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L’énergie est la matière des matières. L’âme l’énergie des énergies. L’esprit est l’âme des âmes. Dieu est l’esprit des esprits.

Kraft ist die Materie der Stoffe. Seele die Kraft d[er] Kräfte. Geist ist die Seele der Seelen. Gott ist der Geist der Geister.

Novalis« Fragments logologiques » Œuvres complètesvol. 2 : Les fragmentstrad. Armel GuerneGallimard1975p. 54§ 24
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Penseur brut, discursif, voilà le scolastique. Un mystique de la subtilité, tel est le vrai scolastique. Il construit son univers d’atomes logiques : il abolit toute nature vivante pour lui substituer un ouvrage artificiel de la pensée. Son but est un automate infini. Son opposé est le poète brut, intuitif, qui est, lui, un macrologue mystique. Il hait la règle et la forme fixe : c’est la vie sauvage, énorme et puissante qui règne dans la nature, et y est en animation. Pas de loi nulle part – caprice et miracle partout. Il est purement dynamique.

Der rohe, discursive Denker ist der Scholastiker, der ächste Scholastiker ist ein mystischer Subtilist. Aus logischen Atomen baut er sein Weltall – er vernich­ tet alle lebendige Natur, um ein Gedankenkunststück an ihre Stelle zu setzen – Sein Ziel ist ein unendliches Automat. Ihm entgegengesezt ist der rohe, intuitive Dichter. Er ist ein mystischer Macrolog. Er haßt Regel, und feste Gestalt. Ein wil­ des, gewaltthätiges Leben herrscht in der Natur – Alles ist belebt. Kein Gesetz – Willkühr und Wunder überall. Er ist bloß dynamisch.

Novalis« Fragments logologiques » Œuvres complètest. 2 : Les fragmentstrad. Armel GuerneGallimard1975p. 49§ 13
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Vraiment philosopher entièrement est donc un vol de migration qu’on fait ensemble vers un monde aimé, un vol au cours duquel on se détache à tour de rôle au premier poste de pointe, celui qui rend nécessaire le plus gros effort contre l’élément hostile dans lequel on vole.

Achtes Gesammtphilosophiren ist also ein gemeinschaftlicher Zug nach einer geliebten Welt – bey welchem man sich wechselseitig im vordersten Posten, welcher die meiste Anstrengung gegen das widerstrebende Element, worinn man fliegt, nöthig macht, ablößt.

Novalis« Fragments logologiques » Œuvres complètesvol. 2 : Les fragmentstrad. Armel GuerneGallimard1975p. 48§ 3
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La critique qui se laisse annihiler par sa précarité se reproduisant, face aux dimensions définitives de l’affrontement, préfère se liquider : elle se contente désormais d’énoncer ce minimum que tout individu radical connaît comme la condition d’insuffisance que combat son désir de saisir sa vérité : « le dépassement de la politique ne laisse pas derrière lui un vide mais le développement pratique de la critique qui est entièrement à découvrir. » La révolution est alors « ce dont on ne saurait parler » : fait brut par excellence, scotomisation parfaite de ce qui, inexprimable, ne pourra manquer de se révéler mystiquement aux néo-adventistes de la vraie foi : au-delà des accidents de l’histoire, au-delà même de cet atome d’énergie où la patience de la « pensée qui se pense », acharnée à combattre la compréhension du négatif, investit son pouvoir de le comprendre comme l’anticipation, non terrorisée, de l’affirmation d’une dimension qui l’outrepasse. Plus d’autre issue pour la critique terrorisée que de se replier sur elle-même ! Chaque « objet » échaude sa crainte phobique de quoi que ce soit qui la mesure ou est, lorsqu’il lui parvient, corrompu par le défaut d’être advenu. La police critique refoule à la frontière passion et espèce, exhalations impures d’un événement qui, une fois dépassé le rêve d’une chose, ne ressemble plus en rien à la chose vue en rêve. Seule sa propre haleine lui est encore respirable, et elle ne se risque plus à parler que d’elle-même.

