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Publié en 1999

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Mode : Lu

Dans le cadre d’une série d’émissions sur Maurice Ravel diffusée jadis sur les antennes de France-Musique, le responsable de ladite série mit d’emblée en garde ses auditeurs contre la tentation de percer de force la personnalité un peu énigmatique de l’auteur du Boléro – musicien qui, au dire de Roland-Manuel, « n’avait d’autre secret que le secret de son génie » – tentative selon lui toujours décevante. Il raconta à ce sujet la mésaventure arrivée à l’un de ses proches, qui a sa place ici car elle résume de manière parfaite l’échec qui attend celui qui entend découvrir l’intimité psychologique d’une personne et ce que j’appelle son « identité personnelle ». L’ami en question, fils d’un imprimeur – mais imprimeur de quartier, c’est-à-dire d’affiches et d’affichettes, de billets, de formules pouvant être utilisées par de nombreuses personnes ou collectivités dans telle ou telle circonstance : cette précision peut seule mettre sur la voie de la solution de l’énigme proposée aux auditeurs de France-Musique par le présentateur de l’émission et est indispensable à la compréhension de sa solution, comme on va le voir –, reprit à la mort de son père la succession de l’imprimerie et, en faisant l’inventaire des lieux au lendemain des funérailles, tomba sur une épaisse enveloppe cachetée portant, inscrite de l’écriture de son père, la mention À ne pas ouvrir. Déférant au vœu posthume de son père, et quoique rongé par la curiosité, notre imprimeur respecta le secret paternel pendant environ six années, longues à passer, au terme desquelles il se décida à violer le secret et à ouvrir l’enveloppe. Ce qu’il trouva dans l’enveloppe, je vous le laisse deviner, ajouta le musicologue ; mais je vous livrerai la clef de l’énigme à la fin de cette série d’émissions, soit vendredi prochain vers midi. C’est ainsi que nous dûmes attendre cinq jours, l’émission ayant débuté un lundi matin, qui furent également longs à passer, pour apprendre que l’enveloppe mystérieuse contenait une centaine d’étiquettes identiques sur lesquelles était imprimée la mention qui figurait sur l’enveloppe : À ne pas ouvrir.

Ce que l’imprimeur junior avait pris pour une injonction testamentaire n’était ainsi que le simple repère par lequel son père avait signalé l’enveloppe où se trouvait le stock d’une formule banale destinée à sa clientèle. Le présentateur de l’émission avait pris soin de nous prévenir, dès le lundi, que la violation du secret s’était révélée décevante, – second indice en somme, après la précision sur la nature de l’imprimerie gérée par ses amis ; mais il aurait fallu un Sherlock Holmes pour savoir les utiliser. Pour décevante, elle le fut au-delà de toute attente ; et on s’imagine aisément la mine du fils qui dut regretter amèrement ces six années taraudées par une incertitude lancinante ; un peu comme l’héroïne de La parure, dans Maupassant, regrette à la fin de la nouvelle sa vie perdue, entièrement passée à rembourser un bijou réputé de grande valeur et qui se révèle finalement n’avoir jamais été qu’un faux. Non seulement l’enquêteur ne trouve rien, mais il trouve quelque chose qui est si l’on peut dire encore moins que rien : la simple répétition d’une formule qu’il connaissait déjà et avait ressassée pendant six ans, formule dont les imprimés enfin décachetés figurent une cruelle et ironique réplique. Cauchemar de structure abyssale, d’éternellement différer à ouvrir quelque chose alors qu’il n’y a rien à ouvrir, sinon l’invitation à ne pas ouvrir répétée à l’infini, comme par le fait d’une machine détraquée dont on ne peut plus interrompre la production.

Ainsi notre imprimeur ne tombe pas sur un secret décevant, mais sur rien (tel quelqu’un qui ouvre une porte fausse et s’écrase contre un mur). « À ne pas ouvrir » ne cache rien et n’ouvre sur rien. On connaît le mot célèbre d’Héraclite : « Le dieu qui est à Delphes ne cèle ni ne décèle, mais il fait signe ». L’oracle rendu par la lettre décachetée est beaucoup plus obscur : il ne cèle ni ne décèle, mais en plus ne suggère rien. Il en va de même du sentiment de l’identité personnelle, qui est elle aussi comme une enveloppe dont le contenu est vide, ou si l’on préfère rempli d’un même message muet, répété à l’infini et sans variation significative.

