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Publié en 2015

25 entrées
Mode : Lu

Il y a une trentaine d’années, un Noir du plus beau teint, en plein coït avec une blonde « incendiaire », au moment de l’orgasme s’écria : « Vive Schœlcher ! » Quand on saura que Schœlcher est celui qui a fait adopter par la IIIe République le décret d’abolition de l’esclavage, on comprendra qu’il faille s’appesantir quelque peu sur les relations possibles entre le Noir et la Blanche.

On nous objectera que cette anecdote n’est pas authentique ; mais le fait qu’elle ait pu prendre corps et se maintenir à travers les âges est un indice : il ne trompe pas. C’est que cette anecdote agite un conflit explicite ou latent, mais réel. Sa permanence souligne l’adhésion du monde noir. Autrement dit, quand une histoire se maintient au sein du folklore, c’est qu’elle exprime en quelque façon une région de « l’âme locale ».

Mode : Lu

Le sourire du Noir, le grin, semble avoir retenu l’attention de beaucoup d’écrivains. Voici ce qu’en dit Bernard Wolfe : « Nous nous plaisons à représenter le Noir souriant de toutes ses dents à notre adresse. Et son sourire, tel que nous le voyons, — tel que nous le créons, — toujours signifie un don… »

Dons sans fin, tout au long des affiches, des écrans de cinéma, des étiquettes de produits alimentaires… Le Noir donne à Madame les nouvelles « teintes créole sombre » pour ses purs nylons, grâce à la maison de Vigny, ses flacons « grotesques », « tortillés », d’eau de Cologne de Golliwogg et de parfums. Cirage des chaussures, linge blanc comme neige, couchettes basses, confortables, transport rapide des bagages ; jazz jitterbug, jive, comédies, et les contes merveilleux de Brer Rabbitt (Frère Lapin) pour la joie des tout-petits. Le service avec le sourire toujours… « Les Noirs, écrit un anthropologiste (a), sont maintenus dans leur attitude obséquieuse par les sanctions extrêmes de la crainte et de la force, et ceci est bien connu des Blancs et des Noirs tout à la fois. Néanmoins les Blancs exigent que les Noirs se montrent souriants, empressés et amicaux dans tous leurs rapports avec eux… » (« L’oncle Rémus et son lapin », Bernard Wolfe, Les Temps Modernes, n°43, p. 888)

Mode : Lu

Dans un ordre plus particulier, quand à Paris des étudiants antillais se rencontrent, deux possibilités s’offrent à eux :

  • ou soutenir le monde blanc, c’est-à-dire le véritable monde, et, le français alors employé, il leur demeure possible d’envisager quelques problèmes et de tendre dans leurs conclusions à un certain degré d’universalisme ;
  • ou rejeter l’Europe, « Yo », et se rejoindre par le patois, en s’installant bien confortablement dans ce que nous appellerons l’umwelt martiniquais ; nous voulons dire par là — et cela s’adresse surtout à nos frères antillais — que lorsqu’un de nos camarades, à Paris ou dans quelque autre ville de Facultés, s’essaie à considérer sérieusement un problème, on l’accuse de faire l’important, et le meilleur moyen de le désarmer est de s’infléchir vers le monde antillais en brandissant le créole. Il faut trouver là une des raisons pour lesquelles tant d’amitiés s’écroulent après quelque temps de vie européenne.
    Notre propos étant la désaliénation des Noirs, nous voudrions qu’ils sentent que chaque fois qu’il y a incompréhension entre eux en face du Blanc, il y a absence de discernement.

Un Sénégalais apprend le créole afin de se faire passer pour antillais : je dis qu’il y a aliénation.
Les Antillais qui le savent multiplient leurs railleries je dis qu’il y a absence de discernement.

Mode : Lu

Lorsqu’un Antillais licencié en philosophie déclare ne pas présenter l’agrégation, alléguant sa couleur, je dis que la philosophie n’a jamais sauvé personne. Quand un autre s’acharne à me prouver que les Noirs sont aussi intelligents que les Blancs, je dis : l’intelligence non plus n’a jamais sauvé personne, et cela est vrai, car si c’est au nom de l’intelligence et de la philosophie que l’on proclame l’égalité des hommes, c’est en leur nom aussi qu’on décide leur extermination.

Mode : Lu

There is no superiority in making things or in re-making things. It’s like everything else, old men who go fishing, hair extensions, nail art, individual false eyelashes glued on with semi-permanent glue, sewing clothes and re-sewing clothes, sketching, sketching animals, sketching human faces, sketching flowers, growing flowers, flowers, flowers that might even be marigolds and petunias, perfume that smells like party girls, perfume that smells like dowagers, perfume that does not smell like flowers or more like flowers mixed with the urine of jungle animals and some tobacco smoke, perfume that does not smell like men, one faux-Chanel earring, sunglasses resembling those of RAF leader Ulrike Meinhof, hair pinned up on one side, purses that are not real, pockets on dresses and skirts, dresses and skirts, blouses without buttons, limiting each type of possession to one old suitcase full of that type of possession, track suits with rhinestones, zip up onesie track suits, plump women, fat children, fat dogs, slender men, photos of Angelica Houston, the cracked dirty swimming pools of low-rent apartment complexes, bleach-haired boys smoking dope against the chain-link fence, the workers walking to their strip mall jobs, the strip malls, the dumpsters behind the strip malls, the karaoke nights in the bars in the strip malls, physique training, hypertrophy, very heavy weights, Juicy Stacey, Toy Selectah, every apartment complex having its own ducks, waking each spring morning to those ducks, the stateless state of contract labor, the invisible iv also the invisible catheter, everyone hugging the duct tape replica like starving little rhesus monkeys, everything in the everything like « there is no world but the world ! »

Anne Boyer« No world but the world » Garments against womenAhsahta Press2015p. 20
Mode : Lu

Other things that cause discomfort : people picking through the trash for their food. There are those who want « only the best » and those who believe only-the-best is immoral. I would talk about these two impulses, one for comfort, the other for justice, and how one appears animal, the other not that animal at all, for what dog says of her litter, « It is not only my own that should have my milk, but I will suckle the world » ? I would like to meet that dog. I am the dog who can never be happy because I am imagining the unhappiness of other dogs.

