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Publié en 2005

26 entrées
Mode : Lu

Si quiconque trouve à redire à la matière ou à la manière dont je traite mon sujet, et m’en demande raison, j’en alléguerai plus d’une. J’écris sur la mélancolie pour éviter la mélancolie. Il n’y a pas plus grande cause de mélancolie que l’oisiveté, pas de meilleur remède que l’activité, selon Rhazès  : et bien que stultus labor – [ce soit un sot labeur que de s’occuper à des sottises, cependant le divin Sénèque vous dira qu’il vaut mieux aliud agere – [faire n’importe quoi plutôt que rien, œuvrer sans profit plutôt que de ne rien faire. Je me suis donc activé à cette tâche d’écrire par divertissement, otiosaque diligentia –[avec une diligence tranquille pour éviter la torpeur de l’inaction, comme Vectius dans Macrobe, atque otium utile –[et j’emploierai ainsi mon temps utilement,

Simul et jucunda –

[Dire tout à la fois ce qui dans la vie est agréable et approprié

Plaire au lecteur et l’instruire tout à la fois .

J’écris à cette fin, comme ceux, dit Lucien, qui déclament devant des arbres et haranguent des colonnes par manque d’auditeurs  : selon l’aveu bien trouvé de Paul d’Égine, non pour formuler une pensée ignorée ou omise mais pour m’exercer, parti que certains devraient prendre, car je le crois bon pour soigner les corps et encore mieux les âmes  ; il se pourrait encore que j’écrive pour me montrer, comme d’autres pour être célèbres  : Scire tuum –[savoir quelque chose n’est rien si un autre homme ne sait que tu le sais. Je pourrais penser avec Thucydide que savoir une chose et ne pas la partager, ou ne la point savoir, c’est tout un. Quand j’entrepris ce travail et que, quod ait –[guidé par mon génie, j’ai entrepris ce labeur, mon but était vel ut lenirem – [de soulager mon esprit par l’écriture, car j’avais gravidum cor – [le cœur lourd et la tête infectée, une sorte de tumeur dans la tête dont j’étais très désireux de me décharger, et je ne pouvais pas imaginer meilleure façon de le faire. De plus, il m’aurait été difficile de m’en abstenir, car ubi dolor – [le doigt va chercher le point de la douleur, celui à qui la peau démange, il faut qu’il se gratte. Je n’étais pas peu affligé par cette maladie, la Mélancolie, ma maîtresse, mon Égérie ou malus Genius – [mon mauvais génie, et donc, tel celui qui est piqué par un scorpion, je voulais chasser clavum clavo –[un clou par un autre, me réconforter d’un chagrin par un autre, soigner l’oisiveté par l’oisiveté, ut ex vipera – [comme de la vipère on extrait la thériaque, trouver un antidote dans la cause première de mes maux. Ou agir comme celui dont parle Félix Platter qui, parce qu’il croyait avoir dans le ventre des grenouilles d’Aristophane, allait criant Brecec’ékex, coax, coax, oop, oop, oop, et pour cette raison étudia sept ans la médecine, en voyageant dans presque toute l’Europe pour apaiser son mal  : pour me faire du bien j’ai consulté tous les écrits de médecine de nos bibliothèques, ou ceux que mes amis personnels pouvaient me fournir, et pris la peine d’écrire ce livre. Et pourquoi pas  ? Cardan professe qu’il écrivit son livre sur la Consolation après la mort de son fils pour trouver un réconfort, et Cicéron écrivit sur le même sujet, dans le même but, après le décès de sa fille, si du moins le livre est de lui et non de quelque imposteur usurpant son nom, ce que Lipse croit probable. Pour moi, je pourrais affirmer avec Marius dans Salluste  : ce que d’autres connaissent par ouï-dire ou par leurs lectures, je l’ai senti et pratiqué personnellement  ; leur savoir vient des livres, le mien de ma mélancolie. Experto crede Roberto – [Il parle en maître, le Robert.