Du reste, lorsqu’on dit de quelqu’un qu’on le « connaît bien », on veut généralement dire par là qu’on a repéré le caractère répétitif de son comportement et qu’on est par conséquent à même de prévoir, presque à coup sûr, son comportement dans telle ou telle circonstance donnée. Ce qui signifie qu’on a bien compris son « rôle » (que l’espagnol rend parfaitement par le mot papel, le papier, le texte) et sa logique répétitive. Or il va de soi que ce rôle concerne son comportement social et que par conséquent la personne que l’on dit ainsi connaître n’est pas une identité personnelle mais une identité sociale, – le « suivi » de son comportement qui se répète à l’instar des formules répétitives contenues dans l’enveloppe de l’imprimeur.

On pourrait naturellement objecter que l’imprimeur fils aurait pu trouver, au lieu de ce qu’il a réellement trouvé, quelque chose de tout autre : par exemple « C’est moi qui ai étranglé la fillette », comme dans La petite Roque de Maupassant, ou encore « C’est moi qui ai tué la vieille », comme dans Crime et châtiment de Dostoïevski. Mais il s’agirait, là encore, d’un renseignement concernant des faits, socialement observables ou vérifiables, même si la tâche est parfois malaisée ou même impossible ; pas de l’expression d’un état d’âme. Ce qui « parlerait » ainsi, ce serait toujours l’identité sociale. Ce qui en revanche ne dit jamais rien, c’est l’identité personnelle. L’enveloppe absolument vide, comme c’est le cas dans l’anecdote rapportée plus haut, est le cas général dont tous les autres ne sont que des variantes ou des figures apparemment différentes.

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Tout le mal du romantisme provient de la confusion entre ce qui nous est nécessaire et ce que nous désirons. Nous avons tous besoin de choses indispensables à la vie, à son maintien et à sa continuité ; et nous désirons tous une vie plus parfaite, un bonheur total, la réalisation de nos rêves […]

Il est humain de vouloir ce qui nous est nécessaire, et il est humain aussi de désirer, non ce qui nous est nécessaire, mais ce que nous trouvons désirable. Ce qui est maladif, c’est de désirer avec la même intensité le nécessaire et le désirable, et de souffrir de notre manque de perfection comme on souffrirait du manque de pain. Le mal romantique, le voilà : c’est vouloir la lune tout comme s’il existait un moyen de l’obtenir.

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Je relis passivement – et j’en retire comme une inspiration, comme une délivrance - ces phrases toutes simples de Caeiro, parlant tout naturellement des dimensions modestes de son village, et de ce qui en découle. De là, dit-il, et parce que son village est tout petit, on peut voir davantage de l’univers que depuis la ville ; c’est en quoi le village est plus grand que la ville :

« Parce que j’ai la dimension de ce que je vois,
Et non pas celle de ma taille »

Des phrases comme celles-là, qui semblent pousser toutes seules, sans être dictées par une volonté quelconque, me lavent de toute la métaphysique que j’ajoute spontanément à la vie. Après les avoir lues, je m’en vais à ma fenêtre, qui donne sur une rue étroite, je regarde le vaste ciel et ses astres nombreux, et je me sens libre, porté par une splendeur ailée dont la vibration frémit dans mon corps tout entier.

« J’ai la dimension de ce que je vois » ! Chaque fois que je médite cette phrase, avec l’attention de tous mes nerfs, elle me semble, toujours davantage, destinée à rebâtir astralement l’univers. « J’ai la dimension de ce que je vois » ! Quelle puissance mentale sans limites, que celle qui va du puits de nos émotions les plus profondes jusqu’aux étoiles les plus lointaines, qui s’y reflètent et, d’une certaine manière, s’y trouvent ainsi à leur tour.

Dès lors, conscient d’avoir appris à voir, je contemple la vaste métaphysique objective des cieux infinis, avec une assurance qui me donne envie de mourir en chantant. « J’ai la dimension de ce que je vois » ! Et la vague clarté lunaire, totalement mienne, commence à abîmer de sa lueur indécise le bleu à demi noir de l’horizon.

J’ai envie de lever les bras en criant des choses d’une sauvagerie inconnue, de lancer des phrases aux mystères hauteurs, d’affirmer une nouvelle et vaste personnalité face aux grands espaces de la matière vide.

