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Lu

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Mode : Lu

«  Tu voudrais vivre conformément à ton idée, commença-t-il, et tu voudrais savoir comment cela serait possible. Mais une idée est ce qu’il y a de plus paradoxal au monde. La chair s’unit aux idées tel un fétiche. Qu’une idée s’attache à la chair, tout devient magie. Une simple gifle, par l’intermédiaire de l’idée d’honneur, de châtiment ou de toute autre idée analogue, peut devenir mortelle. Pourtant, les idées ne peuvent jamais se maintenir dans l’état où elles ont le plus de force  ; elles ressemblent à ces substances qui, dès qu’elles entrent en contact avec l’air, se transforment en une autre substance, durable certes, mais corrompue. Tu en as souvent fait l’expérience. Car tu deviens toi-même idée, dans certains cas particuliers. Quelque chose, on ne sait quoi, te souffle contre  ; comme quand la vibration de la corde produit soudain une note  ; il y a devant toi comme un mirage  ; la confusion de ton âme s’est faite interminable caravane, et toutes les beautés du monde paraissent défiler au bord de ta route. Tel est souvent l’effet d’une simple idée. Quelque temps après, cette idée commence à ressembler à toutes les autres idées que tu as déjà eues, elle se subordonne à elles, devient un élément de tes conceptions et de ton caractère, de tes principes ou de tes humeurs, elle a perdu ses ailes et gagné une mystérieuse solidité. »

 »Du möchtest nach deiner Idee leben« hatte er begonnen »und möchtest wissen, wie man das kann. Aber eine Idee, das ist das Paradoxeste von der Welt. Das Fleisch verbindet sich mit Ideen wie ein Fetisch. Es wird zauberhaft, wenn eine Idee dabei ist. Eine gemeine Ohrfeige kann durch die Idee von Ehre, Strafe und dergleichen tödlich werden. Und doch können sich Ideen niemals in dem Zustand, wo sie am stärksten sind, erhalten  ; sie gleichen jenen Stoffen, die sich sofort an der Luft in eine dauerhaftere andere, aber verdorbene Form umsetzen. Das hast du oft mitgemacht. Denn eine Idee  : das bist du  ; in einem bestimmten Zustand. Irgendetwas haucht dich an  ; wie wenn in das Rauschen von Saiten plötzlich ein Ton kommt  ; es steht etwas vor dir wie eine Luftspiegelung  ; aus dem Gewirr deiner Seele hat sich ein unendlicher Zug geformt, und alle Schönheiten der Welt scheinen an seinem Wege zu stehn. Das bewirkt oft eine einzige Idee. Aber nach einer Weile wird sie allen anderen Ideen, die du schon gehabt hast, ähnlich, sie ordnet sich ihnen unter, sie wird ein Teil deiner Anschauungen und deines Charakters, deiner Grundsätze oder deiner Stimmungen, sie hat die Flügel verloren und eine geheimnislose Festigkeit angenommen.« 

 

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]t. 1chap. 82 : Clarisse réclame une « Année Ulrich »trad. Philippe JaccottetLe Seuil1995p. 445
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Cet idéalisme n’avait rien de concret, parce que l’idée de concret est liée à celle de métier, et que les métiers sont toujours malpropres  ; il évoquait plutôt la peinture de fleurs que pratiquaient les archiduchesses parce que tout autre sujet eût été inconvenant. Ce qui le caractérisait le mieux était l’idée de culture  : il se jugeait profondément cultivé. On pouvait encore le qualifier d’harmonieux, parce qu’il avait toute dissonance en horreur et donnait pour tâche à l’éducation d’harmoniser les grossières contradictions qui règnent, malheureusement, dans le monde. En un mot, peut-être n’était-il pas si différent de ce que l’on entend aujourd’hui encore (mais seulement, il est vrai, là où l’on reste attaché à la grande tradition bourgeoise) sous le nom d’idéalisme  : sentiment bien propre et bien honnête, qui fait une distinction très nette entre ce qui est digne et ce qui n’est pas digne de lui, et se refuse, pour des raisons d’humanité supérieure, à croire avec les saints (et les médecins et ingénieurs aussi bien), qu’il y ait jusque dans les déchets moraux de célestes calories inexploitées.

