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« Avez-vous jamais vu un chien ? demanda-t-il. Vous le croyez seulement ! Vous n’avez jamais vu que quelque chose qui vous est apparu, à plus ou moins bon droit, comme un chien. Quelque chose qui ne possède pas toutes les qualités canines et qui a, au contraire, un élément personnel qu’aucun autre chien ne possède. Comment donc pourrions-nous jamais faire, dans la vie, ce qu’il faut faire ? Nous ne pouvons jamais que quelque chose qui n’est jamais ce qu’il faut, mais qui est toujours un peu plus ou un peu moins que ce qu’il fallait. […] »

 »Haben Sie schon je einen Hund gesehen ?« fragte er. »Das glauben Sie bloß ! Sie haben immer nur etwas gesehen, das Ihnen mit mehr oder weniger Recht als ein Hund vorkam. Es hat nicht alle Hundeeigenschaften, und irgendetwas Persönliches hat es, das wieder kein anderer Hund hat. Wie sollen wir da je im Leben ›das Richtige‹ tun ? Wir können nur etwas tun, das niemals das Richtige und immer mehr und weniger als etwas Richtiges ist. […]« 

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]t. 1 : 1chap. 114 : Une crise menace. Arnheim courtise le général Stumm. Diotime prend des mesures pour se rendre dans l’Illimité. Ulrich brode sur la possibilité de vivre comme on lit.trad. Philippe JaccottetLe Seuil2004p. 759
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Il s’ensuivit entre eux une conversation qui aurait fait sur un tiers une impression bizarre, assez semblable à celle d’une conversation en langue verte, bien que le langage utilisé ici ne fût autre que le sabir de l’amour spirituel laïque. C’est pourquoi nous préférons rendre l’esprit plutôt que la lettre de ce dialogue.

La « communauté des parfaits altruistes », c’était une formule découverte par Hans ; elle était cependant compréhensible : plus un homme se sent altruiste, plus les choses du monde deviennent claires et fortes, plus il se fait léger, plus il se sent exalté. Chacun connaît ce genre d’expériences ; mais il ne faut pas les confondre avec le contentement, la gaieté, l’insouciance et cætera, car ne ce sont là que des succédanés pour un usage vulgaire, sinon même corrompu. Peut-être même devrait-on réserver à l’état authentique non pas le terme d’élévation, mais celui de « décuirassement », « décuirassement du Moi », expliquait Hans. Il fallait distinguer entre les deux remparts de l’homme. L’un est déjà franchi chaque fois qu’il fait un acte bon ou gratuit, mais ce n’est là que le plus petit des deux murs. Le plus grand est bâti de l’égoïsme de l’homme même le plus altruiste ; c’est, tout bonnement, le Péché originel. Toute impression sensuelle, tout sentiment, même celui de l’abandon, est davantage, dans notre manière d’agir, une prise qu’un don, et il est presque impossible d’échapper à cette cuirasse bardée d’égoïsme. Hans énumérait : le savoir n’est que l’appropriation d’un objet étranger ; on le tue ; on le déchiquette, on le dévore comme une bête. Le concept, cadavre figé. La conviction, relation pétrifiée à jamais immuable. La recherche, affirmation. Le caractère, refus des métamorphoses. La connaissance d’un être, indifférence à son égard. L’introspection, inspection. La vérité, tentative réussie pour penser objectivement et inhumainement. Il y a dans tout cela un goût de meurtre et de gel, un désir de possession et de rigidité, un mélange d’égoïsme et de désintéressement objectif, c’est-à-dire lâche, sournois, inauthentique ! « Et quand donc l’amour lui-même, demanda Hans bien qu’il ne connût que l’innocente Gerda, sera-t-il autre chose que le désir de possession, ou d’abandon dans l’attente d’une contrepartie ? »

Ulrich approuvait prudemment, amendant parfois ces affirmations souvent incohérentes. Il était exact que même la souffrance et le dessaisissement de soi nous laissent toujours quelque argent de côté ; une pâle ombre d’égoïsme, une ombre grammaticale pour ainsi dire, resterait attachée à tout acte tant qu’il n’y aurait pas d’attribut sans sujet.

Mais Hans protesta violemment. Lui et ses amis luttaient pour savoir comment on doit vivre. Parfois ils admettaient que chacun dût commencer par vivre pour soi, et ensuite pour tous ; un autre jour, ils étaient convaincus que chaque homme ne pouvait réellement avoir qu’un ami, mais que celui-ci à son tour en avait besoin d’un autre, de sorte que la communauté se dessinait à leurs yeux comme une union des âmes en forme de cercle, à la manière du spectre solaire ou d’autres enchaînements du même ordre ; mais de préférence, ils croyaient qu’il existait une loi psychique du sens communautaire que l’égoïsme ne faisait qu’obombrer, une énorme source de vie intérieure, inutilisée encore, à laquelle ils attribuaient des possibilités fantastiques. L’arbre qui lutte dans la forêt et que la forêt protège ne peut pas avoir une plus vague conscience de lui-même, que les hommes sensibles d’aujourd’hui de l’obscure chaleur de la masse, de sa puissance dynamique, des processus moléculaires imperceptibles qui assurent sa cohérence inconsciente et lui rappellent à chaque respiration que le plus grand, comme le plus petit, n’est jamais seul. Il en allait de même pour Ulrich. Sans doute voyait-il clairement que l’égoïsme discipliné, maîtrisé, sur lequel se fonde la vie, produit une structure organisée, alors que le souffle de la communauté demeure le point d’intersection de relations fort vagues ; personnellement, il se sentait plutôt attiré par l’isolement, mais il n’en était pas moins touché lorsque les jeunes amis de Gerda exposaient leur extravagante idée du grand mur qu’il fallait à tout prix franchir.

