tu voudras à l’heure que tu voudras parmi tous les aliments variés qui se mangent.
– Comment les reconnaîtrai-je ?
– Le lait est blanc, le lait de tous les animaux est blanc, le sang de tous les animaux est rouge, les plantes sont vertes,les animaux sont beiges.
– Je mange ce que le monde crée, toutes les choses créées dans le monde sont vivantes. Les objets ne sont pas vivants,je ne les mangerai pas.
– Non ne mange jamais d’objet.
– S’il est très petit ?
– Non, même un tout petit objet peut te tuer si tu le manges en t’entravant. Tout ce qui est vivant ne t’entravera jamais et te donnera de la force.
– Tout se mange.
– Oui, tout se mange.
– Je peux manger ce que je veux ?
– Oui, tu peux mélanger le purée sucré étalé rougeaud mouillé croquant cidre crémeux salé molle bleu cuite haché décortiqué sec.
– Une chaussure se mange-t-elle ?
– Oui, si elle est en cuir.
– Un blouson, un chapeau, un lacet, un bracelet, une ceinture, un pantalon en cuir se mangent-ils ?
– Oui, s’ils sont en cuir.
– Qu’est ce que le cuir ?
– Le cuir est la peau de l’animal.
– Tout se mange ?
– Tout se mange, la pisse avec le lait, le miel avec le gras,l’encre avec les oreilles, le sel avec les œufs, le paprika avec les œufs, tout se mange avec tout. La pisse, le paprika, le sel et le miel sont jaunes. Tout se mange. Les animaux sont plus que les animaux. Les animaux te donnent diverses sortes d’aliments en dehors de l’animal. Ils font du boudin, du boudin de sang, du sang, des œufs,des centaines d’œufs, des milliers d’œufs, des veaux, du miel, de l’encre, du gras, ils font des oreilles, ils font du chaud, de la pisse, des petits, des litres de lait.
– Je ne mange pas tout ce qui se mange.
– N’as-tu rien oublié ?
– Qu’ai-je oublié ? Qu’est bon à manger que j’oublie de manger ?
– Tu as oublié de manger du poison.
– À quoi reconnaît-on qu’un aliment est un poison ?Comment séparer les bons des empoisonnés ?
– Les empoisonnés sont ceux qui n’ont pas été lavés.
– À quoi reconnaît-on qu’un aliment a été lavé ?
– Avant de le manger, mieux vaut le passer sous l’eau.
– Il faut distinguer ce qui est l’animal de ce que l’animal lâche qui n’enlève rien à l’animal. L’animal reste entier quand il a donné ce qu’il sait donner sans se diminuer. Ce qui est produit par l’animal est bon à manger par tous les animaux. L’animal lui-même est bon si ce n’est pas un homme.
– L’animal d’un homme ?
– Ce qui est de l’animal avec l’homme mais qui n’appartient pas à l’animal ni à l’homme lui-même, l’animal lui-même de l’homme s’il n’est pas un homme lui-même.
– Peut-on tout manger ?
– Non, on ne peut pas tout manger.