Er war nicht sachlich, dieser Idealismus, weil Sachlichkeit handwerksmäßig und Handwerk immer unsauber ist  ; er hatte vielmehr etwas von der Blumenmalerei von Erzherzoginnen, denen andere Modelle als Blumen unangemessen waren, und ganz bezeichnend für diesen Idealismus war der Begriff Kultur, er fühlte sich kulturvoll. Man konnte ihn aber auch harmonisch nennen, weil er alle Unausgeglichenheit verabscheute und die Aufgabe der Bildung darin sah, die leider in der Welt vorhandenen rohen Gegensätze in Harmonie miteinander zu bringen  ; mit einem Wort, er war vielleicht gar nicht so sehr verschieden von dem, was man noch heute – allerdings nur dort, wo man an der großen bürgerlichen Überlieferung festhält, – unter einem gediegenen und sauberen Idealismus versteht, der ja sehr zwischen Gegenständen unterscheidet, die seiner würdig, und solchen, die es nicht sind, und aus Gründen der höheren Humanität keineswegs an die Überzeugung der Heiligen (und der Ärzte und Ingenieure) glaubt, daß auch in den moralischen Abfällen unausgenützte himmlische Heizkraft stecke.

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]t. 1chap. 78 : Métamorphose de Diotimetrad. Philippe JaccottetLe1995p. 416
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Hors les nés-coiffés et les éternels malchanceux, les hommes vivent tous également mal, mais à des étages différents. Pour l’homme d’aujourd’hui, qui n’a généralement que peu d’échappées sur le sens de sa vie, ce sentiment de l’étage est une consolation extrêmement appréciable. Dans certains cas grandioses, il peut devenir une véritable ivresse d’altitude et de puissance, de même qu’il y a des gens qui attrapent le vertige au dernier étage d’une maison, bien qu’ils se sachent au milieu de la pièce et toutes fenêtres fermées. Quand Diotime songeait qu’un des hommes les plus influents d’Europe travaillait avec elle à porter l’Esprit dans les sphères du Pouvoir, quand elle considérait comment ils avaient été réunis par une véritable intervention du destin, enfin tout ce qui se passait, même si au dernier étage de la grande entreprise humanitaire austro-mondiale, rien de particulier ne s’était produit ce jour-là  : quand elle songeait ainsi, ses associations d’idées semblaient des nœuds devenus nœuds coulants, sa vitesse de réflexion augmentait, le cours en était facilité, un étrange sentiment de réussite et de bonheur accompagnait ses inspirations, un afflux général de pensées lui valait des lumières qui l’étonnaient elle-même.

Von den Unglücksvögeln und Glückspilzen abgesehen, leben alle Menschen gleich schlecht, aber sie leben es in verschiedenen Etagen. Diese Selbstgefühlslage der Etage ist für den Menschen heute, der ja im allgemeinen wenig Ausblick auf den Sinn seines Lebens hat, ein überaus anstrebenswerter Ersatz. In großen Fällen kann sie sich zu einem Höhen- und Machtrausch steigern, so wie es Leute gibt, die in einem hohen Stockwerk schwindlig werden, auch wenn sie sich bei geschlossenen Fenstern in der Zimmermitte stehen wissen. Wenn Diotima bedachte, daß einer der einflußreichsten Männer Europas gemeinsam mit ihr daran arbeite, Geist in Machtsphären zu tragen, und wie sie beide geradezu durch Fügung des Schicksals zusammengeführt worden seien und was vor sich ging, auch wenn in dem hohen Stockwerk eines weltösterreichischen Menschheitswerks an diesem Tag gerade nichts Besonderes vorging  : wenn sie das bedachte, so glichen die Verknüpfungen ihrer Gedanken alsbald Knoten, die sich zu Schlingen aufgelöst haben, die Denkgeschwindigkeit nahm zu, der Ablauf war erleichtert, ein eigentümliches Gefühl des Glücks und Gelingens begleitete ihre Einfälle, und ein Zustand des Zuströmens brachte ihr Einsichten, die sie selbst überraschten.

