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Publié en 2006

11 entrées
Mode : Lu

Nous nous ennuyons dans la ville, il n’y a plus de temple du soleil. Entre les jambes des passantes les dadaïstes auraient voulu trouver une clef à molette, et les surréalistes une coupe de cristal, c’est perdu. Nous savons lire sur les visages toutes les promesses, dernier état de la morphologie. La poésie des affiches a duré vingt ans. Nous nous ennuyons dans la ville, il faut se fatiguer salement pour découvrir encore des mystères sur les pancartes de la voie publique, dernier état de l’humour et de la poésie :

Bain-Douches des Patriarches
Machines à trancher les viandes
Zoo Notre-Dame
Pharmacie des Sports
Alimentation des Martyrs
Béton translucide
Scierie Main-d’or
Centre de récupération fonctionnelle
Ambulance Sainte-Anne
Cinquième avenue café
Rue des Volontaires Prolongée
Pension de famille dans le jardin
Hôtel des Étrangers
Rue Sauvage

Et la piscine de la rue des Fillettes. Et le commissariat de police de la rue du Rendez-vous. La clinique médico-chirurgicale et le bureau de placement gratuit du quai des Orfèvres. Les fleurs artificielles de la rue du Soleil. L’hôtel des Caves du Château, le bar de l’Océan et le café du Va et Vient. L’hôtel de l’Époque.

Et l’étrange statue du Docteur Philippe Pinel, bienfaiteur des aliénés, dans les derniers soirs de l’été. Explorer Paris.

Et toi oubliée, tes souvenirs ravagés par toutes les consternations de la mappemonde, échouée au Caves Rouges de Pali-Kao, sans musique et sans géographie, ne partant plus pour l’hacienda où les racines pensent à l’enfant et où le vin s’achève en fables de calendrier. Maintenant c’est joué. L’hacienda, tu ne la verras pas. Elle n’existe pas.

Il faut construire l’hacienda.

Ivan Chtcheglov« Formulaire pour un urbanisme nouveau » Écrits retrouvésAllia2006p. 7-8
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Acceptant une classification dont les traits essentiels ont été dressés par Platon mais qui lui est largement antérieure, il oppose la compétence universelle, dans le domaine du relatif, de l’orateur et du sophiste au savoir des sectes philosophiques et religieuses. D’un côté la ruse, la tromperie (apatè) délibérément acceptée, de l’autre la possession de l’alètheia, possession non monnayable et transmissible seulement de maître à disciple, mais les maîtres de vérité ne le sont plus que de groupes infimes qui échouent – c’est ce que montre dramatiquement l’aventure pythagoricienne – lorsqu’ils tentent de l’imposer à une cité tout entière. Pour l’orateur et le sophiste, la vérité, c’est la réalité, l’argument bon ou mauvais qu triomphe, la décision une fois qu’elle est appliquée.

Mode : Lu

Au service d’une noblesse d’autant plus avide de louanges que ses prérogatives politiques sont contestées, le poète réaffirme les valeurs essentielles de sa fonction, et il le fait avec d’autant plus d’éclat qu’elles commencent à paraître désuètes, que, dans la cité grecque, il n’y a plus de place pour ce type de parole magico-religieuse, que ce système de valeurs est définitivement condamné par la démocratie classique. À la limite, le poète n’est plus qu’un parasite, chargé de renvoyer à l’élite qui l’entretien son image, une image embellie de son passé.

Mode : Lu

La parole magico-religieuse n’est pas soumise à la temporalité ». « À aucun moment, la parole du poète ne cherche l’accord des auditeurs, l’assentiment du groupe social ; celle du roi de justice pas davantage : elle se déploie avec la majesté d’une parole oraculaire ; elle ne vise pas à établir dans le temps un de ces enchaînements de mots qui tirent leur force de l’approbation ou de la contestation des autres hommes. Dans la mesure où la parole magico-religieuse transcende le temps des hommes, elle transcende aussi les hommes : elle n’est pas la manifestation d’une volonté ou d’une pensée individuelle, elle n’est pas l’expression d’un agent, d’un moi. La parole magico-religieuse déborde l’homme de toutes parts : elle est l’attribut, le privilège d’une fonction sociale.