Mais je reviens à moi, et je m’apaise. « J’ai le dimension de ce que je vois » ! Et cette phrase devient mon âme tout entière, j’y appuie toutes mes émotions, et voici que descend sur moi, au-dedans, comme sur la ville au-dehors, la paix indéchiffrable d’un clair de lune à l’éclat dur qui s’élargit avec la tombée de la nuit.

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J’envie — sans bien savoir si je les envie vraiment — ces gens dont on peut écrire la biographie, ou qui peuvent l’écrire eux-mêmes. Dans ces impressions décousues, sans lien entre elles et ne souhaitant pas en avoir, je raconte avec indifférence mon autobiographie sans faits, mon histoire sans vie. Ce sont mes Confessions, et si je n’y dis rien, c’est que je n’ai rien à dire.
Que peut-on donc raconter d’intéressant ou d’utile  ? Ce qui nous est arrivé, ou bien est arrivé à tout le monde, ou bien à nous seuls  ; dans le premier cas ce n’est pas neuf, et dans le second cela demeure incompréhensible. Si j’écris ce que je ressens, c’est parce qu’ainsi je diminue la fièvre de ressentir. Ce que je confesse n’a pas d’intérêt, car rien n’a d’intérêt. Je fais des paysages de ce que j’éprouve. Je donne congé à mes sensations. Je comprends parfaitement les femmes qui font de la broderie par chagrin, et celles qui font du crochet parce que la vie existe. Ma vieille tante faisait des patiences pendant l’infini des soirées. Ces confessions de mes sensations, ce sont mes patiences à moi. Je ne les interprète pas, comme quelqu’un qui tirerait les cartes pour connaître l’avenir. Je ne les ausculte pas, parce que, dans les jeux de patience, les cartes, à proprement parler, n’ont aucune valeur. Je me déroule comme un écheveau multicolore, ou bien je me fais à moi-même de ces jeux de ficelle que les enfants tissent, en figures compliquées, sur leurs doigts écartés, et qu’ils se passent de main en main. Je prends soin seulement que le pouce ne lâche pas le brin qui lui revient. Puis je retourne mes mains, et c’est une nouvelle figure qui apparaît. Et je recommence.
Vivre, c’est faire du crochet avec les intentions des autres. Toutefois, tandis que le crochet avance, notre pensée reste libre, et tous les princes charmants peuvent se promener dans leurs parcs enchantés, entre deux passages de l’aiguille d’ivoire au bout crochu. Crochet des choses… Intervalles… Rien…
D’ailleurs, que puis-je tirer de moi-méme  ? Que raconter  ? Une acuité horrible de mes sensations, et la conscience profonde du fait même que je vis ces sensations… Une intelligence aiguë utilisée à me détruire, et une puissance de rêve avide de me distraire… Une volonté morte et une réflexion qui la berce, comme si c’était son enfant, bien vivant. Le crochet, oui…

Mode : Lu

Tout cela passe, et tout cela ne me dit absolument rien, tout est étranger à mon destin – et même étranger à son propre destin : un mélange d’inconscience, de ronds à la surface de l’eau quand le hasard y jette des cailloux, d’échos lointains de voix inconnues – salade collective de l’existence.

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Eye
tel yoo wun
stori :
Iz
n-o izi to
len.
Maybi
eysm
n-o goot inuf
to sai yoo
awl dis :
Duzen metta.
Neva mayn.
Let me to trai.
Iz n-o kost yoo nuthing : Duzen layk…
/duzen layk !
Gon-Up
G-e’Fuk ! Si yoo
Detz awl.

Sorri,
not to tok
to yoo
propa-wai
but
evriboti
mewth hev : Tok.
Think sumpthink : Tok !
Iz da
stori ov da
layf.

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La flamme dansant dans le. La [ main ]. Frappant de la. de son petit poing, du poing la. la table, il.il fut étonné de sentir sous. d’en. de sentir. De sentir sous. de sentir le grain. de rencontrer le bois nu de. la planche. le rugueux du bois. il s’étonne de toucher le bois nu. de toucher la planche nue. rugueuse. rencontrer la planche. le bois rugueux, la planche nue. la planche nue. Nappe, couvert. Nappe et couvert. Nappe, couvert, [bouteille de] [ ]. Le [cou] de M. Ouine. est [ ]. Le corps de M. Ouine, en app. comme démesurément agrandi. grandi. agrandi, comme sans épaisseur. plat. À quelque distance, le corps de Monsieur Ouine. Une lumière brillait devant lui. bougie. chandelle brûlait devant lui, dans un modeste. modeste bougeoir de cuivre, soigneusement astiqué. Devant lui brûlait une chandelle, dans un modeste bougeoir de cuivre. Le corps de Monsieur Ouine. À quelque distance, le corps de M.Ouine démesurément ag. comme démesurément agrandi. démesurément agrandi et comme privé d’épaisseur. se courbait ou se relevait. s’agitait en tous sens, avec une extraordinaire [ ]. agilité. s’inclinait en tous sens, avec une agilité surhumaine. Phil. Philippe.