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]t. 1chap. 78 : Métamorphose de Diotimetrad. Philippe JaccottetLe1995p. 414-415
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Je m’étais toujours représenté, et sans doute non sans raison, cette cavité comme la plus belle demeure qui puisse exister pour moi. Se suspendre à la voûte, y grimper, glisser jusqu’en bas, culbuter et retrouver le sol sous ses pieds, et exécuter tous ces jeux littéralement sur le corps de la place forte, cependant sans être dans son espace proprement dit  ; pouvoir éviter la place forte, pouvoir reposer ses yeux de la vue de celle-ci, remettre à plus tard le plaisir de la voir sans pour autant être privé d’elle  ; la tenir au contraire fermement entre ses griffes, ce qui est impossible, si l’on n’a qu’un accès ordinaire ouvert vers elle  ; mais surtout pouvoir la surveiller  ; on serait alors privé de sa vue, mais, si la compensation devait être de choisir entre le séjour dans la place forte et le séjour dans la cavité, on choisirait la cavité pour toute la durée de sa vie, pour y aller et venir constamment et protéger la place forte. Alors, il n’y aurait plus de bruit dans les murs, plus de fouissements importuns presque jusqu’à la place  ; alors, la paix y serait garantie et je serais son gardien, je n’aurais plus le déplaisir d’écouter les fouissements du menu gibier, mais j’écouterais avec ravissement ce dont je suis aujourd’hui entièrement privé, le murmure du silence dans la place forte.

In diesem Hohlraum hatte ich mir immer, und wohl kaum mit Unrecht, den schönsten Aufenthaltsort vorgestellt, den es für mich geben konnte. Auf dieser Rundung hängen, hinauf sich ziehen, hinab zu gleiten, sich überschlagen und wieder Boden unter den Füßen haben, und alle diese Spiele förmlich auf dem Körper des Burgplatzes spielen und doch nicht in seinem eigentlichen Raum  ; den Burgplatz meiden können, die Augen ausruhen lassen können von ihm, die Freude, ihn zu sehen, auf eine spätere Stunde verschieben und doch ihn nicht entbehren müssen, sondern ihn förmlich fest zwischen den Krallen halten, etwas was unmöglich ist, wenn man nur den einen gewöhnlichen offenen Zugang zu ihm hat  ; vor allem aber ihn bewachen können, für die Entbehrung seines Anblicks also derart entschädigt werden, daß man gewiß, wenn man zwischen dem Aufenthalt im Burgplatz oder im Hohlraum zu wählen hätte, den Hohlraum wählte für alle Zeit seines Lebens, nur immer dort auf- und abzuwandern und den Burgplatz zu schützen. Dann gäbe es keine Geräusche in den Wänden, keine frechen Grabungen bis an den Platz heran, dann wäre dort der Friede gewährleistet und ich wäre sein Wächter  ; nicht die Grabungen des kleinen Volkes hätte ich mit Widerwillen zu behorchen, sondern mit Entzücken, etwas, was mir jetzt völlig entgeht  : das Rauschen der Stille auf dem Burgplatz.

Franz KafkaLe Terrier [1931]trad. Jean-Pierre VerdetFolio2018p. 92-93
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En de telles occasions, c’est habituellement le problème technique qui m’attire ; je me représente, par exemple, d’après le bruit que mon oreille est assez exercée pour discerner dans toutes ses nuances et enregistrer exactement, quelle a pu en être l’origine, ce qui me pousse alors à vérifier si la réalité le confirme. J’ai pour cela une bonne raison, car aussi longtemps qu’une vérification n’est pas effectuée, je ne peux pas me sentir en sécurité, même s’il ne s’agit que de savoir où roulera un grain de sable qui tombe d’un mur : et même un tel bruit, à cet égard, n’est pas du tout une affaire insignifiante. Mais importante ou insignifiante, si fort que je cherche, je ne trouve rien, ou plutôt je trouve trop.