Hans, tantôt psalmodiant, tantôt percutant, dévidait les articles de sa foi, en regardant fixement droit devant lui, sans rien voir. Une fêlure anormale divisait la création et la partageait comme une pomme dont les deux moitiés aussitôt se dessèchent ; c’est pourquoi l’on était contraint, aujourd’hui, de s’approprier d’une manière artificielle et contre nature ce avec quoi l’on n’avait formé jadis qu’un seul être. Mais on pouvait abolir cette division par une sorte d’ouverture de soi-même, un changement d’attitude. Plus un homme pouvait s’oublier, s’effacer, se retirer de lui-même, plus il libérerait de force en lui pour la communauté, comme s’il la délivrait d’une fausse relation ; et en même temps, plus il se rapprocherait de la communauté, plus il deviendrait, inévitablement, lui-même. Si l’on suivait Hans, on apprenait aussi que la véritable originalité ne se mesurait pas à la simple et vaine singularité, mais naissait de l’ouverture de soi-même et, passant par des degrés ascendants de participation et de dévouement, atteindrait peut-être au degré suprême, à la communauté des altruistes parfaits, totalement absorbés par le monde, degré que l’on pouvait atteindre par cette voie !

En écoutant ces phrases que rien ne semblait pouvoir remplir, Ulrich se demandait comment on pourrait leur donner un contenu réel […]. Quand on possède parfaitement cette langue, on peut continuer à parler à l’infini sans aucun effort. On s’avance comme avec une lumière à la main, dont le rayon délicat tombe sur un aspect de la vie après l’autre, et l’on dirait que tous ces aspects, sous la forme ordinaire qu’ils avaient dans la lumière quotidienne, n’ont été que de grossiers malentendus. Comme la fonction du mot « posséder », par exemple, paraît insoutenable lorsqu’on l’applique à des amants ! Mais cela trahit-il de plus nobles désirs de vouloir posséder des principes ? le respect des enfants ? des connaissances ? soi-même ? Ce geste agressif et brutal de quelque énorme bête écrasant sa proie de tout le poids de son corps est pourtant, à bon droit, l’expression préférée et fondamentale du capitalisme ; ainsi apparaît le rapport entre les possédants du monde bourgeois et ces possesseurs de connaissances toutes faites en qui la bourgeoisie a transformé ses penseurs et ses artistes, alors que l’amour et l’ascèse se tiennent à l’écart, frère et sœur. Et ce frère et cette sœur, lorsqu’ils se réunissent, ne sont-ils pas sans but, opposés aux buts de la vie ? Mais le terme de « but » est emprunté au langage des tireurs : être sans but ne signifierait-il donc pas, à l’origine, se refuser à tuer ? Ainsi, en suivant simplement les traces de la langue (traces brouillées, mais révélatrices), on comprend mieux déjà comment une grossière altération du sens a usurpé partout la place de relations plus circonspectes qui se sont perdues définitivement. C’est là une situation partout sensible, nulle part tangible.

Es ergab sich daraus ein Gespräch zwischen den beiden, das auf einen Fernstehenden einen sonderbaren Eindruck gemacht haben müßte, nicht unähnlich der Unterhaltung in einem Verbrecherjargon, obwohl dieser kein anderer war als eben die Mischsprache weltlich-geistlicher Verliebtheit. Es ist darum vorzuziehen, diese Unterredung mehr dem Sinn nach wiederzugeben als in ihrem Wortlaut : die Gemeinschaft der vollendet Ichlosen, das war ein von Hans entdecktes Wort, es ist aber trotzdem zu verstehen, denn je selbstloser sich ein Mensch fühlt, desto heller und stärker werden die Dinge der Welt, je leichter er sich macht, desto mehr fühlt er sich gehoben, und Erfahrungen von solcher Art kennt wohl jeder ; man darf sie bloß nicht mit Fröhlichkeit, Heiterkeit, Sorglosigkeit oder dergleichen verwechseln, denn das sind nur ihre Ersätze für den niederen Gebrauch, wenn nicht gar für den verdorbenen. Vielleicht sollte man den echten Zustand überhaupt nicht Gehobenheit nennen, sondern Entpanzerung ; Entpanzerung des Ich, so erklärte es Hans. Man müsse zwischen zwei Umwallungen des Menschen trennen. Die eine wird schon dann jedesmal überstiegen, wenn er etwas Gutes und Uneigennütziges tut, aber das ist nur die kleine Mauer. Die große besteht in der Selbsthaftigkeit noch des selbstlosesten Menschen ; das ist schlechtweg die Erbsünde ; jeder Sinneseindruck, jedes Gefühl, selbst das der Hingabe, ist in unserer Ausführung mehr ein Nehmen als ein Geben, und diesem Panzer von Durchtränkung mit Eigensucht kann man kaum in irgendeiner Weise entrinnen. Hans zählte auf : So ist Wissen nichts als An-Eignung einer fremden Sache ; man tötet, zerreißt und verdaut sie wie ein Tier. Begriff das reglos gewordene Getötete. Überzeugung, die nicht mehr veränderliche erkaltete Beziehung. Forschung gleich Fest-Stellen. Charakter gleich Trägheit, sich zu wandeln. Kenntnis eines Menschen soviel wie nicht mehr von ihm bewegt werden. Einsicht eine Sicht. Wahrheit der erfolgreiche Versuch, sachlich und unmenschlich zu denken. In allen diesen Beziehungen ist Tötung, Frost, ein Verlangen nach Eigentum und Erstarren und ein Gemisch von Eigensucht mit einer sachlichen, feigen, heimtückischen, unechten Selbstlosigkeit ! »Und wann wäre« fragte Hans, obgleich er nur die unschuldige Gerda kannte, »die Liebe selbst etwas anderes als der Wunsch nach Besitz oder Hingabe auf Gegenrechnung ?!« 

