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Journal de travail

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Mode : Lu

kortner raconte qu’un comique viennois, arrivant à new york, a baisé la terre devant les photographes de presse. il n’y a pas de quoi s’offusquer, dit kortner. ça ne signifie rien de plus que : « baise la terre ».

kortner erzählt, wie ein wiener komiker, in new york ankommend, vor den pressefotografen die erde küßt, das darf einen nicht stören, sagt kortner. es bedeutet nur : « küß die erde. »

Mode : Lu

feuchtwanger ici à dîner. sujet de conversation, à nouveau : hitler est-il un politicien bourgeois ? conception de feutchtwanger et de la plupart des adversaires d’hitler, hitler est un histrion totalement insignifiant que la reichswehr a engagé pour s’occuper de ses affaires. argument choc : le style c’est l’homme. pas de plan, pas d’idée originale, hostilité à l’égard de la pensée etc. pour ma part, hitler grand homme me convient tout à fait, i.e. il me semble urgent de réviser la notion bourgeoise de grand homme (donc de la grandeur bourgeoise, de ce qu’est ou de ce que peut être un grand politicien bourgeois), raison pour laquelle je suis prêt tout simplement à traiter hitler de grand politicien bourgeois – mais en dehors même de cela, la conception de feuchtwanger, qui n’est autre que la conception bourgeoise, ne me paraît judicieuse ni du point de vue de la propagande, ni du point de vue de l’histoire. on ne combat pas hitler en le présentant comme particulièrement incapable, comme une monstrueuse excroissance, un pervers et un charlatan, un cas spécialement pathologique, ni en lui opposant comme des modèles, des modèles inaccessibles, les autres politiciens bourgeois ; de même qu’on ne combat pas le fascisme en l’isolant de la bourgeoisie « saine » (reichswehr et industrie), afin de mieux l’éliminer « seul ». goûterait-on le personnage, s’il était « grand » ? – mais toute représentation théâtrale approfondie du phénomène me paraît également exclue, si par ex. on omet qu’il s’agit d’un phénomène vraiment national, d’un « volksführer », d’un politicien rusé, vivant, non conventionnel et original, et alors seulement sa corruption, son insuffisance, sa brutalité extrêmes etc. etc. entreront en jeu avec toute l’éfficacité voulue. la petite bourgeoisie, classe sans issue entre toutes, établit sa dictature à l’heure où le capitalisme connaît une situation entre toutes sans issue. cette dictature n’est qu’apparente dans la mesure où elle s’impose entre les classes qui se perpétuent, accentuant ainsi le poids « naturel » (le poids économique) de la grande bourgeoisie (les junkers), et ne gouverne pas « dans le sens » de la petite ; elle fait office de prête-main, de prête-poing, mais le poing a une relative autonomie ; l’industrie obtient son impérialisme, mais doit prendre celui qu’on lui donne, signé hitler. le pathologique est entièrement ici un phénomène de classe. La neurasthénie d’hitler est celle d’un receveur de postes. toute la visée, consciente est forcément pure idéologie, mauvais mythe, irréalisme. la bête, très malade, très dangereuse, très vigoureuse, pense avec précision dans le détail, s’exprime le plus habilement en s’exprimant confusément (le style, c’est la situation), elle agit brusquement, maladivement, « intuitivement », elle produit sans cesse des vertus faites de ripostes anticipées aux coups de l’ennemi. « tirer l’épée » peut sembler ridicule, contre les tories ce n’est pas ridicule, mais adéquat. l’antisémitisme non plus n’a rien d’« absurde », aussi répugnant soit-il. la nation opéra là sur le fantôme. la bourgeoisie, qui n’avait jamais eu l’hégémonie politique, créa ainsi un sentiment national (« contre les juifs » égalait « pour les frères sudètes »).