Bei solchen Gelegenheiten ist es gewöhnlich das technische Problem, das mich lockt, ich stelle mir zum Beispiel nach dem Geräusch, das mein Ohr in allen seinen Feinheiten zu unterscheiden die Eignung hat, ganz genau aufzeichenbar, die Veranlassung vor, und nun drängt es mich nachzuprüfen, ob die Wirklichkeit dem entspricht. Mit gutem Grund, denn solange hier eine Feststellung nicht erfolgt ist, kann ich mich auch nicht sicher fühlen, selbst wenn es sich nur darum handeln würde, zu wissen, wohin ein Sandkorn, das eine Wand herabfällt, rollen wird. Und gar ein solches Geräusch, das ist in dieser Hinsicht eine gar nicht unwichtige Angelegenheit. Aber wichtig oder unwichtig, wie sehr ich auch suche, ich finde nichts, oder vielmehr ich finde zuviel.

Franz KafkaLe Terrier [1931]trad. Jean-Pierre VerdetFolio2018p. 84-87
Mode : Lu

Je ne suis pas loin de prendre la décision de gagner le large, de reprendre encore une fois cette ancienne vie désespérante qui ne m’assurait aucune sécurité, qui n’était qu’une suite ininterrompue de périls et ne me permettait par conséquent ni de voir ni de redouter chaque danger particulier, comme ne cesse de me l’enseigner la comparaison entre mon terrier protégé et la vie vagabonde.

Ich bin nicht ganz fern von dem Entschluß, in die Ferne zu gehen, das alte, trostlose Leben wieder aufzunehmen, das gar keine Sicherheit hatte, das eine einzige ununterscheidbare Fülle von Gefahren war und infolgedessen die einzelne Gefahr nicht so genau sehen und fürchten ließ, wie es mich der Vergleich zwischen meinem sicheren Bau und dem sonstigen Leben immerfort lehrt.

Franz KafkaLe Terrier [1931]trad. Jean-Pierre VerdetFolio2018p. 58-61
Mode : Lu

Le principe d’une répartition des provisions est juste en soi, mais en fait seulement lorsqu’on a plusieurs places du genre de ma place forte. Plusieurs semblables places  ! Évidemment  ! Mais qui peut les bâtir  ? D’ailleurs, il n’est plus possible à présent de les intégrer dans le plan d’ensemble de mon terrier. Je veux bien concéder qu’il découle de là un défaut du terrier, comme c’est généralement toujours un défaut de ne posséder qu’un seul exemplaire de quoi que ce soit.

Der Grundgedanke einer Verteilung der Vorräte ist ja richtig, aber eigentlich nur dann, wenn man mehrere Plätze von der Art meines Burgplatzes hat. Mehrere solche Plätze  ! Freilich  ! Aber wer kann das schaffen  ? Auch sind sie im Gesamtplan meines Baus jetzt nachträglich nicht mehr unterzubringen. Zugeben aber will ich, daß darin ein Fehler des Baus liegt, wie überhaupt dort immer ein Fehler ist, wo man von irgend etwas nur ein Exemplar besitzt.