Ulrich stimmte diesen nicht ganz einheitlichen Behauptungen vorsichtig und abändernd bei. Es sei richtig, daß auch das Erleiden und Sichentäußern einen Sparpfennig für uns selbst übriglasse ; ein blasser, sozusagen grammatikalischer Schatten von Egoismus bleibe auf allem Tun haften, solange es keine Prädikate ohne Subjekt gebe.

Aber Hans lehnte heftig ab. Er und seine Freunde stritten, wie man leben solle. Manchmal nahmen sie an, daß jeder zunächst für sich und dann erst für alle leben müsse ; ein andermal waren sie überzeugt, daß jeder ganz wahrhaft nur einen Freund haben könne, aber dieser doch wieder einen anderen Freund brauche, wonach sich ihnen die Gemeinschaft als eine Seelenverbindung im Kreis, nach Art des Farbenspektrums oder anderer gliedweisen Verkettungen darstellte ; am liebsten aber glaubten sie daran, daß es ein seelisches, von der Ichsucht bloß überschattetes Gesetz des Gemeinschaftssinns gebe, eine innere, ungeheure, noch nicht ausgenützte Lebensquelle, der sie abenteuerliche Möglichkeiten zuschrieben. Nicht ungewisser kann sich der Baum, im Walde kämpfend und vom Wald gehegt, vorkommen, als empfängliche Menschen heute die dunkle Wärme der Masse, ihre Bewegungskraft, die molekular unsichtbaren Vorgänge ihres unbewußten Zusammenhaltens empfinden, die sie bei jedem Atemzug daran erinnern, daß der Größte wie der Kleinste nicht allein sei ; so erging es auch Ulrich ; er sah wohl klar, daß der gezähmte Egoismus, aus dem sich das Leben aufbaut, ein geordnetes Gefüge ergibt, wogegen der Atem der Gemeinsamkeit nur ein Inbegriff unklarer Zusammenhänge bleibt, und er war für seine Person sogar ein zur Absonderung neigender Mensch, aber es ging ihm eigentümlich nahe, wenn die jungen Freunde Gerdas ihre ausschweifende Behauptung von der großen Mauer aufstellten, die überstiegen werden müsse.

Hans spulte, bald leiernd, bald stoßend, die Augen, ohne zu sehen, vorausgerichtet, seine Glaubenssätze ab. Eine unnatürliche Trennung laufe durch die Schöpfung und teile sie wie einen Apfel, dessen beide Hälften daran austrocknen. Man müsse sich darum auf künstliche und widernatürliche Weise heute aneignen, womit man vordem eins war. Man könne aber diese Trennung aufheben, durch irgendein Sichöffnen, ein geändertes Verhalten, denn je mehr jemand sich vergessen, auslöschen, von sich abrücken könne, desto mehr Kraft für die Gemeinschaft werde in ihm frei, so als würde sie aus einer falschen Verbindung befreit ; und zugleich müsse er, je mehr er sich der Gemeinschaft nähere, desto eigener werden ; denn folgte man Hans, so erfuhr man auch, daß der Grad der wahren Originalität nicht im eitlen Besonderssein beschlossen liege, sondern durch das Sichöffnen entstehe, in steigende Grade des Teilnehmens und der Hingabe hinein, vielleicht bis zu dem höchsten Grad einer Gemeinschaft der ganz von der Welt aufgenommenen, vollendet Ichlosen, den man auf diese Weise zu erreichen vermöchte !