Un ron. ron. r. C’est comme un ron. comme un [ronronnement] qui. Une [roue] tourne. Un autre ron. Une autre voix se mêle à. voix se mêle à la première. Non c’est. c’est la même. même [roue] qui tourne avec ce ron. son [ronronnement]. tourne. tourne avec ce [ronronnement]. La voix continue de parler, mais une sorte de ronronnement [tout indistinct]. s’éteint peu à peu. s’éteint par degrés, n’est plus qu’un ronronnement indistinct. ronronnement confus, où éclate. éclate parfois. où flambe. où. où éclate. parfois éclate une voyelle,[ ].

Il fa. Il fait, pour se lever de sa chaise, quitter sa chaise un effort immense. [ ] [ ] [ ]. Il répète à mi-voix. Il répète, longtemps, tout bas pour lui seul, cette ques. cette phrase. cette question. la question [vaine]. même question, [ ]. avec l’espoir abs. la ques. sans trop [tenir] la force d’ouvrir les yeux. sans aucun espoir. sans oser ouvrir les yeux. La nuit [croule]. [s’écroule]. Évidemment, le vieil homme [ ]. est loin maintenant, Dieu sait où – dans quel coin de cette maison morte ? Mais. M. Ce qu’il veut seulement. Pourtant, N’importe, lui faire face. Tout à l’heure, se dit-il. Tout à l’heure, [je le saurais]. se dit-il, j’aurai ma revanche. Non, il. Il aime mieux l’imaginer dans le parc. plus loin encore, à travers champs, sur la douce route. route douce, pleine de lune. La route ! La route ! La route libre, telle qu’il la rêve. La route [ ]. Dans la. La libre route. La libre route. La route. La libre route. Sa libre route. Sa route. Sa libre route. Et face à la brèche immense, ou l’air siffle avec. pleine d’étoiles. d’astres. d’étoiles, avec le vent sur la face. le. le souffle. ce souffle terrible. son souffle terrible. à la face. Steeny sentait sa. les. Steeny, calme, s’end. s’endort, les poings fermés. les poings serrés. les poings. Steeny s’end. retombe dans. entre dans le sommeil. se jette dans le sommeil comme. l’enfant [avide]. tragique s’endort, les [poings]. s’endort. avide. s’endort les poings fermés. Qui est-ce qui a parlé de route ? Qui a. Qui parle de route ? Non pas cette. Non pas celle-ci, pas cette route douce, pl. cette route douce, pleine de lune, mais la sienne, qu’il a tant de fois vue en rêve, pareille à la. sa libre route, gueule béa. La route avide, impitoyable. [ ]. ouverte, c’est un. la route, gueule béante, infinie, gueule béante.

Ainsi l’animal sait suivre. recherche. cherche sur la face incompréhensible de son maître, les signes d’une. les reflet d’un amour ou les. les signes. [dont] [  ]. les signes. les signes. les signes. les signes pour lui seul [inexorables] d’une. de. de la vo. d’une volonté. pour lui seul inexorables d’une volonté. les signes d’une volonté qu’il. réfléchit en vous. les sentiments. le reflet d’un autre monde. les signes d’un autre monde. d’un autre monde. les signes. les sentiments incompréhensibles. mystérieux. sacrés. le reflet d’un monde où. d’un autre monde où il. les signes sacrés d’où il [attend] un jour. d’où lui naîtront. d’où vont naître sa peur et son plaisir.