Mode : Lu

Je ne suis pas resté oisif, et, bien que théologien, turbine raptus ingenii – [entraîné par le tournoiement de mon esprit, comme dirait Scaliger, j’ai eu grand désir (incapable d’atteindre la moindre compétence en rien) d’avoir des clartés de tout, aliquis in omnibus – [une sommité dans toutes les sciences en général, une nullité dans l’une ou l’autre en particulier, ce que Platon recommande et, à sa suite, Juste Lipse approuve et préconise en ces termes : de graver dans tout esprit curieux qu’il ne faut s’asservir à aucune science particulière ni ne s’attarder sur aucun sujet, comme tant le font, mais être de tous les voyages (disciple aux talents sans nombre), ayant une rame dans chaque barque, goûtant à tous les mets et vidant toutes les coupes, ce que firent, nous dit Montaigne, à la perfection Aristote et son savant compatriote Adrien Turnèbe. Cette humeur vagabonde, je l’ai toujours eue (avec un succès moindre), et tel l’épagneul qui dans sa course abandonne sa proie pour aboyer après chaque oiseau qui passe, j’ai suivi toutes les pistes sauf celle qui m’était assignée, et j’ai tout lieu de déplorer, comme le fit Gessner dans sa modestie, Qui ubique est [d’avoir été partout sans être nulle part, d’avoir lu beaucoup de livres pour peu de bénéfice, faute d’une bonne méthode, d’avoir puisé au hasard dans divers auteurs de nos bibliothèques, sans grand profit par manque d’art, d’ordre, de mémoire, de jugement. Je n’ai jamais voyagé que dans les cartes ou mappemondes où mes pensées se sont librement déployées sans limites, ayant pris un plaisir tout particulier à l’étude de la cosmographie. Saturne alors à son zénith présida à ma conception, etc., avec Mars en principe déterminant de mon caractère, en conjonction égale avec mon ascendant ; chacun de ces astres étant sous un aspect favorable, etc., je ne suis ni pauvre ni riche, nihil est, nihil deest – [là où il n’est rien, rien ne manque. Je possède peu, je n’ai besoin de rien : tout mon trésor réside dans la tour de Minerve. Comme je ne pus jamais obtenir plus grand avancement que celui-là, je n’en suis redevable à aucun, j’ai de quoi vivre, laus Deo – [Dieu soit loué, grâce à la munificence de mes nobles Mécènes, bien que je me livre à l’étude à l’intérieur de mon collège comme Démocrite en son jardin, y menant une vie monastique ; ipse mihi theatrum – [je suis à moi-même mon propre théâtre , protégé des tumultes et des troubles du monde, et tanquam – [et comme posté sur une tour de guet (ainsi qu’il est dit), dans un lieu qui vous domine tous, tel Stoicus sapiens – [le sage stoïque, j’enveloppe pour ainsi dire d’un seul regard toutes les générations humaines, passées et présentes. J’entends et je vois les événements du monde, comme d’autres courent et voyagent, sont pris dans les tempêtes et les déconvenues de la cour et des champs, je suis loin des chicanes et des procès, aulae vanitatem –[j’ai coutume de rire à part moi des vanités de la cour et des ambitions politiques, je me ris de tout, sans crainte que mon procès tourne mal, que mes bateaux coulent, que le grain et le bétail fassent défaut, que le commerce périclite. Je n’ai à ma charge ni femme ni enfants, bons ou mauvais. Simple spectateur de la fortune et des aventures des autres hommes, je les vois se produire devant moi ainsi que sur la scène d’un théâtre et y jouer les rôles les plus divers, comme pour moi seul. J’entends chaque jour des nouvelles fraîches, ces rumeurs quotidiennes de guerre, pestes, incendies, inondations, vols, meurtres, massacres, météores, comètes, spectres, prodiges, apparitions, prises de villes, sièges de cités en France, Allemagne, Turquie, Perse, Pologne, etc. ; chaque jour ce sont rassemblements de troupes, préparatifs de guerre, toutes les tempêtes qu’apporte notre temps, la conduite des batailles et le nombre des morts, les combats singuliers, naufrages, attaques de pirates, batailles navales, paix conclues, ligues, stratagèmes, et la reprise des combats. Chaque jour nous apporte des bruits confus de promesses, souhaits, actions, édits, pétitions, procès, plaidoyers, lois, proclamations, plaintes, doléances. De nouveaux livres chaque jour aussi, pamphlets, gazettes, histoires, catalogues innombrables, volumes de toutes sortes, nouveaux paradoxes, nouvelles opinions, schismes, hérésies, controverses philosophiques et religieuses. Ce sont un jour l’annonce de mariages, masques, carnavals, fêtes, jubilés, ambassades, joutes et tournois, trophées, entrées triomphales, réjouissances, divertissements, représentations ; puis on semble passer à une nouvelle scène, et ce sont des trahisons, tromperies, voleries, vilenies énormes de tous ordres, funérailles, enterrements, mort des princes, nouvelles découvertes, expéditions ; sujets les uns comiques, les autres tragiques. Aujourd’hui de nouveaux titres et offices sont conférés , demain de grands hommes seront déposés tandis que d’autres seront honorés ; quand l’un est libéré, l’autre est emprisonné ; l’un achète, l’autre périclite ; celui-ci prospère, son voisin fait faillite ; c’est d’abord l’abondance, mais ensuite la pénurie et la famine ; tel bataille, tel se démène, tel autre va son train, se débat, rit, pleure, etc. Telles sont les nouvelles, publiques et privées, qui me parviennent tous les jours ; c’est un monde plein de panache et de misère, réjouissances, superbe, tracas et soucis, innocence et tromperie ; fourberie, vilenie, candeur et intégrité qui se mêlent et qui s’offrent à nous ; je le côtoie mais privus privatus – [en simple particulier, comme j’ai toujours vécu, je continue, statu quo prius – [sans changer mon état, dans la vie solitaire et les déconvenues domestiques qui sont mon lot ; excepté que parfois, ne quid mentiar–[à dire vrai, comme Diogène allait à la ville et Démocrite au port pour voir la mode, j’ai de temps en temps, pour me divertir, quitté ma chambre pour aller voir le monde et n’ai pu m’empêcher de faire quelque petite observation, non tam sagax – [non tant comme juge sagace que comme simple chroniqueur, non point comme eux pour se moquer et en rire, mais en proie à des passions contraires :

