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Publié en 1982

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Mode : Lu

La mélancolie aiguë affecte souvent celles qui ont pénétré fort avant en la Matière alors que gloussements espiègles et humeur folâtre semblent l’apanage de celles qui en sont aux tout premiers stades. Les jeunes Donzelles enamourées se distinguent par leur faiblesse de concentration, leur manque de réflexion, leur tendance à gigoter, gambader, gambiller et poser un œil baladeur sur toute belle brûlante du même désir de batifoler.
Surviennent les frissons, les fièvres nocturnes, la maniacale et bizarre habitude d’inventorier des objets aussi communs que les pavés, les bonnets de hussards (lors qu’elles habitent Londres), les flèches de clocher, les panerées de mûres, les pattes de robes, les sabots de chevaux et les étoiles des cieux.
Dans les six à huit semaines qui suivent, cet état fait place à une grande sobriété accompagnée de pensées de transmigration et lévitation, de myopie et brûlures. L’œil larmoie, le souffle se précipite, la rate se dilate, l’épiglotte va et vient, avalant le cœur en un mouvement perpétuel. Sur quoi l’on voit les veines enfler, les nerfs se crisper, les paumes se couvrir de sueur, les pieds perdre leur agilité, les viscères se contracter et, de même que, dans l’ancien temps, une personne atteinte d’hydrophobie aiguë croyait en son urine voir flotter une portée de chiots, de même dans les eaux de la Jouvencelle morfondue peut-on voir se profiler, aussi menue qu’une graine de carvi, la longue silhouette drapée de Vénus, un trident dans la main droite et une guêpe chasseresse sur le poignet gauche.
On a ouï dire que l’une de ces malheureuses, à l’agonie, croisa une entière académie de Traînées couchées sur une conque marine, lesquelles se mirent à cracher le feu et à faire rage jusqu’à ce que le corps du fluide fût à ce point embrasé dans le vase de nuit qu’il ressemblât à du brandy brûlant : il se répandit alors sur l’Infortunée, la pénétra dans un nuage de fumée et, en moins d’une seconde, ne laissa plus d’elle que des charbons ardents.
Quoi qu’il en soit, d’aucunes tiennent que la maladie et ses symptômes présentent des formes trop variées pour autoriser la moindre classification : il faudrait minutieusement décrire la totalité de l’Anatomie pour cerner ne fût-ce que le plus petit cirre de l’Affection, de l’Affliction et de l’Angoisse.
Certaines Damoiselles sont d’une telle complexion que rien, fors la vanité blessée, ne saurait les déconcerter. Tressant du lierre dans leur chevelure et rehaussant leurs tempes d’un brin de laurier, elles fredonnent sans désemparer leur rengaine favorite « Moi je suis moi ! » sans daigner s’inquiéter de rien sinon de la réplique « Et après ? » question qui a l’heure de les plonger dans une telle fureur qu’elles seraient toutes prêtes à mettre en lambeaux les toilettes de leurs compagnes : le visage soudain convulsé d’un si vain orgueil qu’il ne laisse point d’évoquer celui de la louve spoliée de ses petits.
D’aucunes, pourtant, sont d’une autre trempe. Toujours tendres et câlines, elles n’ont point de plus grand plaisir que de se prodiguer en sacrifices et cadeaux, et de joncher le sol de roses à l’approche de leur bien-aimée. Elles ont l’œil limpide, le coin des lèvres retroussé, les cheveux soyeux de l’enfance, la bonne mine, le caractère égal, le cœur fier et ce courage qui souvent passe pour folie. A toute heure on peut compter sur elles et, mortes et enterrées, elles gardent encore les traits réguliers de l’horloge loyale qui, n’ayant jamais avancé ni retardé, a sonné l’heure exacte tout au long du séjour terrestre. Et si, désormais condamnées au silence, elles cessent de témoigner c’est parce que le Seigneur, brandissant ses ciseaux, a coupé les balanciers.