feuchtwanger zum abendessen hier, thema wieder ist hitler ein hampelmann ? f[euchtwanger] und der meisten hitlergegner konzeption, nach der h[itler] ein völlig unbedeutender mime ist, den die reichswehr engagiert hat, ihre geschäfte zu besorgen. hauptargument : der stil ist der mann, kein plan, keine originelle idee, feindschaft gegen denken usw. nun ganz abgesehen davon, daß hitler mir als großer mann durchaus willkommen ist, dh daß mir eine revision der bürgerlichen Vorstellung von großem mann (also von bürgerlicher große, von dem, was ein großer bürgerlicher politiker ist oder sein kann) akut zu sein scheint, weshalb ich ohne weiteres bereit bin, H [itler] als großen bürgerlichen politiker zu behandeln — scheint mir die feuchtwangersche konzeption, die eben die bürgerliche ist, weder vom propagandistischen noch vom historischen Standpunkt aus sinnvoll, man bekämpft hitler nicht, wenn man ihn als besonders unfähig, als auswuchs, perversität, humbug, speziell pathologischen fall hinstellt und ihm die andern bürgerlichen politiker als muster, unerreichte muster, vorhält ; wie man ja auch den faschismus nicht bekämpfen kann, wenn man ihn vom >gesunden< bürgertum (reichswehr und industrie) isolieren und >allein< beseitigen will, würde man ihn goutieren, wenn er >groß< wäre ? - aber auch eine tiefgreifende dramatische darstellung zb scheint mir nicht möglich, wenn übersehen wird, daß er eine wirklich nationale erscheinung, ein >volksführer<, ist, ein schlauer, vitaler, unkonventioneller und origineller politiker, und seine äußerste korruptheit, Unzulänglichkeit, brutahtät usw kommen erst dann wirkungsvoll ins spiel, die auswegloseste aller klassen, das kleinbiirgertum, etabliert sich diktatorisch in der ausweglosesten Situation des kapitalismus. die diktatur ist nur insofern scheinbar, als sie sich zwischen den weiterbestehenden klassen durchsetzt, so das >natürliche< (ökonomische) gewicht des großbürgertums (junkertums) zur verschärften geltung bringt und nicht >im sinn< des kleinbürgertums regiert ; es ist hand langertum, faustlangertum, aber die faust hat eine gewisse Selbständigkeit ; die Industrie bekommt ihren Imperialismus, aber sie muß ihn nehmen, wie sie ihn bekommt, den hitlerschen. das pathologische ist etwas durchaus klassenmäßiges, hitlers neurasthenie ist die neurasthenie des postsekretärs. alles zielhafte ist notgedrungen pure ideologie, schlechter mythos, unreal, die bestie, sehr krank, sehr gefährlich, sehr stark, denkt scharf im detail, drückt sich am schlauesten aus, wenn sie sich verworren ausdrückt (der stil ist die Situation), handelt sprunghaft, krankhaft, >intuitiv<, produziert dauernd fügenden, die aus not gemacht sind, die berühmten >stöße< sind lauter gegenstöße zu anti [zijpierten stoßen der feinde. >das schwert zu ziehen< mag lächerlich sein, gegen die tories ist es nicht lächerlich, sondern adäquat, der antisemitismus ist ebenfalls nichts »sinnloses« , wenn er auch etwas abscheuliches ist. die nation operierte da am phantom. das bürgertum, das die politische herrschaft nie bekommen hatte, schuf so ein nationalgefühl ( »gegen die juden< war »für die sudetenbrüder<).

Mode : Lu

Selon Benjamin, Freud estimerait que la sexualité est vouée à dépérir un jour. Notre bourgeoisie estime représenter l’humanité. Lorsque l’aristocratie perdit la tête, elle garda au moins sa queue. La bourgeoisie, pour sa part, a réussi à ruiner jusqu’à la sexualité. Je suis en train d’aider Ruth à terminer un volume de nouvelles intitulé TOUT ANIMAL PEUT. 70 % des femmes seraient frigides. Nous tenons de bons titres (HATE EST LE NOM DU VENT, qui fait chuter l’échafaudage. TOUS LES CHEVAUX DU ROI ET TOUS LES HOMMES DU ROI. Puis SERVICE etc.) Improductivité de la technique. L’orgasme comme coup de chance [der orgasmus als glücksfall].

Mode : Lu

GRAND-PEUR ET MISÈRE DU TROISIÈME REICH est maintenant parti à l’impression. déjà, Lukàcs a salué LE MOUCHARD comme si j’étais un pécheur rentré dans le giron de l’armée du salut. voilà enfin qui est pris à même la vie ! on oublie vite qu’ils s’agit d’un montage de 27 scènes, d’un simple répertoire de gestes, se taire, inspecter autour de soi, sursauter d’effroi, etc.

Bertolt BrechtJournal de travail [1973]trad. Philippe IvernelL’arche1976p. 1915.8.38
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j’avais envoyé au READER’S DIGEST (tirage 3 millions 1/2 environ) quelque chose sur hitler pour la série « le caractère le plus inoubliable que j’aie rencontré ». cela me revint promptement. feuchtwanger rapporte que même thomas mann, même werfel très en vogue ici se sont vu retourner leurs contributions. le magazine met une demi-douzaine d’experts sur les envois. l’un vérifie uniquement si la chose est bien marron, un deuxième si elle pue bien, un troisième si elle ne contient pas aussi des fragments solides etc. ainsi vérifie-t-on sévèrement si c’est bien de la merde avant de la prendre. (l’expert en suspense, l’expert en caractères, l’expert en « réalités vivantes » etc.)

ich hatte READERS DIGEST (auflage etwa 3V2 millionen) zu ihrer serie >mein unvergeßlichster charakter< etwas über hitler eingeschickt. es kam prompt zurück, feuchtwanger berichtet, daß auch thomas mann und der hier sehr erfolgreiche werfel ihre beiträge zurückerhielten, das magazin setzt ein halbes dutzend experten an die einsendungen. einer prüft nur, ob das ding auch braun ist, ein zweiter, ob es auch stinkt, ein dritter, ob es auch nicht feste brocken enthält usw. so streng wird es geprüft, ob es auch scheiße ist, bevor es genommen wird, (expert für Spannung, expert für Charakterisierung, expert für >lebensnähe< usw.)

