| Variations sur le sujet seul | Hic panis est corpus meum. (Hoc) Corpus meum est corpus meum. Substantia panis est corpus meum. Hic est corpus meum. Caro mea est cibus. |
| Variations sur le verbe | Hoc fit corpus meum. Hoc mutetur (vel transubstantietur) in corpus meum. |
| Variations sur le temps et le mode du verbe | Hoc sit corpus meum. Hoc erit corpus meum. |
| Variations sur le prédicat | Hoc est corpus Christi. |
| Variations liées à l’acte | Nutrio vos corpore meo. Haec est caro mea. |
| Variations multiples, notamment, avec sujet non déictique et attribut non déictique | Panis est corpus Christi. |
| Variations sur la référence temporelle du sujet | Quod fuit panis est corpus Christi. Quod erat panis vel vinum post consecrationem est corpus Christi. |
| Sujet composé d’une préposition et d’un cas oblique | Ex pane fit corpus Christi. Ex pane factum est corpus Christi. De pane fit corpus Christi. |
| Variations sur le verbe lui-même | Panis fit corpus Christi. Panis fit. Panis incipit esse corpus Christi. Panis est factus corpus Christi. Panis fiet corpus Christi. Panis factus est corpus Christi. Panis convertitur in corpus Christi. Panis mutatur in corpus Christi. Panis vertetur in corpus Christi. Panis transit in corpus Christi. Panis transubstantiatur in corpus Christi. Panis transubstantiabitur in corpus Christi. Panis transformabitur in corpus Christi. |
| Variations sur le temps et le mode du verbe substantif | Panis fuit corpus Christi. Corpus Christi fuit panis. Quod est corpus Christi , fuit (erat) panis. Quod est panis, erit corpus Christi. Panis erit corpus Christi. Panis potest esse corpus Christi. Panis potuit esse corpus Christi. Panis poterit esse corpus Christi. Panis incipiet esse corpus Christi. |
| Divers | Corpus Christi fit. Corpus Christi fit hic. Corpus Christi incipit esse. Panis potest converti a Deo. Pane fit corpus. |
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Irène Rosier-Catach
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L’une des thèses essentielles de la théorie de la causalité-pacte, qui la distingue de la théorie de la causalité physique, est que le sacrement ne devient pas efficace en raison d’une « vertu surajoutée », naturelle ou surnaturelle, qui lui serait attribuée au moment de l’instauration du sacrement. Cette conception met en jeu une analyse très particulière de la catégorie de la relation, qui s’appuie sur le parallèle entre le sacrement qui devient signe et cause de la grâce et la pièce de monnaie qui devient prix de quelque chose.
Un passage du De Trinitate d’Augustin est à l’origine de cette conception particulière de la relation, et c’est là que l’on rencontre la formule « ut denarius fit pretium » (comme la pièce de monnaie qui devient prix), que nous avons rencontrée chez Fishacre, et que reprennent de très nombreux auteurs. Le problème que pose Augustin est le suivant : si certains qualificatifs relatifs attribués à Dieu ne sont pas éternels, comment peut-on maintenir que ces qualificatifs ne sont pas des accidents ? Si quelqu’un ne peut se voir attribuer le nom de maître qu’à partir du moment où il a un serviteur, le nom relatif Seigneur, appliqué à Dieu, n’est-il pas inscrit dans une temporalité, puisque la créature dont Dieu est le Seigneur n’a pas toujours existé ? La réponse est double. En premier lieu, explique Augustin, il suffit de dire que « Dieu n’est pas éternellement Seigneur ». Sinon, l’on devrait admettre que la créature est éternelle, puisque « celui-ci ne serait pas éternellement maître, si celle-ci n’était pas éternellement servante ». Mais cela n’implique nullement que, en devenant Seigneur, Dieu soit réellement modifié. Un accident relatif advient effectivement au sujet en le modifiant : ainsi, quelqu’un qui est dit ami l’est quand il commence à aimer ; il subit une modification dans sa volonté et se trouve alors accidentellement transformé. Mais quelque chose peut être dit de manière tardive (relative) sans subir de modification dans sa forme ou sa substance : c’est ainsi qu’une pièce de monnaie peut être dite prix de… sans pourtant être transformée. On peut donc attribuer une valeur à une pièce de monnaie sans qu’elle en soit altérée dans son être ou sa forme. À plus forte raison, conclut Augustin, peut-on admettre que Dieu reçoive un qualificatif relatif à la création, donc liée au temps, sans que l’accident concerne en rien Dieu lui-même :
Comment donc prouverons-nous que Dieu échappe à toute qualification accidentelle ? Par cela seulement que sa nature échappe à tout ce qui la pourrait modifier, si les accidents relatifs sont ceux qui adviennent avec un changement dans leur sujet. Par exemple, ami est dit de manière relative. On ne commence à être qu’en commençant à aimer : il se produit donc un changement dans la volonté pour qu’on puisse être dit ami. Mais une pièce de monnaie, quand elle est dite prix [de], est dite ainsi de manière relative, et pourtant elle n’est pas modifiée quand elle devient prix ; et pas davantage quand on la dit caution ou autres noms semblables. Eh bien, si une pièce de monnaie peut, sans changer aucunement, être si souvent dite de manière relative, sans que, en recevant ou perdant cette qualification, son être ou sa forme de pièce de monnaie en soit modifiés, avec quelle plus parfaite aisance devons-nous admettre, à propos de cette immuable substance de Dieu, qu’elle puisse être dite quelque chose relativement à la créature, et que, malgré la nouveauté temporelle de cette désignation, l’on ne doive pas penser que quelque chose advient accidentellement à la substance de Dieu, mais à la créature que la désignation concerne ?
À l’inverse des théologiens, [Roger Bacon] soutient […] que la vérité de l’institution n’est pas immuable, interprétant la nature intentionnelle ou ad placitum de l’imposition comme un « bon plaisir » non seulement du premier instituteur du langage, mais de tout locuteur. Posant que le signe se définit de manière essentielle et première par la relation à celui pour qui il signifie, il place par là même la relation au signifié en dépendance de la première. Cette relation au signifié devient ainsi sujette à variation, puisqu’elle se modifie en fonction des utilisateurs du signe. Bacon met ainsi très clairement l’accent sur l’usage, au détriment de l’institution première, puisque pour lui chaque locuteur est comme un nouvel instituteur du langage.