Acute Melancholy is noticeable in those who have gone a long Way into this Matter, whereas a light giggling, dancing Fancy seems to support those in the very first Stages ; brief of Thought ; cut of Concentration ; a Tendency to hop, skip and jump, and to misplace the Eye at every single or several Manifestation of Girl in like Distemper.
Chill succeeds, and Restlesness at Night, or unaccountable Tabulation of unimportant Objects, such as FlagStones (Busbys an she be in London !) Steeples, Mulberries in Baskets, Tabs to Dresses, Hooves to Horses, and Stars in the Sky.
This gives place, in from six to eight Weeks, to a Sobriety that includes thoughts of Transmigration, Levitation, Myopia and Blight. The Eye trickles, the Breath is short, the Spleen is distended, and the Epiglottis rises and falls like the continual swallowing of the Heart. Whereupon the Veins are seen to lift themselves, the Nerves twitch, the Palms become moist, the Feet lose their activity, the Bowels contract, and, as in the old Days when a Person in the last stages of Hydrophobia sometimes found small Whelps in the Urine, in the Waters of such is seen the fully Robed on-marching Figure of Venus no larger than a Caraway Seed, a Trident in one Hand an d a Gos-Wasp on the left Fist.
One such, in the Death Agony, is said to have passed a whole School of Trulls, couched on a Conch Shell, which such, emitting Fire, raged until they had brought the Body of the Fluid to such Flame in its Night Vase, that it resembled a burning Brandy, and so ran upon the Sufferer that she was seen to be re-entered in a burst of Smoke, and was thus, in less than a Second, a charred and glowing Ember. Be this as it may, there have been some and several who hold the Sickness and the Signs of such are diverse to the Point where Classification becomes almost impossible ; an whole Anatomy would needs be penned to get at so much as the smallest Tendril of the Malady, Grief and Agony.
Others be of a Temper that nothing will discountenance them save Vanity. These are seen twining Ivy in their Hair, or dashing a Sprig of Bay athwart the Temples, while intoning, « I am I ! » nor deigning to have Trouhle whatsoever, unless someone demand « What of it ? » which does send them into such a Fury that the very Raiment of their Company is in Danger, and so distorted are their Faces by bootless Pride, that they resemhle, in no small degree, the Wolf despoiled of her Litter.
Still others are of a different Dye, and are sweet and tender always, and find much Pleasure in making Sacrifices and Gifts, and in strewing Roses before the oncoming of their Adored. In such one sees the limpid Eye, the upcurved Mouth, the silken Child’s Hair, the bonne mine, the regnant Temper, the strong Heart and the Courage that goes for Folly. Such can be counted on at all hours, and are buried when dead, with the look of the good Clock which has heen never slow or fast, but has tolled the exact hour for the duration of Mortality, and is silenced only and unrecording, for that the Lord put forth his Shears and cut down the Weights.

Mode : Lu

Aussi coupante dans sa dérision qu’un instrument chirurgical, la voix résonnait d’un bout à l’autre de l’année, jour après jour, sans parvenir à d’autre conclusion que celle-ci :
--- J’ai tâté tous les procédés, mathématiques, poétiques, statistiques et rationnels pour pénétrer au cœur de ce désordre appelé filles. Filles ! Et nulle part je n’ai pu découvrir la source où la femme puise cette prérogative qui la rend si habile à prodiguer la Béatitude à nulle autre pareille. Qui lui a imparti les instructions, la sagacité et la turpitude nécessaire ? Où et dans quelle chambre obscure l’arbre fut-il à ce point coupé de Vie que la branche dût se tourner vers la branche et faire des coursonnes un jardin d’extase ?
Un rire joyeux accueillit ces mots et l’on put voir Dollie Dingue, en vaste basin à ramages de fleurs de pommiers courir allègrement derrière les charmes démesurés de Senorita Butineuse, adpte forcenée de la Marche vrombissante sur Rome.
--- De mon temps, poursuivit Patience Scalpel, les Femmes avaient assez de tracas à roussiner avec le père de leurs enfants. Qu’est-ce donc, en cet an de grâce, qui fait la pareille s’apparier avec la pareille, sans jamais entre elles l’écran d’une barbe, écorce contre écorce, dût-on les écaler jusqu’à la l’amande ? M’est avis – dit-elle rêveusement, levant ses yeux semés d’étoiles vers les branchages où, fidèle à la méthode pérouvée, un vanneau était tout à la joie de s’accoupler et de s’assurer une couvée – qu’elles aiment surtout l’Heure qui sonne et feraient volontiers fi des moments qui l’engendrent.
Après un instant de réflexion elle ajouta plaisamment :
--- Putes ! Les Mères de bonne volonté devraient-elles se mettre à l’œuvre pour donner à ces fines bouches une nouvelle génération ? Elles-mêmes ne concevront point d’enfançonnes à moins que l’Une de nous ne emtte bas ! Eh bien, je ne serai point celle-là. Elles plumeront qui elles pourront. Mes filles, elles, en justes noces convoleront !