Mode : Lu

Pas plus que la « vérité » du poète, l’Alètheia du Vieux de la Mer n’est une « vérité » de type historique. Le roi de justice ne vise nullement à restituer le passé en tant que passé. Les « preuves » de la Justice sont de caractère ordalique, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de trace d’une notion positive de la preuve : se soumettre au jugement, c’est entrer dans le domaine des forces religieuses les plus redoutables. La « vérité » s’institue par l’application correcte, rituellement accomplie, de la procédure. Quand il préside, au nom des dieux, le justement ordalique, le roi « dit la vérité » ou, plutôt, il véhicule « la vérité ». Comme le poète, comme le devin, le roi est « Maître de Vérité ». Sur ces plans de pensée, la « vérité » est toujours liée à certaines fonctions sociales ; elle est inséparable de certains types d’hommes, de leurs qualités propres et d’un plan du réel, défini par leur fonction dans la société grecque archaïque.

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Fonctionnaire de la souveraineté ou louangeur de la noblesse guerrière, le poète est toujours un « Maître de Vérité ». Sa « Vérité » est une « Vérité » assertorique : nul ne la conteste, nul ne la démontre. « Vérité » fondamentalement différente de notre conception traditionnelle, l’Alètheia n’est pas l’accord de la proposition à son objet [vérité apophantique], pas davantage l’accord d’un jugement avec les autres jugements [vérité judicatoire] ; elle ne s’oppose pas au « mensonge » ; il n’y a pas le « vrai » en face du « faux ». La seule opposition significative est celle d’Alètheia et de Lèthè. À ce niveau de pensée, si le poète est véritablement inspiré, si son verbe se fonde sur un don de voyance, sa parole tend à s’identifier avec la « Vérité ».

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La vérité est d’abord parole […] [Elle] est encore le privilège de certains groupes d’hommes, les poètes, les devins, dressés au long apprentissage de la mémoire. […] La parole est éloge et blâme, capable de grandir ou d’amenuiser, d’être véridique ou mensongère. […] Il reste une tradition, poétique précisément, celle du « roi de justice » tenant la « balance », dispensateur et receveur tout à la fois du vrai et du faux. Parallèlement toute vérité est une énigme et tout diseur de vérité est lui-même une énigme. […] Il n’y a pas « opposition », « contradiction » entre le vrai et le faux, la vérité (Alètheia) et l’oubli (Lèthè) : « Il n’y a pas d’un côté Alètheia (+) et de l’autre Lèthè (-), mais entre ces deux pôles se développe une zone intermédiaire où Alètheia glisse vers Lèthè et réciproquement. La « négativité » n’est donc pas isolée, mise à part de l’Être ; elle ourle la « Vérité », elle en est l’ombre inséparable » À cette ambivalence de la parole efficace dans les œuvres les plus anciennes de la pensée grecque fait place cependant dans la cité classique une ambiguïté de l’action.

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dans la Grèce archaïque, trois personnages, le devin, l’aède et le roi de justice, ont en commun le privilège de dispenser la Vérité du seul fait d’être pourvus de qualités qui les distinguent. Le poète, le voyant et le roi partagent un même type de parole.

Doté de ce savoir inspiré, le poète célèbre par sa parole chantée les exploits et les actions humaines qui entrent ainsi dans l’éclat et la lumière et qui reçoivent force vitale et plénitude de l’être. […] De façon homologue, la parole du roi, se fondant sur des procédures ordaliques, possède une vertu oraculaire ; elle réalise la justice ; elle instaure l’ordre du droit sans preuve ni enquête.

Au milieu de cette configuration d’ordre mythico-religieux, Alètheia énonce une vérité assertorique ; elle est puissance d’efficacité, elle est créatrice d’être. Le discours vrai, c’est le « discours prononcé par qui de droit et selon le rituel requis », ainsi que le dira Michel Foucault.

Mode : Lu

I think it is clear that the relation of poetry to truth, which is a question of domain, not of medium, haunts all great Romantic art, which had rejected the more modest role of existing « to divert and to amuse. » Poets like Wordsworth launched a powerful claim to truth through a complicated poetic argument that adjusted mind to nature in the medium of the image, while poets like Keats split « truth » from « value » and lined up poetry on the side of « value, » giving this new domain of truthless value the name Imagination.

David Antin« Some Questions about Modernism »2006lien
Mode : Lu

« Prose » is the name for a kind of notational style. It’s a way of making language look responsible. You’ve got justified margins, capital letters to begin graphemic strings which, when they are concluded by periods, are called sentences, indented sentences that mark off blocks of sentences that you call paragraphs. This notational apparatus is intended to add probity to that wildly irresponsible, occasionally illuminating and usually playful system called language. Novels may be written in « prose ; » but in the beginning no books were written in prose, they were printed in prose, because « prose » conveys an illusion of a commonsensical logical order. It’s as appropriate to the novel as ketchup to a hamburger, which is to say, it’s not very good but the hamburger wouldn’t go far without it.

David Antin« Some Questions about Modernism »2006lien