Franz KafkaLe Terrier [1931]trad. Jean-Pierre VerdetFolio2018p. 39
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Le monde de ceux qui écrivent et doivent écrire est plein de grands mots et de grandes notions qui ont perdu leur contenu. Les attributs des grands hommes et des grands enthousiasmes survivent à leurs prétextes, c’est pourquoi il y a toujours une quantité d’attributs de reste. Ils ont été créés un beau jour par un grand homme pour un autre grand homme, mais ces hommes sont morts depuis longtemps, et il faut utiliser ces notions survivantes. C’est pourquoi l’on passe son temps à chercher des hommes pour les épithètes. La « puissante plénitude » de Shakespeare, l’« universalité » de Goethe, la « profondeur psychologique » de Dostoïevski et toutes les autres images qu’une longue évolution littéraire nous a léguées flottent par centaines dans la tête de ceux qui écrivent, et s’ils écrivent aujourd’hui d’un stratège du tennis qu’il est « insondable », ou d’un poète à la mode qu’il est « grand », c’est simplement pour écouler ces stocks. On comprend donc qu’ils soient reconnaissants lorsqu’ils peuvent placer sans perte chez quelqu’un les mots de leur assortiment. Mais ce doit être un homme dont l’importance est déjà un fait établi, afin que l’on puisse comprendre que ces mots trouvent sur lui leur place, même s’il n’importe nullement de savoir où. Arnheim était un de ces hommes  : car Arnheim était Arnheim, et sur Arnheim c’était encore Arnheim qu’on voyait  ; étant l’héritier de son père, il était né événement, et il n’était pas question de mettre en doute l’actualité de ses propos. Il lui suffisait de faire le petit effort de dire n’importe quoi que l’on pût, avec un peu de bonne volonté, juger important. Et c’est encore Arnheim lui-même qui traduisit cela en un juste principe  : « Savoir se faire comprendre de ses contemporains, de là dépend pour une grande part l’importance réelle d’un homme », aimait-il à dire.

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]t. 1chap. 77 : Arnheim en ami des journalistestrad. Philippe JaccottetLe Seuil1995p. 410
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« Tant de gens ignorent encore à quel point l’esprit manque d’ordre ! ajouta-t-il en guise de développement. Je suis même persuadé, avec la permission de Votre Excellence, que la plupart des gens s’imaginent vivre chaque jour un nouveau progrès de l’ordre universel. Ils voient l’ordre partout : dans les usines, les indicateurs de chemins de fer, les institutions scolaires (et je me permettrai de citer également, non sans fierté, nos casernes qui, malgré des moyens modestes, évoquent la discipline d’un excellent orchestre). De quelque côté que le regard se tourne, ce n’est qu’ordre, ordonnance, règle et règlement : règlements de transport, règlements de police, règlements des débits de boisson, etc. Aussi suis-je persuadé que tout le monde ou presque, de nos jours, considère notre époque comme la plus ordonnée qui fût jamais. Votre Excellence, tout au fond d’elle-même, n’en a-t-elle pas aussi le sentiment ? Moi du moins, je l’éprouve. Oui, pour peu que mon attention se relâche un instant, je crois trouver l’esprit même des temps modernes dans cet accroissement d’ordre, et que les empires de Ninive et de Rome ont dû leur chute à quelque gâchis. C’est là, je crois, le sentiment commun : chacun présume, tacitement, que si le passé est passé, c’est en punition de quelque manquement à l’ordre. Et pourtant, cette idée n’est sans doute qu’un leurre auquel des hommes cultivés ne devraient pas se laisser prendre ! D’où, hélas ! la nécessité de la force, et des vocations militaires ! »