Thus her Voice was heard throughout the Year, as cutting in its Derision as a surgical Instrument, nor did she use it to come to other than a Day and yet another Day in which she said, « I have tried all means, Mathematical, Poetical, Statistical and Reasonable, to come to the Core of this Distemper, known as Girls ! Girls ! And can nowhere find where a Woman got the Account that makes her such a deft Worker at the Single Beatitude. Who gave her the Directions for it, the necessary Computation and Turpitude ? Where, and in what dark Chamber was the Tree so cut of Life, that the Branch turned to the Branch, and made of the Cuttings a Garden of Ecstasy ? »
Merry Laughter rose about her, as Doll Furious was seen in ample dimity, sprigged with Apple Blossom, footing it fleetly after the proportionless Persuasions of Senorita Fly-About, one of Buzzing Much to Rome !
« In my time », said Patience Scalpel, « Women came to enough trouble by lying abed with the Father of their Children. What then in this good Year of our Lord has paired them like to like, with never a Beard between them, layer for layer, were one to unpack them to the very Ticking ? Methinks », she mused, her Starry Eyes aloft, where a Peewit was yet content to mate it hot among the Branches, making for himself a Covey in the olden Formula, « they love the striking Hour, nor would breed the Moments that go to it. Sluts ! » she said pleasantly after a little thought, « Are good Mothers to supply them with Luxuries in the next Generation ; for they themselves will have no Shes, unless some Her puts them forth ! Well I’m not the Woman for it ! They well have to pluck where they may. My Daughters shall go amarrying ! »

Mode : Lu

L’air s’offre au corps, la seule chose que tout le monde possède de toute façon. Jamais le sport ne fut mis à l’honneur, pratiqué, planifié autant que de nos jours, jamais on n’a tant attendu de lui. Il passe pour être une activité saine, le cœur du sportif a supplanté celui du joyeux buveur de bière. La peau bronzée confère sans plus l’éclat de la santé, c’est le sud ou la montagne qu’elle incarne au pays. On prend son parti du fait que dans des conditions de vie restées bourgeoises, le sport abêtit, et que dès lors il est encouragé par ceux d’en haut.

[Die Luft] bietet sich dem Körper an, der ohnehin jedem gehört. Nie wurde mehr Sport gewünscht, getrieben, geplant als heute, nie mehr von ihm erhofft. Er gilt als gesund, das Sportherz hat das Bierherz verdrängt. Gebräunte Haut macht ohne weiteres blühend, bringt Süden oder Höhe fleischgeworden herbei. In Kauf wird genommen, daß Sport in gebliebenen bürgerlichen Zuständen oft verdummt, also schon deshalb von oben gefördert wird.

Ernst BlochLe Principe espérance [1954]t. 2 : Les épures d’un monde meilleurchap. 34 : Le corps s’exerce, tout va bientrad. Françoise WuilmartGallimard1982
Mode : Lu

