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Mode : Lu

Parce que les hommes croient que les mots contiennent un effet moteur, […] les sons produits en acte émettent des rayons comme le font les autres choses en acte, et ils agissent sur le monde des éléments de la même manière que les autres choses individuelles. Et du fait qu’il existe d’innombrables sons différents, chacun d’eux, prononcé en acte, a son effet propre, différent de l’effet des autres, dans les autres choses composées d’éléments. L’harmonie céleste donne leur effet propre aux sons, ainsi qu’aux herbes et à d’autres choses et, de la même manière, elle donne des effets qualitativement très variés dans des choses différentes.

[…]

Certains sons ont un effet sur le feu, d’autres sur l’air, l’eau ou la terre. Il y a des sons prononcés qui ont un effet sur les animaux, d’autres sur les végétaux. Certains ont un effet sur une espèce d’animaux ou une espèce de végétaux, d’autres sur une autre. Et de même certains sons ont un pouvoir sur un genre d’accidents, d’autres sur un autre.

De même, certains sons ont un pouvoir à un certain moment, d’autres à un autre moment. Certains ont un pouvoir dans un lieu, d’autres dans un autre. Certains ont un effet par soi, d’autres seulement lorsqu’ils sont prononcés avec d’autres sons. Certains ont un effet particulier lorsqu’ils sont prononcés d’une certaine manière, d’autres lorsqu’ils sont prononcés d’une autre manière. Certains ont un effet seulement lorsqu’ils sont prononcés une fois, d’autres seulement lorsqu’ils sont prononcés plusieurs fois. De même, certains ont un effet par soi, d’autres seulement s’ils sont associés à une action particulière.

[…]

L’air, et les substances qui ont la nature la plus proche de celle de l’air, sont les matières les plus appropriées à l’action des paroles. Les paroles sont en effet des formes aériennes, et c’est pour cette raison qu’elles sont plus opérantes sur une matière aérienne que sur une autre. De plus, l’air reçoit plus facilement les impressions que les autres éléments, et c’est pourquoi les paroles ont plus d’efficacité sur les corps et les qualités aériennes que sur les corps et les qualités des autres éléments, bien que certains mots obtiennent un effet sur ces derniers.

De là vient le fait que certains mots, prononcés rituellement, modifient la sensation des animaux, et des hommes en particulier. En effet, l’esprit humain est de nature aérienne, et de ce fait les mots, comme d’autres choses, provoquent facilement un changement en lui. De là vient aussi le fait que des images apparaissent dans le miroir consacré grâce à la prononciation de certains mots, et que parfois se font entendre des paroles non prononcées par l’homme. De là vient aussi le fait que, durant la prononciation de certains mots, des images venues de l’extérieur se forment dans l’imagination, la raison et la mémoire de l’homme envoûté.

[…]
L’esprit humain ou celui d’un autre animal, ainsi modifié, produit dans son sujet une volonté de mouvoir ses membres selon un certain type de mouvement, local ou autre. Il n’avait pas cette volonté auparavant, et ne l’aurait pas eue si ces mots n’avaient été prononcés. Les mots altèrent aussi la volonté elle-même.

C’est pourquoi l’on chasse de leur refuge, grâce aux mots, les scorpions, les loups, les lions, les rats et les mouches, et c’est de cette manière que l’on appelle parfois les animaux et les oiseaux dans les lieux où ils attendent leur capture. En effet, dans de tels cas, soit la volonté naturelle suit le mouvement des esprits de l’animal enchanté, produit par les mots, soit par sa propre volonté se trouve en elle-même altérée, ayant été transformée en une forme nouvelle par les mots, forme qu’elle n’aurait pas eue en suivant le cours naturel des choses.
Mais d’autre part, bien que leur effet soit plus grand et plus facile dans une matière spirituelle, les mots prononcés avec la solennité requise ont cependant l’effet et la propriété de transformer tous les éléments en certaines formes naturelles afin qu’ils ne produisent pas ce qu’ils auraient effectué dans le cours ordinaire des choses.

En effet la terre, bien qu’elle soit froide naturellement, se réchauffe et retient la chaleur par la puissance des mots. L’eau, aussi, qui par sa nature propre permet aux corps pesants de la pénétrer, se voit privée de cette nature par la puissance de certains mots, et c’est ainsi que le fer peut voguer sur l’eau. L’air cesse aussi de souffler et d’engendrer la pluie par l’action des mots. Par des mots, le feu cesse également de brûler, même alimenté en combustible.

