nous formons le monde
nous formons un monde magique
nous nous goûtons
nous faisons de la magie
nous sommes en conversation avec le démon
le fait d’être avec le démon
nous savons
nous avons le ce que nous avons pour avoir conscience
assez de cœur
nous avons assez de cœur
nous avons pour avoir conscience assez de cœur pour savoir
le démon pour être en train de converser avec le assez de
cœur de le démon
nous avons faim
nous avons la tentation de faire l’amour
nous sommes heureux
nous sommes heureux de faire l’amour
nous avons autant de cœur
nous avons tout autant de cœur
nous avons tout ce que le ce cœur nous avons fait un monde avec un démon
nous avalons
nous ravalons
nous avons autant le cœur de le savoir
nous avons une vie
nous avons autant la vie
nous avons autant de vie
nous avons un v vivant dans voulu dans vivant dans vie
le démon vient dans le, dans le cœur assez grand
et assez vivant pour qui le savent
nous avons le cœur assez grand pour le savoir
nous avons le tout ce que nous avons pour avoir conscience
nous avons conscience nous avons faim
nous goûtons
nous avons su valoir nous avons voulu savoir
nous avons su avant de commencer
nous avons un grand cœur qui va vouloir qui veut
toujours s’étaler dans la position d’en venir à revouloir savoir
toujours dans la position d’être conscient le vouloir savoir
le démon goûte le cœur
nous avons formé le monde avec un démon
le démon goûte le cœur et le cœur demande au démon
le cœur et le démon sont de la même sorte
le cœur et le démon ils font de la magie
nous avons formé un monde magique
d’où le fait que nous sommes dans un monde magique
la vie n’est pas à un autre endroit que la vie au cœur
où nous avons assez à boire
d’où le fait que nous sommes dans un monde magique
parce qu’il vogue
parce qu’il n’a pas de volonté
ni d’avant ni d’avalanche
parce qu’il est avant tout inventé
et ivre
et avant tout il est inventé il est inversé et il est ivre
soulevons
soulevons-le
nous avons assez de cœur pour soulever avec le cœur
et le démon et la conversation avec le démon et le monde magique
car nous avons formé le monde
et le monde est magique
nous produisons
nous nous produisons
nous procédons à notre destruction
comment nous nous procédons ?
nous nous produisons
nous procédons à notre destruction
où nous nous détruisons se produit
la destruction massive se produit
avec quoi nous ensevelissons-nous ?
nous nous ensevelissons dans la destruction
comment elle se produit ?
nous nous produisons
nous nous sommes faits de la destruction par ensevelissons-nous
où nous nous sommes mis à nous ensevelir
exactement où nous nous sommes mis à nous ensevelir
nous n’y coupons pas
nous avons autant le cœur de le savoir et assez de cœur
pour en avoir conscience
nous qui nous formons la destruction
nous nous mettons dedans
ce qui nous procède
nous nous mettons à procéder
à nous procéder à la destruction
nous nous produisons et nous formons le monde
le monde est magique
et dans quatre mois c’est l’été
mars avril mai juin
un deux trois quatre
quatre mois à tenir avant que ça soit l’été
quatre mois c’est pas long
ça passe assez vite
en attendant quatre mois ça passe assez vite et on est
d’un coup
dans l’été chaud
en pleine chaleur
en plein mois de juin
quand il fait très chaud en plein milieu de la journée
dans quatre mois et on est dedans
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six ans où presque tout ce que j’avais pu faire et dire, seule ou avec d’autres, avait été doublé par la pensée de cet homme, si bien qu’à l’époque le moindre détail était salopé par cette pensée […] une pensée exclusivement concentrée sur un seul sujet, aucun autre sujet et aucun autre objet n’ayant la possibilité de vivre là-dedans plus de cinq secondes ; mon corps intégralement, depuis mes doigts de pied jusqu’à mes cheveux, était rétracté à l’intérieur d’un discours en boucle, c’est-à-dire d’une boucle qui tournait sans interruption même la nuit – je rêvais, c’était lui ; je me levais pour pisser, c’était lui, etc. –, et je me demande si le meilleur moyen, ou l’un des meilleurs moyens, de rendre compte de ce tapis de bombes – ma tête –, n’est pas le jeu du par-devant/par-derrière : on prend un texte – tiens, Une saison en enfer, c’est celui que j’ai sous la main – et on lui ajoute systématiquement par-devant/par-derrière ; ça donne : Jadis, par-devant, si je me souviens bien, par-derrière, ma vie était un festin par-devant, où s’ouvraient tous les cœurs par-derrière, où tous les vins coulaient par-devant. Eh bien je suis partie en Crète, c’est-à-dire que je me suis enfuie en Crète à un moment, pour savoir si là-bas le par-derrière/par-devant continuerait ou serait troublé par le déplacement géographique, la nécessité de faire attention à ce qu’on vous dit avec l’accent, mais j’aurais très bien pu faire le tour du monde en porte-containers, atteindre le pôle Nord, explorer Sakhaline, ça n’en aurait pas moins duré – et c’était comme si cette pensée devait me survivre puisque je mourrais avant qu’elle cesse.