Diese scheinbar durch nichts auszufüllenden Sätze ließen Ulrich träumen, wie man ihnen einen wirklichen Inhalt geben könnte […]. Man vermag, wenn man diese Sprache beherrscht, in ihrer Anwendung mühelos fortzufahren. Man geht wie mit einem Licht in der Hand, dessen zarter Strahl auf eine Beziehung des Lebens nach der anderen fällt, und alle sehen sie aus, als wären sie in ihrer gewöhnlichen Erscheinung, die sie im festen Alletaglicht haben, nur rohe Mißverständnisse gewesen. Wie unmöglich erscheint zum Beispiel sogleich die Gebärde des Wortes »besitzen« , wenn man sie auf Liebende anwendet ! Aber verrät es schöner anmutende Wünsche, daß man Grundsätze be-sitzen möchte ? die Achtung seiner Kinder ? Gedanken ? sich selbst ? Diese plumpe Angriffsgebärde eines schweren Tiers, das seine Beute mit dem ganzen Körper niederdrückt, ist jedoch berechtigterweise der Grund- und Leibausdruck des Kapitalismus, und so zeigt sich darin der Zusammenhang zwischen den Besitzenden des bürgerlichen Lebens und den Besitzern von Erkenntnissen und Fertigkeiten, zu denen es seine Denker und Künstler gemacht hat, während abseits Liebe und Askese als ein einsames Geschwisterpaar stehen. Und sind diese Geschwister, wenn sie beisammen stehn, nicht ziellos und zwecklos, im Gegensatz zu den Zielen und Zwecken des Lebens ? Es stammen aber die Namen Ziel und Zweck aus der Sprache der Schützen : Bedeutet also ziellos und zwecklos in seinem ursprünglichen Zusammenhang nicht soviel wie kein Tötender sein ? So kommt man bloß dadurch, daß man die Spur der Sprache verfolgt – eine verwischte, aber verräterische Spur ! – schon darauf, wie sich allerorten der roh veränderte Sinn an die Stelle von bedachtsameren Beziehungen gedrängt hat, die ganz verlorengegangen sind. Es ist das wie ein überall zu fühlender, nirgends zu fassender Zusammenhang […].

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]t. 1chap. 113 : Ulrich, s’entretenant avec Hans Sepp et Gerda, adopte le sabir de la zone frontière entre la surrationalité et la sous-rationalitétrad. Philippe JaccottetLe Seuil2004p. 738-743
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Avoir de l’intuition était alors à la mode chez tous ceux qui n’arrivaient pas à justifier entièrement leur activité par la raison. Cela jouait à peu près le même rôle qu’en ce moment le fait d’être « dynamique ». Tout ce que l’on faisait faux, tout ce qui ne vous donnait pas entière et profonde satisfaction, était justifié sous prétexte d’être fait pour ou par l’intuition. On recourait à l’intuition pour cuire un plat comme pour écrire un livre.

Intuition zu haben, war damals bei allen Leuten an der Zeit, die ihr Tun mit der Vernunft nicht recht verantworten konnten ; es spielte ungefähr die gleiche Rolle, die es augenblicklich innehat, Tempo zu besitzen. Alles, was man falsch machte oder was einem zu innerst nicht restlos gelang, wurde dadurch gerechtfertigt, daß es für die Intuition oder durch sie geschaffen sei, und man benutzte Intuition sowohl zum Kochen wie zum Bücherschreiben…

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]t. 1chap. 112 : Arnheim range son père Samuel au nombre des dieux et décide de conquérir Ulrich. Soliman voudrait en savoir davantage sur son royal père.trad. Philippe JaccottetLe Seuil2004p. 725
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C’est à partir de ces événements impersonnels que se construit, d’une manière encore impossible à décrire, l’événement personnel. Si l’on dépouillait le cas de Moosbrugger de tout le romantisme individuel qui ne concernait que lui et les quelques personnes qu’il avait tuées, il ne restait plus guère que ce qui s’exprimait dans la liste des références que le père d’Ulrich avait jointe à l’une de ses dernières missives. Ces références ont l’aspect suivant  : AH. – AMP. – AAC. – AKA. – AP. – ASZ. – BKL. – BGK. – BUD. – CN. – DTJ. – DJZ. – FBgM. – GA. – GS. – JKV. – KESA. – MMW. – NG. – PNW. – R. – VSgM. – WMW. – ZGS. – ZMB. – ZP. – ZSS. – Addickes ibid. – Aschaffenburg, ibid. – Beling, ibid. etc., etc. – autrement dit  : Annales d’Hygiène publique et de Médecine légale, éd. Brouardel, Paris  ; Annales Médico-Psychologiques, éd. Ritti… etc., etc., le tout abrégé au maximum une page durant. La vérité n’est pas un cristal de roche que l’on puisse glisser dans sa poche, mais un liquide sans limites dans lequel on tombe. Que l’on imagine, pour chacune de ces abréviations, quelques centaines ou douzaines de pages imprimées, pour chaque page un homme avec dix doigts qui les écrit, pour chaque doigt dix disciples et dix adversaires, pour chaque disciple et chaque adversaire dix doigts, pour chaque doigt la dixième partie d’une idée personnelle, et l’on se fera une petite représentation de la vérité.