Bilem saepe –

[Maintes fois vos désordres ont excité ma bile ou suscité mon rire.

Mode : Lu

Ami lecteur, je présume que tu seras très curieux de savoir quel est cet acteur dont l’outrecuidance, sous le masque grotesque ou sérieux, le fait parader sur la scène du monde tout en s’arrogeant le nom d’un autre – d’où il vient, pour quels motifs, et pour dire quoi. Néanmoins, pour citer Sénèque, primum si noluero – [D’abord, je ne répondrai que si je le souhaite  ; qui peut me contraindre  ? je suis né libre, et puis choisir de parler ou non  : qui me contraindra  ? Si l’on me presse, je répliquerai aussi vivement que l’Égyptien de Plutarque au curieux qui cherchait à savoir ce qu’il avait dans son panier  : Quum vides –[Pourquoi chercherais-tu ce qui se cache sous l’enveloppe  ? Le panier a été couvert pour que nul ne sache ce qu’il contient. Ne cherche pas à voir ce qu’on te dissimule  ; si le contenu te plaît, et que tu en as l’usage, suppose que l’auteur en est l’Homme dans la Lune, ou qui tu voudras  ; je n’aimerais pas être découvert. Toutefois, pour répondre en partie à ta curiosité, malgré que j’en aie, je te rendrai raison de ce nom, de ce titre, et de mon objet. Et d’abord de ce nom de Démocrite  ; de crainte que l’on ne s’y méprenne et que l’on ne s’attende de ce fait à lire une pasquinade, une satire, quelque parodie de traité (comme je l’aurais fait moi-même), quelque opinion prodigieuse, ou tout autre paradoxe sur le mouvement de la Terre ou sur les mondes infinis, in infinito vacuo – dans un vide infini, issus de la collision fortuite de particules solaires, autant d’opinions défendues par Démocrite et professées par Epicure et Leucippe leur maître, avant d’être récemment reprises par Copernic, Bruno et quelques autres. Car c’est une coutume bien établie, comme le remarque Aulu-Gelle, chez les auteurs ultérieurs et chez les imposteurs, de publier toutes sortes de fictions insensées et impudentes sous le nom du noble philosophe que fut Démocrite pour se faire valoir et gagner ainsi la considération de leurs lecteurs, à la façon de ces faussaires, Novo qui marmori ascribunt – [qui signent du nom de Praxitèle une statue qu’ils viennent eux-mêmes de sculpter. Je n’agis pas ainsi.