 »Es gibt ja viele Menschen, die gar nicht wissen, wie wenig Ordnung der Geist hat !« führte er aus. »Ich bin sogar, wenn Exzellenz gestatten, überzeugt, daß die meisten Menschen glauben, täglich einen Fortschritt der allgemeinen Ordnung zu erleben. Sie sehen alles voll von Ordnung ; die Fabriken, die Büros, die Eisenbahnfahrpläne und Unterrichtsanstalten, – ich darf da wohl auch mit Stolz unsere Kasernen erwähnen, die mit bescheidenen Mitteln geradezu an die Disziplin eines guten Musikorchesters erinnern –, und man kann hinschaun, wo man will, so sieht man eine Ordnung, eine Geh-, Fahr-, Steuer-, Kirchen-, Geschäfts-, Rang-, Ball-, Sittenordnung und so weiter. Also ich bin überzeugt, daß fast jeder Mensch heute unser Zeitalter für das geordnetste hält, was es je gegeben hat. Haben Exzellenz nicht auch, so im Innersten, dieses Gefühl ? Ich wenigstens hab’ es. Also ich, wenn ich nicht sehr aufpasse, habe ich sofort das Gefühl, daß der Geist der Neuzeit eben in dieser größeren Ordnung liegt und daß die Reiche von Ninive und Rom an irgendeiner Schlamperei zugrunde gegangen sein müssen. Ich glaube, die meisten Menschen empfinden so und setzen stillschweigend voraus, daß die Vergangenheit zur Strafe vergangen ist, für irgendetwas, das nicht in Ordnung war. Aber diese Vorstellung ist ja freilich eine Täuschung, der sich gebildete Menschen nicht hingeben sollten. Und darin liegt leider die Notwendigkeit der Macht und des Soldatenberufs !« 

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]t. 1chap. 75 : Le général Stumm von Bordwehr considère qu’une visite à Diotime fait une fameuse diversion aux obligations du servicetrad. Philippe JaccottetLe Seuil1995p. 403-404
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Le fait était qu’ils ne s’aimaient pas. Souvent, autrefois, ils avaient joué ensemble au tennis, ou s’étaient rencontrés dans des soirées, ils étaient sortis ensemble, avaient pris de l’intérêt l’un à l’autre et franchi ainsi imperceptiblement la frontière qui sépare l’ami intime auquel on se montre dans le désordre de ses sentiments, de tous ceux pour lesquels on se fait beau. Sans y prendre garde, ils s’étaient trouvés aussi intimes que deux êtres qui s’aiment depuis longtemps, qui même bientôt ne s’aimeront plus ; mais ils s’étaient dispensés de l’amour. Ils se disputaient tant qu’on aurait pu croire qu’ils se détestaient, mais ces disputes étaient à la fois un obstacle et un lien. Ils savaient qu’il suffirait d’une petite étincelle pour mettre le feu à leurs rapports. Si la différence d’âge avait été moins grande ou si Gerda avait été une femme mariée, il est probable que l’occasion eût fait le larron et que le larcin, au moins rétrospectivement, eût fait la passion : car on se met en amour comme on se met en colère, rien qu’en en faisant les gestes. Mais justement parce qu’ils savaient cela, ils ne les faisaient pas.

Die Sache war die, daß sie einander nicht liebten. Sie hatten früher oft gemeinsam Tennis gespielt oder sich in Gesellschaft getroffen, waren miteinander gegangen, hatten Anteil aneinander genommen und auf diese Weise unmerklich die Grenze überschritten, die einen vertrauten Menschen, dem man sich zeigt, wie man in seiner Gefühlsunordnung ist, von allen unterscheidet, vor denen man sich fein macht. Sie waren unversehens so vertraut geworden wie zwei, die sich schon lange lieben, ja fast schon nicht mehr lieben, aber hatten sich dabei die Liebe erlassen. Sie zankten einander aus, so daß man glauben konnte, sie möchten einander nicht, aber das war zugleich Hindernis und Verbindung. Sie wußten, daß nur ein kleiner Funke fehlte, um daraus ein Feuer anzurichten. Wäre der Altersunterschied zwischen ihnen geringer oder Gerda eine verheiratete Frau gewesen, so wäre wahrscheinlich aus der Gelegenheit der Dieb und aus dem Diebstahl wenigstens nachträglich eine Leidenschaft geworden, denn man redet sich in die Liebe hinein wie in den Zorn, wenn man ihre Gebärden macht. Aber gerade weil sie das wußten, taten sie es nicht.

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]t. 1chap. 73 : Gerda Fischeltrad. Philippe JaccottetLe Seuil1995p. 390