Aus solchen unpersönlichen Geschehnissen setzt sich in einer Weise das persönliche Geschehen zusammen, die vorläufig unbeschreiblich ist. Und wenn man Moosbruggers Fall alles individuell Romantischen entkleidete, das nur ihn und die paar Menschen anging, die er ermordet hatte, so blieb von ihm nicht mehr als ungefähr das übrig, was sich in dem Verzeichnis von zitierten Schriften ausdrückte, das Ulrichs Vater einer jüngsten Zuschrift an seinen Sohn beigelegt hatte. Ein solches Verzeichnis sieht folgendermaßen aus  : AH. – AMP. – AAC. – AKA. – AP. – ASZ. – BKL. – BGK. – BUD. – CN. – DTJ. – DJZ. – FBgM. – GA. – GS. – JKV. – KBSA. – MMW. – NG. – PNW. – R. – VSgM. – WMW. – ZGS. – ZMB. – ZP. – ZSS. – Addickes a. a. O. – Aschaffenburg a. a. O. – Beling a. a. O. usw. usw. – oder in Worte übersetzt  : Annales d’Hygiène Publique et de Médicine légale, hgb. v. Brouardel, Paris  ; Annales Médico-Psychologiques, hgb. v. Ritti… usw. usw. in kürzesten Abkürzungen eine Seite lang. Die Wahrheit ist eben kein Kristall, den man in die Tasche stecken kann, sondern eine unendliche Flüssigkeit, in die man hineinfällt. Man denke sich an jede dieser Abkürzungen einige Hundert oder Dutzend Druckseiten geknüpft, an jede Seite einen Mann mit zehn Fingern, der sie schreibt, an jeden Finger zehn Schüler und zehn Gegner, an jeden Schüler und Gegner zehn Finger, und an jeden Finger den zehnten Teil einer persönlichen Idee, so gewinnt man eine kleine Vorstellung von ihr.

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]t. 1chap. 110 : Dissolution et conservation de Moosbruggertrad. Philippe JaccottetLe Seuil2004p. 710-711
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Moosbrugger était toujours dans sa cellule, attendant les psychiatres pour un nouvel examen de son état mental. Cela donnait une masse compacte de journées. Chaque journée isolée en ressortait, bien sûr, quand elle était là, mais dès le soir elle retombait dans la masse. […] Les événements lointains et les événements tout frais n’étaient plus artificiellement séparés, mais, lorsqu’ils étaient identiques, la différence de date cessait de s’attacher à eux comme le fil rouge que l’on est obligé de passer autour du cou d’un nouveau-né que l’on ne distingue pas de son jumeau.

Moosbrugger saß noch immer im Gefängnis und wartete auf die Wiederholung seiner Untersuchung durch die Irrenärzte. Das ergab eine geschlossene Menge von Tagen. Der einzelne trat wohl hervor, wenn er da war, aber er sank schon gegen Abend wieder in die Menge zurück. […] Weit Zurückliegendes und Frisches wurde nicht länger künstlich auseinandergehalten, sondern wenn es das gleiche war, dann hörte das, was man »zu verschiedener Zeit« nennt, auf, daran zu haften wie ein roter Faden, den man aus Verlegenheit einem Zwilling um den Hals binden muß.

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]t. 1chap. 110 : Dissolution et conservation de Moosbruggertrad. Philippe JaccottetLe Seuil2004p. 706
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Il ne s’était strictement rien passé en Cacanie, et l’on eût pensé naguère que ce rien, c’était la discrétion même de la vieille culture cacanienne ; mais maintenant, ce rien était aussi inquiétant que le fait de ne pas pouvoir dormir ou de ne pas réussir à comprendre. C’est pourquoi les intellectuels, une fois qu’ils se furent convaincus que les choses se passeraient autrement dans une culture « nationale », n’eurent pas de peine à en convaincre les minorités cacaniennes. C’était une sorte de succédané de religion, d’ersatz pour « le bon Empereur de Vienne » ou, tout simplement, l’explication de ce fait incompréhensible que la semaine comporte sept jours et non huit. Il y a beaucoup de choses incompréhensibles, mais il suffit de chanter son hymne national pour ne plus les sentir.

Es war durchaus nichts in Kakanien geschehen, und früher hätte man gedacht, das sei eben die alte, unauffällige kakanische Kultur, aber dieses Nichts war jetzt so beunruhigend wie Nichtschlafenkönnen oder Nichtverstehenkönnen. Und darum hatten es die Intellektuellen leicht, nachdem sie sich eingeredet hatten, das werde in einer nationalen Kultur anders sein, auch die kakanischen Völker davon zu überzeugen. Das war nun eine Art Religionsersatz oder ein Ersatz für den guten Kaiser in Wien oder einfach eine Erklärung der unverständlichen Tatsache, daß die Woche sieben Tage hat. Denn es gibt viele unerklärliche Dinge, aber wenn man seine Nationalhymne singt, so fühlt man sie nicht.

