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Publié en 1931

4 entrées
Mode : Lu

Je m’étais toujours représenté, et sans doute non sans raison, cette cavité comme la plus belle demeure qui puisse exister pour moi. Se suspendre à la voûte, y grimper, glisser jusqu’en bas, culbuter et retrouver le sol sous ses pieds, et exécuter tous ces jeux littéralement sur le corps de la place forte, cependant sans être dans son espace proprement dit  ; pouvoir éviter la place forte, pouvoir reposer ses yeux de la vue de celle-ci, remettre à plus tard le plaisir de la voir sans pour autant être privé d’elle  ; la tenir au contraire fermement entre ses griffes, ce qui est impossible, si l’on n’a qu’un accès ordinaire ouvert vers elle  ; mais surtout pouvoir la surveiller  ; on serait alors privé de sa vue, mais, si la compensation devait être de choisir entre le séjour dans la place forte et le séjour dans la cavité, on choisirait la cavité pour toute la durée de sa vie, pour y aller et venir constamment et protéger la place forte. Alors, il n’y aurait plus de bruit dans les murs, plus de fouissements importuns presque jusqu’à la place  ; alors, la paix y serait garantie et je serais son gardien, je n’aurais plus le déplaisir d’écouter les fouissements du menu gibier, mais j’écouterais avec ravissement ce dont je suis aujourd’hui entièrement privé, le murmure du silence dans la place forte.

In diesem Hohlraum hatte ich mir immer, und wohl kaum mit Unrecht, den schönsten Aufenthaltsort vorgestellt, den es für mich geben konnte. Auf dieser Rundung hängen, hinauf sich ziehen, hinab zu gleiten, sich überschlagen und wieder Boden unter den Füßen haben, und alle diese Spiele förmlich auf dem Körper des Burgplatzes spielen und doch nicht in seinem eigentlichen Raum  ; den Burgplatz meiden können, die Augen ausruhen lassen können von ihm, die Freude, ihn zu sehen, auf eine spätere Stunde verschieben und doch ihn nicht entbehren müssen, sondern ihn förmlich fest zwischen den Krallen halten, etwas was unmöglich ist, wenn man nur den einen gewöhnlichen offenen Zugang zu ihm hat  ; vor allem aber ihn bewachen können, für die Entbehrung seines Anblicks also derart entschädigt werden, daß man gewiß, wenn man zwischen dem Aufenthalt im Burgplatz oder im Hohlraum zu wählen hätte, den Hohlraum wählte für alle Zeit seines Lebens, nur immer dort auf- und abzuwandern und den Burgplatz zu schützen. Dann gäbe es keine Geräusche in den Wänden, keine frechen Grabungen bis an den Platz heran, dann wäre dort der Friede gewährleistet und ich wäre sein Wächter  ; nicht die Grabungen des kleinen Volkes hätte ich mit Widerwillen zu behorchen, sondern mit Entzücken, etwas, was mir jetzt völlig entgeht  : das Rauschen der Stille auf dem Burgplatz.

Franz KafkaLe Terrier [1931]trad. Jean-Pierre VerdetFolio2018p. 92-93
Mode : Lu

En de telles occasions, c’est habituellement le problème technique qui m’attire ; je me représente, par exemple, d’après le bruit que mon oreille est assez exercée pour discerner dans toutes ses nuances et enregistrer exactement, quelle a pu en être l’origine, ce qui me pousse alors à vérifier si la réalité le confirme. J’ai pour cela une bonne raison, car aussi longtemps qu’une vérification n’est pas effectuée, je ne peux pas me sentir en sécurité, même s’il ne s’agit que de savoir où roulera un grain de sable qui tombe d’un mur : et même un tel bruit, à cet égard, n’est pas du tout une affaire insignifiante. Mais importante ou insignifiante, si fort que je cherche, je ne trouve rien, ou plutôt je trouve trop.

Bei solchen Gelegenheiten ist es gewöhnlich das technische Problem, das mich lockt, ich stelle mir zum Beispiel nach dem Geräusch, das mein Ohr in allen seinen Feinheiten zu unterscheiden die Eignung hat, ganz genau aufzeichenbar, die Veranlassung vor, und nun drängt es mich nachzuprüfen, ob die Wirklichkeit dem entspricht. Mit gutem Grund, denn solange hier eine Feststellung nicht erfolgt ist, kann ich mich auch nicht sicher fühlen, selbst wenn es sich nur darum handeln würde, zu wissen, wohin ein Sandkorn, das eine Wand herabfällt, rollen wird. Und gar ein solches Geräusch, das ist in dieser Hinsicht eine gar nicht unwichtige Angelegenheit. Aber wichtig oder unwichtig, wie sehr ich auch suche, ich finde nichts, oder vielmehr ich finde zuviel.

Franz KafkaLe Terrier [1931]trad. Jean-Pierre VerdetFolio2018p. 84-87
Mode : Lu

Je ne suis pas loin de prendre la décision de gagner le large, de reprendre encore une fois cette ancienne vie désespérante qui ne m’assurait aucune sécurité, qui n’était qu’une suite ininterrompue de périls et ne me permettait par conséquent ni de voir ni de redouter chaque danger particulier, comme ne cesse de me l’enseigner la comparaison entre mon terrier protégé et la vie vagabonde.

Ich bin nicht ganz fern von dem Entschluß, in die Ferne zu gehen, das alte, trostlose Leben wieder aufzunehmen, das gar keine Sicherheit hatte, das eine einzige ununterscheidbare Fülle von Gefahren war und infolgedessen die einzelne Gefahr nicht so genau sehen und fürchten ließ, wie es mich der Vergleich zwischen meinem sicheren Bau und dem sonstigen Leben immerfort lehrt.

Franz KafkaLe Terrier [1931]trad. Jean-Pierre VerdetFolio2018p. 58-61
Mode : Lu

Le principe d’une répartition des provisions est juste en soi, mais en fait seulement lorsqu’on a plusieurs places du genre de ma place forte. Plusieurs semblables places  ! Évidemment  ! Mais qui peut les bâtir  ? D’ailleurs, il n’est plus possible à présent de les intégrer dans le plan d’ensemble de mon terrier. Je veux bien concéder qu’il découle de là un défaut du terrier, comme c’est généralement toujours un défaut de ne posséder qu’un seul exemplaire de quoi que ce soit.

Der Grundgedanke einer Verteilung der Vorräte ist ja richtig, aber eigentlich nur dann, wenn man mehrere Plätze von der Art meines Burgplatzes hat. Mehrere solche Plätze  ! Freilich  ! Aber wer kann das schaffen  ? Auch sind sie im Gesamtplan meines Baus jetzt nachträglich nicht mehr unterzubringen. Zugeben aber will ich, daß darin ein Fehler des Baus liegt, wie überhaupt dort immer ein Fehler ist, wo man von irgend etwas nur ein Exemplar besitzt.

Franz KafkaLe Terrier [1931]trad. Jean-Pierre VerdetFolio2018p. 39