Il n’est pas possible qu’il y ait aucun intermédiaire entre les énoncés contradictoires : il faut nécessairement ou affirmer ou nier un seul prédicat, quel qu’il soit. » alt : « Nous en avons dit assez pour établir que le plus sûr de tous les principes, c’est que les affirmations opposées ne peuvent être vraies en même temps, et pour montrer les conséquences et les causes de l’opinion contraire. Et, puisqu’il est impossible que deux assertions contraires sur le même objet soient vraies en même temps, il est évident qu’il n’est pas possible non plus que les contraires se trouvent en même temps dans le même objet ; car l’un des contraires n’est pas autre chose que la privation, la privation de l’essence.
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Toute propriété a deux usages, qui tous deux lui appartiennent essentiellement, sans toutefois lui appartenir de la même façon : l’un est spécial à la chose, l’autre ne l’est pas. Une chaussure peut à la fois servir à chausser le pied ou à faire un échange. On peut du moins en tirer ce double usage. Celui qui, contre de l’argent ou contre des aliments, échange une chaussure dont un autre a besoin, emploie bien cette chaussure en tant que chaussure, mais non pas cependant avec son utilité propre ; car elle n’avait point été faite pour l’échange. J’en dirai autant de toutes les autres propriétés ; l’échange, en effet, peut s’appliquer à toutes, puisqu’il est né primitivement entre les hommes de l’abondance sur tel point et de la rareté sur tel autre, des denrées nécessaires à la vie. »
§ 6. Ainsi donc ces connaissances des principes ne sont pas en nous toutes déterminées ; elles ne viennent pas non plus d’autres connaissances plus notoires qu’elles ; elles viennent uniquement de la sensation. A la guerre, au milieu d’une déroute, quand un fuyard vient à s’arrêter, un autre s’arrête, puis un autre encore, jusqu’à ce que se reforme l’état primitif de l’armée ; de même l’âme est ainsi faite qu’elle peut éprouver quelque chose de semblable.
§ 7 C’est ce qui déjà vient d’être dit. Mais comme cela ne l’a pas été très clairement, nous ne craindrons pas de le répéter. Au moment où l’une de ces idées qui n’offrent aucune différence entre elles, vient à s’arrêter dans l’âme, aussitôt l’âme a l’universel ; l’être particulier est bien senti, mais la sensibilité s’élève jusqu’au général. C’est la sensation de l’homme, par exemple, et non pas de tel homme individuel, de Caillas. Ces idées servent donc de point d’arrêt jusqu’à ce que s’arrêtent aussi dans l’âme les idées indivises, c’est-à-dire, universelles. Ainsi, par exemple, s’arrête l’idée de tel animal jusqu’à ce que se forme l’idée d’animal, qui elle-même sert aussi de point d’arrêt à d’autres idées. Il est donc bien évident que c’est nécessairement l’induction qui nous fait connaître les principes ; car c’est ainsi que la sensation elle-même produit en nous l’universel.
§ 8. Quant aux facultés de l’intelligence par lesquelles nous atteignons la vérité, comme les unes sont toujours vraies, et que les autres sont susceptibles d’erreur, par exemple l’opinion et le raisonnement, tandis que la science et l’entendement sont éternellement vraies ; comme il n’y a pas d’espèce de connaissance autre que l’entendement qui soit plus exacte que la ’science ; comme en outre les principes sont plus évidents que les démonstrations, et que toute science est accompagnée de raisonnement, il s’ensuivrait que la science ne peut s’appliquer aux principes ; mais comme il n’y a que l’entendement qui puisse être plus vrai que la science, c’est l’entendement qui s’applique aux principes. Tout ce qui précède le prouve, mais ce qui le prouve encore, c’est que le principe de la démonstration n’est pas une démonstration, et que par suite, le principe de la science n’est pas la science. Donc, si nous n’avons pas au-dessus de la science d’autre espèce de connaissance vraie, c’est l’entendement qui est le principe de la science. Or, le principe doit s’appliquer au principe, et la science est toujours dans un rapport semblable avec tous les objets qu’elle embrasse.
§ 1. [90a] Le nombre des choses qu’on cherche est précisément égal au nombre même des choses que l’on sait. Or il y a quatre choses que l’on peut chercher à savoir, si la chose est telle chose, pourquoi elle est telle chose, si elle est, ce qu’elle est.
[…]
§ 3. Il en est d’autres que nous cherchons à résoudre d’une manière différente, par exemple quand nous cherchons s’il y a ou s’il n’y a pas de centaure, s’il y a ou s’il n’y a pas de Dieu. Je dis d’une manière absolue si la chose est ou n’est pas, et non point si l’homme est blanc ou s’il n’est pas blanc. Une fois que nous savons que la chose est, nous cherchons ce qu’elle est ; et nous nous demandons par exemple ce que c’est que Dieu, ce que c’est que l’homme.
CHAP II (résumé)
Les quatre espèces de questions se réduisent à une seule, celle de la cause.
1° Dans les deux premières questions, on recherche s’il y a un moyen, et dans les deux autres, on recherche quel est ce moyen.
2° Le moyen se confond avec la cause, soit dans les questions complexes, soit dans les questions simples.
3° La définition et la cause sont toujours identiques.
4° Les phénomènes sensibles attestent que c’est toujours le moyen ou la cause que l’on cherche.
En eux-mêmes les noms et les verbes sont semblables à la notion qui n’a ni composition, ni division : tels sont l’homme, le blanc, quand on n’y ajoute rien, car ils ne sont encore ni vrais, ni faux. En voici une preuve : bouc-cerf signifie bien quelque chose, mais il n’est encore ni vrai, ni faux, à moins d’ajouter qu’il est ou qu’il n’est pas, absolument parlant ou avec référence au temps.