Non hic Centauros –

Ne cherche point ici Centaures, Harpies ni Gorgones,

Mon discours est de l’homme et de l’humanité.

Tu es, lecteur, l’objet de mon discours.

Mode : Lu

Voici une rumination de Ger…, une femme du peuple très peu instruite. Une après-midi de jeudi, elle songe à préparer le dîner et prend un pot afin d’aller chez la fruitière acheter pour quelques sous de bouillon. Elle s’arrête sur l’escalier avec la pensée qu’il faut réfléchir un moment s’il n’y a rien de répréhensible à acheter du bouillon chez la fruitière (manie de précision) : « en général non, mais c’est aujourd’hui jeudi, il faut faire attention à ce détail : qu’est-ce que la fruitière va penser en lui voyant acheter du bouillon aujourd’hui (manie de l’interrogation) ? Si elle croit que c’est pour faire la soupe ce soir, il n’y a pas grand mal, mais on peut supposer que la fruitière croira autre chose (manie des suppositions) ; elle croira peut-être que je veux en faire une soupe pour demain vendredi. Si elle suppose cela elle va être scandalisée à cause de moi : c’est bien ma nature de donner toujours aux autres le mauvais exemple (obsession criminelle) : si j’ai fait croire cela à la fruitière j’ai commis un acte qui en lui-même ne paraît pas très grave mais qui est horrible par sa signification ; cela signifie que je me moque du bon Dieu (manie du symbole). Toute la question revient à savoir si la fruitière peut supposer que je mangerai mon brouillon demain plutôt que ce soir. Comment fera-t-elle une pareille supposition ? En réfléchissant à ce qui pourra me rester dans mon garde-manger pour la soupe de ce soir. La dernière fois que je l’ai vue, c’est-à-dire hier matin, lui ai-je donné à penser qu’il me restait de la soupe pour jeudi soir, quelle parole lui ai-je bien pu dire hier matin (manie des recherches dans le passé et embranchement d’idées). » La voici maintenant qui travaille à se remémorer tout ce qu’elle avait pu dire à la fruitière, malheureusement le souvenir ne revient pas assez complet et elle finit par se dire « que si la fruitière lui a fait un moment mauvais visage, c’était qu’elle lui avait dit quelque chose d’extraordinaire, mais voilà, la fruitière lui a-t-elle fait un moment mauvais visage, impossible de le savoir avec précision…, non, décidément le mieux c’est de demander conseil au mari ; mais le mari va répondre, c’est sûr : tu m’embêtes avec ton vendredi ; et le seul résultat, c’est qu’elle aura fourni à son mari l’occasion de dire de mal du bon Dieu, la voilà bien qui scandalise tout le monde ; quel horrible état criminel est le sien. Vraiment tout vaudrait mieux que ce crime perpétuel et si Dieu lui accordait de ne plus scandaliser tout le monde, elle lui promettrait bien de faire n’importe quoi. Mais si Dieu lui demande de tuer sa petite-fille (manie des pactes), il peut le demander puisque c’est l’enfant d’une mère coupable qui sera coupable comme elle. Vaut-il mieux continuer à scandaliser tout le monde ou consentir à tuer sa petite fille avec un couteau de cuisine…, etc. ? » Trois heures après le début de ces belles réflexions, le mari rentre chez lui et trouve Ger… sur le palier de l’escalier, son pot vide à la main : elle n’avait pas pu se décider ni à aller chez la fruitière, ni à rentrer chez elle en renonçant à faire cette soupe

