Il s’écria :
« Ce n’est pas ça la vie, tu t’éloignes, tout ça n’a plus rien à voir avec la réalité.
--- C’est de la poésie, répondit-il.
--- Précisément, rétorqua-t-il, le poète c’est le rythme, c’est Solar, c’est le rythme de la vie. Tu sais les emmerdements arrivent à tout instant, se répercutent, il faut garder le tempo. Le poème ne te plaît pas ? demanda-t-il. – Non, ça ne va pas, ça ne va pas, y entend-on les bruits de la rue, non, on n’y voit rien de vrai, c’est de la littérature ! s’exclama-t-il. La poésie, pourtant, est dans la vie… s’excusa-t-il.
--- Et, là, il y a une séparation monumentale entre l’éparpillement des sensations de la vie et ce que tu mets là de faible, on dirait un filet de voix maladif, c’est plus dur que ça, ton tempo est trop mou, on n’y croit pas, ça ne donne pas envie de vivre, ça ne donne pas le rythme, franchement, un texte comme ça ne donne pas de plaisir à l’entendre ou à le lire, on se demande même pourquoi il existe, c’est rien et c’est loin de ce qui fait notre réalité, notre réalité crisse, expliqua-t-il.
--- Crisse ? s’étonna-t-il. -Oui, elle grince, elle est chahutée, elle est cabossée, ça vient de partout et ça ne laisse pas tranquille un instant, il faut tenir, et ne pas perdre de temps, tu vois encore une histoire de tempo et de force de conviction, il faut pouvoir te faire entendre, avec des mots plus rudes, précisa-t-il. C’est le bruit, maintenant, affirma-t-il.
--- Comme une chanson, comme un raggamuffin, comme un chant de combat, comme une affiche déchirée ? suggéra-t-il.
--- Je ne sais pas, mais tu écoutes le texte et ça se voit tout de suite si c’est du vrai. Tu me montres là une chose qui ne sert à rien et qui n’exprime rien de la vie, ça me dégoûte, je ne le supporte plus, excuse-moi, ça suffit ces conneries », avoua-t-il.
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Le Kilo et autres inédits
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Les trente ans commencent à courir dans les servitudes le jour où l’on cesse d’en jouir les diverses espèces de servitude sont établies pendant trente ans la possession de la servitude est le droit absolu d’en jouir et d’en disposer de la manière la plus absolue l’obligation doit être accomplie exactement de la manière que le possesseur a voulu et entendu qu’elle le fût doit accorder tout ce qui lui est nécessaire pour en user et nul ne peut le contraindre de se détacher de sa servitude même si elle est non apparente même si elle est continue il continue d’en jouir tant qu’il n’y renonce pas il est de bonne foi tant qu’il en ignore les vices nul ne peut lui enlever la servitude pour violence faite sur l’objet quand depuis que la violence a cessé elle a été approuvée tacitement ou expressément ou en laissant passer le temps sans rien avoir demandé nul ne peut le destituer pour une erreur une erreur est cause de nullité que si elle tombe sur la substance même de la matière qui est l’objet de servitude sa servitude ne sera pas annulée même si elle demande de faire une chose impossible ou si elle demande de ne pas faire une chose impossible jusqu’à un événement futur incertain ou un événement arrivé mais inconnu ou un événement qui arrivera à une date fixe ou à une date incertaine s’il n’y a pas de date fixe elle n’est pas défaillie la condition peut encore être accomplie tant qu’il reste une chance que l’événement s’accomplisse elle n’est défaillie que s’il est devenu certain que l’événement n’arrivera jamais pendant trente ans tout ce qui s’unit s’incorpore à la chose lui appartient en tout quand le fonds à qui elle est due et le fonds qui la doit sont réunis dans la même main devient sa partie principale celle à laquelle l’autre partie n’a été unie que pour son usage même si la chose unie est de beaucoup plus précieuse que la chose principale même si elle a été employée à son insu il demande que la chose unie soit séparée pour lui être rendue même s’il en résulte une dégradation de la chose à laquelle elle a été jointe avant de lui être enlevée avant de lui être rendue même si les matières ne peuvent pas être séparées de la chose unie par leur mélange sans provoquer des dégradations même si sa matière est de beaucoup plus précieuse que la matière qui a été unie il demande la restitution de toute la chose formée par le mélange il demande la restitution de sa matière en même nature en même valeur en même quantité en même bonté à ceux qui auront employé sa matière à son insu à ceux qui emploient de la matière d’autrui à leur insu la simple possession le simple usage établit l’obligation absolue de servitude sur la chose qu’une personne s’oblige à donner ou qu’une personne s’oblige à faire ou qu’une personne s’oblige à ne pas faire la personne s’engage à donner et à faire est une chose regardée comme normale équivalente à ce qu’on lui a donné ou à ce qu’on a fait pour elle même si la chose est incertaine sans cause l’obligation absolue de donner l’emporte sur l’obligation de détenir ou de garder est l’objet même de la servitude est parfaite par le consentement tacite d’un premier accord a pour seule condition le hasard du gain ou de la perte de l’événement incertain qui l’éteint et qui annule tous les autres contrats aléatoire établis pendant ces trente ans la course à pied la course de chariot la course àcheval et les jeux qui tiennent de l’adresse et de l’exercice du corps.
1. Les gens sont cons
D’abord mes amis, parce qu’ils ont pour ami moi, faut être con,plus parce qu’ils sont mes amis et ne comprennent rien.
Puis les gens en général sont cons. Non dans leur comportement,comme un provincial sur un pont surplombant le périphérique évidemment saturé de dizaines de milliers de véhicules immobiles dirait au sujet des gens venus se faire engluer là comme chaque jour : qu’ils sont cons.
Non, dans un autre sens. Les gens sont cons. Quand ils se mettent à parler c’est pas comme si c’était un homme qui parlait mais un symptôme grotesque.
C’est une histoire d’odeur de famille probablement.
Mais pourquoi, à chaque fois qu’ils parlent, c’est pour dire une connerie ?
Une erreur logique ?
2. Plus cons que les gens, ma famille.
Car en plus de dire des erreurs, ce sont des criminels salauds pervers.
3. Comme toute famille, mais on ne peut pas être de toutes les familles.
4. Parmi les gens les cons sont hiérarchisés : d’abord, au sommet,les parisiens, puis la jeune, puis les doctes.
5. Nous ne parlerons pas des flics. Ils sont à part. Ils ne font pas parti[e] des cons. C’est à part.
6. Comment éduquer la jeunesse pour qu’elle se venge des flics ?
Je ne sais pas. Il faudrait des clubs anti-flic à la base qui s’organisent en une hiérarchie puissante et non détectée bien sûr par les rats.
7. Un flic mort est-il un bon flic. Je ne crois pas, car il a été flic. On ne suppose pas qu’il va faire des bêtises, il a déjà fait des bêtises ayant été flic.
8. Autant les gens sont conformes à la logique des choses quand ils sont acteurs, autant sont-ils inépuisablement idiots quand ils se mettent à parler - penser.
À parler.
Car à penser : cela nous ferait entrer dans une telle quantité de monstruosités nauséabondes qu’on en ressortirait aussitôt.
[…]