Giorgio Cesarano, Paolo Faccioli« Ce qu’on ne peut pas taire » Apocalypse et révolution [<em>Puzz</em>, n°20, juin-août 1975]trad. Lucien LaugierLa Tempête2020p. 237-238§ 9
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Aucune théorisation de couverture ne peut rendre à la subversion moderne, armée contre la domination trans-économique du capital, les formes historicisées de la violence, expression en droite ligne de la critique de l’économie politique. Nous ne sommes pas les héritiers des « révolutions vaincues ». Notre subversion se déclenche à partir d’une discontinuité. La rupture avec le passé, qui en combat toute survie dans le présent, ne rachète qu’ainsi celles de ses visées qui ne sont pas mortes. Nous ne parlons pas par la voix des morts : ils ne peuvent plus faire mieux qu’ils n’ont fait. Nous ne les reconnaîtrons jamais mieux qu’en portant la contradiction à leurs contradictions. Refuser la violence dramaturgique des brigadistes, ces révolutionnaires que leur profession rend clandestins à eux-mêmes, n’équivaut pas à une profession symétrique de pacifisme. Le moment critique ne peut se permettre d’ignorer la mutilation que l’histoire lui inflige en le privant d’une violence cohérente, qui ne soit pas aveugle à son sens. Trop longtemps, par les révolutionnaires eux-mêmes, la souffrance en a été adoucie en balançant le refus du terrorisme par la survalorisation de gestes abandonnés, fugaces, dérivés du syndrome d’une aversion devenue style de la vie courante. Pas plus que cette dimension anecdotique de la « violence » n’exprime davantage qu’une symptomatologie de la perception immédiate, mais inconséquente du négatif, sa décantation hétéronome, ici, ne compense l’autoconscience qui lui manque, la perception de sa propre insuffisance. À l’incendie, il ne manque le feu.

Giorgio Cesarano, Paolo Faccioli« Ce qu’on ne peut pas taire » Apocalypse et révolution [<em>Puzz</em>, n°20, juin-août 1975]trad. Lucien LaugierLa Tempête2020p. 234-235§ 5
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Le choix faussement qualitatif du conspirateur qui en poussant ce dernier à « fuir » la condition commune du non-vécu pour se construire une image fantasmatique de « héros » d’« avant-gardiste », de « nouveau résistant » non seulement surgèle, en se cristallisant, la passion latente mais transforme religieusement le sens vivant en un « signifié » liturgique, en symbologie. La vraie révolution sera toujours pour après sa mort : salut chrétien. Et les « masses » et le « peuple », les « majorités » rêvées, auxquelles la personnalité du conspirateur (devenue de façon ambiguë, d’autant plus clandestine qu’elle est plus affichée) s’adresse en tant que message publicitaire électrisant, devraient οu se mettre, fascinées, à suivre ses pas pour tenter l’ultime auto-valorisation possible en s’évadant à leur tour de la vraie guerre quotidienne contre l’intériorisation organisée du fictif, οu, et pour la plus grande part, vivre en songe ses « aventures », en réitérant la condition d’impuissance dont on aurait voulu les faire sortir, ainsi, à bon compte.

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La participation militante au référendum trace la ligne de démarcation à l’intérieur de « l’extrême-gauche ». C’est ici le lieu d’un premier règlement de compte : tandis que Lotta continua, Avanguardia Operaia et autres s’alignent sur la « politique » institutionnelle dans la mystification de la mystification et parlent de « victoire prolétarienne » cherchant ainsi à occuper le vide historique déjà occupé par le PCI (l’opposition fictive) les Brigades rouges et autres font irruption sur le marché en tant qu’opposition créditrice de la future opposition réelle, pour l’« alternative » dans la gestion de l’existant au nom de l’idéologie du contre-pouvoir (préliminaire à la « dictature du prolétariat »). Les formations militantes se distinguent des formations « militaires » de l’ultra-gauche – prenant réciproquement leurs distances – surtout dans leur manière de se définir face à la crise du système. Les premières essentiellement social-démocrates jouent le rôle immédiatiste d’instances rationalisatrices, moralisatrices et démagogiquement populistes, nient l’évidence considérée de la crise structurelle, dénonçant l’apocalypse capitaliste, comme une mise en scène sans vouloir οu savoir y reconnaître le déguisement d’une réalité socialement explosive ; les secondes, néo-léninistes voient dans la crise la désagrégation du système capitaliste bourgeois, comme s’il s’agissait encore et seulement de ce dernier, et en mettent en évidence les aspects les plus spectaculairement scandaleux par leurs actions d’efficacité « managériale », mais se plaçant dans l’optique des « théories révolutionnaires » tiers-mondistes, anticipant, dans les méthodes et les analyses sur le rôle qu’ils s’attribuent d’héritiers du pouvoir, au nom d’une « dictature du prolétariat » parodiée et de toute façon obligatoire à toutes les idéologies de la « transition ». Leur retard théorique leur permet de s’enticher de toute la fascination romanesque émanant des idéologies du passé, vaincues par la contre-révolution et dépassées par le mouvement réel. Les distances prises par les militants par rapport aux « militaires » traduit d’ailleurs, particulièrement dans leurs « distinctions » circonspectes le secret d’une envie-crainte, haine-amour, qui préfigure un possible transfert de forces, au fur et à mesure que la destruction purement verbale laissera plus que jamais insatisfaites les nostalgies « héroïques » des militants, et que les rêves interdits d’une « ostentation » phallique (phallophories) meurtrière promettent d’échanger une mortification de trappiste contre un sacrifice de kamikaze.