Sa voix avait perdu quelque. La voix perdait peu à peu. Sa voix perdait peu à peu. La. La voix. [saisi de frayeur], quelque chose de son assurance. chose de son assurance. [était-ce un] rêve ? de sa burlesque assurance tandis que. tandis que ses mains, posées à plat sur les genoux esq. esquissaient. esquissaient des. un mouvem. geste. esquissaient un geste. esquissaient une sorte de caresse timide, enveloppante, un geste d’oiseleur. Elle. C’était vers ces mains qu’elle baiss. baiss. en effet, qu’elle baissait irrésistiblement ses yeux, son regard, ses yeux far. son regard farouche., éperdu de honte. éperdu de terreur. de honte, de terreur. Mais. Mais. et d’une résolut. imp. d’une résolution. pourtant plein de la résolution invincible. Ent. Mais. de l’entêtement, la patience mortelle d’un anim. de. de l’obstination de la patience immense, inexorable, inexorable d’un animal pris au piège. Un [instant], à l’abri de ses cils clos, elle. Une min. seconde sous les cils. [ ] longs. à l’abri des longs cils bien clos, elle, ses yeux glissèrent vers la fenêtre ouverte, l’horizon, le ciel. la ligne retroussée des bois de Vernoul, un nuage déchiré par le vent, les pays, l’espace.

Mais la châtelaine de … avait disparu. Retenant leur souffle, ils [entendirent] long. Retenant leur souffle, ils entendirent longtemps. longtemps sur la route trempée d’eau, à travers les muses. sur la route trempée d’eau.
Mais ils cherchèrent en vain la femme extraordinaire. La châtelaine de … C’est en vain que du regard … En prêtant l’oreille, ils entendirent longtemps, longtemps, les [ ] [ ] [ ]. Ils prêtèrent l’oreille. Mais ils cherchèrent en vain la châtelaine. cette. des yeux. yeux cette femme extraordinaire. Retenant. Retenant leur souffle, ils entendirent longtemps, longtemps, sur la route trempée, dé. rue déserte. Retenant leur souffle, ils. L’eau. Sous l’. gorgée d’eau. brillante sous la [vitre] comme un [miroir]. La rue déserte toute ruisselante, brillait sous le soleil comme un miroir. Et retenant
ils entendirent longtemps, longtemps courir – et de nouveau tout. deux fois – là-bas du côté d’Esterel ou de [Montis ?] – la grande jument. le. puis une fois encore – très loin – la grande jument hennir au vent de la mer. [dans le vent].