Mode : Lu

Whichever time standard we’re on, the question
of how fast and whether it’s worth it, we are
underlaid by drift in the form of mantle, and
that should be at least a start. If the woman
gets up in the morning you could say it
was to be anointed, if that (in this time)
weren’t so puny and obsequious. The wrong
standard makes it so, and the brutal fact
is that there’s no simple difference of opinion
involved : the wrong is an entailment, and
follows into the glowing tail of « history » as
for example the Marxist comet burns with
such lovely, flaring destruction.

That we could come off the time standard is
a first (and preliminary) proposal ; having
nothing to do with some zeal about traverse
or the synchronous double twist of a minor
protein. We could come off all that, to-
gether, into the nearest city of numbers
(of which there are four, & could be five). This
is just a proposal, set on the table to move
right out of range of those sickening and
greasy sureties—like « back to our proper
homes » (or look after the Golden Rose).

The homing instinct of a great deal
else might then be cracked up : the loving
magnetism by which consequence springs
to attentive display in the field of roses.
That, say, and the justice of what we
are said to deserve when so hopelessly
we want so much more. We do not get what we deserve, ever, since we have
proper claim by the limits of hope and
however far a given desire has within range.

So, we could come off that standard, and
« possessive individualism » would be who we are—the first city. Break the charter, lift
the harlot’s curse, the revolted abstraction
of « populism » by which the dark is so feared.
Holding hands is a disgusting trick, and is
augmented by the expectation of plenty.

Which would set out our past as gained
into the territory of fortune, and dispose of
that lumpy yarn running back into the trees.
Again, what we recall is the choice, of our
prevalence, the rich garden of the climatic
terrain. And choice is not then one from « the rest »—the élitist dream of the crown
domed in the Castle of Gold—but an
inclusion within that measure, of choice,
the second city of this middle earth.

And the question of « exchange » is thereby
also dismantled. The dispute, over how
far the values are trimmed, is strictly a
consequent disturbance, since « fair price »
is only the extent of our fears in the
chest, of whatever sundry moth & rust
we see in our age. « Our age »—at it
again, the credible is what we aptly wear
in our timid & tender years. The standard
is a fear index, a measure of what (for ex-
ample) « natural gas » will do to a pre-
carious economy. Whoever in some sheltered
domain called that vapour « natural » deserves
to laugh right into the desert. These are the
arid displacements beyond which lies in its state
the third city, or the jewel of the air.

Further than this, up to our necks in our
polluted history, the fourth city is not yet known.
Going off the standard is thus far only a
proposal : the mantle is warm and in
constant flow, but no man has yet crossed
the plains. No trumpets in any case for such
banal folly : the modest hatred of our con-
dition and the competition which we therefore
call time. They will not sound, as we cannot
yet see the other side, but we deserve to, and
if we can see thus far, these are the few
outer lights of the city, burning on the horizon.