Cuisiner

– Comment reconnaître la bonne de la mauvaise purée si je découvre pendant mon voyage une purée qui m’a servi comme un mets à manger ?
– Toute purée est bonne, la purée n’a pas de forme et n’a pas de couleur. La purée sous forme de tas sous forme de boulette sous forme de cube sous forme de tartelettes et de pains. La purée mélangée à de la sauce verte, à de la sauce blanche à de la sauce rouge, à de la sauce orangée, à de la sauce jaune, à de la sauce noire.
– Que manger ? Quand j’attrape l’animal et la plante, que dois-je manger dans la plante et dans l’animal ?
– Tu l’ouvres et tu ôtes la peau.
La peau ne se mange pas, tout le reste se mange.
Tu ôtes la peau et tu le passes sous l’eau et tu le cuis et tu manges tout ce qu’il y a dedans. Tous les animaux ont une peau.
Toutes les plantes ont une peau.
Les champignons ont une peau, les aubergines ont une peau, les poires ont une peau, les chamois ont une peau, les autruches ont une peau.
– Qu’est-ce que la peau de la salade ?
– La peau des salades est la terre et les poux qui recouvrent les larges feuilles vertes saines du chou de la salade.
– Les peaux ne se mangent pas.
– On laisse la peau, on ne mange pas tout, on sépare la peau de ce qui se mange, la peau ne se mange pas.
– Pourquoi la peau ne se mange-t-elle pas ?
– Car la peau a beaucoup vécu et ne meurt pas quand l’animal qui la portait est mort.
– Oui.
– Au contraire, tout ce qui est en dehors de la peau n’a jamais vécu et est resté frais comme au premier jour. Rutilant. La peau a trop vécu pour être bonne. Elle est poussiéreuse.
– Je sais maintenant que je peux faire confiance à ce que je ressens par le parfum pour reconnaître les aliments qui sont de bons aliments.
– Non, ne fais confiance à personne, ton nez peut trahir,n’écoute pas ce qu’on te dit, tous ceux qui parlent peuvent te trahir et le nez être un traître.
– Ce qui pue serait bon, ce qui est délicatement parfumé être un poison mortel ?
– Oui, ce qui est mou, laid, puant, disgracieux, informe, à la couleur verte mélangée au marron, entouré de mouches et de poussières, à l’odeur exécrable est un des mets les plus succulents qui donnera de la vie pour des jours et des jours.
– Comment saurais-je que l’on me la sert pour être mangée et non pour la regarder ? S’il dit je te la donne, cela est à toi,dois-je penser qu’elle m’est donnée pour la manger ? Puis-je manger ?
– Tu peux manger ce qui n’est pas un poison. Tout ce qui se mange n’est pas bon à manger. Certains animaux sont plus difficiles à attraper et ce ne sont pas les plus petits et les plus vifs qui se gardent le plus de mourir, le buffle est difficile à chasser. Le buffle est difficile à attraper ainsi que l’esturgeon.
– À quoi les reconnaîtrai-je ? Le verrai-je à leur forme, au moins à leur forme ?
– Les aliments, qui ont toutes sortes de formes, sont présentés dans des coupelles, sont mélangés mollement au fond d’une coupelle, forment une purée dans l’écuelle, for-ment un tas de mélanges de purées mollement installé dans l’écuelle.
– Le bananier, à quoi sert le bananier ?
– Le bananier fait des bananes.
– Y a-t-il beaucoup de bananes ?
– Oui, les bananes sont à profusion, elles tapissent le sol, tu trouveras toujours une banane.
– Sont-elles facile à ouvrir ?
– Oui, les bananes sont faciles à ouvrir et leur chair est bonne.
– Chez qui je peux manger ?
– Tu peux manger chez qui voudra te donner à manger si tu as faim.
– Et si devant, en face, l’odeur de ce qui m’est donné à manger dit que je ne dois pas le manger ?
– Alors fuis à toutes jambes, chez qui tu es essaye de te tuer,beaucoup d’entre ceux qui te donneront à manger veulent te tuer pour te manger après, ils essayeront alors de t’empoisonner.
– Le nez est premier.
– Oui, fuis, et avant même d’entrer ton nez doit te prévenir d’un danger en détectant des traces d’anciennes odeurs des poisons déjà préparés auparavant.
– Dans le couloir, dans la cage d’escalier, dans l’entrée, dans la cave, dans l’immeuble, dans la cour, dès le hall.
– Oui, fuis, ne mange jamais chez ces gens-là, seraient-ils ta mère ton père.
– Qu’est-ce que c’est ?
– Combien a-t-il de pattes ?
– 5.
– Combien d’yeux ?
– 5.
– Combien de pensées ?
– 5.
– Alors, c’est un insecte, qui court devant toi.
– En mangerais-tu ?
– Oui, j’en mangerais s’il s’arrêtait de bouger, si je réussis-sais à l’attraper et à le tuer et à le faire cuire.
– L’insecte est-il un animal ?
– Oui, l’insecte est un animal, tu vois comme il bouge, comme il court vite.
– Est-ce que je peux le manger ?
– Tu peux le manger si tu l’attrapes.
– Si je l’attrape et si je le cuis.
– Je vais l’attraper je vais le cuire.
– Je sais cuire : je fais du feu, je le mets sur le feu, il cuit et je le mange.
– Tu lui enlèves la peau !
– Merci, je dois partir, adieu. Que ferai-je durant mon voyage pour me nourrir ?
– Mange, mange beaucoup pour prendre de la vie et devenir un homme. Pense à manger.
– Je mangerai les chameaux, miels, malabars, boulettes, thés,couronnes, purées, laitues, vinaigres, sels, andouillettes, fleurs de courgette, anchoïades, bananes, tartelettes, noix de mus-cade, crevettes, buffles, sucres, pains.

Christophe Tarkos« Manger » PanP.O.L2000p. 139-163
Mode : Lu

praeceps ibam tanta caecitate, ut inter coaetaneos meos puderet me minoris dedecoris, quoniam audiebam eos iactantes flagitia sua et tanto gloriantes magis, quanto magis turpes essent, et libebat facere non solum libidine facti verum etiam laudis. Quid dignum est vituperatione nisi vitium ? ego, ne vituperarer, vitiosior fiebam, et ubi non suberat, quo admisso aequarer perditis, fingebam me fecisse quod non feceram, ne viderer abiectior, quo eram innocentior, et ne vilior haberer, quo eram castior.

La tête basse, je m’aveuglais au point que, parmi les garçons de mon âge, j’avais honte d’être moins obscène qu’eux quand je les entendais se vanter de leurs débauches. Plus c’était sale, plus on était admiré. Notre plaisir n’était pas tant d’assouvir nos désirs que de susciter l’admiration des autres. Quoi de plus condamnable que le vice ? Eh bien moi, pour ne pas être condamné, je devais être plus vicieux encore. Et s’il m’arrivait d’être en deçà de la dépravation des autres, j’inventais des actes que je n’avais pas commis pour ne pas apparaître plus abject d’être plus innocent ni plus obscène d’être plus chaste.

AugustinLes Aveux [<em>Confessiones</em> (397-402)]t. 2chap. 3trad. Frédéric BoyerP.O.L2009p. 81
Mode : Lu

Capiunt ergone te caelum et terra, quoniam tu imples ea ? an imples et restat, quoniam non te capiunt ? et quo refundis quidquid impleto caeloet terra restat ex te ? an non opus habes, ut quoquam continearis, qui contines omnia, quoniam quae imples continendo imples ?

Ciel et terre te contiennent si tu les remplis. Mais si tu les remplissais, il y aurait un reste si eux ne te contenaient pas. Et où refoules-tu, une fois remplis ciel et terre, le quelque chose qui reste de toi ? Tu n’as pas besoin d’être retenu quelque part, toi qui retiens tout : ce que tu remplis, tu le remplis parce que tu le contiens.

AugustinLes Aveux [<em>Confessiones</em> (397-402)]t. 1chap. 3trad. Frédéric BoyerP.O.L2009p. 51