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]t. 1chap. 109 : Bonadea, la Cacanie : systèmes de bonheur et d’équilibretrad. Philippe JaccottetLe Seuil2004p. 705
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Ces objets ressemblent à des débiteurs qui nous rendraient la valeur que nous leur prêtons assortie d’intérêts fantastiques ; et à la vérité, il n’existe pas d’objets qui ne soient ainsi débiteurs. Cette qualité propre aux vêtements ne l’est pas moins aux convictions, aux préjugés, théories, espérances, croyances et pensées ; l’absence de pensées elle-même la possède dans la mesure où elle réussit à tirer d’elle seule la conviction de son bien-fondé. Toutes ces choses, en nous prêtant le pouvoir dont nous leur faisons crédit, servent à situer le monde dans une lumière qui émane de nous ; et ce n’est pas à une autre fin, somme toute, que chaque homme adopte son système particulier. Avec un art divers et considérable, nous fabriquons un aveuglement qui nous permet de vivre à côté des choses les plus monstrueuses sans en être ébranlés, parce que nous reconnaissons dans ces grimaces pétrifiées de l’univers ici une chaise, là une table, ici un cri ou un bras tendu, là une vitesse ou un poulet rôti. Entre l’abîme du ciel au-dessus de nos têtes et un autre abîme céleste, facile à camoufler, sous nos pieds, nous parvenons à nous sentir aussi tranquilles sur terre que dans une chambre fermée. Nous savons que la vie va se perdre aussi bien dans les étendues inhumaines de l’espace que dans les inhumaines petitesses de l’atome, mais entre deux, nous ne craignons pas d’appeler « objets » une simple couche d’illusions, alors qu’il ne s’agit en fait que d’une préférence accordée aux impressions qui nous viennent d’une certaine distance moyenne. Une telle attitude est très au-dessous du niveau de notre intelligence ; cela seul suffit à prouver que notre sentiment y a une grande part. En effet, les dispositions intellectuelles les plus importantes que prenne l’homme servent toutes à maintenir une humeur à peu près constante, et tous les sentiments, toutes les passions du monde ne sont rien à côté de l’effort énorme, mais parfaitement inconscient, qu’il fait pour préserver sa parfaite sérénité intérieure ! C’est là une chose, apparemment, dont il ne vaut presque pas la peine de parler, tant elle fonctionne irréprochablement. Quand on y regarde de plus près, on voit que c’est un état de conscience extrêmement artificiel qui donne à l’homme une démarche sûre entre les orbites des astres et lui permet, au milieu de l’obscurité presque infinie du monde, de glisser dignement sa main entre le deuxième et le troisième bouton de son veston. Pour y parvenir, il faut non seulement que chaque homme, l’idiot comme le sage, ait ses trucs personnels, mais encore que ces systèmes individuels de trucs s’insèrent artistement dans les dispositions d’équilibres, morales et intellectuelles, de la société et de la communauté, qui servent, en plus grand, au même usage. Cet engrènement est analogue à celui de la grande Nature où tous les champs magnétiques de l’univers agissent sur celui de la terre sans qu’on s’en aperçoive, parce que l’histoire terrestre en est précisément le produit ; et le soulagement intellectuel que cela entraîne est si grand que les plus sages des hommes, exactement comme les petites filles qui ne savent rien, demeurant sans aucune inquiétude, se croient intelligents et bons.

Solche Gegenstände gleichen Schuldnern, die den Wert, den wir ihnen leihen, mit phantastischen Zinsen zurückzahlen, und eigentlich gibt es nichts als Schuldnerdinge. Denn jene Eigenschaft der Kleidungsstücke besitzen auch Überzeugungen, Vorurteile, Theorien, Hoffnungen, der Glaube an irgendetwas, Gedanken, ja selbst die Gedankenlosigkeit besitzt sie, sofern sie nur kraft ihrer selbst von ihrer Richtigkeit durchdrungen ist. Sie alle dienen, indem sie uns das Vermögen leihen, das wir ihnen borgen, dem Zweck, die Welt in ein Licht zu stellen, dessen Schein von uns ausgeht, und im Grunde ist nichts anderes als dies die Aufgabe, für die jeder sein besonderes System hat. Mit großer und mannigfaltiger Kunst erzeugen wir eine Verblendung, mit deren Hilfe wir es zuwege bringen, neben den ungeheuerlichsten Dingen zu leben und dabei völlig ruhig zu bleiben, weil wir diese ausgefrorenen Grimassen des Weltalls als einen Tisch oder einen Stuhl, ein Schreien oder einen ausgestreckten Arm, eine Geschwindigkeit oder ein gebratenes Huhn erkennen. Wir sind imstande, zwischen einem offenen Himmelsabgrund über unserem Kopf und einem leicht zugedeckten Himmelsabgrund unter den Füßen, uns auf der Erde so ungestört zu fühlen wie in einem geschlossenen Zimmer. Wir wissen, daß sich das Leben ebenso in die unmenschlichen Weiten des Raums wie in die unmenschlichen Engen der Atomwelt verliert, aber dazwischen behandeln wir eine Schicht von Gebilden als die Dinge der Welt, ohne uns im geringsten davon anfechten zu lassen, daß das bloß die Bevorzugung der Eindrücke bedeutet, die wir aus einer gewissen mittleren Entfernung empfangen. Ein solches Verhalten liegt beträchtlich unter der Höhe unseres Verstandes, aber gerade das beweist, daß unser Gefühl stark daran teil hat. Und in der Tat, die wichtigsten geistigen Vorkehrungen der Menschheit dienen der Erhaltung eines beständigen Gemütszustands, und alle Gefühle, alle Leidenschaften der Welt sind ein Nichts gegenüber der ungeheuren, aber völlig unbewußten Anstrengung, welche die Menschheit macht, um sich ihre gehobene Gemütsruhe zu bewahren ! Es lohnt sich scheinbar kaum, davon zu reden, so klaglos wirkt es. Aber wenn man näher hinsieht, ist es doch ein äußerst künstlicher Bewußtseinszustand, der dem Menschen den aufrechten Gang zwischen kreisenden Gestirnen verleiht und ihm erlaubt, inmitten der fast unendlichen Unbekanntheit der Welt würdevoll die Hand zwischen den zweiten und dritten Rockknopf zu stecken. Und um das zuwege zu bringen, gebraucht nicht nur jeder Mensch seine Kunstgriffe, der Idiot ebensogut wie der Weise, sondern diese persönlichen Systeme von Kunstgriffen sind auch noch kunstvoll eingebaut in die moralischen und intellektuellen Gleichgewichtsvorkehrungen der Gesellschaft und Gesamtheit, die im Größeren dem gleichen Zweck dienen. Dieses Ineinandergreifen ist ähnlich dem der großen Natur, wo alle Kraftfelder des Kosmos in das der Erde hineinwirken, ohne daß man es merkt, weil das irdische Geschehen eben das Ergebnis ist ; und die dadurch bewirkte geistige Entlastung ist so groß, daß sich die Weisesten genau so wie die kleinen Mädchen, die nichts wissen, in ungestörtem Zustande sehr klug und gut vorkommen.