Jeremy Halvard Prynne« Numbers in Time of Trouble » Kitchen Poems [1968]li.  : in PoemsBloodaxe Books2005p. 17-18
Mode : Lu

To presume that markets and market signals can best determine all allocative decisions is to presume that everything can in principle be treated as a commodity. Commodification presumes the existence of property rights over processes, things, and social relations, that a price can be put on them, and that they can be traded subject to legal contract. The market is presumed to work as an appropriate guide – an ethic – for all human action. In practice, of course, every society sets some bounds on where commodification begins and ends. Where the boundaries lie is a matter of contention. Certain drugs are deemed illegal. The buying and selling of sexual favours is outlawed in most US states, though elsewhere it may be legalized, decriminalized, and even state-regulated as an industry. Pornography is broadly protected as a form of free speech under US law although here, too, there are certain forms (mainly concerning children) that are considered beyond the pale. In the US, conscience and honour are supposedly not for sale, and there exists a curious penchant to pursue ‘corruption’ as if it is easily distinguishable from the normal practices of influence-peddling and making money in the marketplace. The commodification of sexuality, culture, history, heritage ; of nature as spectacle or as rest cure ; the extraction of monopoly rents from originality, authenticity, and uniqueness (of works or art, for example)––these all amount to putting a price on things that were never actually produced as commodities. There is often disagreement as to the appropriateness of commodification (of religious events and symbols, for example) or of who should exercise the property rights and derive the rents (over access to Aztec ruins or marketing of Aboriginal art, for example).

Mode : Lu

The main substantive achievement of neoliberalization, however, has been to redistribute, rather than to generate, wealth and income. I have elsewhere provided an account of the main mechanisms whereby this was achieved under the rubric of « accumulation by dispossession ». By this I mean the continuation and proliferation of accumulation practices which Marx had treated of as « primitive » or « original » during the rise of capitalism. These include the commodification and privatization of land and the forceful expulsion of peasant populations (compare the cases, described above, of Mexico and of China, where 70 million peasants are thought to have been displaced in recent times) ; conversion of various forms of property rights (common, collective, state, etc.) into exclusive private property rights (most spectacularly represented by China) ; suppression of rights to the commons ; commodification of labour power and the suppression of alternative (indigenous) forms of production and consumption ; colonial, neocolonial, and imperial processes of appropriation of assets (including natural resources) ; monetization of exchange and taxation, particularly of land ; the slave trade (which continues particularly in the sex industry) ; and usury, the national debt and, most devastating of all, the use of the credit system as a radical means of accumulation by dispossession. The state, with its monopoly of violence and definitions of legality, plays a crucial role in both backing and promoting these processes. To this list of mechanisms we may now add a raft of techniques such as the extraction of rents from patents and intellectual property rights and the diminution or erasure of various forms of common property rights (such as state pensions, paid vacations, and access to education and health care) won through a generation or more of class struggle. The proposal to privatize all state pension rights (pioneered in Chile under the dictatorship) is, for example, one of the cherished objectives of the Republicans in the US.

Mode : Lu

quand nous parlons d’expérience nous imaginons que la mémoire a une valeur positive        mais le terme de mémoire ne fait qu’amplifier le problème        les gens quand ils parlent de mémoire imaginent vaguement une sorte de coffre de stockage neural        peut-être comme un classeur        tout comme ils se représentent le système de stockage d’un ordinateur        où chaque souvenir a une place assignée dans un dossier distinct dans un tiroir particulier de ce classeur imaginaire        le problème c’est que personne n’a jamais été en mesure de trouver ces coffres        même si lorsque j’étais étudiant un grand psychologue physiologiste qui s’appelait donald hebb a suggéré que la mémoire        qui embarrassait depuis longtemps tous les investigateurs        pouvait se trouver dans ce qu’il a appelé les circuits réverbérants        c’est-à-dire que les impulsions électriques correspondant aux perceptions seraient aiguillées dans un groupe de neurones fermé sur lui-même        dans lequel elles tourneraient jusqu’à ce qu’on les rappelle        pourêtreexécutées par le système moteur ou intégrées à quelque activité corticale de niveau supérieur        c’était une belle idée qui a provoqué une très grande excitation à l’époque        mais personne n’a pu trouver un seul de ces circuits        qui n’ait tenu plus de quelques secondes        et depuis cette époque dans les années cinquante        en dépit de toutes les grandes avancées technologiques dans l’étude de la neurologie et de la psychologie        personne vraiment n’a eu la plus petite idée concrète du fondement neurologique de la mémoire        et nous devons nous rabattre comme souvent sur le phénoménologique et le linguistique        il faut que nous examinions l’expérience de l’intérieur de l’expérience pour voir quelle idée nous pouvons en tirer