Georges Bernanos« Brouillons de Monsieur Ouine » [Cahiers de Monsieur Ouine (1931-1940), Daniel Pézeril (éd.), Seuil, 1991]Le jardin ouvrier, n° 211999
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De Porphyre à Avicenne, donc, les nuances sont importances, mais on a affaire, quant au thème qui nous intéresse, à une notion relativement homogène, transmise d’un mouvement continu, à travers les commentaires néoplatoniciens de l’Organon d’Aristote surtout. Le discours intérieur apparaît comme étant composé de concepts, pour l’essentiel, c’est-à-dire de portraits intellectuels et prélinguistiques, naturellement formés dans l’esprit pour y représenter les choses extérieures et signifiés, le cas échéant, par les paroles orales. Certes, l’idée émerge chez Avicenne que les mots, esquissés dans l’imagination, fournissent en pratique aux humains une assistance indispensable pour la combinaison mentale des concepts et que les langues parlées, par conséquent, constituent pour le raisonnement une sorte de béquilles sans lesquelles l’âme incarnée resterait maladroite à se mouvoir parmi les intelligibles. Mais le jeu des mots, même chez Avicenne, n’en est pas moins dérivé. Il serait dénué de sens et de valeur sans cette activité intellectuelle sous-jacente et non conventionnelle qui est l’objet propre de la logique et qui correspond au logos endiathetos de Porphyre et d’Ammonius ou à l’oratio intellectus de Boèce.
Cette filière néoplatonicienne, continuée à partir du IXe siècle par les Arabes, nous sommes maintenant en mesure, au terme de cette première partie de notre enquête, de la replacer dans le contexte d’une histoire beaucoup plus longue où peuvent être distinguées deux grandes traditions : l’une, proprement philosophique, d’origine grecque, et l’autre à caractère théologique et d’allégeance chrétienne. La première – à laquelle appartient de plein droit la série de textes parcourue dans ce chapitre – remonte, en dernière instance, jusqu’à Platon et Aristote. Elle associe – ou identifie même --, à l’instar de Platon, le discours mental à la dianoia, c’est-à-dire à la pensée délibérante, dont l’aboutissement normal est la prise de position, la formation de la doxa ; et elle en fait, dans la foulée d’Aristote, le lieu privilégié des opérations logiques et, en particulier, d’une raisonnement syllogistique. Le « discours disposé à l’intérieur » est alors le mouvement psychique séquentiel par lequel un agent moralement et intellectuellement responsable se détermine lui-même, d’une manière rationnelle, quant à ce qu’il lui fait dire ou faire dans une situation donnée. C’est cette notion de délibération discursive privée, logiquement articulée et moralement responsable – qu’elle pratique ou théorique --, qui fut véhiculée dans les diverses écoles de philosophie grecques à partir, vraisemblablement, du IIe siècle avant Jésus-Christ sous l’étiquette de logos endiathetos. Utilisée d’abord à des fins de clarification dans le cadre du débat sur la rationalité des animaux, elle paraît avoir connu un regain de popularité dans la psychologie cognitive du IIe siècle de notre ère, du côté d’Alexandrie, en particulier, et de Smyrne en Asie Mineure. C’est elle encore que l’on retrouve dans les commentaires néoplatoniciens de la logique aristotélicienne et dans les traités grecs de rhétorique, comme dans les écrits de Némésius d’Émèse, d’Ammonius, de Boèce, de Jean Damascène, d’al-Fârâbi ou d’Avicenne, par l’intermédiaire desquels elle sera transmise au Moyen Age latin.
Quant à la seconde tradition, plus exclusivement théologique, elle trouve aussi sa source dans la notion grecque de logos endiathetos, qui commença dès le Ier siècle après Jésus-Christ – au moins – d’être régulièrement employée pour l’interprétation allégorique des récits religieux, ceux notamment qui concernaient Hermès. Mais elle ne prend véritablement forme que dans la tentative du courant johannique chrétien du IIe et du IIIe siècle pour rendre minimalement intelligible l’assimilation du Logos divin au Christ incarné. Apparue timidement chez Justin – pour autant que nous sachions --, la comparaison du Verbe immanent de Dieu à la parole intérieure de l’homme déboucha chez Augustin, au Ve siècle, sur une psychologie hautement articulée de l’homme intérieur, qui fit une très forte impression sur la pensée médiévale. Le verbe mental, ici, ne se caractérise plus essentiellement par la discursivité rationnelle et structurée, mais comme une force expressive, une intention motrice porteuse de sens, qui serait elle-même le fruit d’un engendrement intérieur.
Chacune des deux lignées exploite ainsi l’un ou l’autre aspect de l’idée grecque du logos : la rationalité discursive d’un côté et, de l’autre, l’énergie intentionnelle et créatrice. Elles se recoupent ou se rejoignent ici et là, mais à partir du IVe siècle, et jusqu’au XIIe, elles se transmettront, pour l’essentiel, de manière indépendante l’une de l’autre. Il arrive que la notion philosophique réapparaisse chez des théologiens comme Maxime le Confesseur au VIIe siècle ou Jean Damascène au VIIIe, mais elle n’yest pas alors directement utilisée pour la spéculation théologique. Quant à l’idée augustinienne du verbe mental, elle n’aura, pendant cette période, aucun impact hors de la chrétienté latine, ni chez les néoplatoniciens grecs – qu’ils furent chrétiens ou non – ni a fortiori chez les auteurs de langue arabe. Ce n’est que dans l’Europe du XIIe et surtout du XIIIe et du XIVe siècle que la rencontre se produira de nouveau et qu’elle donnera lieu à des problématiques théoriques originales et fécondes.
L’interprétation, alors, sera grandement facilitée par ceci que, quelles que fussent leurs divergences et leur indépendance, les deux traditions avaient en commun de poser l’une et l’autre le discours de la pensée (ou le verbe mental) comme étant préalable – en principe, sinon toujours en pratique – à l’usage des langues de communication et signifié ou révélé de l’extérieur parles mots oraux aux syllabes et aux sonorités variables entre les peuples. Il est possible que les auteurs les plus anciens n’aient pas toujours été très au clair quant à la distinction à établir (ou à ne pas établir) entre le discours intérieur proprement dit et le fait de se parler tout bas dans une langue donnée. Mais la grande majorité des indices disponibles dans la philosophie grecque à partir d’Aristote vont dans le sens d’une dissociation des deux phénomènes, que ce soit, par exemple, chez Philon d’Alexandrie, chez Claude Ptolémée, chez Plotin, chez Ammonius ou chez Boèce. Augustin, quant à lui, est on ne peut plus net à ce sujet. Pour l’une et l’autre approche, finalement, la représentation silencieuse des paroles orales relève de l’imagination et non de l’intellect : Augustin parle de rouler en soi-même les images des sons [De Trinitate, XV, 19], tandis que les commentateurs d’Aristote, à la suite de Porphyre, évoquent à ce propos une sorte d’imaginaire verbal : lektikê phantasia pour Ammonius ou imaginatio proferendi pour Boèce. Le véritable discours mentale, lui, dans ce qu’il a de plus pur, appartenait, pour les philosophes comme pour les chrétiens, à l’intellect proprement dit ou à l’âme spirituelle. Une réflexion plus attentive sur l’interaction des deux ordres, comme celle qu’esquissait Avicenne dans son Isagogê sur le rôleauxiliaire des paroles imaginées dans la composition logique, pouvait bien ouvrir pour la postérité la perspective d’une position encore plus précise de la question des rapports entre la pensée et le langage – celle de leur isomorphisme notamment --, c’était toujours, chez les uns comme chez les autres, sur le fond d’une conception foncièrement non linguistique du discours intérieur. Les catégories grammaticales, celles du nom et du verbe en particulier, restaient associées depuis Platon aux contingences de la communication plutôt qu’aux structures intimes de la délibération.