La vérité, je le pense, n’est connue que par celui qu’elle concerne, s’il veut en faire part, il devient automatiquement un menteur. Tout ce qui est communiqué ne peut être autre chose qu’altération et falsification, on n’a donc jamais communiqué que des choses altérées et falsifiées. La volonté d’être véridique est, comme tout autre chemin, le plus rapide pour fausser et falsifier une situation. Coucher sur le papier une époque, une période de la vie et de l’existence, peu importe son éloignement dans le passé, peu importe sa longueur ou sa brièveté, c’est agglomérer des centaines, des milliers, des millions d’altérations et de falsifications qui sont toutes familières à celui qui écrit et décrit comme autant de vérités, de pures vérités. La mémoire s’en tient exactement aux événements, s’en tient à la chronologie précise mais ce qui en résulte est tout autre chose que ce qui a été effectivement. Ce qui est décrit fait voir nettement une chose qui assurément correspond à la volonté d’être véridique de celui qui décrit mais non à la vérité car la vérité n’est absolument pas communicable. Nous décrivons un objet en croyant que nous l’avons décrit fidèlement, conformément à la vérité, et nous devons constater que ce n’est pas la vérité. Nous faisons voir nettement une situation, ce n’est pas, ce n’est jamais la chose que nous avons voulu faire voir nettement, c’est toujours une autre. Il nous faut bien dire que nous n’avons jamais rien communiqué qui eût été la vérité mais toute notre vie nous n’avons pas renoncé à la tentative de dire la vérité. Nous voulons dire la vérité mais nous ne disons pas la vérité. Nous décrivons une chose véridiquement mais la chose décrite est autre chose que la vérité. Nous devrions voir l’existence comme la situation que nous voulons décrire mais, quels que soient nos efforts, à travers ce que nous avons décrit nous ne voyons jamais la situation. Reconnaissant ce fait, nous aurions dû depuis bien longtemps renoncer à vouloir écrire la vérité et nous aurions donc dû renoncer à l’écriture en général. Comme il n’est pas possible de communiquer, donc de montrer la vérité, nous nous sommes satisfaits de vouloir écrire et décrire la vérité tout en sachant que la vérité ne peut jamais être dite. La vérité que nous connaissons est logiquement le mensonge qui, du fait que nous le rencontrons inévitablement, est la vérité. Ce qui est décrit ici est et n’est pas la vérité parce que ce ne peut être la vérité. Dans toute notre existence de lecteur nous n’avons jamais lu une vérité même si nous avons sans cesse lu des faits. Sans cesse rien que le mensonge-vérité, la vérité-mensonge et cætera. Ce qui importe c’est si nous avons la volonté de mentir ou celle de dire et écrire la vérité même si cela ne peut jamais être, si ce n’est jamais la vérité. Toute ma vie j’ai toujours voulu dire la vérité même si je sais à présent que ce que je disais était mensonge. Au bout du compte, ce qui importe seulement c’est la part de vérité qu’il y a dans le mensonge. La raison m’a depuis longtemps interdit de dire et écrire la vérité parce qu’en le faisant on n’a dit et écrit qu’un mensonge mais l’écriture est pour moi une nécessité vitale. C’est pour cela, c’est pour cette raison, que j’écris même si tout ce que j’écris n’est pourtant rien qu’un mensonge qui est transporté par moi comme une vérité. Certes nous pouvons exiger la vérité mais la sincérité nous démontre que la vérité n’existe pas. Ce que nous décrivons ici est la vérité et ce n’est pas elle pour la simple raison que la vérité n’est pour nous qu’un vœu pieux.

Die Wahrheit, denke ich, kennt nur der Betroffene, will er sie mitteilen, wird er automatisch zum Lügner. Alles Mitgeteilte kann nur Fälschung und Verfälschung sein, also sind immer nur Fälschungen und Verfälschungen mitgeteilt worden. Der Wille zur Wahrheit ist, wie jeder andere, der rascheste Weg zur Fälschung und zur Verfälschung eines Sachverhalts. Und eine Zeit, eine Lebens-, eine Existenzperiode aufzuschreiben, gleich, wie weit sie zurückliegt, und gleich, wie lang oder kurz sie gewesen ist, ist eine Ansammlung von Hunderten und von Tausenden und von Millionen von Fälschungen und Verfälschungen, die dem Beschreibenden und Schreibenden alle als Wahrheiten und als nichts als Wahrheiten vertraut sind. Das Gedächtnis hält sich genau an die Vorkommnisse und hält sich an die genaue Chronologie, aber was herauskommt, ist etwas ganz anderes, als es tatsächlich gewesen ist. Das Beschriebene macht etwas deutlich, das zwar dem Wahrheitswillen des Beschreibenden, aber nicht der Wahrheit entspricht, denn die Wahrheit ist überhaupt nicht mitteilbar. Wir beschreiben einen Gegenstand und glauben, wir haben ihn wahrheitsgemäß und wahrheitsgetreu beschrieben, und müssen feststellen, es ist nicht die Wahrheit. Wir machen einen Sachverhalt deutlich, und es ist nicht und niemals der Sachverhalt, den wir deutlich gemacht haben wollen, es ist immer ein anderer. Wir müssen sagen, wir haben nie etwas mitgeteilt, das die Wahrheit gewesen wäre, aber den Versuch, die Wahrheit mitzuteilen, haben wir lebenslänglich nicht aufgegeben. Wir wollen die Wahrheit sagen, aber wir sagen nicht die Wahrheit. Wir beschreiben etwas wahrheitsgetreu, aber das Beschriebene ist etwas anderes als die Wahrheit. Wir müßten die Existenz als den Sachverhalt, den wir beschreiben wollen, sehen, aber wir sehen, so sehr wir uns bemühen, durch das von uns Beschriebene niemals den Sachverhalt. In dieser Erkenntnis hätten wir längst aufgeben müssen, die Wahrheit schreiben zu wollen, und also hätten wir das Schreiben überhaupt aufgeben müssen. Da die Wahrheit mitzuteilen und also zu zeigen, nicht möglich ist, haben wir uns damit zufriedengestellt, die Wahrheit schreiben und beschreiben zu wollen, wie die Wahrheit zu sagen, auch wenn wir wissen, daß die Wahrheit niemals gesagt werden kann. Die Wahrheit, die wir kennen, ist logisch die Lüge, die, indem wir um sie nicht herumkommen, die Wahrheit ist. Was hier beschrieben ist, ist die Wahrheit und ist doch nicht Wahrheit, weil es nicht die Wahrheit sein kann. Wir haben in unserer ganzen Leseexistenz noch niemals eine Wahrheit gelesen, auch wenn wir immer wieder Tatsachen gelesen haben. Immer wieder nichts anderes als die Lüge als Wahrheit, die Wahrheit als Lüge et cetera. Es kommt darauf an, ob wir lügen wollen oder die Wahrheit sagen und schreiben, auch wenn es niemals die Wahrheit sein kann, niemals die Wahrheit ist. Ich habe zeitlebens immer die Wahrheit sagen wollen, auch wenn ich jetzt weiß, es war gelogen. Letzten Endes kommt es nur auf den Wahrheitsgehalt der Lüge an. Die Vernunft hat es mir schon lange verboten, die Wahrheit zu sagen und zu schreiben, weil damit doch nur eine Lüge gesagt und geschrieben ist, aber das Schreiben ist mir die Lebensnotwendigkeit, darum, aus diesem Grunde schreibe ich, auch wenn alles, was ich schreibe, doch nichts als Lüge ist, die sich als Wahrheit durch mich transportiert. Wir können wohl Wahrheit verlangen, aber die Aufrichtigkeit beweist uns, daß es die Wahrheit nicht gibt. Was hier beschrieben ist, ist die Wahrheit, und sie ist es nicht aus dem einfachen Grund, weil die Wahrheit uns nur ein frommer Wunsch ist.