Anne Boyer« The innocent question » Garments against womenAhsahta Press2015p. 13
Mode : Lu

Some people believe to know the fin is to know a shark, but this is an incorrect belief. The fin is not a fin of a shark at all though it is a reproduction shark fin strapped on a boy’s back, and the boy with the reproduction fin does very much want to be a shark, wishes it a great deal, dreams some nights of being a shark in a great fleet of sharks in some unexplored sea where sharks are in fleets and somewhat even more powerful that the sharks of the daytime world have shark banks full of money and minnows. One could be, also, a person with a fabulous malformation of a shark fin on her back, who says often « please excuse the fin » but others look at it and say, « look at that grand shark with that awesome fin » when she is, underneath the fin, a person who is fond of peeling carrots for soup and a person who could otherwise just not help the fin that fortune dealt her. Some could be real sharks, the fin an adequate representation of sharkly reality : that’s just the deal.

Anne Boyer« The innocent question » Garments against womenAhsahta Press2015p. 7
Mode : Lu

La physique de Grosseteste est une cosmogonie nouvelle, d’intention scientifique et non plus symbolique ou allégorique, donnant une explication de l’engendrement des sphères (sphaerae lucis) et de la production du réel exclusivement fondée sur la matière et la lumière, forme de tous les corps, avec ses deux propriétés fondamentales – l’autodiffusion ou multiplication de soi et la propagation instantanée. […] La cosmogonie de Grosseteste, qui fait de la lumière (distinguée en lumière-source -- lux – et lumière émanée -- lumen) le principe d’explication physique de toute la nature, va, pour plusieurs décennies, porter l’optique – la « perspective » – au rang de paradigme scientifique dominant.

Alain de LiberaLa philosophie médiévale [1989]P.U.F.2015p. 55collection « Que sais-je »
Mode : Lu

Bien que les insolubilia traités par les logiciens médiévaux ne soit pas liés à la sui-réflexivité, la forme d’insoluble la plus connue est celle où l’énoncé de départ (positum) d’une dispute obligationnelle est fourni par une proposition signifiant sa propre fausseté, tel le « Menteur » : Ego dico falsum (« Je dis [le] faux »). L’importance prise par la problématique du « Menteur », dans l’historiographie des insolubilia s’explique par l’intérêt que lui ont porté les premiers travaux de C. Pierce et de B. Russell, mais il est certain qu’elle ne reflète qu’une partie des questions médiévales.
Les principales solutions du « Menteur » proposées du XIIe au XVe siècle peuvent être ramenées à cinq types :
La cassatio : celui qui dit « je dis (le) faux » et ne dit rien d’autre ne dit rien du tout (nihil dicit). Cette solution présente deux variétés : cassation de la puissance – il est impossible de dire « je dis (le) faux » ; cassation de l’acte – il n’est pas impossible de dire « je dis (le) faux », mais en disant cela je ne puis dite quelque chose (« Posito quod aliquis dicat se dicere falsum, in sice dicendo nihil dicit »).
La restrictio : dans la proposition « je dis (le) faux », le prédicat « (le) faux » ne peut supposer pour la proposition dont il fait partie (c’est la solution reprise de nos jours par Russell).
Le transcasus : le verbe « je dis » ne peut référer le moment de l’énonciation, mais exclusivement l’instant (ou un instant) antérieur.
Le secondum quid et simpliciter : cette solution, dite « aristotélicienne », comprend diverses variétés ; les plus répandues reposent sur le principe « aristotélicien » selon lequel deux occurrences d’une même proposition (on dirait aujourd’hui deux tokens) n’ont qu’une identité spécifique (in specie) et non pas numérique (in numero).

Alain de Libera, La philosophie médiévale (Que sais-je ? PUF)

Alain de LiberaLa philosophie médiévale [1989]P.U.F.2015p. 50-51collection « Que sais-je »
Mode : Lu

Dès le XIIe siècle apparaissent des modes d’inférence et de raisonnement qui transcendent manifestement les limites classiques de l’argumentation. C’est le cas, par exemple, de la formule mise au point dans l’école du Petit-Pont, la consequentia Adamitorum -- ex impossibili quidlibet, et d’une autre règle qui, dès ce moment, lui est couramment associée -- necessarium ex quolibet. Ces deux règles reposent sur une relation topique : le locus a minori, les deux inférences argumentant per locam a minori affirmative. Comme l’écrit au XIVe siècle Gauthier Burley : « Si l’impossible est vrai, il s’ensuit, de par la topique au moins, que n’importe quoi d’autre sera vrai. »

Alain de LiberaLa philosophie médiévale [1989]P.U.F.2015p. 46collection « Que sais-je »