David Antin« qu’est-il arrivé à Walter ? » je n’ai jamais su quelle heure il étaithéros limite2005p. 176
Mode : Lu

héraclite a fait observer        qu’on ne saurait entrer deux fois dans le même fleuve        voilà qui avait pour moibeaucoup de sens        parce que cela semblait confirmer une conclusion à laquelle j’étais arrivé il y a longtemps        que l’expérience vous prépare à ce qui n’arrivera jamais plus        mais comment cela cadre-t-ilave cle sarcasme de cratyle qui a suivi        on ne peut entrer une seule fois dans le même fleuve        c’est toujours bien d’avoir un élève intelligent pour vous pousser plus loin        et c’est ce que le sarcasme de cratyle semble faire        le fleuve change si vite        que le temps d’y entrer c’est déjà un fleuve différent        mais à la réflexion la remarque decratyle pousse celle d’héraclite plus loin que ça        en fait elle la pousse d’une falaise        parce que pour faire l’expérience d’une chose une fois il faut que vous en fassiez l’expérience deux fois        ce qui nous fait passer d’une discussion sur la répétition à une discussion sur l’expérience

David Antin« qu’est-il arrivé à Walter ? » je n’ai jamais su quelle heure il étaittrad. Pascal Poyethéros limite2005p. 171-172
Mode : Lu

now of all the philosophers i know        the only one who tried to        make a case for the meaning of experience is john dewey        actually tried to think it through        although his most thorough        thinking through took place in a very special situation        to describe the experience of art        which was not an activity he was        very knowledgeable about        but he was knowledgeable about human        activity        and he proposed that art making was very much like any        other form of human activity        and that at its center is the experience        it provides you with        in order to describe this he had to work out his        idea of what an experience was        and this turned out to be a profound        idea        a very beautiful notion        that an experience        a real or integral        experience has a narrative form        it has a beginning a middle and an        end        he supposes that all experiences are generated by a kind of need        or desire        as he sees it if you dont need or desire something you wont        experience it fully at all        and he distinguishes between what he calls        full or integral experiences and partial or chaotic experiences        that        dont involve full self awareness        and these dont count at all for dewey        he says look        suppose you go to a french restaurant thats        supposed to be a wonderful restaurant and youre all set to have a great        culinary experience        youre waiting for the first dish to arrive        youve selected an hors d’oeuvre        and youre waiting for it to come        you could be terribly surprised        because in spite of the candlelight and the        sparkling tablecloths the paintings on the wall the waiters all speaking        their earthy dialects        the frogs legs just dont taste very good        they taste like tough chicken thighs        and theres nothing more banal than        overcooked chicken thighs        so this is a bad moment        a small personal tragedy        but you still have hopes for the entrée        you boldly order        boeuf bourguignon        but it comes back sour and unpalatable        the wine is past its prime and the beef is stringy        this is very disappointing        but youre still trying to find some of the satisfaction you imagined        or hoped for        so now youre at dessert        you order an apple and some brie        what can they do to an apple        and they didnt make the brie        your luck turns around        its a marvelous apple        firm and sweet with the fragrance of its blossom        and a luscious creamy brie        its a partial retrieval        youve snatched a        small satisfaction from the debacle of the meal this is an experience        you will never forget        its hopes and its fears        its great defeats and        its final small victory        next time you go to a french restaurant youll be        wary of the frogs legs and maybe youll avoid the boeuf bourguignon

David Antin« what happened to walter ? » i never knew what time it wasUniversity of California Press2005p. 159-160