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Le capital parvenu à la domination réelle de toute forme de production et de reproduction de l’existant résume en lui l’histoire entière des sociétés de classe et, débordant la sphère spécifique de l’économie politique, soumet à sa propre valorisation devenue autonome toutes les sphères autrefois séparées de l’être individuel et social devenu en totalité le produit de son organisation. Le capital aujourd’hui dominant se définit par son caractère fictif : l’essence virtuelle et créditrice de toute « propriété ». « Dans le crédit, à la place du métal et du papier c’est l’homme lui-même qui devient l’intermédiaire de l’échange, non certes comme homme mais bien comme existence d’un capital et des intérêts… Dans le système du crédit ce n’est pas l’argent qui est aboli, mais c’est l’homme lui-même qui se transforme en argent, en d’autres termes l’argent se personnifie dans l’homme » (Marx). Le caractère fictif se généralisant, l’anthropomorphose du capital est un fait accompli. Ici, se révèle le mystérieux sortilège grâce auquel le crédit généralisé, par lequel est atteint tout échange (qui est constamment échange d’apparences dilatoires : du billet de banque à la traite, du contrat de travail au contrat nuptial, aux rapports « humains » et familiaux, aux études et aux divers diplômes et carrières qui leur sont liés, aux promesses de toute idéologie), imprime à l’image de son vide uniforme le « cœur de ténèbres » de toute « personnalité » et de tout « caractère ».

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La contradiction qui affecte beaucoup de ces rackets politiques dérive du fait qu’ils théorisent en même temps l’autonomie du prolétariat (vu, dans certains cas, comme l’ouvrier collectif ). Or, réclamer l’autonomie, c’est-à-dire la séparation vis-à-vis du capital – sinon cela ne veut rien dire – c’est réclamer une abstraction, puisque le prolétariat ne peut exister que si le capital est posé en même temps. L’autonomisation ne peut être envisagée qu’en tant que phase initiale du processus de négation du prolétariat, donc destruction du capital. Constatant son rôle toujours moindre dans le procès de valorisation, le prolétariat en tire la conclusion de l’inutilité de son esclavage salarié et brise les liens qui l’unissent au capital. Il pousse sa propre négation – déjà opérante sous le règne du capital, mais sous forme mystifiée avec la généralisation de la forme salariale – dans toute la réalité sociale et sa disparition est la disparition des classes. La séparation d’avec le capital implique que le prolétariat se constitue en parti personnifiant sa propre négation, car elle implique la formation de la Gemeinwesen (communauté) qui dominera l’ensemble automatisé et le fera fonctionner pour la satisfaction des besoins humains.

La théorie du parti – théorie du prolétariat – ne peut être saisie uniquement dans les textes dits politiques de Marx et d’Engels, tel le Manifeste, les résolutions de l’A.I.T., etc., parce que ces œuvres considèrent le prolétariat surtout dans se réalité immédiate et envisagent le parti formel, à l’époque, possible. Alors, le prolétariat devait encore généraliser son existence, pousser au développement du capital et, s’il prenait le pouvoir se constituait en classe dominante, il avait à réaliser des tâches qui le furent par la suite de la part du capital. Aujourd’hui seul le parti historique est possible. Tout parti formel n’est qu’une organisation rapidement résorbée sous forme de racket ; il en est d’ailleurs de même pour tout groupe structuré ou non qui pense œuvrer à la reformation du parti ou à la création des conseils. Le parti historique ne peut être réalisé que par le mouvement du prolétariat se constituant en classe. On ne peut comprendre un tel mouvement que par l’étude des œuvres de Marx (Le Capital, les Fondements) où celui-ci examine de façon approfondie le mode de production capitaliste. C’est là qu’est expliqué intégralement ce qu’est le prolétariat et son devenir en liaison avec celui du capital.

Toute autre conception de la formation du parti, telle celle fondée sur la théorie de la conscience venant de l’extérieur repose sur la négation implicite de la proposition : le prolétariat sera le réalisateur de la théorie.

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Si le capital domine tout au point de pouvoir s’identifier avec l’être social, il semble, sur cette base, disparaître. Tel est le fétichisme le plus aveuglant jamais produit par la valeur d’échange dans l’histoire de sa propre autonomisation. Sur cette base en effet peut surgir une catégorie « neutre » comme celle de société industrielle, et son rejeton la société de consommation. Alors peut disparaître et disparaît dans les faits toute distinction possible entre le travail abstrait qui valorise le capital (le prolétariat), ou qui rend possible la vie totale de son être (nouvelles classes moyennes), et l’activité humaine en général telle qu’elle se déroulait aux époques pré-capitalistes.