Aller au contenu↑

Recherche

Œuvres

4 entrées
Mode : Lu

J’essaie de développer à mon usage l’idée d’un progrès infini de la philosophie, j’essaie de prouver que ce que l’on doit incessamment exiger de tout système, l’union du sujet et de l’objet en un Moi absolu (ou quel que soit le nom qu’on lui donne) est sans doute possible sur le plan esthétique, dans l’intuition intellectuelle ; mais ne l’est sur le plan théorique que par voie d’approximation infinie, comme celle du carré au cercle, et que pour réaliser un système de pensée, l’immortalité est tout aussi nécessaire que pour réaliser un système d’action.

Ich suche mir die Idee eines unendlichen Progresses der Philosophie zu entwikeln, ich suche zu zeigen, daß die unnachläßliche Forderung, die an jedes System gemacht werden muß, die Vereinigung des Subjects und Objects in einem absoluten – Ich oder wie man es nennen will – zwar ästhetisch, in der intellectualen Anschauung, theoretisch aber nur durch eine unendliche Annäherung möglich ist.

Friedrich Hölderlin« Lettre à Schiller (4 septembre 1795) » Œuvrestrad. Denise NavilleGallimard1967p. 364coll. « Pléiade » (dir. Ph. Jaccottet)
Mode : Lu

Toute opération salutaire que produit un écrit, et même toute opération qui n’est pas dans sa nature profonde dévastatrice, est fondée sur son mystère (celui du mot, celui du langage). Si variées que soient les formes selon lesquelles le langage peut se montrer efficace, il ne l’est pas en communiquant des contenus, mais en produisant au jour de la manière la plus limpide sa dignité et sa substance. Et si je fais ici abstraction d’autres formes d’efficacité que la poésie et la prophétie, je reviens toujours à cette idée qu’éliminer l’indicible de notre langage jusqu’à le rendre pur comme un cristal est la forme qui nous est donnée et qui est la plus accessible pour agir à l’intérieur du langage et, dans cette mesure, par lui : cette élimination de l’indicible me semble justement coïncider avec un style d’écriture sobre et proprement objectif et indiquer, à l’intérieur même de la magie qui de l’ordre même du langage, la relation qui existe entre connaissance et action.
[…]
Je ne crois pas que le mot, où que ce soit, soit plus éloigné du divin que l’action humaine « effective », et non plus qu’il soit apte à conduire au divin autrement que par lui-même, en sa qualité la plus pure. Quand il devient moyen (als Mittel), il prolifère.

Walter BenjaminŒuvrest. 1 : 1910-1918Aubierp. 117-118
Mode : Lu

Grade die schwächsten Leistungen der Kunst beziehen sich auf das unmittelbare Gefühl des Lebens, die stärksten aber, ihrer Wahrheit nach, auf eine dem Mythischen verwandte Sphäre : das Gedichtete. Das Leben ist allgemein das Gedichtete der Gedichte — so ließe sich sagen ; doch je unverwandelter der Dichter die Lebenseinheit zur Kunsteinheit überzuführen sucht, desto mehr erweist er sich als Stümper. Diese Stümperei als »unmittelbares Lebensgefühl« , »Herzenswärme« , als »Gemüt« verteidigt, ja gefordert zu finden, sind wir gewohnt.
Trad 1 : Les plus faibles productions de l’art renvoient au sentiment immédiat de la vie, tandis que les plus fortes, selon leur vérité, à une sphère parente de l’élément mythique : le poématique. Le vivant est communément le poématique des poèmes – pourrait-on dire ; cependant plus le poète s’efforce de transposer la vivabilité en artistisable, plus il est un bousilleur. Ce bousillage nous avons l’habitude de le réclamer et de le défendre comme « vivant immédiat », « chaleur du cœur », « vigueur ».
Trad 2 : Le noyau poétique se révèle donc comme passage de l’unité fonctionnelle de la vie á celle du poème. En lui la vie se détermine par le poème, la tâche par la solution. Le fondement n’est pas la tonalité individuelle qui enveloppe la vie de l’artiste, mais un horizon de vie déterminé par l’art. Les catégories dans lesquelles il est possible d’appréhender cette sphère, la sphère du passage entre les deux unités fonctionnelles, ne sont pas formée d’avance, et s’appuient peut-être en premier lieu sur les concepts du mythe. Ce sont précisément les plus faibles productions de l’art qui se réfèrent au sentiment immédiat de la vie, tandis que les plus puissantes, selon leur vérité, renvoient à une sphère parente de l’élément mythique : au noyau poétique. La vie, pourrait-on dire, est globalement le noyau poétique des poèmes ; pourtant, plus le poète s’efforce de transposer telle quelle l’unité de vie en unité artistique, plus il se révèle un bousilleur. Ce bousillage, nous sommes accoutumés à le voir défendu, voire réclamé, comme « sentiment immédiat de la vie », « chaleur du cœur », « profondeur d’âme ».

Walter Benjamin« Deux poèmes de Friedrich Hölderlin » Œuvres [1914]t. 1Folio2000p. 91sv.
Mode : Lu

Il existe en fait une double volonté de bonheur, une dialectique du bonheur. Une figure hymnique et une figure élégiaque du bonheur. L’une : l’inouï, ce qui n’a encore jamais existé, le sommet de la félicité. L’autre : l’éternel retour, l’éternelle restauration du premier bonheur, du bonheur originel. Cette idée élégiaque du bonheur, qu’on pourrait également qualifier d’éléatique, est celle qui, pour Proust, transforme l’existence en forêt enchantée du souvenir. C’est à elle qu’il a sacrifié, non seulement amis et société dans sa vie, mais aussi intrigue, unité de la personne, cours du récit, jeu de l’imagination dans son oeuvre. Un de ses lecteurs – et pas le pire, puisqu’il s’agit de Max Unold – a pris prétexte du caractère « ennuyeux » de celle-ci pour la comparer à des « histoires de contrôleurs de tramway » et a trouvé cette formule : « [Proust] a réussi à rendre intéressantes des histoires de contrôleurs de tramway. Il dit : « Figurez-vous, cher lecteur, qu’hier, en trempant ma madeleine dans mon thé, je me suis souvenir que, pendant mon enfance, je vivais à la campagne » – il raconte cela sur quatre-vingts pages et c’est si passionnant qu’on ne croit plus être l’auditeur, mais le rêveur éveillé lui-même. »

Walter Benjamin« L’image proustienne » Œuvres vol. 2Foliop. 139