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La dianoia, écrit Philon, est un « lieu invisible » où sont conservées les pensées jusqu’à ce que la voix s’en empare avec ardeur « dans son désir de les faire connaître ». Elle est comme un « métal vierge » sur lequel le langage, aux fins de la communication humaine, « imprime le dessin des verbes et des noms ».

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En vue de favoriser la communication dans les limite des quatre continents, on vient d’inventer, il y a quelques jours, un télégraphe électrique ; un télégraphe qui, avec la rapidité de la pensée, je veux dire en un temps pluscourt que ne peut l’évaluer n’importe quel instrument chronométrique, transmet des nouvelles au moyen de l’électrophore et du fil metallique ; de sorte que si quelqu’un – à condition toutefois qu’on trouve le moyen de le réaliser – voulait demander à un ami habitant aux antipodes : Comment vas-tu ?, l’autre, en un tournemain, un peu comme s’il était dans la même pièce, pourrait répondre : Très bien. Même si nous sommes prêts à décerner la palme du mérite à l’inventeur de ce service postal dont les chevaux ont à proprement parler les ailes de l’éclair, ce mode d’écriture à distance a tout de même l’inconvénient de n’être valable que pour l’envoi de messages très courts et laconiques, ce qui est de peu d’intérêt pour le négociant, et de ne pas permettre l’envoi de lettres, de comptes rendus, d’échantillons et de paquets. Aussi proposons-nous, pour palier cet inconvénient, et en vue d’acclérer et de multiplier les communications commerciales, tout au moins à l’intérieurdes frontières du monde cultive, une bombe ou un obus postal ; un service disposant de bases d’artillerie judicieusement réparties sans jamais être espacées de plus d’une portée de tir, toutes équipées de mortiers et d’obusiers, lanceraiet des obus creux remplis non pas de poudre mais de lettres et de paquets dont on pourrait, sans aucune difficulté, suivre des yeux la trajectoire et retrouver le point d’impact, pour autant qu’ils ne tombent pas sur un sol marécageux ; c’est ainsi que l’obus, ouvert à chaque station, vidé des lettres destinées au localités respectives, chargé d’autres lettres, fermé à nouveau et placé dans un mortier, pourrait être ensuite enoyé jusqu’à la prochaine station. Nous réservons pour un chapitre plus détaillé et exhaustif la présentation de l’ensemble ainsi que la description précise des installations et des coûts. Étant donné que l’on pourraitde cette façon, comme le prouve un bref calcul mathématique, en l’espace d’une demi-journée et à moindre frais, procéder à un échangede courrier entre Berlin, Stettin ou Breslau et, partant, comparé à notre poste à cheval, aller dix fois plus vite ou faire comme si unebaguette magique avait ramené toutes ces villes dix fois plus près de Berlin : nous croyons donc bien être à l’irigine d’une invention de la plus grande et de la plus décisive importance, autant pour les personnes privées que pour le commerce, propre à porter la communication au sommet de la pergection.

Berlin, le 10 octobre 1810

Heinrich von Kleist« Projet d’une bombe postale » Œuvres complètest. 1 : « Petits écrits »trad. Pierre DeshussesGallimard1999p. 265-266