Thomas BernhardLa cave [1976]trad. Albert KohnGallimard1982p. 38-41
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A calm sentence like a story. I used to know a man who had a dog and I followed their steps in the snow, I got into the habit of walking just as far as they did every day. At the same time I also knew a woman whose husband had seven guns. I used to know a woman who’s the woman who married Neil Simon. I like the woman who used to work in the Lenox market, she never wears boots, then she retired. In New England the women are often more exciting than the men, Lewis thinks so too, I don’t know why. There’s a tribe somewhere where people say about the men, look how he’s changed since he’s had children, he looks awful !

Mode : Lu

I ask are you finished, you seem to want mine. There’s only time left to tell how the floors met the walls and we saw centipedes all the time crawling across the carpets which were green beneath the blue glass table which was a mirror with a plate of balls on it under the windows which on some days we cleaned but not too well so we wouldn’t fall out like my mother did not but someone else’s mother did and she died but my sister fell out once with a piece of cheese in her hand but she was so embarrassed and ashamed she didn’t tell anyone and just got up after I had already tried to compare with her how sex for us might be different but then we got into trouble again and resorted to the cellar to tear each other’s hair out and teach tongue-kissing.

Mode : Lu

The sauce is done. Then I went to visit a girlfriend of mine who was going to a Jesuit college in Syracuse. When I came home Bob met me at the airport, it was the first time I’d flown and I had fallen in love with someone and that was Ed. We went back to my house in Ridgewood, this was when I was trying to go to Barnard but it took me two hours to get there. Bob’s mother had given me a wedding shower because my grandfather had given me my mother’s diamond ring and she took that to mean we were engaged since she was worried anyway I’d get pregnant before we got married, though she was relieved that Bob wasn’t queer after all. I didn’t know anything about birth control. We had set a date for the wedding and arranged a reception but the place we were going to have it in burned down. Bob’s mother worked as a maker of wedding gowns. So that night in my house I told Bob to watch me sleep because I was afraid to sleep otherwise. In the middle of the night I sat up in bed, he said, and asked him a question. After that he always understood that I was no longer in love with him. I didn’t know what Ed wanted to do but a couple of days later he came to my house and said I want to live with you, meet me in two weeks. The night before I was supposed to leave I went out with Grace who a while before had been in such a bad car accident she was still walking with a cane. We went to a bar and I left with a minor league baseball player who had an MG, Grace left with somebody else and we met later at my house. I missed the taxi I had called to make the early plane but I caught a later one and when Grace woke up in my house all alone my grandfather mistook her for me even though she has red hair and he called her Bernie. When Grace left my neighbor Tex told her he’d seen the taxi and wondered what was going on, he’s the one who had said when my father died, « Who’s that ? »