Bertolt BrechtJournal de travail [1973]trad. Philippe IvernelL’arche197621.4.42, trad. lég. modifiée
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nous les allemands, nous avons un matérialisme dépourvu de sensualité. l’« esprit » chez nous médite invariablement sur l’esprit. les corps et les objets restent, eux, sans esprit. dans les chansons à boire allemandes il n’est question que des effets spirituels du vin, même dans les plus vulgaires. rien ne filtre de l’odeur des cuves. le monde pour nous n’a pas de saveur. dans l’amour, nous avons introduit une sorte de bonhomie, le plaisir sexuel a pour nous quelque chose de banal. si nous parlons goût, nous pensons encore à des données purement spirituelles, la langue est depuis longtemps hors jeu, c’est un vague sens des harmonisations. notez aussi cette locution « purement spirituel ». chez nous, l’esprit se souille immédiatement quand il touche à la matière. la matière, pour nous allemands, c’est plus ou moins de la merde. dans notre littérature se ressent partout cette méfiance envers la vitalité du corps. nos héros cultivent la sociabilité, mais ne mangent pas ; nos femmes ont des sentiments, mais pas de cul, en revanche nos vieillards parlent haut comme s’ils avaient encore toutes leurs dents.

Bertolt BrechtJournal de travail [1973]trad. Philippe IvernelL’arche1976p. 17-1812.8.38
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Nous examinons quelques-unes de ces propositions-à-la-tu-peux-tu-dois, relatives au comportement social, qui proviennent d’éthiques anciennes (il n’a pas été facile de lui imposer ce pluriel), ou du moins qui se présentent en elles. Finalement je lui soumets une formule pratique. Dans l’intérêt de la lutte de classe, il convient de transformer les propositions-à-la-tu-peux-tu-dois, incluant un « espèce de porc ! », en propositions incluant un « espèce de bœuf ! ». Celles qui ne se prêtent pas à l’opération sont à éliminer. Exemple : la proposition « tu ne dois pas coucher avec ta mère » était jadis une proposition du type « espèce de bœuf ! », car dans la société antérieure elle renvoyait à une violente perturbation des rapports de propriété et de production. De ce point de vue, elle n’est plus aujourd’hui du type « espèce de bœuf », mais seulement encore du type « espèce de porc ! » au fond, elle est donc bonne à mettre au rebut. Cependant, à la rigueur, le prolétariat en lutte pourra s’en resservir comme proposition du type « espèce de bœuf », et à peu près sous cette forme : « espèce de bœuf, tu ne dois pas coucher avec ta mère, parce que tes camarades de combat ont des préjugés sur ce point et que du même coup ton combat risquerait d’en souffrir, et parce que, par ailleurs, les tribunaux te feraient incarcérer. » On s’aperçoit vite de la relative immoralité de ces formulations, due à leur inobjectivité particulière, qui répugne au moraliste. La raison en est évidemment que l’objet, à partir duquel on pourrait argumenter, a disparu (les rapports de propriété et de production) et que désormais la « chose » est simplement devenue de l’éthique.

wir untersuchen einige dieser soll- und darf-sätze, gesellschaftliches verhalten betreffend, die aus alten ethiken (ihm den plural aufzuzwingen war schwer) stammen oder in ihnen jedenfalls vorkommen. am schluss schlage ich ihm eine praktische formel vor. im interesse des klassenkampfs sind vorkommende soll- und darf-sätze, die ein ’du schwein’ enthalten, zu verwandeln in sätze, die ein ’du ochs’ enthalten. Sätze, welche ein ’du schwein’ enthalten und nicht in ’du ochs’-sätze überführt werden können, müssen ausgeschaltet werden. beispiel : der satz ’du sollst nicht mit deiner mutter schlafen’ war einst ein ’du-ochs’-satz, denn in einer frühen gesellschaftsordnung bedeutete er große verwirrung in den besitz- und produktionsbedingungen. was das betrifft, ist er heute kein ’du ochs’-satz mehr, nur noch ein ’du schwein’-satz. im grunde müsste also der satz fallengelassen werden.

Bertolt BrechtJournal de travail [1973]trad. Philippe IvernelL’arche1976p. 58-5915.1.40