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]t. 1chap. 109 : Bonadea, la Cacanie : systèmes de bonheur et d’équilibretrad. Philippe JaccottetLe Seuil2004p. 701-702
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Ce naufrage périodique de sa personne civilisée dans les vicissitudes de la matière opaque avait cessé maintenant de la menacer.

Dieser periodische Untergang ihrer Kultur in den Umschwüngen einer dumpfen Stoffwelt hatte sich aber jetzt verloren […].

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]t. 1chap. 109 : Bonadea, la Cacanie : systèmes de bonheur et d’équilibretrad. Philippe JaccottetLe Seuil2004p. 699
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Le cœur se montrait aussi découragé après la faute qu’il s’était révélé persuasif avant, la maîtresse de ce cœur oscillait perpétuellement entre une effervescence quasi maniaque et des dépressions noires comme l’encre, états d’âme qui pouvaient rarement s’équilibrer. Néanmoins, c’était toujours un système, c’est-à-dire mieux qu’un simple jeu d’instincts abandonnés à eux-mêmes (un peu comme autrefois on ne voulait voir dans la vie qu’un compte automatique de plaisir et de déplaisir, avec un certain bénéfice de plaisir en fin de bilan) ; le système comportait d’importantes dispositions mentales destinées à truquer les comptes.

Tout homme dispose d’une méthode de ce genre pour interpréter le bilan de ses impressions en sa faveur, afin que s’en dégage, si l’on peut ainsi parler, le minimum vital de plaisir quotidien considéré généralement comme tel. Le plaisir de vivre peut même consister en déplaisir ; ces différences de matériau n’ont aucune importance. On sait bien qu’il est des mélancoliques heureux comme il est des marches funèbres flottant aussi légèrement dans leur élément qu’une danse dans le sien. Sans doute peut-on même affirmer, inversement, que nombre d’hommes joyeux ne sont pas du tout plus heureux que les tristes, parce que le bonheur est un effort comme le malheur ; ces deux états correspondent à peu près aux deux principes du plus lourd et du plus léger que l’air. Mais une autre objection vient tout naturellement à l’esprit : les riches n’auraient-ils pas raison, de qui l’immémoriale sagesse veut que les pauvres n’aient rien à leur envier, puisque l’idée que l’argent des riches les rendrait plus heureux n’est qu’une illusion ? Cet argent leur imposerait simplement l’obligation de choisir un nouveau système de vie dont les comptes de plaisir ne boucleraient jamais, au mieux, qu’avec le même petit bénéfice de bonheur dont ils jouissaient déjà. Théoriquement, cela signifie qu’une famille de sans-logis, si la plus froide des nuits d’hiver ne l’a pas glacée, se trouvera aussi heureuse aux premiers rayons du soleil, que l’homme riche obligé de quitter son lit chaud ; et pratiquement, cela revient à dire que tout homme porte avec patience, comme un âne, la charge qu’on lui a mise sur le dos ; car un âne est heureux qui est plus fort que sa charge, ne fût-ce que de très peu. C’est là, en réalité, la définition la plus solide qu’on puisse donner du bonheur personnel, du moins aussi longtemps que l’on considère l’âne isolément. Mais en vérité, le bonheur personnel (l’équilibre, le contentement ou quelque nom que l’on voudra donner à ce qui est automatiquement notre premier but) n’est pas plus autonome qu’une pierre dans un mur ou une goutte d’eau dans un liquide à travers lesquelles passent toutes les forces et toutes les tensions de l’ensemble. Ce qu’un homme fait, ce qu’un homme éprouve pour lui-même est insignifiant par rapport à ce qu’il doit supposer que d’autres font ou éprouvent comme il faut pour lui. Aucun homme ne vit seulement son propre équilibre ; chacun s’appuie sur celui des couches qui l’entourent, et c’est ainsi qu’intervient dans la petite fabrique de plaisir de la personne un système de crédit moral extrêmement compliqué sur lequel il nous faudra revenir, parce qu’il n’appartient pas moins au bilan psychique de la communauté qu’à celui de l’individu.