Il s’ensuit de cela que des corps pesants sont souvent entraînés dans les airs, contrairement au cours normal de leur nature. Les corps légers aussi descendent vers le bas par la puissance des mots, et les mots produisent aussi des éclairs, du tonnerre, des nuages, des ténèbres et autres accidents des éléments.

[…]

Il importe peu, afin d’avoir un effet moteur, que les opérations et les passions par lesquelles se fait l’adjuration existent ou n’existent pas, et qu’elles aient ou non existé, pourvu que celui qui adjure ait un désir intense avec la solennité requise. Parfois en effet, les faux discours produisent, comme les vrais, un effet moteur dans la matière grâce à la libéralité céleste.

[…]

Et ce que nous avons dit du pouvoir des mots est suffisant.

Al-KindîDe radiischap. 6 : La puissance des motstrad. Didier OttavianiAllia2003p. 40-70
Mode : Lu

Le désir humain est dans le cœur, qui est le centre d’où proviennent toutes les actions volontaires, et ce centre possède sa propre nature centrique, d’une certaine manière semblable à celle du monde. Car l’homme, individué par sa complexion propre, naît conforme au monde, puisque chaque partie du monde participe à son individuation. De là vient le fait que le centre du monde produit à sa manière une centricité dans chaque homme individuel, et même dans chaque animal. C’est pourquoi le centre de l’homme le dirige dans ses mouvements, comme le centre du monde dirige celui-ci à sa manière dans ses mouvements. Et c’est pour cela que les rayons qui proviennent de la propriété du centre de l’homme, c’est-à-dire de son désir, sont plus aptes à produire un mouvement dans la manière adaptée que les rayons qui proviennent d’autres parties de l’individu humain ou de propriétés de ces parties.
Et il faut savoir que le désir d’un homme est naturellement plus apte à produire des mouvements extérieurs que celui d’un autre, parce que la complexion de chacun limite la quantité et la qualité de sa puissance, même lorsque les volontés et les désirs se trouvant dans les deux sont d’égale intensité. C’est aussi parce que quand les désirs sont égaux grâce à la nature de la complexion, si le désir de l’un se produit plus intensément en acte que celui de l’autre, c’est le plus intense qui possède la capacité de produire des mouvements à l’extérieur.

Al-KindîDe radiischap. 6 : La puissance des motstrad. Didier OttavianiAllia2003p. 57-58
Mode : Lu

[…] Le premier et le principal accident nécessaire à la génération d’une chose grâce au modèle de l’image mentale est le désir de l’homme qui imagine que la chose existe. En effet, le désir joint à l’imagination est semblable à la scammonée mélangée au remède, qui constitue par sa vertu propre l’ensemble du remède laxatif. Ainsi le désir qui prend l’homme de voir se produire un mouvement dans une ou plusieurs choses individuelles, ajouté à l’imagination de ce même mouvement, rend cette imagination capable de mettre en mouvement les choses individuelles situées à l’extérieur, grâce aux rayons qui leur sont transmis et qui ont un effet moteur. Il faut aussi que le désir soit intense pour que, avec les autres choses requises, il ait un effet moteur. Car ce qui est effectué négligemment ne suffit pas pour produire l’effet moteur désiré.
La certitude de l’effet futur est un accident qui, avec les autres accidents précédemment posés, est également nécessaire. En effet, celui qui désespère de l’effet futur verra son souhait déçu, même s’il a savamment exécuté le reste. Car la certitude ou l’espoir fermement établi envers l’événement désiré constitue la force et le soutien du désir, aidant le désir lui-même à la produire l’effet, comme la préparation de la scammonée aide celle-ci dans son action laxative quand elle doit être donnée en remède.

Al-KindîDe radiis [9e siècle]chap. 5 : Ce qui favorise un effet moteurtrad. Didier OttavianiAllia2003
Mode : Lu

Chaque chose d’ici-bas, que ce soit une substance ou un accident, émet des rayons à l’instar des astres. La grande diversité des choses de ce monde provient tout entière de ce choc de rayons. Toute l’action des étoiles s’effectue par l’intermédiaire des rayons. Il n’est pas jusqu’à la voix humaine qui ne produise des rayons et qui, comme toutes les autres choses réelles, n’agisse par leur intermédiaire dans le monde des quatre éléments.