Denn so beredsam das Herz vor einem Fehltritt sein konnte, so mutlos war es nachher, und seine Besitzerin wurde immerwährend zwischen manisch moussierenden und tintenschwarz ausfließenden Seelenzuständen hin und her bewegt, die sich nur selten ausglichen. Immerhin war es ein System ; das heißt, es war kein sich selbst überlassenes Spiel der Triebe – etwa so, wie man einmal vor Zeiten das Leben als eine automatische Bilanz von Lust und Unlust, mit einem gewissen Schlußsaldo an Lust hat verstehen wollen –, sondern es enthielt beträchtliche geistige Vorkehrungen, um diese Bilanz zu fälschen.

Jeder Mensch hat eine solche Methode, die Bilanz seiner Eindrücke zu seinen Gunsten umzudeuten, so daß gewissermaßen das tägliche Existenzminimum an Lust daraus hervorgeht, das in gewöhnlichen Zeiten genügt. Seine Lebenslust kann dabei auch aus Unlust bestehn, solche Materialunterschiede spielen keine Rolle, denn bekanntlich gibt es ebenso glückliche Melancholiker wie es Trauermärsche gibt, die um nichts schwerer in ihrem Element schweben wie ein Tanz in dem seinen. Wahrscheinlich läßt sich sogar auch umgekehrt behaupten, daß viele fröhliche Menschen nicht um das geringste glücklicher sind als traurige, denn Glück strengt genau so an wie Unglück ; das ist ungefähr so wie Fliegen nach dem Prinzip Leichter – oder Schwerer als die Luft. Aber ein anderer Einwand liegt nahe ; denn hätte dann nicht die alte Weisheit der Wohlhabenden recht, daß kein Armer sie zu beneiden brauche, da es ja lediglich eine Einbildung sei, daß ihn ihr Geld glücklicher machen würde ? Es würde ihn bloß vor die Aufgabe stellen, statt seines Lebenssystems ein anderes auszubilden, dessen Lusthaushalt bestenfalls doch nur mit dem kleinen Glücksüberschuß abschließen könnte, den er ohnedies hat. Theoretisch bedeutet das, daß die Familie ohne Obdach, wenn sie in einer eisigen Winternacht nicht erfroren ist, bei den ersten Strahlen der Morgensonne ebenso glücklich ist wie der reiche Mann, der aus dem warmen Bett heraus muß ; und praktisch kommt es darauf hinaus, daß jeder Mensch geduldig wie ein Esel das trägt, was ihm aufgepackt ist, denn ein Esel, der um eine Kleinigkeit stärker ist als seine Last, ist glücklich. Und in der Tat, das ist die verläßlichste Definition von persönlichem Glück, zu der man gelangen kann, solange man nur einen Esel allein betrachtet. In Wahrheit ist aber das persönliche Glück (oder Gleichgewicht, Zufriedenheit oder wie immer man das automatische innerste Ziel der Person nennen mag) nur soweit in sich selbst abgeschlossen, wie es ein Stein in einer Mauer oder ein Tropfen in einem Fluß ist, durch den die Kräfte und Spannungen des Ganzen gehn. Was ein Mensch selbst tut und empfindet, ist geringfügig, im Vergleich mit allem, wovon er voraussetzen muß, daß es andere für ihn in ordentlicher Weise tun und empfinden. Kein Mensch lebt nur sein eigenes Gleichgewicht, sondern jeder stützt sich auf das der Schichten, die ihn umfassen, und so spielt in die kleine Lustfabrik der Person ein höchst verwickelter moralischer Kredit hinein, von dem noch zu sprechen sein wird, weil er nicht weniger zur seelischen Bilanz der Gesamtheit wie zu der des Einzelnen gehört.

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]t. 1chap. 109 : Bonadea, la Cacanie : systèmes de bonheur et d’équilibretrad. Philippe JaccottetLe Seuil2004p. 696-698
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Le geste avec lequel le général avait tapé sur la table eût été légèrement ridicule si un poing était quelque chose de purement athlétique et ne comportait pas également une signification intellectuelle, comme une sorte de complément indispensable de l’esprit.

Die Gebärde, mit der der General auf seinen Tisch geklatscht hatte, wäre ein wenig lächerlich gewesen, wenn eine Faust bloß etwas Athletisches und nicht auch etwas Geistiges, eine Art unentbehrlicher Ergänzung des Geistes bedeuten würde.

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]t. 1chap. 108 : Les « nations non rédimées » et les réflexions du général Stumm sur les mots de la famille de « rédemption »trad. Philippe JaccottetLe Seuil2004p. 695